DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRL I
conçu le projet de composer avec deux autres jurisconsultes un commentaire du Code civil sur un plan nouveau. « On ne voulait pas faire un traité, dit Du Gaurroy, mais un commentaire où l'analyse et l'histoire se seraient prêté un mutuel secours. Là, Jourdan aurait pris comme jurisconsulte la place qui lui appartenait et dont il avait conscience. Ce projet l'occupait t(mt entier; c'est pour l'accomplir qu'il n'a point accepté le titre de procureur général dans les colonies. Il ne voulut poiut renoncer à ce grand travail qui devait commencer en novembre dernier, au retour des vacances et du voyage que Jourdan a fait en Angleterre ». Ce dernier trait en dit long sur le désintéressement scientifique du directeur de la Thémis. Mentionnons enfin qu'il entreprenait chaque année un voyage d'études à l'étranger dans le but dé se concerter avec les savants des divers pays, de se rendre compte des découvertes réalisées et d'aviser aux meilleurs moyens de les faire connaître en France. 11 parcourait, d'autre part, les bibliothèques de notre pays dans le but d'inventorier leurs richesses et de scruter les monuments de notre ancienne législation qu'elles pouvaient contenir ('). C'est d'ailleurs au cours d'un voyage à l'étranger qu'il trouva la mort; il faisait partie d'une commission chargée de préparer un projet d'organisation judiciaire pour les colonies. A ce titre, il avait été chargé d'une première jnission en Angleterre par le garde des sceaux. En 1820, une seconde mission lui fut confiée par le ministre de la Marine en vue d'aller étudier sur place la législation coloniale de la Grande-Bretagne. C'est à son retour vers la France, le 27 août 1826, qu'il mourut à Deal, près de Douvres, à l'âge de trente-cinq ans, d'une con-
(») Corap. Tables de la Thémis, p. 19.
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gestion cérébrale, conséquence de sou excès de travail.
31. Nous avons, .'i dessein, donné une sèche énuniéraration des œuvres de Jourdau, afin de présenter à part et de grouper les doctrines qui s'en dégagent ; cette énumération dit la tâclie écrasante que s'imposa Jourdan ; le rappel de ses doctrines va montrer les services qu'il a rendus à la science; du dmil.
Joui'dan fut avant tout un novateur, ou plus exactement un précurs(Uir: si ses conceptions n'eurent pas le succès qu'elles auraient mérité, c'est parce qu'elles devançaient de trop loin l'époque où elles étaient émises ; elles étaient destinées à faire fortune, mais beaucoup plus tard. Jourdan prit sa place dans la science juridicpie au moment où le <l()de civil jouissait auprès des jurisconsultes français t(tut particulièrenîent d'une admiration sans conteste; son interprétation absorbait tous les efforts et était rigoureusement respectueuse des solutions qu'il consacrait; on cherchait à dégager ces solutions, mais on ne les critiquait pas; dans les rares cas où un auteur se hasardait à formuler quelques objections, la forme employée élait tellement timide que la critique elle-même finissait, en réalité, par s'évanouir. Jourdan fut le premier qui osa, de la manière la plus franche et au nom des vrais principes scientifiques, ramener la portée du nouveau Code à ses justes proportions et montrer, si cela était nécessaire, (jue la science du droit ne devait en rien être confondue avec l'interprétation d'un Code, si parfait fût-il. Pour lui, tout d'abord, une chose était supérieure cà l'autorité de toutes les législations du monde et les dominait de façon absolue; c'était le droit de discussion. « 11 faut, disait-il, que la raison domine tout, préside à tout, règne partout en souv(>raine; elle ne doit jamais obéir en esclave, enchaînée par des formes ou subjuguée par des auto-