‹ La ThémisChapitre 28 sur 107 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I

ciliation n'aboutirent, en définitive, à rien; une majorité inébranlable se constitua contre eux. Les résultats du scrutin furent significatifs et ti'aduisirent très exactement les tendances de l'Ecole qui triomphait; Bugnet, Deizers et Moiroud l'emportèrent sur Jourdan et Pellat ('). Laissons de côté les noms de Deizers et Moiroud, qui n'ont pas laissé de trace dans l'enseignement du Droit, pour opposer Bugnet et le directeur de la Thémis. Celui-ci entendait régénérer la science du Droit en faisant appel à la raison, à la philosophie, à l'histoire et même cà la littérature; le Code civil ne valait pour lui, au point de vue scientifique, que comme monument d'une époque juridique déterminée; Bugnet, au contraire, symbolisa l'exégèse ; l'éclat et le succès de son enseignement oral ne peuvent faire oublier que ses horizons juridiques se limitèrent toujours à l'interprétation exégétique du Code civil ; suivant la célèbre formule qui lui servait de devise ou qui, en tous les cas, si on la lui a prêtée, traduit bien sa conception du Droit : il n'enseigna pas le droit civil, il ne connaissait que le Code civil! 11 est donc bien vrai de dire que le véritable vaincu de 1822 ne fut pas Jourdan, mais bien l'Ecole scientifique nouvelle qu'il avait fondée et qui avait, malheureusement pour elle, la faiblesse du nombre, fîette injustice atteignit profondément le directeur de la Thémis.

Plusieurs années se passèrent sans qu'une nouvelle occasion s'offrît à lui de réaliser le rêve de toute sa vie; il ne perdit pas toutefois espoir et refusa dans cet esprit

(') Les résultats sont ainsi présentés par la Thémis, v. p. 16;i : Première suppléance : Bugnet, neuf voix; Jourdan, cinq. Deuxième suppl('ance : Deizers, huit voix; Pellat, cinq; Moirouil, une.

Troisième suppléance : Moiroud, neuf voix; Jourdan, cinq.

de hautes fonctions judiciaires (jui lui furent ofTerteB. Enfin, lo 16 janvier 1826, un nouveau concours s'ouvrit devant la F'aculté de Paris, par suite du décès de Grappe ; mais Jourdan renonça à y prendre part et laissa son concurrent de 1822, Buanet, compléter son triomphe; le directeur de la Tkéuiis était à cette époque mortellement frappé et succombait quelques mois après; au surplus, il avait fini par se convaincre que l'enseignement olHcicl du droit en France lui était délinitivement fermé et il avait tourné ses espérances du côté des Universités des Pays- Bas, dont le recrutement s'inspirait avant tout des capacités scientifiques des candidats sans égard pour leur nationalité. C'est ainsi que l'un des membres du comilé de rédaction de la Thémis, le professeur allemand Warnkœnig-, enseigna successivement dans toutes les Universités de Belgi(jue. En réalité, Jourdan, s'il eût vécu, aurait certainement fini par obtenir une chaire en France ; la Bévolution de 1830 changea la l'are des choses; il sul'lit de songer qu'avec elle l'Ecole nouvelle acheva son triomphe et que Blondeau succéda à Delvincourt comme doyen de la F'aculté de Paris. Malheureusement ainsi (|ue nous le verrons, les représentants de l'Ecole nouvelle, une fois privés de leur chef, oublièrent progressivement le programme qui les avait groupés, se laissèrent gagner par cette sorte de lascinati(Mi (piexiM-rait le (^ode civil sur lous les espi'its et favorisèrent ainsi inconsciemment les progi'ès de l'Ecole de l'exégèse ; pour n'avoir pas su conserver intact le palrimoine scientiliipie (pie leur avait légué le directeur de la Thnnis, ils se vii'ent même adresser à la lin (le leui' vie les rcpr-oolies qu'ils avaient dirigés jadis Contre Icni^ devanciers cl d'oii «'lait née la T/ir/t/is (').

(') Notre élude sur le fondateur de |;i Thémis ne serait pa.s com-

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