DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I
Blondeau, Demante, Du Caurroy, Warnkœnig, membres du Comité de rédaction de la « Thémis ».
33. Nous ne nous proposons pas de faire une biogi'aphie tant soit peu complète des membres du comité de rédac-
plètc si nous ne prenions pas soin de fixer sa personnalité et ses mérites au regard du seul de ses contemporains vraiment digne d'être rapproché de lui; nous voulons parler de Klimrath. Une comparaison, si brève soit-elle, s'impose entre lui et Jourdan; non seulement ils se rendirent également célèbres par des travaux en avance sur leur siècle et posèrent les bases de la science juridique contemporaine, mais encore ils moururent tous les deux très jeunes, victimes de leurs excès de travail et sans avoir reçu la récompense que leur auraient méritée leurs découvertes. Malgré tout, Klimrath a été beaucoup plus heureux que Jourdan. Tandis que celui-ci n'a pas eu en France des continuateurs immédiats de son œuvre, il en a été autrement de Klimrath. « Un même sort, a écrit Laboulaye, attendait ses deux précurseurs de l'École moderne. Tous deux devaient mourir avant d'avoir donné les fruits de leur génie, avant d'avoir assuré le triomphe de leurs idées; mais plus heureux que son devancier, Klimrath eut au moins cette fortune que le germe qu'il avait apporté ne se perdit point, (iràce aux écrivains qui se groupèrent autour de Wolowski et de Fœlix, cette semence précieuse a grandi et on commence aujourd'hui à regarder comme une science sérieuse ce qu'à l'origine on regardait comme une curiosité. » (Revue historique de droit français et étranger, 1855, t. I, n. 1.) D'autre part, le nom de Klimrath est incontestablement [tlus connu que celui de Jourdan. Cela tient d'abord, pour une part tout au moins, à cette circonstance que Klimrath a eu l'avantage de voir tous ses travaux groupés par les soins de Warnkœnig. Celui-ci définissait ainsi dans la préface le but qu'il poursuivait: « Les fruits de tant de labeurs ne doivent point être perdus; c'est un héritage- que ce jeune auteur laisse aux amis d'une branche scientifique qu'il cultivait avec une ardeur sans exemple. Dispersés dans des brochures isolées ou dans des journaux et revues, les travaux de Klimrath n'auraient peut-être jamais été bien connus et appréciés... le nom de ce jeune et infatigable savant ne doit pas périr : la réunion dans un corps d'ouvrage de ses écrits dispersés
tion de la Thémis. Contrairement à Jourdan, ils ont eu Iheureuse fortune de poursuivre une longue cairière, qui a été bien des fois retracée Nous nous bornerous donc à définir leur rôle dans l'élaboration de la Thémis. Cette tâche ne va pas, d'ailleurs, sans difficultés; il ne s'agit pas connue pour les collaborateurs d'occasion de déterminer une contribution matérielle à l'œuvre commune, mais bien d'essayer de fixer la mesure de l'action personnelle de chacun des rédacteurs dans la poiu'suite du but scientidijue que s'était proposé la Thrmis ; or, cetle action, loin <le se limiter aux travaux imprimés dans la revue et aux doctrines (pii s'en dégaerent, s'est peut-être surtout fait sentir dans les réunions du comité de rédaction, dans les discussions communes sur les directions à prendre, dans la résistance
ou inédits fait connaître ses litres à la reconnaisance des contemporains et à la postérité ». L'absence d'un travail de même nature consacré à ses œuvres a certainement beaucoup nui à la mémoire de Jourdan. Ce n'est pas tout; la nature même de ses travaux assurait à l\limralli une notoriété et une renommi-e plus sûres qu'à Jourdan. Les œuvres du premier constituent, en effet, un corps de doctrine plus uniforme que celles du second; les efforts de Klimratii ont principalement porté sur l'histoire du droit français et c'est par ses découvertes dans cette branche qu'il est devenu cTlèbre. Jourdan, au contraire, a diii^'é son activité sur la science du droit en général; il a embrassé son domaine tout entier et s'est efforcé de provoquer dans chacune de ses branches une rénovation df)nt il prenait soin de tracer lui-même la direction et les caractères; rien ne lui a échappé; l'histoire, la philosophie, la jurisprudence, le droit comparé, l'interprétation des codes, la méthode et l'organisation de l'enseignement du droit ont tour à tour occupé son activité. Il est évident qu'une œuvre de cette nature ne se traduit pas maléliellement et ne se mesure qu'après beaucoup d'études et de réflexion, comme 'outes les œuvres d'impulsion. L'ne époque entière doit être étudiée pour en comprendre la véritable portée, parce que cette portée se fait surtout sentir sur le mouvement général de la science du droit à une période donnée. C'est le cas de Jourdan. Ce travail est, au fond, consacré à le démontrer et à réparer en même temps un oubli des plus injuste».