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DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I

le droit romain a at feint sa perfection et son plein développement et que c'est dans cet état qu'il doit être regardé comme le fondement de toute jurisprudence. Warnkœnig se confina presque exclusivement à la Thémis dans ce domaine d'action et publia de nombreuses études sur le droit romain et même l'ancien droit français et germanique, ainsi que des critiques de textes et des observations sur l'enseignement du droit ('). Il faut donc reconnaître son action dans l'ardeur avec laquelle la Thémis défendit la cause du droit romain et les doctrines de l'Ecole historique à ce point de vue; à ce titre, il fut un précieux auxiliaire pour Jourdan, mais son action fut limitée ; si le directeur de la Thémis ne s'était pas affranchi des dogmes de l'Ecole historique à ses débuts, s'il n'avait pas étendu son domaine, développé son programme et précipité son évolution en acceptant le principe de la codification et en faisant nettement appel à la jurisprudence et au droit comparé, au lieu de se limiter perpétuellement à l'étude du droit romain et à une élaboration purement théorique des enseignements qui se dégagent de son histoire, la Thémis n'aurait été, en réalité, en France que l'organe des doctrines de Hugo et de Savigny ; or, elle fut tout autre chose.

35. Il reste à définir la mesure de la collaboration de Blondeau et do Du Caurroy. La tâche est plus malaisée (jue pour Déniante et Warnkœnig. Tout comme ce dernier, Blondeau et Du Caurroy ont été principalement des romanistes (^), mais leur activité s'est également portée ailleurs,

(') Voir la liste dans les Tables précitées de la Thémis, v" Warnkœnig.

(*) Templier, Notice sur la vie et les œuvres de Du Caurroy, 1850; Valette, Notice sur ta vie et les œuvres de Blondeau, journal Le Droit du 27 novembre 1857.

Hii moins pendant leur collaboration à la Thé?nis. Du Canrroy fut par excellence le critique de la Thémis ; son humeur combative et son style acerbe n'épargnèrent personne ; il s'attaqua aux ])lus hautes autorités comme aux auteurs des manuels les plus obscurs; la biblioerraphie de la Tliémis en témoigne ('). Si la l'orme de ses cr'iliques fut souvent regrettable et nous paraît aujourd'hui dépasser la mesure, ainsi que nous le montrerons plus loin par des exemples, elle ne contribua pas moins à assurer \o. succès çlo la revue et à la rendre célèbre; il suflit de citer les critiques de Gibbon et de Touiller, de rappeler les mouvements qu'elles déchaînèrent dans le monde juridique, les attaques qu'elles occasionnèrent à la Tliémis, pour monti-er la place spéciale qu'occupa Du Caurroy à la rédaction de la revue et les services qu'il y rendit. 11 faut ajouter, d'ailleurs, que si ces critiques sont niarquées au coin de l'intransigeance et d'une rigueur dépourvue de tout artifice, elles sont généralement très justes; la pitié peut aller aux victimes du teriil)le jouteur; on peut compatir k l'amertume d'un auteur comme Touiller en présence des attaques d'un nouveau venu dans la science du droit, on n'en est pas moins obligé de reconnaître que la l'aison est du côté de Du Cauiroy. Cette circonstance ne contribuait pas peu à alimenter l'inquiétude des auteurs de l'épofjue; ils attendaient l'appréciation de Du Caurroy dans la Tliémis avec la même impatience et la même appréhension que mettent les auteurs dramatiques contemporains à suivre au lendemain d'une première les comptes rendus critiques des grands périodiques. Le ton donné aux analyses d'ouvrages dans la Thémis contribuait ainsi encore à

(') Tables de la Thémis, v° Bibliograpiiie. Un grand nombre de ses critiques portent simplement comme signature : A. T. il., docteur en droit.

donner à celle-ci la vie de la presse politique et littéraire. Jourdan s'était d'ailleurs bien rendu compte du précieux talent de son collaborateur; ainsi que la reconnu Du Gaurroy lui-même ('), c'est lui qui lui suggéra les meilleures de ses critiques; cet aveu, parfaitement honnête, s'il rehausse encore Jourdan, n'est pas sans nuire à la personnalité de son auteur.

Quoi qu'il en soit, la contribution matérielle de Du Gaurroy à la Thémis se ramène, presijue exclusivement, à des critiques sur toute sorte d'ouvrages et toute sorte de matières. Si, h ce })oint de vue, il fut le collaborateur fidèle et dévoué de Jourdan, si notamment il releva les erreurs et les fausses conceptions des auteurs, s'il s'attaqua avec une vigueur particulière aux auteurs de droit romain, qui s'inspiraient des vieilles méthodes, il faut bien reconnaître qu'<% ne trouve pas dans la Thémis l'élaboration de théories positives, de la part de Du Gaurroy. D'autre part, il fut en dehors de la Thémis exclusivement romaniste. Professeur de droit romain à la Faculté de Paris, il suivait dans son enseignement les principes de l'Ecole historique, divisait son cours en plusieurs périodes conformément aux données de l'histoire et faisait laci^tique des textes; il édita le texte des Institiite:^ de Justinien et le traduisit; son œuvre en dehors de la Thémis est par son caractère même, nous le verrons, de nature à nous guider pour la détermination de la place qu'il occupa dans la direction de la Thémis. Mais il est nécessaire, avant de nous livrer à cette recherche, d'exposer quelle fut la coUaboratiou matérielle de Blondeau à la revue ; les rôles de Blondeau et de Du Gaurroy sont, en quelque sorte, connexes et se définissent Fun par l'autre.

(') Notice sur Jourdan, Thémis, VIII, 1" part., p. 154.

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Blondeau fut aussi professeur de droit romain à la Faculté de Paris ; après avoir participé à la publication de ÏEcloga jiiris civilis avec Jourdan et Du Caurroy, il composa seul, k l'exemple de ce dernier, des recueils de textes; il donna même son patronage à la traduction des bmtiUitPS de Justinien par Bonjean. Enfin son enseignement était également conforme aux doctrines et à la méttiode de l'Ecole historique. D'après leurs biographes, l'enseignement de ces deux romanistes se distinguait surtout en ce que les leçons de Du (laurroy étaient moins profondes que celles de Hlondeau, mais plus limpides. Malgré cette similitude de carrière et d'occupations professionnelles, la contribution de Blondeau à la Thémis fut tout à l'ait différente de celle de Du Caurroy et traduisit bien les tempéraments si différents de ces deux jurisconsultes. Blon<leau fournit à la Thêmis, quelques dissertations de droit comparé ou plutôt peut-être de droit étranger et de nombreuses études sur des théories générales du droit, telles que la prestation des fautes, les méthodes de classification en droit privé, l'effet rétroactif des lois {'), etc. En cela, il se rapprochait des tendances d'esprit de Jourdan. Blondeau fut d'ailleurs considéré par ses contemporains, surtout dans la première partie de sa vie, presque comme un philosophe (*).

(') Tables de la Théinis, v° Blondeau.

(^) Nous nous contenterons de citer deux témoignages. A propos de la traduction des Institutes par Honjean et du choix de textes dont IMondeau la faisait suivre, la Revue Wolowski ('crivait : « Qu'il nous soit permis d'attendre quelque chose de plus de l'auteur des Essais de législation et de jurisprudence. I.a véritable mission de M. Blondeau, c'est ce (ju'on appelle ordinairement la philosophie du droit... Espérons que les occupations fastidieuses du décanat n'empôchelont pas le savant professeur d'aller en avant dans la nouvelle voie qu'il s'est frayt'e et de continuer à y servir do guide à ceux à (jui il a inspiré le goût et fait sentir le besoin d'une étude du droit plus pliilosopiiique (jue celle (jui est encinc lvn\) gi'néralenienl en faveur

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