‹ La ThémisChapitre 33 sur 107 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I

fond les sources, mais il laisse de côté les résultats des travaux de l'École allemande, soit qu'il ignore la langue, soit que son orgueil national ne veuille pas nous faire l'honneur d'avouer avoir appris quelque chose de nouveau chez nous » ('). Ainsi donc. Du Caurroy fut désavoué par la Tliémis elle-même! 11 faut ajoutei- qu'en dehors de ces graves critiques venues de jurisconsultes particulièrement autorisés, tout le monde s'accordait pour reconnaître que depuis la disparition de la Thémis, rien d'original et de vraiment scientifique n'était sorti de la plume de Du Caurroy (-). Le même reproche pouvait être adressé à Blondeau, à peu de chose près. Lui aussi se cantonna presque exclusivement dans la composition de recueils de textes et d'ouvrages élémentaires à l'usage des étudiants. Tout comme Du Caurroy, il tomba dans les erreurs qu'avait combattues la Thé- ?nis et soutint des thèses en opposition directe aussi bien avec les conceptions de Jourdan qu'avec sa propre réputation de philosophe. Nous n'en voulons pour preuve que son célèbre Mémoire sur l'autorité de la loi, lu à rAcadémie des sciences morales et politiques, et si justement flétri par M. Gény (^) à l'époque contemporaine. Se mettant en opposition directe avec l'Lcole historique, Blondeau ose y déclarer que w la loi doit être actuellement la seule source des décisions juridiques », et a s'il y a doute ou insuffisance

(') Warnkœnig, ibid., p. 348.

C) Dans une forme qui pourrait être rapprochée de celle qu'employait à l'égard de ses adversaires Du Caurroy lui-même, un de ses contemporains a écrit à ce sujet : « M. Du Caurroy depuis près de quarante ans en est resté à ses éditions, à ses traductions et à ses explications des Institutes. Tout fier du petit service qu'il a rendu à la science en débarrassant le droit romain du commentaire obligé et en le ramenant à l'étude des textes, le professeur a placé sur ce fonds sa gloire et sa fortune ». La liltéralurc française contemporaine, par Souandre et Bourquelot, v° Du Caurroy.

(') Gény, Méthode d'interprétation en droit poi^itif prive, p. 80.

dans la loi, il récuse les lumières de la conscience ou de la raison; il n'hésite même pas à dire que si le juere se trouve en présence d'une loi ambiguë ou de lois contradictoires et que la pensée du législateur lui échappe, il aura des motifs aussi puissants pour s'abstenir que pour agir, et devra considérer ces lois comme n'existant pas et rejeter la demande » ('). On a peine à croire qu'une semblable théorie ait pu être imaginée par le cofondaleur de la Thémia. Il eût été curieux d'en lii'e une appréciation signée de Jourdan !

Tout cela prouve que Jourdan fut vraiment l inspiiviteur de la Thémis et (jue ses collaborateurs se contentèrent de recevoir ses inspirations, de subir son impulsion. Cela est certain pour Du Caurroy, qui l'a reconnu lui-même, ainsi que nous l'avons dit, et cela est vrai, <lans une moindre mesure toutefois, pour Blond eau. S'il en eût été autrement, une fois privés de Jourdan, ils auraient continué l'œuvre de la Thémis, ils se seraient dans leurs travaux inspirés de ses doctrines. Laboulaye, dans sa critique des œuvres historiques de son épo([ue, n'a pas hésité A le déclarer d'une manière formelle. <( Ce n'est pas, je crois, dit-il, sortir des limites de la ci-ilique ta plus légitime f*t la plus modérée que de montrer où [»eut mener le dédain d'une science à laquelle seul à ])eu près, dans la Tliéinis, Jniirdjiii a tendu l;i niiiiii, Joiu'ilaii qui en léguant à ses collaborateurs la gloire de son nom ne leur a malheureuseuient pas laissé l'esprit qui l'animait » (-).

(') bulletin de l'Académie des :^cii'nce!i morales et politiques (compte rendu, i840-4l, p. 4:>0\

('; l-aboulaye, La chaire lihistoire du droit et le concours, H'vue W'oloHski, l. XXVIM, p. 46.

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