‹ La ThémisChapitre 40 sur 107 · TROISIÈME PARTIE. ^ CHAPITRE I · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. ^ CHAPITRE I

avec le passé sui' des doctrines considérées par elles comme défectueuses. Gela n'exclut en rien l'amour de l'histoire; la Thémis a donné la preuve du contraire; mais si elle a cultivé l'histoire, elle n'a pas négligé et méprisé l'époque présente; il faut bien le dire, c'est cette époque qui l'a surtout occupée. La Thémis est une revue des temps nouveaux; elle s'eiïbrcera de relier ces temps nouveaux aux temps anciens, mais à tout instant on s'apercevra de ses faveurs pour la France de la Révolution, pour ses doctrines et pour la génération chargée de les mettre en œuvre.

Elle écrira à propos d'un ouvrage de Ghrestien de Poly sur la puissance paternelle, tout empreint d'une admiration sans bornes pour le passé : « Je ne puis résister à la tentation de réclamer en faveur de la génération actuelle; je ne sais si la tendresse paternelle m'aveugle, mais il me semble que mes enfants, élevés dans ces lycées dont M. Ghrestien de Poly dit tant de mal, ne sont pas plus pervertis que nous ne l'étions dans nos anciens collèges, et je me rappelle non sans honte quelques-uns de mes vieux condisciples que leur éducation n'a point préservés (les excès de la démagogie. J'avoue que j'ai peine k croire à cette décadence progressive dont on s'est plaint dans tous les temps. G'était déjà dans Horace un lieu commun f{ue ces vers :

CEtas parentum, pejor avis, tulit Nos nequiore.s, mox daturos Progeiiiem vitiosiorem.

« Avons-nous donc depuis toujours suivi cette progression décroissante? et, sans remonter si loin, car nous stM'ions ravalés trop bas, en sommes-nous réduits à être dégénérés des mœurs de la régence ? M. Ghrestien de Poly veut rétablir la morale publique par une législation

forte, (^est là une nol)le entreprise; une seule expression me choque : celle de rétablir. Je ne suis pas engoué de mon siècle ; je suis obligé de lui reconnaître bien des vices et bien des travers; mais si j'interroge Ihisloirc, elle me répond que les siècles précédents n'ont pas valu davantage; ils étaient vicieux d'une manière ditlerente, mais en somme ils ne l'étaient pas moins ».

Et la Thémh d'insister sur le caractère particulier à chaque siècle et le respect qui lui est dû. « Le caractère dominant de notre siècle, dit-elle, le principe chaque jour plus marqué de ses qualités bonnes et mauvaises, est une tendance générale vers l'indépendance de la raison. C'est pour cela (ju'il faut seconder les efforts des hommes qui, comme M. de Poly, veulent multiplier les voies d'autorité, et dompter les écarts de l'indépendance. Mais faut-il attacjuer de front comme un mal cette tendance du siècle, ou voir son principe dans la nature môme de la raison, et chercher à la régler comme étant tout à la fois un instrument de mal et de bien? C'est là une difficulté que j'ai voulu signaler, mais que je n'essaie pas de résoudre » (*).

Au fond, on voit bien l'opinion de la Thémis, surtout si l'on rapproche ce passage de tant d'autres où le « culte de la raison <> est sans cesse mis en avant, tout particulièrement par Jourdan; la Thémis était bien acquise aux idées de la Révolution. On ne peut plus en douter, si l'on prend la peine de rechercher quel était, d'après elle, le fondement du Droit.

40. Disons tout d'abord qu'on ne trouve pas dans la Thcniis des dissertations conçues sous la forme de déclarations de principe et ayant pour but immédiat et exclusif de faire connaître l'opinion do l'h^colc; juridique, dont elle était

(') 77/em/s, t. H.pi.. 120-121.

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