TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE I
S'il ressort avec évidence de ce programme que les fondateurs de la Thèmis ne faisaient pas porter d'une manière principale leurs préoccupations sur l'étude du droit romain, la manière dont le programme fut exécuté le prouve encore mieux. 11 est incontestable que la Thémis contribua à régénérer l'étude du droit romain en France; elle fit profiternotrepaysdes travaux de l'Ecole historique d'outre- Rhin et marqua dans cette renaissance son action personnelle. Les découvertes historiques passionnaient tout particulièrement Jourdan : ses dissertations sur la découverte du manuscrit de Gaius sont là pour le démontrer. Mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, Jourdan eut toujours bien moins en vue les études historiques que la science du droit, en général, et ses manifestations à l'époque contemporaine. Si l'Ecole de la Thémis s'imposa pour tâche de rénover l'étude du droit romain, c'est qu'elle comprit que la science du droit était un tout et que la connaissance approfondie de ses manifestations présentes supposait acquise celle de ses manifestations passées; telle est la raison de la place qu'elle réserva au droit romain dans son programme ; elle fit de même pour l'histoire du droit, en général, ainsi que pour la philosophie du droit; les dissertations sur ces deux matières insérées par Jourdan dans la Thémis sont là pour le prouver; aussi peut-on s'étonner de voir Laferrière faire de la philosophie et de l'histoire du droit français l'apanage de la Revue Wolowski.
Quoi qu'il en soit, les études historiques ne furent que l'un des champs d'activité dans lesquels se déploya la Thémis. En dehors même du fondement du droit qu il avait accepté, Jourdan avait une trop exacte compréhension des besoins de son époque pour ne pas ?e rendre compte des avantages inhérents à une codification, et des facilités apportées par le Code civil pour la solution des conflits
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d'intérêts privés; aussi l'iulorprétation du Code civil étaitelle un des ai-ticles essentiels du progranune de la Thànis et fut-elle IDbjet des préoccupations de ses rédacteurs; en outre des dissertations qu ils lui consacrèrent, pas un ouvrage de droit français ne parut qui ne fût l'objet d'un sérieux examen critique. Mais Jourdan avait en même temps des vues trop larges et une trop haute conception de la mission du jurisconsulte pour comprendre l'étude du Code civil à la manière de son époque; loin d'être envisagé comme une œuvre à l'abri de toute critique et devant laquelle tous les jurisconsultes devaient s'incliner, le Gode civil fut, au contraire, l'objet de discussions de la part de la Tkémis. Jourdan et ses collaborateurs réduisirent sa portée à de justes proportions; ils signalèrent ses défauts et ses lacunes en même temps qu'ils recherchèrent une méthode d'interprétation plus souple que celle en cours et de nature à mieux adapter la nouvelle législation aux besoins de chaque jour. Ce serait donc une erreur de croire qu'il a fallu arriver à la Revue criticjue pour voir le droit civil « considéré comme science d'application •> ('), Les dissertations de Jourdan, Déniante et Du Caurroy, pour ne citer que les principales, nous montreront d'une manière tangible la place occupée par le Code civil dans la Thémis.
Ainsi la Thémis heurta l'Ecole historique sur le terrain pratique comme elle l'avait heurté dans ses conceptions fondamentales; elle rejeta le dogme de l'aversion pour toute codification. Mais elle se garda en même temps de tomber dans le tort inverse. L'Ecole historique, à ses débuts, ne reconnaissait comme source du droit que la coutume ; l'Ecole de la Thémis se garda de remplacer
(') Laferrière, lutioduclion aux tables de la Revue critique, p. lxii.