TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE III
apparente que présentent les articles 692 et 694. Chaque article a son objet distinct et chacun doit recevoir son application au cas qui lui est propre » (').
Déniante est tout entier dans cette dissertation ; pour lui, quand le législateur a parlé, il ne reste plus qu'à s'incliner ; toute la difîculté est de découvrir, quand elle n'apparaît pas clairement, l'intention du législateur et de la justifier. Quant à cette tâche, elle n'appartient pas à la jurisprudence, mais aux jurisconsultes seuls. Il le dit clairement dans une dissertation sur l'ordre des divers privilèges : « ce que les tribunaux ne peuvent exécuter, c'est aux jurisconsultes à le tenter, eux qui, dans leurs travaux, embrassant l'ensemble de la législation, peuvent apercevoir d'un seul coup d'oeil toutes les parties dont la réunion formerait l'édifice. C'est à eux de coordonner toutes ces parties d'après l'esprit du législateur, de combiner tous les articles de loi, et d'assigner à chaque privilège la place qui lui appartient comparativement à tous et à chacun des autres » (- . De fait, toute la dissertation de Déniante est rédigée d'après cette méthode, sur laquelle en terminant il prend encore soin d'insister. i( Tels sont, dit-il, les résultats où nous ont amenés l'interprétation et la combinaison des divers articles de loi relatifs aux privilèges sur les meubles ■>.
53. Si toute l'œuvre de la Thémis en matière de droit civil avait été dans ce genre, le recueil de Jourdan n'aurait par mérité la célébrité qui a été la sienne; elle aurait simplement ouvert la route à l'interprétation exégétique, qui accapara une bonne moitié de l'activité juridique du dix-neuvième siècle.
(') Thémis, t. VI, pp. 473-480.
(*; Thémis, t. VI, p. 132.
liC directeur <le l;i J /lêjHls avait lieureiiseineiil d'autres concej)tions cl L;'rAce à lui son i-eciieil ct-ousa eu matière de di'oil civil eoumie en toute autre matière un sillon qui ne d(!vait être suivi ({ue bien longtemps après. Jourdan se rendit iuimédiatenient compte du plus grave défaut qui pouvait être reproché au Gode civil : l'organisation du crédit immobilier. Mais avant de s'attaquer à cette question et de la traiter d'une façon mag-istralo, Jourdan estima nécessaire de faire connaître sa méthode générale d'interprétation du droit civil et la compréhension qu'il avait de cette branche du droit. I^e Traité des: serviluilrs de Pardessus lui servit d'occasion. 11 mit à profit le compte rendu de cet ouvrage pour esquisser avec une ampleur de vues, ([ui n'a pas été dé[)assée, ses con/3eptions en cette matière et dégager la directiou qui, à ses yeux, était seule capable de donner des résultats. < Depuis que les écoles de droit ont été rétablies en Franco, dit-il, et que le nombre des gradués s'est augmenté dans une progression toujours croissante, les jurisconsultes ont commencé àse diviseren deux classes et à partager entre eux les divers travaux de la science. Les uns voués à la pratique, entourés d'une nombreuse clientèle, marchent sur les traces des Patru, des Lemnître, des Gerbier, des Bonnières. Ils sont même plus heureux que leurs devanciers; leurs noms sortis de l'étroite enceinte du barreau l'otentissent dans la France et dans toute l'Furope. Les antres, livrés <à l'étude scientifiifue du droit, veillent au dépôt des saines doctrines et au maintien des principes du juste, dont les lois humaines doiv(!nt présenter l'expression. Initiés dans les hauts mystères de la science, ils signalent les vices de la législation existante, ils en sollicitent le pei-reclionnemenl. Ce sont les [)rêtres du temple de Thé mis.
<( Ainsi se distinguent deux familles de jurisconsultes,