‹ La ThémisChapitre 54 sur 107 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE III

pour chacune ^lesquelles se publient deux espèces d'ouvrages de formes différentes. Les uns, destinés exclusivement au barreau, contiennent de courtes annotations sur les textes du droit national, des analyses d'arrêts et la solution d'un grand nombre de questions; la dénomination qui leur appartient est celle de commentaires, qu'ils se produisent ou non sous ce titre. Les autres offrent une combinaison, un rapprochement perpétuel du droit romain et du droit français, de l'ancien et du nouveau droit. Au lieu de se livrer perpétuellement cà l'examen des questions particulières, les auteurs s'élèvent à des considérations générales, ils embrassent, ils fondent des systèmes, ils composent des traités.

» Dans laquelle de ces deux divisions devons-nous placer l'ouvrage sur les servitudes?

•1 La première édition a paru dans un temps où le Code civil excitait en France une admiration exclusive: c'était une œuvre sans défaut, c'était la raison écrite, et la plupart des jurisconsultes ont épuisé, à l'égard de cette production nouvelle, toutes les formules de l'adulation ; c'était à cette même époque qu'Heineccius triomphait dans nos Ecoles et introduisait dans la science la méthode synthétique au milieu des applaudissements universels. Admiration pour le Code civil, admiration pour Heineccius, tel était alors le fond de l'esprit public dans le monde des jurisconsultes. Le Traite des Servitudes a été composé sous cette double influence; partout nous en reconnaîtrons des traces, même dans cette cin(|uième édition. Ainsi, dans l'ouvi-age entier, vous reconnaîtrez à peine deux observations critiques sur les dispositions du Code civil, et cependant peu de titres eussent fourni matière cà un plus grand nombre d'observations de ce genre. Voudrait on prétendre que le jurisconsulte doit se borner à interpréter la pensée du législateur sans dénoncer les

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vices de la loi? Ce serait frapper la science de stérilité, la condamner à une stagnation éternelle. Les droits de l'écrivain et les devoirs du professeur ne doivent pas être confondus, <d soutenir que cette critique de la législation dépasse les devoirs des jurisconsultes, ce serait leur refuseiun droit qui est accordé à tous les citoyens et dont les jurisconsultes semblent appelés le plus spécialement à faire un usage éclairé; ce serait les forcer d'abdiquer un des anciens privilèges de leur profession et oublier que la liberté de discussion dans les lois civiles est l'aînée de la liberté politique...

» L'avantage de la science, l'exemple des jurisconsultes anciens, linlérêt de la chose publique, tout nous enseigne que pour interpréter la loi il faut la juger (') ».

Jourdan est revenu plusieurs fois, pour la honnir, sur l'interprétation purement littérale et dépourvue de toute élévation, de tout caractère scientifique. 11 a dit notamment : '< Il faut combattre cette tendance perpétuelle de la jurisprudence à se résoudre en intérêts individuels; il faut que les jurisconsultes ne dégénèrent pas en casuistes, et que, placés pour ainsi dire sur une hauteur, ils découvrent et saisissent tout à la fois l'ensemble et les détails de la science; il faut enfin que la raison domine tout, préside à tout, règne partout en souveraine; rdle ne doit jamais obéir en esclave, enchaînée par dos formes ou subjuguée par des autorités. Ainsi et sous ses auspices, s'élèvera parmi nous une qn.itrième Ecole qui, forte de la triple alliance de la philosophie, de la jurisprudence et de la littérature, j^uiscra le, droit à ses sources, l'étudiera dans ses monuments et ne dédaignera ni les secouis du style, ni les ressources de l'éloquence (^) ».

(') Thémis, t. il. pp. 247-249.

(') Themia, t. il, p. 70.

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