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CHAPITRE IV

Apparition de la science du droit comparé. — La « Thémis » établit son fondement et sa portée; elle en fait les premières applications.

63. La Thémis fut tout naturellement amenée à jeter les fondements de la science du droit comparé. Le but même de sa publication devait fatalement l'y conduire. La Thémis se proposait de mettre en relations les jurisconsultes du monde civilisé et d'arracher ainsi notre pays à un isolement scientifique qui, sous le prétexte d'un patriotisme et d'un nationalisme déplacés, entravait tout progrès. Warnkœnig écrivait au lendemain de la disparition de la Thémis : « 11 fut un temps, dont le souvenir fait encore njtre joie, où l'union, rompue depuis des siècles entre les jurisconsultes de France et d'Allemagne, commençait à se renouer et promettait, par la fusion de la finesse de l'esprit français et de la profondeur germanique, une nouvelle période de gloire à notre science. Un commerce littéraire s'était établi entre Paris, Gœttingue, Heidelberg et Berlin, et les Pays-Bas servaient d'intermédiaire aux relations scientifiques de la jurisprudence française et de la jurisprudence allemande. La publication d'un journal rédigé par des jurisconsultes parisiens avec la collaboration des jurisconsultes allemands, la Thémis, était le signe d'une réforme imminente. L'Ecole nouvelle eut à combattre d'abord les préjugés nationaux et la

jalousie, et elle sortit victorieuse de cette lutte -) (']. Savigiiy ne s'exprimait pas autrement en annonçant l'apparition de la Thé mis; lui aussi constatait et regrettait l'abaissement des études de droit en France depuis le xvi' siècle et proclamait la nécessité de l'union des savants du monde entier pour assurer les progrès de la science (*).

Jourdan commença, nous lavons dit, par rêver do réaliser cette union sur le terrain de l'histoire et du di'oit romain. Il s'éleva ensuite progressivement à la notion du droit comparé et eut la piemière idée de la création dune Société de législation comparée. Cet acheminement était forcé. Du moment où la Théniis entendait étudier le Code civil à un point de vue critique, elle devait fatalement faire appel au droit comparé pour y chercher ses inspirations et ses projets de réforme.

La Thémis précisa, à plusieurs reprises, le but et la fonction du droit comparé. « Ce serait, dit-elle, se former une idée étroite, une idée bien fausse de la science du droit que de la considérer comme circonscrite <à l'étude des lois de tel ou tel pays. Le jurisconsulte devrait avoir quelques notions des «litférents systèmes de législation et idus particulièrement encore de ceux qui régissent les peuples avec les(piels nous avons des relations habituelles. A 1 époque où le gouvernement a réorganisé l'Ecole de di(jit de Pai'is sur un plan plus vaste, peut-être eùt-il été digne de sa sagesse de créer une chaire spécialement consacrée à l'enseignement du droit étranger. Mais on peut suppléer jusqu'à un certain point à l'absence de cette inslitulion en propageant le peu de données que nous avons en France sur les lois des nations voisines » (^).

(') Revue Wolowski. t. V, p. 337.

(') Savigny's Zeitschrift, t. IV, p. 482 et suiv.

(») Thémis, l. IV, p. 1 et suiv.

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