CHAPITRE V
retenir, c'est que la Thémis a eu la vision très nette du rôle de la jurisprudence; ses conceptions en cette matièi'e ont fait fortune dans la suite; si elles n'ont pas immédiatement prévalu, la cause en est toujours dans la disparition prématurée de l'illustre fondateur du recueil. Il n'en est pas moins remarquable de voir de telles conceptions mises au jour à la veille de la long-ne période de l'exégèse pure. Ici comme sur d'autres points, Jourdan est par trop précurseur; pendant de longues années, l'examen des arrêts sera banni des Facultés de droit; tous les efforts seront dirigés vers le même et suprême but : la recherche de l'intention du législateur. « Homme jeune, écrira Taulier en 1840, j'ai compris la nécessité, j'ai éprouvé le besoin d'être de mon siècle... J'expose donc la loi considérée dans son individualité actuellement vivante; oubliant le droit romain, l'ancienne jurisprudence et la jurisprudence moderne, c'est par elle même que je développe la loi et que je l'explique... Je révèle les questions les plus graves qui naissent des textes; je m'efforce de montrer leur véritable origine et de placer la lutte sur son véritable terrain; je me demande comment le législateur aurait prononcé lui-même pour être conséquent avec ses autres volontés ou pour ne pas heurter la nature générale des choses... Quant à la jurisprudence des arrêts, qui est la science relative du droit, c'est-à-dire la science dans ses rapports avec les caprices des faits et dont je ne saurais trop blâmer la complaisante intervention dans les œuvres théoriques, elle peut fort bien être soumise à une analyse
raisonnée Que quelqu'un se livre à cette patiente
décomposition des arrêts relatifs aux diverses parties du Code civil, et désormais la doctrine pourra associer à la vie qui lui est propre et qui se compose d'éléments généraux, rationnels, invariables, les tendances et les harmo-
nies jiirisprudeutielles » (';. (^ette citation prouve mieux que toutes les dissertations combien Jourdan fut étranger à son siècle et demeura incompris de ses contemporains.
(') Taulier, Théorie raisonnée du Code ciiil, t. I, introducUon, 1840. Comp. Meynial, Les recueils d'arrêts et les arrêtistes, Livre du Centenaire du Code civil, t. I, pp. 176 et suiv., 193 et suiv.