TROISIÈME PARTIK. — CHAPITRE VI
reconnu par tous les écrivains de tous les partis, nous n'avons qu'un simulacre de jury. Des hommes nommés par l'autorité pour juger une cause où l'autorité est intéressée, des hommes choisis dans un parti pour juger un citoyen d'un parti contraire, ne seront jamais considérés comme des jurés. Ce sont des commissaires; or, les jugements par commissaires ont été dans tous les temps considérés comme des attentats judiciaires. Témoin le mot du célestin de Marcoussi : François I", voyant le tombeau de Jean de Montaigu au château de Marcoussi, plaignait ce grand ministre d'avoir été condamné à mort par justice : « Pardonnez-moi, sire, dit le bon religieux, ce fut par (les commissaires ». Frappé de ces paroles, le roi jura de ne faire jamais mourir personne par commissaires. (Millot, Histoire de France). Il faut donc que le jury soit constitué sur de nouvelles bases. C'est en cela que nous différons des Anglais. Tout est fait chez eux, et chez nous tout est à faire. Ils n'ont qu'à conserver et il nous faut reconstruire. Leurs écrivains n'ont d'autre tâche à remplir que de ramener à l'observation de la loi ; les nôtres sont obligés de cliercher, de créer une loi nouvelle et de présenter aux méditations du législateur un bon système qu'il puisse substituer au déplorable système qui existe (') ».
On comprendra qu'en couvrant de son autorité de directeur des protestations aussi éloquentes contre les institutions arbitraires du moment, Jourdan ne devait pas espérer se concilier les faveurs ni même la neutralité des milieux dirigeants de la Restauration. La T/iémis était pour eux un organe d'opposition et Jourdan ne devait pas tarder à être tenu, comme suspect, à l'écart de l'enseignement public.
('.) Thémis, t. II, p. 215 et suiv.
CHAPITKIl VII
Inauguration par la « Thémis » de la critique juridique. — Du Caurroy et Jourdan, principaux critiques de la « Thémis ));leur méthode respective; Du Caurroy, censeur impitoyable et acerbe; rôle modérateur de Jourdan. — Rappel de quelques examens critiques célèbres ; exécution retentissante par Du Caurroy de la théorie de Toullier sur les tiers et les ayants cause; réponse à faux de Toullier ; réplique décisive de Du Caurroy ; intervention de Jourdan.
70. La Thémis a été heiircuseiiienl égalée, sinon dépassée, sur certains ptjinls de ses doctrines, par les revues qui l'ont suivie; elle avait ouvert la voie du progrès juridique et jeté au-devant d'elle des jalons qu'il suffisait de suivre; ceux qui sont venus après elle n'ont pas manqué de profiter de son œuvre et de la perfectionner. Il est toutefois une matière sur laquelle la T/té)nis n'a trouvé, à proprement parler, ni imitateui's, ni o<intinuateui's: nous visons la critique Juridique que la Thémis inaugura si brillamment et d'après une méthode qui lui est restée propre. On peut parcourir les revues juridiques du xix* siècle et du XX*; les examens doctrinaux à la manièi'e de la Thémis ne s'y retrouvent plus.
71. En les inaugurant, Jourdan se proposait deux buts : i;n but négatif tout d'abord : décourager les auteurs d'ouvrages sans valeur, qui ne pouvaient avoir d'autre résultat que de discréditer la science française; un but positif, en