‹ La ThémisChapitre 73 sur 107 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII

secoad lieu : redresser les erreurs renfeririées dans les ouvrages de valeur et contribuer ainsi au perfectionnement de la production scientifique.

72. Presqu'au début de son apparition, la T/témis déplorait par la plume quelque peu prétentieuse de Dupin aîné le débordement douvrages sans valeur auquel on assistait. A vrai dire, Dupin aurait pu se souvenir plus tard avec fruit, à Toccasion de la publication de ses nombreux manuels, des réflexions suivantes : « A une époque, écrivait-il, où la France comptait tant de jurisconsultes laborieux et profonds, tant d'orateurs distingués, d'Aguesseau déplorait déjà la décadence du barreau et signalait comme causes de cette décadence, les sciences négligées, les muses désertes, la paresse victorieuse de lapplication, le travail regardé comme le partage de ceux qui n'ont pas d'esprit et dédaigné par tous ceux ({ui croient en avoir. « Nous méprisons, disait-il, l'utile, le nécessaire secours de l'étude; nous voulons devoir tout à notre esprit et rien à notre travail ». Combien notre âge a mieux mérité ces reproches! On semble avoir perdu le goût des études approfondies ou le courage de s'y livrer; on se contente d'acquérir des connaissances superficielles, des notions sommaires qu'on se hâte de produire avant de les avoir mûries par la réflexion.

» Les antiquités de notre droit sont ignorées ; l'ancienne constitution du royaume, les détails, les vices, les avantages de son administration ne sont connus que d'une manière inexacte et incomplète; il est une masse d'idées générales, qu'on trouve dans quelques auteurs, qu'on admet, qu'on répète; puis on part de là, on discute, on tranche sur le droit public ou privé de la France, sur la législation, sur son histoire, et l'on se croit publiciste ou

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jurisconsulte. La plupart de nos écrivains semblent s'être dit :

Tu n'as pas beaucoup lu, ni beaucoup médité; Qu'importe ! le savoir, au fait, est peu de chose; S'instruire est superflu; vois, n'apprends rien, compose.

» De là, ce déluge d'ouvrages légers et superliciels dont nous sommes inondés. A peine voit-on apparaître de loin en loin quelque livre où i on trouve des vues profondes, des recherches savantes, des méditations utiles » (').

Et Du Caurroy ajoutait quelque temps après, avec le sans-gêne qui lui était habituel : « La création d'une chaire nouvelle dans quelque partie que ce soit est uti événement dont l'inlluence bonne ou mauvaise s'étend même aux spéculations commerciales; l'espoir que conçoivent aussitôt les libraires ou autres spéculateurs de vendre du papier imprimé se réalise avec perte ou gain, selon que les livres passent ou dans la main des épiciers ou dans celle des étudiants » (*).

73. Jourdan garda la direction de la critique juridique de la T/iémis, aussi bien que celle de toutes ses autres parties. C'est lui qui recevait les publications nouvelles et les distribuait entre ses divers collaborateurs, ainsi ([ue nous l'avons déjà dit. Mais il fut, à ce point de vue, largement aidé par Du Caurroy et, peut-on dire, suppléé par lui, tout au moins en ce qui concerne le premier but à atteindre, la mort des ouvrages dépourvus de tout caractère scientili(]uc. Du Caurroy se chargea de les exécuter radicalement et par tous moyens. 11 est extrêmement curieux, à uu siècle de distance, de parcourir ses comptes

(') rhémis, t. 11, p. 106.

(«) Thémis. t. 111, p. 461.

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