TBOISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VII
rendus de mémentos ou d'ouvrages similaires, dans lesquels le redoutable critique s'en prend au moins autant à la personnalité de Fauteur, à ses titres, à sa capacité qu'à l'objet du livre. Malheureusement, Du Gaurroy appliquait parfois une méthode quelque peu approchante aux ouvrages dignes d'estime dans leur ensemble ou tout au moins émanant d'écrivains réputés. C'est alors que l'action modératrice et le tact de Jourdan se faisaient sentir; en vrai directeur responsable, il intervenait, essayait de panser les blessures occasionnées par son critique impénitent et souvent se substituait à lui, s'il était encore temps, s'il s'agissait d'une publication en cours. C'est ce qui se produisit, nous le verrons, à l'occasion de la célèbre critique de la théorie de Touiller sur les tiers et les ayants cause.
74. Cela dit, il est certain que Du Caurroy n'eut pas son égal pour exécuter les diverses catégories d'ouvrages qui paralysaient l'activité scientifique de cette période. Ecoutons-le railler, à propos d'un nouvel abrégé des Institutes, les mémentos, déjà suprême secours des étudiants de l'époque :
« Un abrégé des Institutes, dit-il, est, à peu de chose près, 1 abrégé d'un abrégé; et, dans ce genre, rien n'égale la stérilité des livres que la presse multiplie chaque jour
pour les étudiants en droit Je ne sais comment la
science du droit romain est devenue tout à coup si simple et si facile ; mais je sais à merveille qu'on la renferme aujourd'hui entre moins de trois cents pages. Je ne sais pas s'il existe entre les génies d'un siècle et ceux d'un autre la même proportion qu'entre le format de leurs œuvres, mais ce qu'il y a de certain, c'est que notre siècle n'est pas celui des in-folio. Lesin-18 obtiennent une préférence décidée, et la preuve, si j'en manquais, me serait fournie par le Compendiwn de Delusseux qui, malgré les
324 LA TUÉMIS
succès obtenus jadis sous un autre format, vient à sa cinquième édition subir la loi commune. Le voilà corrigé et resserré en un volume in-18; la prochaine fois, ou le
mettra sans doute par deiuandes et par réponses A la
réori;anisation de 1 Ecole de Paris, parmi les abrégés qui parurent et tous dans le même format, le plus célèbre fut V Enchiridiiun, ouvrage composé en société par deux bacheliers et peut-être même d'abord par deux étudiants en droit. C'était une chance de plus pour un livre qui les réunissait toutes en sa faveur. Ce n'était ni un commentaire, ni un traité; à cet égard, il n'y a pas le moindre doute : c'était un catéchisme, un examen tout fait. Une première édition s'épuisa rapidement; plusieurs tables synoptiques ajoutées à la seconde en assurèrent le débit, et si la troisième reste oubliée, c'est depuis que les auteurs ont pris avec le titre de licenciés le titre d'avocats : in foro pair oui » (').
Le genre de Du Caurroy se précise encore mieux quand il estime qu'un auteur n'a pas su mesurer ses forces et a entrepris une œuvre qu'il ne pouvait pas mener à bien. On sent la plume du critique guidée par un mélange d'indignation et de pitié. Que penserait-on, à l'heure actuelle, de la simple civilité d'un critique, qui oserait publier un compte rendu semblable à celui que Du Caurroy consacra à un Traité des îiuUités, dû à Biret, le trop fameux traducteur du Digeste. Rien n'est épargné au malheureux Biret! Sa médiocrité, son incapacité sont mises en relief, son œuvre fastidieuse de la traduction du Digeste et de « l'application au Code civil des luslitutes et des cinquante livres du Digeste » est rappelée d'une façon ironique (*).
(') T/tem/s, t. il, pp. 83-85.
(») Du Caurroy écrivait quelque temps après au sujet de cette Ira-