CHAPITRE Vil
ditiou première est un peu rigoureuse, mais je ne puis en
faire grâce Pour éviter d'aussi lourdes fautes et de
plus lourdes encore, il faudrait, je le répète, ou renoncer à écrire l'histoire du droit ou apprendre le droit avant d'en écrire l'histoire. On ne fait ni l'un ni l'autre, nejno jus ignorare praesumitur ; ceux qui n'en connaissent pas davantage, armés de cette heureuse présomption, se croient dispensés de prouver leur science ; mais la preuve contraire n'est pas interdite et ils ne tardent pas à la
fournir contre eux-mêmes Gibbon n'a jamais entendu
les lois romaines et son traducteur n'a jamais lu notre Code civil. C'est une vérité qui résulte à chaque page des expressions bizarres à travers lesquelles on aperçoit quelquefois ce dont l'aufeur a voulu parler sans pouvoir l'exprimer; quelquefois aussi ce qu'il avait exprimé, sans que le traducteur ait pu le rendre en français..... Je pourrais prouver par beaucoup d'autres exemples que l'histoire n'est point une science indépendante de l'objet dont elle s'occupe, et la démonstration à cet égard pourrait être
plus longue sans être plus complète ».
Et qu'on ne vienne pas, pour justifier Gibbon et Guizot, dire que leur ouvrage est une histoire philosophique. « Pour les véritables jurisconsultes, répond Du Caurroy, la philosophie du droit n'est qu'un désir sincère qui nous porte à découvrir la vérité par toutes les recherches et par tous les travaux possibles, à concilier le législateur avec la raison et à le justifier de reproches que souvent il ne mérite pas. Chez ceux qui écrivent ou parlent sur une science qu'ils ne connaissent point , la philosophie est une expression vague, dont je ne pourrais pas définir le sens, mais par laquelle chacun désigne une qualité privilégiée dont il est pourvu et qui le dispense d'apprendre pour savoir. Dans les uns, c'est la présomption, la confiance
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de l'honiiiie qui se croit universel; chez un autre, c'est l'esprit de système, et chez plusieurs, c'est l'habitude » ('). 75. Quelle (lifleience dans le ton, ({uand Jouidan vient s'attaquer à son tour à Villeniain et à Guizol pour le même motif que Du Caurroy, au premier à l'occasion de la traduction d'un fragment de la liêpublique de Cicéron, au second à propos de ses Essais sw l'histoire de Finance : « C'est à regret, je l'avoue, écrit-il à la fin de sa ci'itique sur Guizot, que je me suis déterminé à publier cette lettre ; mais lorsque, dans tous les ouvrages étrangers, je trouve chaque jour des reproches amers contre la légèreté d'un peuple (pii a produit (^ujas, Ducange et tant d'autres auteurs d'un profond savoir et d'tuie vaste érudition, j'ai dû, au nom des amis sincères et nombreux de la science, déposer dans la Tliémis cette protestation contre un ouvrage aussi peu digne de la juste célébrité de l'auteur que de l'état actuel des études historiques en France » (-).
(') Thcmis, t. Il, p. 486 et suiv.
(') Thémis, t. VII, pp. 27 et suiv. II convient de remarquer que si Jourdan proteste de la même dt'ff''rence envers Villemain qu'envers Guizot, il le ménage toutefois beaucoup moins; à dire vrai, son style se rapproche par moments de celui de Du Caurroy, sans jamais malgré tout atteindre son acuité. De plus, Jourdan s'efTorce en terminant d'excuser Villemain, ce que l'impitoyable Du Caurroy n'aurait jamais fait. Nous donnons quelques extraits de cette int»'ressanle critique du directeur de la Thémis, écrite sous la fonne d'une lettre à Irving.
« Si la langue du droit, écrit-il, formait à Rome une langue populaire, elle n'en était pas moins un idiome particulier : de là, ces expressions techniques, ces formules, qu'on ne peut facilement com|trendre, ;i moins qu'on ne se soit livré à l'i-tude spéciale des monuments originaux de la jurisprudence romaine, et qu'on ne peut traduire qu'imparfaitement dans notre langue, si l'on n'a pas aussi une connaissance approfondie tlu vocabulaire de la jurisprudence française On ne doit plus s'étonner si, faute de connaître
la langue juridi(}ue, M. Villemain tremble, hésite toutes les fois