TROISIÈME PARTIE. — CHAI'ITRE VII
Ces quelques lignes définissent adnairablement dans leur simplicité la méthode de Jourdan en matière de critique. Non seulement il respecte les répulations justement établies, mais une modestie toute naturelle le porte de plus à ne jamais user que d'une critique modérée dans le fond et dans la forme, ce qui n'exclut pas la fermeté. Autrement dit, Jourdan exprime toute sa pensée, mais il
qu'il se présente quelques phrases de droit; son style se décolore, son imagination s'éteint; il devient obscur et même inintelligible Je parcours les deux livres restitués par M. Villemain.
Erreurs de chronologie, hypothèses hasardées, suppositions de lieux et de faits, et qui font de la grande antiquité je ne sais quelle bizarre et mesquine utopie; l'auteur s'écarte à chaque instant de la vérité historique; et vous n'apprendrez pas, sans quelque surprise, que les travaux de M. Villemain sur les mœurs et les institutions du peuple-roi sont beaucoup plus romanesques que les romans historiques de votre inimitable compatriote.
» N'allez pas croire. Monsieur, qu'en relevant ainsi les nombreuses erreurs échappées à M. Villemain, j'aie voulu déprécier un des littérateurs qui honorent le plus mon pays. Mon unique dessein a été d'indiquer le mal ; le remède est facile à découvrir, vous l'avez trouvé comme moi.
» I^our seconder les progrès de notre littérature classique et de nos études en histoire, et pour propager des connaissances que possèdent aujourd'hui un si petit nombre de gens de lettres et d'historiens français, il suffirait d'établir, soit auprès de la Faculté des lettres, soit au Collège de France, des chaires d'histoire du droit. On en compte vingt-cinq ou trente en Allemagne et nous n'en avons pas une seule en France. Si cet enseignement eût existé parmi nous, M. Villemain ne se serait pas trompé sur le sens de presque tous les passages relatifs au droit et il nous aurait enrichis d'un véritable chef-d'œuvre. Si ou eût donné des leçons d'histoire du droit romain, à Oxford, h Cambridge, etc., je suis persuadé que votre compatriote Gibbon n'aurait pas non plus commis les fautes que lui reproche M. T)u Caurroy dans la Thémis et que M. Warnkœnig a corrigées dans la nouvelle édition du chapitre XLIV de l'Histoire de la décadence de l'Empiie romain ". Thémis, t. V, p. 417 et suiv.
y apporte la manière; c'est le chef d'Ecole qui, dans la forme comme au fond, ne se dé])ai'til pas de la gravité scientilique. C'est ainsi que, à propos du Trailê des servitudes et services fonciers, de Pardessus, après avoir vanté l ouvrage, il amorcera ainsi sa critique : « Ce juste tribut d'éloges que nous nous plaisons à payer au savant auteur du Traité des servitudes, ne nous défend pas de le traduire (levant le tribunal do la critique Si sa méthode nous parait vicieuse, ne devons-nous pas déclarer notre opinion, afin que d'autres, trompés par ce brillant exemple, ne s'égarent pas dans la même voie? Si dans l'abondance de solutions particulières qui font de cet ouvrage comme un nouveau Digeste rempli de décisions saines et lumineuses, (juelques-unes de ces solutions nous semblent erronées, n'est-il pas d'autant plus nécessaire de les combattre, que, recommandées par l'autorité d'un grand nom, elles seront peut-être sanctionnées par la jurisprudence et pourront ainsi acquérir en quelque sorte force de loi? Parlons donc avec toute la franchise (jue l'intérêt de la science nous paraît commander; la criti(|ue peut sans danger se montrer sévère lors(|u'elle s'adresse à un bon livre (') ».
76. Nous en aurions presque assez dit pour montrer les caraclèies de la critique juridique de la T/témis ef marquer les méthodes si difl'érentes de Jourdan et de Du Caurroy. Notre étude serait toutefois incomplète si nous ne rappelions la célèbre controverse qui s'éleva entre Touiller et Du Caurroy, à la suite d'mi examen criti(pie lait par celui-ci; cette controverse, peut-on dire, constitue 1 un des événements qui, à raison des personnalités
(') Tlicmi^, L II, p. 275 H suiv.