‹ La ThémisChapitre 86 sur 107 · TROISIÈME PARTIE, — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, — CHAPITRE VIII

peuple, disait-elle, n'est pas d'un moindre intérêt que l'état même de sa législation. C'est une vérité qui ne peut être contestée que par ceux qui n'envisagent la connaissance des lois que sous le rapport du lucre qu'elle peut leur procurer. On pourrait même aller plus loin, et si l'on considère, dune part, le but de toute législation ef, d'autre part, les résultats nécessaires d'une école éclairée, source d'instruction pour tous ceux q.ii doivent remplir les charges de la magistrature ou peupler lo barreau, on croira hasarder peu en disant que la direction de l'enseignement et l'élat de la science du droit ont sur le bonheur d'un peuple plus d'influence que la législation elle-même.

» Ce n'est pas que nous voulions prétendre qu'on doive conserver des lois vicieuses, lorsque l'on a de bons jurisconsultes; mais nous voulons seulement dire qu'il est plus dangereux d'avoir des magistrats dépourvus d'instruction que d'être régi par des lois imparfaites. En effet, la perfection des lois ne sera qu'un vain avantage, si les magistrats chargés de les faire exécuter ne sont pas capables de les comprendre ou de les interpréter, et si l'ignorance paralyse les effets salutaires de leur application sur l'ordre public, ou sur la vie civile et les intérêts privés, La loi la plus juste deviendra la plus inique lorsqu'on en tirera de fausses conséquences. Or, c'est un mal que l'instruction seule conduit à éviter, puisque les juges ne peuvent jamais être transformés en instruments mécaniques, auxquels le législateur n'aurait laissé que le soin d'appliquer un texte précis pour chaque cas particulier. Il faut que le jugement du magistrat supplée à l'imperfection ou à rinsuffisance inévitable des lois; il faut que la science, accompagnée de la probité, assure son indépendance, car l'ignorance est toujours sous le joug de l'intrigue, des préjugés et des sophismes adroitement présentés. Au sur-

plus, il serait difficile de supposer que la législation put fleurir dans un pays où l'enseignement du droit serait vicieux et suivrait une marche rétrograde; loin de s'y perfectionner, elle ne saurait échapper longtemps aux eflfets de cette décadence.

» Ces considérations nous paraissent justifier le soin que nous prenons de faii-e connaître l'organisation de l'enseignement et les méthodes en usage dans les Ecoles de droit » (M.

86. De fait, le recueil de Joiirdan ne négligea aucun aspect de l'enseignement du droit.

87. 11 n'est pas tout d'abord sans intérêt de constater à l'heure actuelle que la T/iémis se fit le défenseur de ce (jdon a appelé dans la suite l'enseignement classique ; en termes quelque peu hyperboliques, elle démontrait que celui-ci constituait la formation nécessairement pré[)aratoire à l'étude du droit. Elle disait notamment :

« Le gouvernement a semblé ouvrir une nouvelle carrière et indiquer un nouveau but, en ordonnant qu à partir du 1" janvier 1820 on ne pourrait être admis ;iux Ecoles de droit sans avoir suivi, outre un cours de helles-lettres, un cours de philosophie. Ainsi s'étaient formés les jurisconsultes romains : avant de se vouer à la jurisprudence, ils avaient cultivé la philosophie. S'ils sont les premiers jurisconsultes du monde, ils furent les meilleurs écrivains de leur siècle; et pendant qu'ils élevaient la science du droit à sa plus grande hauteur, ils soutenaient l'honneur de la littérature en décadence. Leur génie égala leur vertu et leur courage; leuis livres, c'est la raison écrite ; leur vie, c est celle des sages, leur mort, celle des martyrs. Qu ils soient donc nos guides et nos modèles. Ils furent à la fois

(<) Thémis, t. V, p. 142.

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