TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE Vlll
littérateurs, philosophes et jurisconsultes; ne séparons pas ce qu'ils avaient réuni ; empruntons les mêmes armes pour conquérir la même gloire (') •>.
88. Cela fait, la Tkémis se mettait résolument à la recherche de la meilleure méthode d'enseignement du droit et faisait connaître nettement son opinion, après avoir montré toute l'importance des questions de méthode et dévoilé aussi sans détours les vices qui paralysaient l'enseignement.
« L'influence des méthodes est incalculable, écrivaitelle. L'ordre dans lequel les idées nous sont présentées, détermine presque toujours la manière dont nous les envisageons, et le plus ou moins de justesse apparente de l'esprit dépend bien souvent des premières impressions à l'aide desquelles les connaissances nous parviennent. Ce sont des vérités assez reconnues, pour qu'il soit inutile d'y insister.
)) Des hommes supérieurs, observant la marche naturelle de l'esprit humain, ont depuis longteuips indiqué les moyens les plus sûrs d'arriver aux connaissances qui forment son domaine. 11 ne s'agit que d'appliquer leurs idées. Mais dans les sciences destinées à être le partage d'un petit nombre d'hommes, celte application est trop souvent repoussée par la force des anciens usages ; et c'est ce qu'on peut observer surtout dans la jurisprudence. Ses difficultés, le langage qui lui est, en quelque sorte, particulier, les formules dont elle est environnée, sont autant de causes qui y perpétuent la routine. Naturellement portés à enseigner comme nous avons appris nous-mêmes, nous nous croyons, en rappelant les anciennes traditions, les conservateurs du feu sacré, et nous écartons comme
(') Thémis, t. I, p. 269 et suiv.
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des profanes ceux qui voudraient appli<{uer la méthode philosophique à une élude dont nous croyons avoir le secret. Les études se continuent sur le même plan; très peu de personnes réfléchissent sur les améliorations possibles; tandis que la plupart de ceux qui s'y sont livrés, empressés d'employer dans des professions utiles et souvent brillantes les connaissances qu'ils ont acquises, n'ont pas le temps de méditer sur la manière dont elles se sont classées dans leur esprit et sur les moyens les plus propres à les transmettre à d'autres (') >k
89. Les définitions et les axiomes étaient, en particulier, considérées par la Thémis comme néfastes p<jur la culture juridique. FJle n'admettait pas qu on parte d'une définition comme d'un point nécessaire; la méthode analytique avait toutes les préférences du recueil de Jourdan; il faut aller du connu à l'inconnu; la définition, si l'on veut à tout prix maintenir cette institution, doit clore l'étude d'une matière et non la précéder.
« Chacun, disait-il, peut ici consulter sa propre expérience. Lorsqu'une idée nous paraît confuse, et pour ne pas m'écarter de mon sujet, lorsque les règles d'une matière quelconque de droit ne s'offrent pas clairement à notre esprit, rendons-nous compte de tous les éléments qui composent la notion complexe que nous voulons pénétrer, et nous trouverons que quelques-unes des idées simples qui servent à la former sont mal définies pour nous. Éclaircissons celles de ces idées qui nous présentent du doute, et la lumière jaillira sur tout ce qui nous paraissait
obscur (Concluons que la première cliosc à observer
dans l'enseignement du droit, c'est d aller du connu à l'inconnu, du simple au composé. Sans doute, il ne faut
(') Thémis, l. III, p. 7b.