‹ La ThémisChapitre 95 sur 107 · QUATRIÈME PARTIE. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. CHAPITRE I

arrêtée par la mort de Jourdan. Mais la première suffît à montrer la mentalité de son auteur.

il ne faudrait pas s'imaginer que cet état d'esprit fût un fait isolé. 11 reflétait, au contraire, les conceptions de l'époque : le procureur général Dupin ne s'exprimait pas autrement. « Qui croirait, écrivait-il, qu'à l'époque où nous vivons, on ressuscite presque contre Pothier les querelles surannées du journaliste de Leipzig, et cela en France. Il existe une petite secte qui s'efforce d'introduire le germanisme dans la jurisprudence, à l'exemple de cette autre école qui voudrait faire dominer le romantisme dans notre littérature. Ces prétentions sont également opposées à notre bon goût, à notre génie national, à l'esprit et aux besoins de l'époque où nous vivons •> (*).

Cette série d'appréciations sur l'œuvre de la Thémis prouve que celle-ci ne fut jamais comprise des contemporains (®). 11 était dans ces conditions bien difficile de lutter, surtout devant l'hostilité d'hommes aussi haut placés que Dupin. La Thémis était d'avance condamnée à un échec certain, quoique simplement momentané. Sans doute, si Jourdan avait vécu, son recueil aurait subsisté grâce à son inlassable énergie ; peut-être même que si le directeur de

(') Introduction aux œuvres de Pothier, p. lxxv.

(') Nous pourrions à cet effet ajouter d'autres témoignages à ceux déjà cités; nous nous contenterons de rapporter celui de Ch. Giraud. Dans sabibliograpliie choisie de ÏHistoire du droitromain, il s'exprime ainsi : « Terminons cette notice bibliographique par la désignation des journaux savants qui ont le [dus contribué à la propagation des bonnes doctrines et à la révolution qui s'est opérée dans l'interprétation et dans l'enseignement du droit romain. De ces journaux, un seul, la Thémis, est écrit en langue française; et l'esprit pratique est tellement exclusif et dévorant en France que ce recueil précieux aujourd'hui n'a pu vivre que pendant quelques années, malgré le zèle inouï de ses collaborateurs )i. Histoire du droit romain, Paris, 1847, p. 35.

la Thémis avait réussi à entrer à la Faculté de Paris, son enseignement en complétant son œuvre aurait assuré le succès de lentreprise, précipité l'évolution et fait réaliser par le xix* siècle à ses débuts des progrès apparus beaucoup plus lard. Quoi qu'il en soit, le milieu dans lequel était née et s'était répandue la Thémis lui était trop hostile pour qu'elle eût quelques chances de survivre à son fondateur.

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