CHAPITRE H
Du sort réservé à la méthode et aux doctrines de la « Thémis » dans la littérature juridique postérieure.
98. La disparition de la Thémh n'entraîna pas heureusement la perte irrémédiable de son programme ; celui-ci n'a pas sombré; au contraire, l'avenir a vengé Jourdan et les conceptions qu'il avait si vaillamment défendues ont fait fortune. L'évolution s'est toutefois faite lentement et la tâche de ceux qui l'ont facilitée a été rude. Si nous voulions la retracer d'une façon tant soit peu précise, nous devrions décrire le mouvement des idées dans le domaine du droit privé depuis la disparition de la rAe'mts jusqu'à l'heure actuelle; nous devrions, en d'autres termes, faire l'histoire de la science du droit privé en France au XIX* siècle pour aboutir finalement à la description de ses caractères au début du xx^ Nous nous contenterons, à cette place, de dégager, d'une part, l'action qu'a eue la Thémis sur la production scientifique contemporaine de sa durée et immédiatement postérieure, autrement dit sur la production scientifique de 1819 à 1840, et, d'autre part, (le montrer la mesure dans laquelle le programme de Jourdan fut repris et exécuté par les revues juridiques qu'a vues naître successivement le xix" siècle.
99. Le premier point est vite démontré; nous l'avons déjà fait implicitement. Le Traité de Duranton fut le point
lie départ décisif de la grande période de l'exégèse ({ui s'est prolongée presque jusqu'à la fin du xix" siècle. Toutefois, la Thôiiùs ne fut pas sans influence sur l'apparition d'ouvrages généraux, tels que le Traité t/es pruicipes fjèmraux du droit et de la législation de Hey ('), V Introduction générale à l'histoire du droit {*) et la Philosophie du droit (^) de Lerminier. On sent dans ces ouvrages le souffle inspirateur qui guidait Jourdan dans les articles généraux sur la science du droit dont il enrichit la Thétnis et dont la répercussion dans les pays étrangers fut si profonde. On se rend compte que leuis auteurs éprouvaient le besoin à sa suite de faire éclater cette sorte d'enveloppe que constituait le Code civil et qui enserrait les jurisconsultes, d aller au delà et au-dessus du Code civil. Mais, pas plus que Jourdan, ils ne lurent pas suivis. L'influence immédiate de la Thémis ne fut donc pas très grande. 11 convient toutefois d'ajouter que la voie qu'elle avait tracée en matière historique ne devait pas trop tarder à être reprise, d'une manière plus ou moins parfaite d'ailleurs. Troplong, en effet, se réclama dans ses travaux historiques de l'école de la Théynis (^) et rins[)ccteur général Giraud rendit hommage à son œuvre avant d'entreprendre la sienne propre (»). Sous ces réserves, on ne pouvait pas se douter, quelque temps après la disparition de la Ththnis, de l'effort qu'elle avait tenté, en présence du courant qui jetait Ions les jurisconsultes vers le commentaire exclusif du Code
(') Paris, 1828.
(') Paris, 1829.
(•) Paris, 1831.
(*) Dufour, Troplonr/. Son œuvre et sa méthode. Paris, 1869, p. 13 et suiv.
(•) Ch. Giraud, Histoire dit droit romain. Paris, 1847, p. 3o.