QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE II
100. Mais si l'action de la Thémis ne s'est pas fait sentir d'une manière décisive sur les autears contemporains et immédiatement postérieurs, il en est autrement en ce qui concerne les revues juridiques. Les périodiques sont en matière juridique comme en tout autre domaine les guides et même les inspirateurs de l'opinion. Or, il est à remarquer que les revues juridiques qui ont vu le jour en France au cours du xix" siècle se sont toutes plus ou moins inspirées des conceptions de Jourdan.
101. C'est le cas tout d'abord des deux revues qui, peuton dire, recueillirent la succession de la Thémis et un grand nombre de ses collaborateurs. Le recueil de Jourdan venait-il à peine de disparaître, que Fœlix fondait en 1834 la Revue étrangère de législation et d'économie politique, et Wolowski, en 1835, la Revue de législation et de jurisprudence. Chacune d'elles prit à la Thémis une partie de son programme.
Fœlix se proposa avant tout l'étude des législations étrangères; pendant dix ans, son recueil se consacra exclusivement à cet objet; en 1844, Fœlix estima nécessaire d'élargir son domaine d'action et de faire une part au droit français; en conséquence, le titre primitif de la revue fut changé; celle-ci fut désormais la Revue de droit français et étranger ; Fœlix s'adjoignit Bergson pour la direction de la partie consacrée à la législation étrangère ; Valette et Duvergier furent mis à la tête de la partie française ; ils s'adjoignirent à leur tour, en 1847, Bonnier et Laferrière. A partir de cette époque, le recueil de Fœlix maintint la balance égale entre le droit français et le droit étranger; malgré tout, su caractéristique est d'avoir par ses études de législations étrangères servi la cause de la science du droit comparé et celle du droit international privé.
Volowski prit comme base de sa revue un programme
qui concordait mieux que le précédent avec celui de la Tliémis, en ce sens cju'il était beaucoup plus compréhensif, qu'il portait sur un plus grand nombre de branches abordées par Jourdan. Sans laisser complètement de côté l'étude des législations étrangères, VVjlowski prit comme objectif principal la philosophie du droit, Ihisloire du droit français, le droit administratif, la critique juridique et enfin les rapports du droit et de l'économie politique. Somme toute, Wolowski et Fœlix choisirent deux voies sensiblement distinctes, tout au moins dans leur but principal; car, d'une part, ils ne s'interdirent jamais aucun sujet de discussion et, d'autre part, ils eurent le même objectif final (jue la Tlnhnis : l'étude théorique et scientifique du droit. C'est cette dernière et même circonstance qui valut aux deux revues une disparition prématurée. La Revue de droit français et étranger disparut, on 3850, sous le coup de l'indilTérence do la pratique. '< Le dernier éditeur, dit Laferrière, dévoué à la publication, mourut à la peine ; il fit d'iuutib>s oli'orts pour rallier les praticiens au recueil périodique, leur promettant des questions spéciales, des examens d'arrêts, des points de jurisprudence pr;>ti(]uo, sans sacrifier les intérêts scienlifiquos, qui avaient fait naître la revue et qui avaient établi son autorité en Europe. Les clients de cet ordre trouvaient que le recueil doimait trop à la théorie et trop peu à l'intérêt pratique. Us ne répondirent pas à l'appel ou même ils se retirèrent » {^). La Revue de législation s'aperçut peu de temps après que le même sort l'attendait. « Il semblait, dit encore Laferrière, (juc tout le barreau de France, tout l'ordre judiciaire, toutes les Facultés de droit en France et à l'étranger, tous les amis de la philosophie et de l'his-
(') Inlroduction aux tables de la lier uc critique, p. 28.