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CHAPITRE III

Genève, centre international réformé et métropole du protestantisme français. L'Ecole calviniste.

La cité-Eglise de Genève, régie tout entière par un principe unique, par l'autorité de la Parole de Dieu, c'est-à-dire en pratique par le système théocratique que Calvin avait dégagé des Écritures où il l'avait cherché, avait passé au rang de centre du protestantisme international. De toutes parts, à l'étranger, on avait les yeux fixés sur elle et on s'inspirait de ses institutions. «Vous êtes pour nous comme la règle de la croyance et de la conduite», écrivaient les protestants vénitiens, en décembre 1642.

Genève était devenue non seulement la cité du refuge, mais encore particulièrement la métropole du protestantisme réformé de langue française. Au moment où, en iSSy, le mouvement religieux, qui depuis trente ans travaillait la France, éclate avec intensité, de toutes parts on s'adresse à Genève pour obtenir des ministres. Comme par un accord tacite, la direction des Églises de France est en fait déférée à

l'Eglise de Genève, c'est-à-dire à Calvin. — Genève prend en mains la défense de la cause de l'Eglise réformée. Elle envoie Théodore de Bèze et Budé présenter une déclaration de foi de cette Eglise à Worms, dans une assemblée de théologiens, présidée par Mélanchthon. Elle réussit ainsi à intéresser les princes allemands à la cause des réformés français emprisonnés sur l'ordre du roi. Les princes allemands consentirent à faire une démarche auprès de Henri II, mais le roi leur répondit :« Mon intention est de vivre et de faire vivre mon peuple en la religion où il a plu à Dieu nourrir mes ancêtres jusqu'ici ».

Il ne comprend pas, et son époque ne comprend pas non plus que dans un même pays, dans un même territoire, il puisse y avoir deux religions, tellement la religion chrétienne est envisagée comme une institution collective, une autorité qui constitue la base et le soutien de l'ordre social. Laisser s'implanter deux religions dans un pays, c'est, croit-on, ébranler et même renverser la pierre angulaire sur laquelle repose l'Etat.

La discipline et la foi de l'Eglise de Genève servent de modèle aux Eglises naissantes. Partout on imite les institutions de Genève et on en loue l'excellence. Mais c'est en France surtout qu'est ressentie l'influence de la cité théocratique. Calvin n'a pas pris une part directe au premier svnode national des Eglises réformées de France, à Paris (26 mai i55g), mais tous les membres de l'Assemblée étaient ses disciples. En fait, elle était son œuvre. — L'organisation des Eglises de

France répond même mieux que l'organisation de l'Eglise de Genève à l'idéal ecclésiastique de Calvin. Cependant, il ne faut pas oublier que, d'autre part, à Genève Calvin a réussi à mettre le magistrat au service de institution théocratique et a soumis effectivement son activité à la règle de la Parole de Dieu. A Genève, l'autorité de Dieu s'exerce non seulement dans l'Eglise et par l'Eglise, mais dans la cité entière, et par le magistrat. Si la France nous offre le type authentique de l'Eglise calviniste, Genève nous offre le type de la théocratie calviniste, d'une société gouvernée tout entière par l'autorité de la loi divine.

Jusqu'à la fin de sa vie Calvm ne cessa de suivre de très près les affaires de France et v prit une part active. Il s'efforçait de contenir ses coréligionnaires impatients de recourir à la force. 11 blâmait les violences commises. La résistance au pouvoir établi ne lui paraît légitime que si elle est dirigée par un chef qui tient ses droits de sa naissance. Il ne lui plaît pas que des particuliers se mettent en avant sous leur propre responsabilité. Il est fidèle à son propre point de vue d'après lequel toute autorité vient de Dieu. Le chef qui tient ses droits de la naissance, les tient de Dieu, et, pourvu qu'il se montre observateur respectueux de la loi de Dieu, il est autorisé à faire valoir ses droits contre un prince régnant, mais infidèle à la Parole divine. Ainsi, Calvin exhortait le roi de Navarre à « batailler vertueusement et à procurer que le règne du fils de Dieu et la pure doctrine de notre sa-

lut, qui sont choses plus précieuses que tout le monde, soient remises en leur entier ».

L'édit de janvier i56i, favorable aux protestants, permit à beaucoup de réfugiés de retourner dans leur patrie pour y vivre selon l'Evangile. C'est alors que se tint le colloque de Poissy, auquel l'Eglise de Genève envoya Théodore de Bèze.

Des demandes incessantes de ministres, de conseils et d'assistance ne cessèrent d'affluer à Genève. Le réformateur était aussi accablé de questions touchant la discipline ecclésiastique. On lui demandait : quelle punition infliger à un adultère? peut-on administrer la Cène à un muet? est-il permis à un ministre de prêter à intérêt? un juge peut-il faire partie d'un Consistoire? un ci-devant évêque peut-il exercer le ministère évangélique? le baptême peut-il être administré par un laïque?

Cette influence de Calvin*, rayonnant, non seulement sur les deux mille cent cinquante communautés réformées de France, mais jusqu'en Russie, en Bohême et en Angleterre, excitait le mécontentement de beaucoup des chefs des cantons suisses. On l'accusait d'être comme un second pape. Il était en réalité l'interprète d'un principe d'autorité, l'organisateur d'une société régie par la Parole de Dieu, et il avait, de ce fait, un énorme ascendant spirituel, qui le constituait le con-

1 Calvin envoya à la reine de Navarre le ministre Merlin, qui s'efforça d'introduire dans le royaume la discipline de Genève et des ordonnances sur le mariage, calquées sur celles de Genève. Roget, op. cit., t. VI, p. 145-165.

seiller et le chef tant des Eglises réformées que de leurs protecteurs, magistrats, princes et rois.

Le rôle international et l'influence étendue de la cité calviniste devaient être assurés pour un long avenir par VEcole que Calvin avait réussi à établir en i55g, dans des temps troublés, avec le concours du magistrat.

Calvin voulait « susciter de la semence pour le temps advenir ». Pour assurer l'existence future des églises réformées et des «divins établissements» de Genève, il fallait former des hommes capables de servir dans le ministère de la Parole et dans la magistrature chrétienne. Il fallait les élever, en leur inculquant dès leur enfance le principe de l'obéissance à l'autorité souveraine de Dieu, la connaissance de la loi de Christ et de la sainte doctrine.

L'Ecole fut d'abord appelée « Collège ». Elle comprenait VEcole privée, ou gvmnase, et VEcole publique. Dans la suite, l'Ecole privée fut seule appelée Collège, et l'Ecole publique reçut spécialement le nom d'Académie.

Calvin produisit au Conseil, le 29 mai lôSg, les statuts scolaires dont il avait arrêté la teneur avec ses collègues. Le personnel de la nouvelle institution fut choisi par les ministres, le Conseil d'Etat s'étant borné à donner sa confirmation.

Le recrutement du corps enseignant avait été gran-

dément facilité par la coïncidence de la fondation du Collège et de la démission des professeurs et régents de l'école lausannoise. Tous ces hommes, Français d'origine, d'éducation et d'idées, comprenaient la Réforme religieuse à la manière de leur grand compatriote, Jean Calvin, et, de concert avec les ministres, dont la majeure partie étaient des immigrés comme eux, ils avaient voulu introduire dans le pays de Vaud le système ecclésiastique établi à Genève et réserver à l'Eglise, au Consistoire, le droit de prononcer l'excommunication sans l'intervention du pouvoir politique. Or, cette prétention s'était brisée contre le gouvernement autocratique de LL. EE. de Berne, qui entendait exercer sur l'Eglise un épiscopat entier.

Théodore de Bèze avait prévu d'avance l'issue du conflit et avait quitté Lausanne avant la crise. Au lendemain de son arrivée à Genève, il avait été chargé de seconder Calvin et avait été nommé titulaire provisoire de la chaire de grec, qui était à pourvoir. Après le départ de Bèze, les ministres et professeurs de Lausanne qui avaient refusé de se conformer aux ordonnances bernoises, furent congédiés et Genève bénéficia de tout ce que perdait Lausanne. A Berne, on crut, absolument gratuitement, à une machination des Genevois qui auraient monté l'affaire de Lausanne en vue du recrutement de leur Ecole.

L'inauguration de «l'Université et Collège» de Genève eut lieu le 5 juin i559, au temple de St-Pierre. Les lois scolaires, qui n'avaient été soumises ni au Conseil des Deux Cents, ni au Conseil général des

citoyens, furent ainsi l'objet d'une promulgation solennelle.

En présence des quatre seigneurs syndics, de plusieurs conseillers, des ministres, professeurs et régents et d'une nombreuse assistance de gens de lettres et d'escoliers, Calvin monta en chaire et, annonçant l'institution de l'Académie, invita l'assemblée à joindre ses prières à la sienne. Puis, sur l'ordre des syndics, le secrétaire du Conseil, Michel Roset, donna lecture, en français, des lois et statuts, du Collège, ainsi que de la confession de foi exigée des écoliers et du serment que devaient prêter le recteur et tous ceux qui enseigneraient dans l'une ou l'autre des sections de l'école.

Après quoi, il proclama l'élévation au rectorat de Théodore de Bèze, élu par les ministres et confirmé par la Seigneurie. Celui-ci alors, sur l'invitation d'un des syndics, lut un discours inaugural écrit en latin. Le thème en était l'origine, l'utilité et la dignité des études, la conclusion non moins topique, un appel éloquent aux écoliers et une exhortation à se souvenir de cette parole de Platon : «Tout savoir qui éloigne de la vertu et de la justice relève de l'habileté plus que de la sagesse ». « Vous n'êtes pas venus en ce lieu, dit en achevant sa harangue le premier recteur de l'Académie de Genève à ceux qui allaient être ses premiers étudiants, comme jadis la plupart des Grecs qui s'en allaient aux spectacles de leurs gymnases, pour y assister à des jeux éphémères. Mais, instruits dans la vraie religion et dans la connaissance

des bonnes lettres, vous êtes venus afin de pouvoir travailler à la gloire de Dieu, de devenir un jour le soutien de vos proches et de faire honneur à votre patrie. Souvenez-vous toujours que vous êtes des soldats et que vous aurez à rendre compte à votre chef suprême de cette sainte mission. »

Après Théodore de Bèze, Calvin reprit la parole, et rappela que la fondation de l'Ecole était avant tout Tœuvre de Dieu, exhortant tous les étudiants à en rendre grâces. Il loua ensuite la bonne volonté du Sénat et, se tournant vers les conseillers présents, leur témoigna la reconnaissance de l'Académie, les exhortant à ne point se départir de leur pieuse entreprise. Il eut un mot de remerciement pour l'assemblée distinguée qui se pressait dans Saint-Pierre, une parole d'encouragement pour les maîtres qui allaient entreprendre une tâche grosse de responsabilités ; puis, terminant la cérémonie comme il l'avait commencée, par une prière, il congédia l'assemblée ^

La jeune école fut florissante dès ses débuts. Dans la Schola publica, pendant les trois premières années, 162 étudiants donnèrent leur nom au recteur et signèrent la confession de foi. Presque tous venaient de l'étranger. Il faut ajouter que bon nombre de ceux qui suivaient les cours, absolument gratuits à l'origine, ne signèrent pas la confession de foi très étroite qui était annexée aux Leges. Les deux exemples les plus

1 Cf. Préface des Leges Academiae et Charles Borgeaud : Calvin, fondateur de l'Académie de Genève, p. 28, 29.

frappants sont ceux de Thomas Bodiey et de Lambert Daneau.

Le but immédiat de Calvin, en instituant les cours supérieurs de son Académie, était évidemment de créer un séminaire théologique et aussi, dans une certaine mesure, théocratique. De tous les pays de langue française où se formaient des communautés protestantes, on s'adressait à Genève pour obtenir des pasteurs, souvent on demandait de même des précepteurs. Le contingent à fournir allait croissant chaque année. Il fallait à tout prix, et sans plus tarder, assurer le recrutement régulier de cette milice de la foi réformée. Le fondateur de l'Ecole genevoise voulait aussi, nous l'avons vu, préparer des magistrats chrétiens.

L'homme qu'il avait associé à cette entreprise , Théodore de Bèze, espérait qu'avec le temps on pourrait achever ce qui était commencé et ajouter le reste, à savoir l'enseignement du droit et de la médecine.

Le rôle prépondérant que Calvin donna à l'Eglise dans la direction de l'instruction publique se rattache à l'ensemble de son système. Le but de la science humaine étant la connaissance de la volonté divine (loi de Christ et doctrine des saints apôtres et prophètes), il était nécessaire que ceux auxquels était confiée en fait l'interprétation de cette volonté, révélée dans les Saintes Ecritures, eussent la haute main. Les chefs de la réforme religieuse avaient proclamé le libre examen des doctrines de l'Eglise papale. Mais leur libre examen n'excluait pas la notion catholique de l'hérésie.

C'était le droit et même l'obligation féconde de lire la Bible. Mais il fallait lire comme eux avaient lu, en se rattachant à l'ancienne tradition dogmatique sur tous les points qu'ils n'estimaient pas en contradiction avec la Sainte Ecriture, en commençant tout d'abord par adopter leur doctrine essentielle de la Rédemption par la foi en Christ. « Puisque la science pouvait produire un Michel Servet, puisqu'elle pouvait s'attaquer aux fondements mêmes de la religion chrétienne, il était important que ses avenues fussent surveillées, et que les clefs fussent commises à la seule autorité capable de faire bonne garde. »

La fondation de l'Ecole fut la première manifestation extérieure du triomphe définitif du système théocratique calviniste, et c'est à partir d'elle que Genève est devenue la Rome protestante. Le caractère international de la Schola Genevensis est marqué non seulement par les noms, inscrits dans ses fastes, de ceux qui sont venus du nord et du midi, professer dans ses chaires ou s'asseoir sur ses bancs, mais encore par l'ardeur qu'on mit bientôt à imiter ses lois et par la descendance qu'elle a comptée de la sorte en Europe^

^ Cf. Charles Boi'geaud, op. cit. — Le travail de M. Borgeaud, — qui est un fragment d'une Histoire de r Académie de Geiièpe, en cours de publication, — donne de très intéressants détails sur les mérites de l'œuvre scolaire de Calvin. L'enchainement des classes, l'étude du grec, langue du Nouveau Testament, accompagnant celle du latin, en un mot, l'établissement d'un enseignement secondaire classique obligatoire, préparant par degrés aux cours publics, tels sont les progrès réalisés dans « l'Université et Collège » de Calvin.

Les amis de Calvin dans le gouvernement, loin de s'effrayer de l'afflux des étudiants et des réfugiés du dehors, s'en réjouissaient. « Il ne faut pas, écrit le secrétaire d'Etat Roset, avoir peur de l'advènement des étrangers, lesquels seront domptés et rangés par la vertu de la Parole de Dieu et par la discipline d'icelle, et par l'oeil et puissance du magistrat auquel leur conviendra d'obéir ». Le même écrivain se réjouit de la fondation de l'Ecole, parce qu'il y voit « un témoignage de reconnaissance à Dieu pour les délivrances et le développement qu'il a accordés à la cité par le moyen de la réformation évangélique ». Enfin, en vrai Calviniste, Roset célèbre les bienfaits de l'instruction, « moyen excellent pour préparer et faire gens savants pour administrer la Parole de Dieu » , d'autant « qu'une infinité de fautes adviennent à déffaute de scavoir et que les principales forces d'une république consistent en la vertu des citoiens, laquelle procède des sciences ».

L'Ecole, désormais, fera partie intégrante de la Genève religieuse et intellectuelle, elle est liée à la vie, à l'âme de la cité calviniste par un lien que rien ne pourra détruire.

UEcole est, entre les mains des magistrats, un instrument pédagogique pour inculquer aux jeunes générations la connaissance et le respect de Dieu et de sa Parole. Il suffit, pour reconnaître ce caractère de l'Ecole, de parcourir VOrdre du Collège de Genève.

Aussi est-ce le lieu de donner ici un bref aperçu de la vie intérieure et de l'organisation de la célèbre Académie fondée par Calvin.

L'enseignement donné au Collège a un but nettement religieux et moral : les régents doivent surtout enseigner aux enfants « d'aimer Dieu et haïr les vices ' ». La culture littéraire est envisagée comme un auxiliaire de la formation du caractère. — Les leçons commencent le matin par la prière, que chaque élève prononce à son tour « dévotement » ; elles se terminent par la récitation de l'Oraison dominicale, accompagnée d'une brève action de grâces.

En été, les élèves viennent le matin, de six à neuf; en hiver, de sept à neuf. Ceux qui ne savent pas chanter les psaumes reviennent à onze heures pour des exercices de chant jusqu'à midi. Il y a encore des leçons de midi à une heure et de deux heures à quatre heures. De midi à une heure^ les élèves étudient en goûtant, « après avoir prié Dieu ». A quatre heures, la cloche sonne et tous s'assemblent dans la salle commune. S'il y a lieu, on fait quelque « chastiment public sur les delicts notables » ; puis, régulièrement, trois ou quatre élèves récitent (à leur tour) en français, rOraison de Notre Seigneur, la Confession de foi (le symbole) et les dix Commandements de la loi. Le principal les congédie ensuite en les recommandant à Dieu.

Les mercredi et samedi sont jours de demi-congé.

1 0pp. Calv., t. X, p. 69.

Le mercredi, avant onze heures, les élèves n'ont pas de leçons, mais assistent au sermon. Le samedi, ils récitent le sujet qui sera traité le lendemain au catéchisme. Les plus avancés des élèves lisent le Nouveau Testament en grec de trois à quatre heures (en seconde, un des Evangiles ; en première, quelque Epître des apôtres).

Les enfants vont en bande, sous la conduited'un régent, dans le temple de leur quartier et assistent non seulement au sermon du mercredi matin, mais au catéchisme et aux deux sermons du dimanche.

Le programme des études du Collège, exclusivement littéraire, vise à faire d'eux des hommes connaissant à fond les lettres sacrées et profanes, capables d'écrire et de « disputer » correctement, en prose et même en vers, en français et surtout en latin.

Tous les maîtres sont nommés par la Compagnie, par le corps qui veille à l'application du principe théocratique, et leur élection est soumise à l'approbation du Conseil. Les régents doivent être « gens suffisants » , mais le principal, sorte de régent-directeur, doit être « homme craignant Dieu, et de moyen scavoir pour le moins, surtout d'un esprit débonnaire ». Le principal a l'œil sur les mœurs et la diligence des régents, il préside à la punition des enfants, il veille à ce que tout se passe avec ordre, à ce qu'on n'introduise pas des innovations sans son autorisation. Les régents prêtent serment de « procurer selon leur possible (en espérant que Dieu leur en fera la grâce) que les écoliers vivent paisiblement en toute modestie et

honnêteté, à Thonneur de Dieu et au profit de la ville.

Tous les ans, le principal et les régents sont appelés par les ministres et professeurs en leur congrégation, afin d'aviser sur le gouvernement du Collège en général, et de recevoir avertissement fraternel, selon l'avis de toute la Compagnie.

La discipline est organisée dans l'Ecole aussi sérieusement que l'enseignement. Les élèves sont disposés par dizaines et chacune de celles-ci a à sa tête un dizenier chargé d' «observer ses compagnons». Les absences et les arrivées tardives font l'objet d'une enquête.

Le i^^ mai (à moins que ce jour ne tombât sur un dimanche) se tenaient les Promotions à Saint-Pierre, avec une grande solennité. — La cérémonie, commune au Collège et à l'Académie, était ouverte par la prière en présence d'un des seigneurs syndics et conseillers, du recteur, des ministres et professeurs, du principal et des régents. Le recteur prononce une harangue, les deux élèves les plus diligents et les plus avancés de chaque classe sont appelés pour recevoir quelque étrenne, puis on donne lecture des noms des écoliers qu'on avance d'une classe à l'autre, ou de la première aux leçons publiques, et quelques élèves de première ou de seconde récitent quelque poésie ou harangue ; enfin, un professeur traite une question proposée par un de ses auditeurs et la cérémonie se termine par des remerciements du recteur et par la prière. La lecture des ordonnances scolaires et de la

confession de foi rentre aussi dans le programme des Promotions.

U Académie, d'abord appelée « Eschole publique » ou Université, prépare les jeunes gens pour le ministère et pour le gouvernement politique.

Les étudiants « ès Sainctes Escriptures » sont inscrits à part. Le samedi, de deux à trois heures, ils doivent « traicter en lieu public » quelques passages de l'Ecriture sous la présidence et direction d'un des ministres, chargé de les critiquer. Les assistants ont la permission de dire leur avis « modestement et en la crainte du Seigneur ». Les mêmes étudiants doivent chaque mois rédiger des thèses qui ne soient ni curieuses, ni sophistiques, ni contenant fausse doctrine, et les communiquer au professeur de théologie pour les soutenir ensuite publiquement. Chacun peut prendre la parole dans la discussion, à condition que les points de la doctrine soient traités « saintement et religieusement d'une part et d'autre des disputants ». Le professeur de théologie, qui préside, conduit le tout selon sa prudence et donne par la Parole de Dieu la solution des difficultés mises en avant.

L'Ecole, dans son ensemble (Collège et Académie), est présidée par un des ministres, homme doué de la crainte de Dieu et de bon savoir, qui prend le titre de recteur. En qualité de superintendant, il admoneste et reprend à l'occasion le principal, les régents ou les professeurs publics. Les nouveaux étudiants doivent se rendre auprès de lui et souscrire à la confession de foi ; il les envoie ensuite devant les seigneurs du Con-

seil pour qu'ils soient reçus habitants de Genève. Le recteur exerce une surveillance sur la conduite des étudiants. Il promet dans son serment de ne point souffrir les écoliers dissolus et débauchés, et de procurer autant que possible que tous vivent paisiblement, en toute modestie et honnêteté, à l'honneur de Dieu et au profit et repos de la ville.

— Dans cette institution pédagogique, dont l'influence a été considérable, et qu'on a imitée un peu partout, se formaient ainsi des hommes respectueux de l'autorité souveraine du Dieu tout-puissant, nourris des leçons salutaires de la Bible, armés jusqu'aux dents contre les séductions et les erreurs du « papisme », pénétrés d'un austère sentiment du devoir, envisageant la vie comme une tâche sérieuse à remplir, des hommes possédés par un besoin indestructible de vérité religieuse et d'ordre moral, et prêts à tout souffrir plutôt que de mentir à leur conscience.

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