‹ La théologie affectiveChapitre 10 sur 63 · DOUZIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

DOUZIÈME MÉDITATION

DES EFFETS DU SACREMENT DE l'EUCHARISTIE.

I. Considérez que le Sacrement de l'Eucharistie est doué d'une grande vertu , et qu'il en faut attendre de très-nobles effets plus que de tous les autres Sacrements. Car, puisque Jésus- Christ y est en propre personne , son corps , son sang précieux , son âme très-pure et très-sainte , et sa divinité même , il faut bien dire qu'il a eu de grands desseins en l'instituant, et que son intention était d'y opérer de grandes choses. Les rois de la terre ne se trouvent ordinairement en propre personne que 'pour des exploits importants ; combien moins le Roi des rois , Jésus-Christ , se trouverait-il toujours dans ce Sacrement , s'il

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n'avait le dessein d'y effectuer des choses très-grandes pour le bien de ceux ou de celles qu'il visite par soi-même? Le trésor des grâces est ici , la source même , l'auteur de tout bien , à qui rien n'est impossible ou difficile , s'y rencontre , que n'en fautr-il donc pas espérer? Certes, c'était son ordinaire , en conversant sur la terre , d'y faire partout quelque bien , et d'y laisser ainsi la trace de ses pas : Il a passé ^ dit saint Luc, en faisant du Ken à tout le mondey et en délivrant tous ceux qui étaient opprimés par le démon (Act. 10). Sa bonté le portait à rendre service à chacun , et il ne reftisa jamais aucune prière qui fût honnête. Sans doute il fera encore de même dans ce Sacrement , et il n'entrera pas dans la bouche et la poitrine des fidèles , qu'il n'y laisse les effets d'une bonté royale et magnifique. L'Arche d'alliance avait bien cette vertu ; car Dieu bénit Obédedom , et le combla de richesses et d'honneurs pour l'avoir reçue chez lui ; si bien qu'il prit envie au roi David de participer à ce bien. Que ne fera donc pas l'Eucharistie , et quelle abondance de bénédictions ne causera-t-elle pas partout où elle sera reçue et logée? Les reliques des Saints ont bien eu des vertus tout admirables : leurs corps desséchés , leurs os cariés^ leurs cheveux et même leurs cendres ont eu des pouvoirs prodigieux; car les reliques du prophète Elisée ressuscitèrent un mort ; l'ombre seulement de saint Pierre guérissait les maladies , aussi bien que les mouchoirs de saint Paul. Quelle vertu donc incomparablement plus grande ne doit pas être dans le corps de Jésus-Christ au Saint-Sacrement de l'Autel? Sa robe touchée par la femme hémorroïsse eut la vertu puissante d'arrêter le flux du sang. Quoi donc ! sa robe aura tant de vertu et sa chair n'en aurait pas? Nous voyons par expérience que les chairs des animaux , soit de ceux qui marchent sur la terre , soit de ceux qui volent en l'air , ont la force de nourrir et de sustenter nos corps, combien donc est-il plus croyable que sa chair précieuse et son sang très-pur auront aussi de la force pour le bien de nos âmes, qui sont plus chères que les corps, et pour lesquelles Dieu n'a pas moins fait de merveilles ? Et puis sa chair sacrée n'aurait point de vigueur contre le poison du péché qui éteint la vie des âmes? Les simples mêmes, non-seulement les cèdres et les pins , mais les herbes les plus petites qui rampent sur la terre , ont des propriétés très-excellentes pour

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opérer une grande multitude d'effets; combien plus en doit avoir le corps de Jésus-Christ et son sang précieux dans le Saint- Sacrement. Enfin il n'y a presque rien au monde qui ne nous doive assurer de cette vérité , qui est le sujet de cette considération , que le Saipt-Sacrement est très-agissant et produit beaucoup de nobles effets.

C'est pourquoi nous devons concevoir de grands sentiments de son efficacité et de son pouvoir très-ample et très-magnifique. Nous devons aussi avoir une grande espérance en ce grand Sacrement , parce qu'il est capable de nous enrichir de biens ; car, dit le Prophète : Quel ^st le bien de Dieu? qu'a-t-il de heau^ sinon le froment des élus (Zach. 9)? Quelle chose si grande que nous ne puissions attendre de ce trésor caché ? Appr^ckons-nous donc avec ton fiance du trône 4$ st^ grâce , afin d'obtenir miséricorde y et de trouver une grâce secourable en nos beoiins (Heb. 4).

II. Considères en détail l^s effets de ce Sacrement à l'égard de ceux qui le reçoivent. Pour ce sujet , imaginez-vous que l'homme est semblable à un grand royaume , où il y, a diversité d'états et de régions , les uns y étant d'une condition plus basse , les autres d'une condition plus médiocre , et les autres enfin , d'une condition plus sublime ; car il en est de même de l'homme , chez lequel on peut considérer divers états , selon la diversité de ses puissances et de ses facultés. Il renferme une portion végétante avec la masse du corps , comme la région la plus basse , il a la partie sensitive , avec les appétits et les sens corporels , qui forme en lui comme une moyenne région ; et de plus y la partie raisonnable , qui comprend l'âme spirituelle et les facultés comme la suprême région. Or, en toutes ces régions le Saint- Sacrement opère de grandes choses. Et premièrement , en ce qui regard^ le corps, ainsi qu'un roi qui entre dans une maison pour y faire sa demeure ordinaire , rend cette demeure honorable, la fortifie par sa présence et par ses gardes qui l'environnent , et lui doime quelque privilège et quelque immunité. Ainsi eu est -il des corps des fidèles dans lesquels Jésus-Christ ûxa sa demeure par la sacrée communion; il les dislingue et leur garde une gloire inestimable , les honorant de sa présence. Ainsi la Vierge est honorable en tonte éternité , pour ravoir porté neuf mois dans ses flancs virginaux. La croix mérite des respects inestimables pour l'avoir porté trois ou

qiiatre heures, et le saint suaire est eii très-grande yénération pour l'avoir couvert dans sa mort pendant trois jours. Saint Paal était hors de lui-même lorsqu'il pensait à cette gloire. Je vis, disait-il y non pas moi , mais Jésus-Christ vit en moi. Ainsi , dit saint Cyrille de Jérusalem, nous sommes rendqs des porte-Christ, c'est-à-dire que nous le portons en nos corps quand nous recevons son corps et son sang. Le corps en est aussi fortifié , soit pour agir, soit pour souffrir, et plusieurs personnes délicates deviennent robustes par le Saint-Sacrement, soit pour supporter les veilles , les couches dures , les abstinences et les austérités d'une vie plus spirituelle et plus religieuse , soit pour ondurer les touroients d'un cruel martyre ; c'est pourquoi anciennement on avait soin de communier les fidèles qui n'attendaient que la mort de la part des tyrans et des ennemis de la Foi. Ce qui a fait écrire à saint Cyprien (1) : Celui-là ne peut être propre au martyre , qui n'est pas armé par l'Eglise pour combattre , et l'âme que l'Eucharistie ne fortifie pas et n'enflamme pas, tombe bientôt. Ce Sacrement donne aussi des privilèges et des immunités au corps , savoir : le droit à la résurrection glorieuse , pour le grand jour du réveil. Car, comme l'on peut accumuler droit suf droit, encore bien que les chrétiens doivent ressusciter en vertu de leurs bonnes œuvres méritoires , ils ressusciteront pourtant encore en vertu de leurs communions, parce que leurs corps ont été touchés par ce corps qui ne vit jamais la corruption. Oelui qui mange oe pain, dit Jésus-Christ , vivra éternellement (Jean, 6). Le Saint-Sacrement donne l'immortalité au corps. Entrez dans la seconde région de l'homme , la partie sensitive , où se trouve le double appétit , le concupiscible et l'irascible , les deux sièges de toutes les passions , qui se révoltant contre l'empire de la raison supérieure , causent tous les désordres , tous les désastres et toutes les misères de la vie humaine; Le Saint-Sacrement opère en cette région, y apaisant la violence des mouvements déréglés , et empêchant leurs transports furieux ; car en augmentant la grâce sanctifiante ,'il augmente à proportion la Charité et les vertus morales qui tiennent ces passions en bride , et maintiennent dans le devoir de l'obéissance ces sujets rebelles. Si bien que comme avec la manne il tombait

(1) Episl. 54.

du ciel une rosée , ainsi avec TEucharistie il vient une fraîche rosée de grâces spirituelles qui ralentit Tardeur des passions les plus vives ; c'est pourquoi elle est un remède salutaire qui corrige les affections dépravées de notre corps , et qui apaise la loi cruelle de nos membres. Aussi , Tun des puissants motifs que puisse avoir un chrétien d'être plus modéré, est de considérer quelle nourriture il prend dans la communion ; car c'est le froment des élus y et le vin qui produit les vierges (Zach. 9). C'est Jésus-Christ, incomparable en pureté; quelle apparence donc qu'il demeure impur et déshonnête , lui qui se nourrit de la chasteté même ? C'est Jésus-Christ , qui est si libéral de tous ses biens , et de soi-même pareillement ; comment donc ne réprimera-t-il pas sa convoitise? Montons enfin à la suprême région de l'homme, qui est sa partie raisonnable^ et l'âme spirituelle; sans doute si le Saint-Sacrement a beaucoup opéré dans les deux plus basses régions, il ne sera pas oisif en celle-ci. Le Concile de Florence dit que tout ce que fait la nourriture corporelle et le breuvage matériel pour la vie du corps, le Saint- Sacrement le fait pour la vie de l'âme. Or, la nourriture a quatre effets plus signalés dans le corps ; elle le soutient, elle le fait croître, elle répare ce que la chaleur consomme ; enfin elle délecte : et le Saint-Sacrement soutient l'âme, afin qu'elle ne tombe pas dans les péchés, qui sont les chutes de la conscience, parce qu'il apporte des secours plus puissants, moyennant lesquels l'âme résiste aux tentations et persévère en bon état. C'est pourquoi les personnes qui communient saintement, passent les années entières, des âges entiers, et quelquefois toute leur vie, sans commettre un vrai péché mortel ; elles sont comme des Elie, elles cheminent par la vertu de cette nourriture vers la montagne de Dieu, jusqu'à ce qu'elles arrivent au Paradis. Le Saint-Sacrement fait croître Tâme en grâce et en vertus, car il les augmente ; et Jésus-Christ peut dire ici : Je suis venu afin qu'ils aient la vie^ et qu'ils Vaient abondamment (Jean, 40). Il répare ce que consume la chaleur naturelle de la concupiscence par les péchés véniels, parce que par sa propre vertu il remet les péchés véniels auxquels l'âme n'est pas actuellement attachée ; et l'absolution du prêtre ne les remet pas plus efficacement que la récepUon de Jésus-Christ. De plus, ce Sa- ^crement, comme une nourriture très-exquise , délecte par le

goût et la saveur de la dévotion qu'il cause, car il excite la Charité à produire ses actes, dont les- plus parfaits sont des complaisances et des réjouissances intérieures sur la bonté et les perfections divines. Personne, dit le saint Docteur, n'est capable d'exprimer la suavité de ce Sacrement, par lequel la douceur spirituelle est goûtée dans sa source (1). Et un personnage de rare vertu, disait (2) : 0 Seigneur! le malade qui n'est pas récréé avec vous est bien près de sa mort. L'âme qui ne se réjouit pas avec vous, de quoi se pourra-t-elle réjouir ? celui qui s'ennuie d'être avec vous, ne sait pas que vous êtes son Dieu et tout son bien.

Qui pourrait donc jamais assez estimer et souhaiter cet auguste Sacrement, dont les effets sont si divers, si utiles et si agréables ? quel arbre de vie dans le Paradis terrestre produisit jamais des fruits si excellents? quel trésor de toutes sortes de richesses renferma jamais tant de biens ? Etonnez-vous donc de la stupidité de tant de chrétiens , qui ont si peu de désir de communier, tellement qu'ils passent les mois et les saisons, et quelquefois plusieurs années, frustrés de cette table qui leur est en vain tous les jours préparée. Ne faut-il pas que la Foi soit bien éteinte dans leurs entendements? car si on leur disait que dans une ville il y a une fontaine d'où coule le lait ou le vin, ou quelque autre liqueur plus rare et plus précieuse que l'eau commune, il y aurait presse. Ton s'entrechoquerait l'un l'autre pour y aborder, et y puiser cette liqueur précieuse. Et le Saint- Sacrement, la fontaine de grâces et de biens innombrables, est abandonné de la plupart des chrétiens. Détestons leur assoupissement, abhorrons leur négligence et leur indévotion, dont un jour ils seront châtiés; et pour nous, jouissons des biens de la magnificence divine , affectionnons-nous à fréquenter cet auguste Sacrement, approchons-nous en avec ardeur. Ne voyezvous pas, dit saint Jean-Chrysostôrae (3), avec combien d'ardeur les enfants prennent la mamelle, et combien fortement ils pressent de leurs lèvres le sein maternel? Approchons-nous donc aussi, nous autres, avec une pareille allégresse, de cette table, que ce soit même avec une plus grande ardeur, que, comme

(l) D. Thom. Q. 97. Art. 4. Opusc. 57.— (2) Ballhazar Alvares apud Corn. i Lapide c. 9. — * (8) Hom. 83, iu Mattb. aliàs 32.

de petits ehfanls à la mamelle, nous tirions la grâce de l'esprit, et que notre unique douleur soit d'être privés de cet aliment. III. Considérez quand ce Sacrement produit son principal effet, qui est Taccroissement de la grâce sanctifiante. Ce n'est pas dès rinstant même qu'il repose sur la langue du communiant, ni après qu'il est passé dans la poitrine, mais dans le trajet de l'un à l'autre, et lorsqu'étant dans la bouche il est attiré vers l'estomac. La raison en est que Jésus-Christ promet la grâce à celui qui mange son corps : Celui qui me mange, vivra pour Vamout de moi; celui qui mange ce pain, vivra éternellement (Jean, 6). Or, c'est proprement en ce temps que le chrétien mange actuellement le corps de Jésus*Christ ; car auparavant il ne le mange pas encore, et après ce trajet il ne le mange plus, mais il l'a déjà mangé. Au reste, il est important d'examiner, si, pendant tout le temps que le corps de Jésus-Christ demeure dans la poitrine des communiants, il y produit la grâce par sa vertu sacramentelle , et par l'application du Sacrement. Cette controverse est agitée par les personnes spirituelles, et diversement résolue. Il y en a qui estiment que durant tout le temps que le Sacrement demeure dans la personne qui Ta reçu, toujours il opère, comme le soleil, qui ne cesse de darder ses rayons, ou bien comme l'aliment corporel, qui ne cesse de nourrir tant qu'il demeure dans l'estomac ; et ils ajoutent que Jésus-Christ ayant la vertu de sanctifier, et le sujet où il est étant disposé à être continuellement sanctifié, il ne conviendrait pas qu'il demeurât comme oisif et à ne rien faire ; c'est pourquoi ils appliquent au Saint-Sacrement ces paroles. Tant que je suis au monde, je suis la lumière du monde (Jean, 9). Mais plusieurs théologiens condamnent cette opinion, d'autant mieux que le Saint-Sacrement ne confère l'effet de la grâce sanctifiante qu'en tant qu'il s'applique par la manducation actuelle, tellement que s'il pouvait entrer dans le corps autrement que par la manducation, il n'opérerait rien. Ajoutons que cette première opinion donne lieu aux superstitions punies par l'Inquisition d'Espagne, de donner plusieurs espèces ou hosties tout à la fois aux personnes qui communient, afin de faire durer plus longtemps le Saint-Sacrement dans leurs corps, et ses effets dans leurs âmes. Enfin, il est incroyable qu'une personne qui communie seçoive une si grande abondance de grâces, que Jésus-

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Christ en pourrait produire s'il agissait toujours durant Tespace qu'il demeure en elle, et comme il demeure plus longtemps dans les corps de petite complexion, et qui digèrent plus lentement, il répugne que quelques-uns tirent de plus grands avantages de leur faiblesse naturelle. Nonobstant ces raisons, quelques-uns ne trouvent pas cette opinion si repréhensible, pourvu qu'elle soit modifiée en telle sorte, que le Sacrement produise la grâce durant tout ce temps par l'œuvre opéré, et par son efficacité sacramentelle, au cas que l'âme augmente de plus en plus sa disposition par des élans plixs sublimes et des actes plus fervents de sa dévotion, parce que Jésus-Christ a pu instituer le Saint-Sacrement avec cette vertu, et il n'y a pas de répugnance que la chose soit ainsi, et même elle montre mieux la douceur et la bénignité de Dieu, et elle sert de motif aux chrétiens de bien employer le temps qui suit leur communion, sans en laisser écouler la moindre partie , afin d'acquérir plus de biens spirituels durant le séjour de Jésus-Christ en eux. Mais quoique l'on adoucisse et modifie cette opinion, elle ne laisse pas d'être rejetée par d'autres théologiens , qiii s'arrêtent fermement aux paroles de saint Thomas, disant qu'il i^ut avoir une grande dévotion en prenant le Sacrement, parce qu'alors son effet se produit, si bien qu'il a estimé que c'était seulement dans la réception du Sacrement que la grâce se donnait, et non pendant la digestion des espèces, ce qui n'est pas une action humaine, mais purement naturelle, et qui ne concourt en rien à la production de la grâce; c'est pourquoi la digestion n'est pas nécessaire pour cet aliment spirituel, comme aux aliments corporels, et le chrétien qui expirerait dans la manducation actuelle du Sacrement, ne reciBvrait pas moins de grâces. Au reste, Jésus-Christ ne sera pas oisif durant la subsistance des espèces sacramentelles dans le corps, encore qu'il n'y produise pas la grâce selon son être sacramentel , car il y jouit de la contemplation de l'essence divine, à laquelle son âme bienheureuse est toujours et partout occupée, à la manière des anges qui gardant les hommes sur la terre , ne laissent pas de voir toujours la face de Dieu. Enfin , nous pouvons dire , en nous arrêtant à cette dernière opinion, que Dieu n'a pas besoin de notre manducation pour exciter les hommes à avoir beaucoup de dévotion envers la communion. Ce motif qui n'attache les

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Ames qu*à leur propre intérêt spirituel, ne conduit pas dans U meilleure voie. Il vaut mieux qu'elles soient excitées à la dévo* . tion en ce temps par la grandeur de Jésus, qui est leur hôte, qui mérite d'être traité avec toute révérence, et d'être chéri: avec des affections indicibles, à cause de ce qu'il est en luimême, quand même il ne nous apporterait aucun bien , n'y ayant pas de barbarie et d'incivilité plus grande que de le mettre alors en oubli, et de ne lui faire aucunes caresses intérieures. C'est tout-à-fait une grande misère, disait saint François d'Assise, et une déplorable infirmité quand, lui présent, vous pensez à quelque autre chose du monde. Que tout homme frémisse, et que tout le monde tremble quand Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est sur les autels entre les mains du prêtre.

Je m'arrêterai donc à cette opinion du Docteur angélique, qu'il faut apporter une grande dévotion en recevant ce Sacrement, parce que c'est alors qu'il opère et produit son effet. Et quoique après la manducation il n'agisse plus en tant que Sacrement, je ne dois pas pourtant cesser de produire toutes sortes d'actes pieux, parce que celui qui demeure en moi est un hôte descendu du ciel, c'est le noble Fils de Dieu, c'est Jésus lui-même dont les grandeurs sont partout adorables, et dont la douceur est partout très-aimable. Je m'exciterai donc alors aux actes de Foi , d'Espérance et de Charité ; l'embrassant des bras de mon âme, je lui dirai : Que je vous aime, mon DieUj ma force (Ps. 17) !^ Je louerai sa bonté et sa miséricorde , par laquelle il ne m'a pas dédaigné , je lui rendrai des actions de grâces pour sa dignation si grande , et je convierai toutes les puissances de mon âme à lui faire offre de leur service. Mes sens lui offriront une plus grande retenue, Q}pn appétit sensuel se résoudra à réfréner tous les mouvements de ses passions, mon intellect formera des actes de Foi, et confessera qu'il est le vrai Dieu et le Rédempteur du monde , ma mémoire se ressouviendra des douleurs de sa Passion , souffertes à mon sujet, et ma volonté éclatera en plusieurs actes d'amour. Ainsi me soit fait toujours , Seigneur mon Dieu, par votre miséricorde.

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