‹ La théologie affectiveChapitre 9 sur 63 · DE LA COMMUNION SOUS UNE SEULE ESPECE · texte numérisé non relu

DE LA COMMUNION SOUS UNE SEULE ESPECE

I. Considérez que notre Seigneur Jésus-Cbrist a donné trois grands et excellents pouvoirs concernant le Saint-Sacrement. Le premier pouvoir est de consacrer et de faire un changement merveilleux de la substance du pain en celle de son corps, et de la substance du vin en celle de son sang précieux. Le second pouvoir est d'offrir en sacrifice ce corps et ce sang, pour rendre au Dieu souverain le culte qui lui est convenable. Et le troisième pouvoir est de prendre ce corps et ce sang , et de le distribuer et départir aux autres qui peuvent ni consacrer ni sacrifier. Ces trois pouvoirs furent donnés aux Apôtres, et en leurs personnes aux prêtres qui seraient ordonnés , lorsqu'il institua ce Sacrement dans la dernière cène de l'Agneau pascal, et qu'il leur adressa ces paroles : Faites ted en mémoire de mvi (Luc, 21), comme s'il eût voulu dire : Jusqu'à présent, vous avez fait la cérémonie du sacrifice de l'Agneau pascal, et vous avez observé ce que la loi mosaïque ordonnait de faire ; mais toutes ces façons de faire de la loi n'étaient rien que des ombres, des figures et des représentations du sacrifice parfait qui doit remettre les péchés du monde. A l'avenir, ces sacrifices anciens ne seront plus en usage, mais à leur place sera substitué le sacrifice de mon corps et de mon sang pour la rémission des péchés. Ce que je fais donc maintenant, prenant et changeant le pain et le vin, faites-le pareillement en mémoire de moi, consacrez mon corps et mon sang, ofirez-le en sacrifice, et distribuez-le aux autres fidèles, selon qu'il sera convenable, et comme doivent le faire de fidèles dispensateurs des mystères de Dieu, tels que je vous ordonne et vous établis en mon Eglise. Ces trois pouvoirs sont grands et admirables, et élèvent des hommes mortels plus haut que ne sont les plus grands monar-

fues de la terre, et les plus hauts séraphins du ciel, auxquels Dieu n'en a jamais confié de si grands. En effet, si c'est une grande chose que de changer une substance en une autre substance, c'est encore une chose plus étonnante, que des hommes aient le pouvoir de se servir d'un Dieu comme victime, pour l'employer à s'acquitter envers Dieu des devoirs de religion, et à le remercier de ses bienfaits, comme aussi pour le donner en supplément de paiement pour le reste des peines dues à leurs péchés. Car Jésus-Christ dans son état sacramentel est une victime latreutique pour honorer, eucharistique pour remercier, et propitiatoire pour abolir les peines des péchés, mais ce qui surpasse encore les deux premiers pouvoirs, c'est qu'ils puissent prendre ce corps et ce sang, et le distribuer aux autres. Ainsi, Jésus-Christ doime à ses Apôtres et aux prêtres trois pouvoirs différents sur son corps sacré et son sang précieux, et ces trois pouvoirs ne conviennent pas à tous les hommes de la terre, à tous les laïques et fidèles, quoiqu'ils soient baptisés et chrétiens , mais à ceux-là seulement qui sont choisis d'entre les hommes et ordonnés au sacerdoce, par ceux qui en ont reçu le pouvoir.

Admirez ces trois pouvoirs grands et admirables qui sont donnés aux prêtres, ayez -les pour ce stijet en particulière vénération et révérence , disant d'eux quelquefois : Ainsi sera honoré celui que le roi veut honorer ( Esther , 6 ) ; ou bien , élevez-vous à Dieu , et donnez-lui louange et bénédiction de ce qu'il a confié une si haute puissance à des hommes mortels. Ne vous égalez donc point aux prêtres , n'étant que laïque , mais soumettez-vous à eux par une sainte obéissance , puisque Jésus- Christ s'y soumet lui-même en ce Sacrement ; car c'est par la volonté des prêtres , et par la vertu de leurs paroles , et par la puissance de leur caractère, qu'il est sur les autels en qualité d'hostie à l'égard de Dieu , en qualité d'aliment à l'égard des hommes , et c'est par l'entremise des prêtres que vous participez à ce mystère. 0 abaissement du Dieu tout-puissant! qui se met encore ici dans la dépendance des hommes, comme dans son enfance ! Car comme alors il fut porté par les bras d'autrui, ainsi par les mains des prêtres il est porté à votre bouche , après avoir été offert au Père étemel qui l'a reçu agréablement , et il n'a reçu ici son être sacramentel , ni aucun usage ou mouvement, que par la volonté de l'homme et sous la dépen V. 6

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dance de sa créature. 0 exaltation de Thomme mortel! ô abaissement du Dieu immortel !

II. Considérez que les Apôtres , leurs successeurs , les évèques et les prêtres y ayant charge et ordre de dispenser aux laïques avec fidélité et prudence le Saint-Sacrement de l'Eucharistie , Tont tantôt donné sotis les deux espèces , tantôt sous une seulement , tantôt plus souvent , tantôt plus rarement , tantôt avec plus , tantôt avec moins de cérémonies , selon qull leur a semblé à propos dans les diverses occurrences des temps , des personnes et des états de l'Eglise ; car Dieu a désiré qu'ils usassent de prudence et de fidélité dans la dispensation d'un si girand mystère, suivant ces paroles évangéliques : Quel est le fidèle et prudent diipensateur que le Seigneur a établi sur sa famille , afin qu'il donne en son temps la mesure de froment (Luc, 12)? Et parce qu'il est assez constant par l'histoire ecclésiastique , que la communion A été donnée aux laïques sous les deux espèces , et que seulekhent quelques-uns doutent de la communion sous une seule espèce , il est plus important de vérifier ce point, ce qui n'est point difficile à faire , en considérant que notre Seigneur Jésus-Christ a donné- lui-môme l'exemple de cette communion le jour de Pâques, qui est le jour de sa résurrection , où apparaissant à Emmaûs , à ses deux disciples et soupant avec eux , il les communia sous l'espèce du pain seulement; car l'Evangile dit : // pnt le paîn , le bénit , le rompit , et le leur donna , et leurs yeux furent ouverts (Luc , 24). Les Pères de l'Eglise ont entendu ce passage de la sainte Eucharistie , dont l'efiet est d'illuminer les hommes. Dans l'enfance de l'Eglise les premiers chrétiens communiaient sous une seule espèce , selon qu'il paraît dans le livre des Actes des Apôtres, par ces paroles ; Ils étaient persévérants dans la doctrine des Apôtres , dans la communion de la fraction du pain et dans la prière (Act. 2). Et dans les quatre ou cinq premiers siècles de l'Eglise , les chrétiens n'ayant pas la liberté de s'assembler souvent , on leur donnait l'Eucharistie pour l'emporter en leurs maisons, et se communier eux-mêmes en secret, comme on le voit dans Tertullien et dans saint Cyprien, et autres anciens Pères qui en rendent témoignage. Or, ils n'emportèrent pas alors l'espèce du vin , qui n'eût pu se conserver; c'est pourquoi il est nécessaire de reconnaître que c^esl une pratique usitée dans l'Eglise , de communier sous une

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sénle espèce , et que le retranchement de la coupe aux laïques n'est pas chose nouvelle. Aussi , se conservait-il de tous temps pour être porté aux malades, ce qui ne se pouvait faire que sous une seule espèce. Les Conciles de Constance , de Bâle et de Trente , rendent assez témoignage de cette vérité , déclarant que la communion sous une seule espèce a toujours été retenue pour chrétienne et suffisante en l'Eglise , selon l'autorité qui lui a été donnée , de statuer et d'ordonner la manière en laquelle ceux qui ne consacrent pas doivent communier, tant pour sauver l'honneur et la gloire de Jésus-Christ, que pour leur utilité spirituelle. Et les deux premiers Conciles remarquant en leurs temps une grande multitude de désordres qui arrivaient au sujet de la communion , sous les deux espèces , par laquelle le Sacrement était profané et traité irrégulièrement, au scandale et à la ruine même de ceux qui en usaient, ils déclarent que l'ancienne coutume observée dans l'Eglise, de ne communier que sous une seule espèce, passera dorénavant en loi et en précepte d'obligation, qu'il ne sera loisible à aucun de changer sans l'autorité de l'Eglise ; et si quelqu'un conteste cette loi , estimant qu'elle est illicite et que c'est un sacrilège de l'observer, ces Conciles veulent qu'on les chasse comme perdus, et qu'on les punisse grièvement comme hérétiques. Si bien que depuis, le temps de ces Conciles , il n'est plus loisible aux prêtres de distribuer la communion sous les deux espèces , ni aux laïques de la recevoir autrement que sous la seule espèce du pain. Ainsi donc , il doit suffire à chacun , que ce qui est de la substance et de l'intégrité du Sacrement soit observé , comme il se fait en l'administrant sous une seule espèce , en laquelle Jésus-Christ est aussi entièrement que sous les deux, et contribue aussi avantageusement au profit spirituel du con>munianl. Quant à la manière et aux cérémonies, l'Eglise en use comme il lui semble plus convenable, selon la diversité des temps et des occasions qui lui font prendre divers moyens pour la gloire de Jésus-Christ et le salut des âmes. C'est pourquoi il y a eu des temps où elle ne permettait que difficilement, et après de longues pénitences, la communion aux chrétiens qui avaient péché grièvement ; il y a eu des temps où l'on ne communiait point à Pâques sans avoir auparavant observé la cérémonie du lavement des pieds, avec laquelle fut faite la prc-

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miëre ioslitutioa de ce Sacrement vénérable par Jésus-Christ. Or, comme l'Eglise a usé de son légitime pouvoir en toutes ces façons de communier y aussi elle en use maintenant en ne permettant aux laïques la communion que sous une seule espèce.

Je me soumettrai donc au jugement de l'Eglise , à qui il appartient d'interpréter les ordres et les intentions de Jésus- Christ, et qui est conduite par l'Esprit de vérité dans les prescriptions qu'elle fait pour conduire les âmes à leur fin surnaturelle. Je déplorerai la multitude des hérétiques et des chrétiens peu soumis et peu èbéissants, qui murmurent et se plaignent en ces rencontres, et soutiennent à cor et à cris plusieurs erreurs et faussetés touchant le Sacrement de l'Eucharistie, si bien que le feu de la discorde et de la division s'allume de tous côtés. 0 Seigneur ! fortifiez-nous dans la Foi, dans la soumission et dans l'obéissance que nous devons à l'Eglise, étendez votre miséricorde sur tant de pauvres créatures éloignées du vrai chemin, que l'hérésie a séduites et transformées en enfants de Déliai et de rébellion. Quel sujet, ô mon Dieu ! ont-ils de tant crier, pour les seuls accidents du vin dont on les prive pour voire gloire , pendant qu'ils s'efforcent eux-mêmes de priver tout le monde de la véritable substance de votre corps et de votre sang, ils ne voient pas que ce sont eux-mêmes qui veulent ravir à toutes les âmes votre véritable présence, ne donnant que du pain et du vin au lieu de vous-même, qui êtes l'aimé et le désiré de tout le monde. Ainsi, ils nous veulent laisser sans sacrifice et sans autel, comme a prédit un de vos Prophètes (Osée, 3). Est-ce afin que l'Antéchrist qui conjurera la ruine de ce Sacrement, ne manque point de précurseurs et de ministres, qui lui disposent et lui facilitent les voies? 0 aveuglement des hommes misérables et rebelles ! 0 mon Dieu ! quand votre toute-puissance meltra-t-elle fin à ces scandales ?

III. Considérez que c'est à tort et injustement que quelquesuns se plaignent de cette prescription de l'Eglise, qui ne permet la communion aux laïques que sous la seule espèce du pain. Le prétexte de quelques-uns est l'institution de ce Sacrement faite par Jésus-Christ sous les deux espèces du pain et du vin, et ces paroles prononcées par luinnéme : Si votes ne tnangez

b etetr dn fU$ de Fhamfne^ et ne buvez son iang^ vem n'aurez poê h vie en vous (Jean, 6). Car, à cause de ces paroles, ils ont crainte de pécher, s'ils ne suivent l'institution de Jésus-Christ, et n'obéissent au commandement du Seigneur , qui semble les menacer de la mort éternelle, s'ils ne reçoivent la communion sous les deux espèces. Hais il faut représenter qu'encore qae Jésus-Christ ait institué cet auguste Sacrement sous les deux espèces, distinctement et séparément l'une de l'autre, toutefois il n'a pas commandé l'usage des espèces. Ainsi, Dieu instituant et produisant toutes les créatures dans l'œuvre de la création, il n'en a pourtant pas commandé l'usage, sinon de quelques-unes , et avec beaucoup de restriction ; l'institution d'une chose est donc très-différente de son usage. Et quand Jésus-Christ aurait commandé l'usage des deux espèces, il ne s'ensuivrait pas pourtant que ce fût un commandement qui obligeât tout le monde ; il suffirait que les Apôtres et les prêtres , auxquels il parlait alors , communiassent sous Tune et l'autre espèce. Car les commandements donnés à une communauté n'obligent pas toujours tous les particuliers, ainsi qu'il est évident, dans les commandements que Dieu a faits, de rendre la justice et de labourer les terres, qui n'obligent que les juges et les laboureurs. Or, les prêtres satisfont à cet ordre, quand en célébrant ils sont pleinement participants de l'hostie, en prenant et en consommant l'une et l'autre espèce. Et quant aux paroles menaçantes de la perte de la vie, si on ne mange son corps et si Ton ne boit son sang, il est assez notoire, puisque le corps de Jésus-Christ est contenu tout entier sous une seule espèce, et qu'il est sous une seule espèce vivant et animé et avec son sang, que quiconque prend une seule espèce , prend le corps et le sang, ce qui est aliment et breuvage, et ainsi qu'en une seule fois il mange et boit la chair et le sang tout ensemble. Qu'est-il donc besoin de détourner les paroles de Jésus-Christ de leur vrai sens ? 11 ne parle que du contenu sous les espèces, et ne parle pas du contenant. Pourquoi donc entendre du contenant ce qui est prononcé du contenu? C'est une tromperie des sophistes, qui ne s'étudient qu'à surprendre les esprits par quelque apparence vaine et peu solide ; car, en ce même endroit, Jésus-Christ témoigne assez que la seule réception de l'espèce du pain est suffisante, lui

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atlribuant manifestement la vie étemellei êi le disant et redisant plusieurs fois, sans faire mention de Tespèce du vin. Mais d'autres, pour blâmer cet usage de TËgUee, se plaignent qu'ils reçoivent une moindre abondance de grftees sont une seule espèce que sous deux, qui seraient comme ddux mamelles fécondes pour allaiter leurs ftmes spirituellement. A quoi répond le Docteur angélique, qui est suivi en ce point de la plupart des théologiens, que, comme toute l'efficacité de ce Sacrement dépend de Jésus-Christ, qui est le même sous Tune et l'autre espèce, il apporte autant de grâces sous une seule espèce que sous les deux espèces jointes ensemble. Car ce que les chrétiens ont à souhaiter, ce n'est que Jésus-Christ) et ils le trouvent aussi entièrement sous une seule enveloppe que sous plusieurs. Si on ne recherche que le noyau, qu'a-t-on â faire qu'il soit caché sous plusieurs écorces? Ce n'est pas pourtant que le Sacrement donné sous l'espèce du vin ne confère aussi la grâce, mais il confère la même grâce que celle qui a été donnée sous l'espèce du pain. Si bien qu'il arrive ici comme à celui qui posséderait un même héritage en vertu de deux testaments, il n'en serait pas plus riche. Et quand bien même il en serait ainsi, et que l'espèce du vin causât quelque surcroît de grâce, toutefois, comme a prudemment prononcé le Concile, ce ne serait pas une grâce nécessaire au salut. Et un bon chrétien, qui aime son maître et son Rédempteur, devrait humblement et patiemment en souffrir la privation, plutôt que de le voir exposé aux profanations et aux outrages qui lui arriveraient, si son sang sous l'espèce du vin était distribué à tout le monde. Saint Paul souhaitait bien d'être anathème et séparé de Jésus-Christ pour le salut des Juifs, si cela eût pu y contribuer ; un chrétien doit-il avoir moins d'amour, pour conserver l'honneur et le respect de son Sauveur si aimable, qui serait tous les jours en plus grand péril d'être injurieusement traité, s'il se distribuait indifféremment à tout le peuple sous l'espèce du vin? Mais que n'a pas inventé l'adversaire de notre salut pour accroître les plaintes et les murmures contre cette prescription de l'Eglise? Il fait dire et penser à d'autres sous ombre d'une grande dévotion, qu'on les prive de la douceur d'une merveilleuse consolation, qu'ils auraient de pratiquer l'enseignement de saint Jean-Clhrysostôme, qui était qu'il fallait s'approcher du calice, comme si l'on

se fût approché de son côté puvert pour suceir son san^ préiûeux avec délices. Or, ils dise^it qu'ils somt privés de cette dévotion par le retranchement 4e la coupe. Alais il faut repartir 4 cexa-rci que, s'ils ont la vraie ^t entière Foi dans ee Sacrement, Jésus?- Christ, la joie et le co^tei^temept parfait du Paradis, est tou^ entier sous Tune et l'autre espèce, qu'ils ofit assez de quoi s^tisr faire à leur ardente dévotion, )e recevant sous uue seule espèçie 9 car ils y boivent et mangent tout ensepdble, fi\ f sout rassftsi^ d'une vraie manne tombée du ciel, laquelle offre toute sorf^ de saveurs aux bons Israélites, qui s'abstiennent de ipurniurer. Ainsi, s'ils ont la vraie Foi, ils .y tfouveront toute sorte de goiH, de bonne et céleste dévotion, et ils pourront y puiser autant de douceurs spirituelles que leur Foi sera grande et capable d'^ contenir : Mon bien-aiméf dit l'Ëpou^e , eU m^ jBirappa de raim de Chypre dans les vignes d'Engaddi (Cant. 1), Car ce raisin qui donne à manger et à boire est Jésus-rChrist mérue, qui» par le Sacrement de l'Eucharistie, ou est son corps et son s^ng devient l'aliment et le breuvage de l*ËgUs^. EnQn, dit saint Thpmas, la douceur spirituelle se goûte en ce Sacrement çon))|iC| en sa source; de quoi pourra se plaindre un dévot laïque, s'il est bien fidèle, puisqu'il a la source même et la fontaine de toute bonne dévotion et de toute consolation intérieure? Cela bien considéré, il faut estimer que ceux qui poursuivent opiniâtrement l'une et l'autre espèce tout ensemble, ou sont ignorants, ou ont quelque erreur dans l'esprit, ou n'ont pas du tout à cœur les intérêts de Jésus-Christ, qu'ils veulent exposer à une infmité de traitements indignes , le voulant rendre commun à tout le peuple sous les espèces du vin, pour leur propre satisfaction. Qu'ils feraient bien mieux d'exercer leur dévotion en obéissant à l'Eglise, car l'obéissance vaut mieux que le sacrifice, et en s'accommodant charitablement à ce qui est pratiqué partout, plutôt que de causer le schisme et la révolte par un zèle indiscret et sans science.

J'acquiescerai donc paisiblement, si je sui§ laïque, à c^tte ordonnance de l'Eglise. Tout ce qui est de sa part 0st sagement et divinement ordonné. 0 mon Sauveur Jésus-Qhrist I qui êtes élevé en gloire à la droite de votre Père céleste, il est bi0n convenable que l'Eglise ne permette pas que vous soyez davautoge exposé aux injures, aux mépris et aux irrévérences qui se com-

mettraient contre le respect qui vous appartient, si Ton vous donnait à prendre sous Tespèce du vin , qui se répandrait à terre trop aisément, et serait pollué en diverses manières. Hélas ! mon cher Rédempteur , encore vous en arrive-t-il trop , en vous communiquant aux laïques sous la seule espèce du pain , quoiqu'elle soit moins sujette à être profanée. Car, hélas! combien de tabernacles brisés, combien de ciboires dérobés et d'hosties foulées aux pieds par l'impiété de nos jours , par ceux mêmes qui ne se disent pas Turcs ou payens , ou hérétiques, mais qui se disent enfants de votre Eglise? 0 mon Jésus! je dois frémir et avoir horreur du souvenir de ces' exécrables profanations. Pourquoi donc , pour ma satisfaction , désirerai-je que vous soyez exposé à de plus grands affronts ? Hélas ! c'est encore trop pour moi de participer à une seule espèce dont je me reconnais et m'avoue très-indigne devant le ciel et la terre. 0 Père éternel ! prenez en main la cause de votre Fils très-innocent , qui a été très-obéissant pour vous jusqu'à la mort; ne souffrez pas , sous quelque prétexte que ce soit , qu'il soit profané davantage.

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