TREIZIÈME MÉDITATION
DES TROIS SORTES DE DISPOSITIONS POUR LA RÉCEPTION DU SA1NT*SACREI1ENT.
I. Considérez que la disposition nécessaire et su£Bsante pour recevoir le Saint-Sacrement, et avec lui Taugmentation de la grâce sanctifiante , est d*être exempt de tout péché mortel y par la voie de la confession et de l'absolution du prêtre , et que le péché véniel ou le défaut de dévotion actuelle et positive, qui pourrait arriver par distraction , par oubli , par sécheresse et stupidité d*esprit , n'apporte pas d'empêchement à la réception de la grâce dans la communion. Le Concile semble approuver cette résolution , ne requérant autre chose , pour participer à l'effet de ce Sacrement , que la pénitence et la confession du péché mortel , et interprète en ce sens les paroles de saint Paul : Que l'homme s'éprouve soi-même (i. Cor. 11) , en se confessant de ses offenses mortelles , et il défend expressément à celui qui a le remords et la conscience d'être en péché mortel , quelque contrit qu'il soit , de s'approcher de l'Eucharistie sans la confession sacramentelle. Le Concile s'arrête là, et il ne parait pas , par les commandements de Dieu ou de l'Eglise , qu'il soit requis autre chose de la part de l'âme pour recevoir l'effet du Sacrement; car pour ce qui est du corps, personne n'ignore que l'on doit être à jeun, pour l'honneur qui est dû à celui de Jésus-Christ , c'est-à-dire qu'on n'ait rien pris depuis minuit , sinon en cas de maladie. Au reste, la pratique semble autoriser cette même résolution, en ce qu'anciennement on donnait l'Eucharistie aux petits enfants baptisés qui n'étaient point capables de former aucun acte de Foi , de Charité, d'adoration ou autres. D'où il se peut inférer que c'est être suffisamment disposé, que d'être en état de grâce , et sans péché mortel ; aussi le péché véniel n'a point de répugnance v. 1
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avec la grftce sanctifiante, c'est pourquoi il n'empêche pas le Sacrement de produire son effet. Il en est tout autrement da péché mortel , il est absolument nécessaire d*en être exempt pour participer à Tétat de grâce , qui se donne en ce Sacrement; car, dit saint Paul : Celui qui mange et bnit indignement f mange et boit son jugement y il avale sa condamnation, ne discernant po8 le corps du Sêgneur (i. Cor. 11). 11 le reçoit en effet dans un lieu puant et infect , dans un lieu où sont ses ennemis , ce qui est lui faire une injure très-atroce ; il n'a point aussi égard à la grandeur de Jésus-Christ , et à la pureté de cette nourriture , qu'il reçoit comme une nourriture profane , qu'il n'importe pas qu'on mange en bon ou mauvais état, mais pour celle-ci i) importe beaucoup , parce qu'étnnt une nourriture sainte , qui n'est destinée que pour ceux qui sont vivants de la vie spirituelle de la grâce , et qui sont enfants de Dieu par adoption, il la donne â un mort, et â un chien; car celui qui est en péché mortel devant Dieu , n'est réputé que pour un chien trës-vil et misérable : en quoi il commet un double sacrilège , et en ce qu'il traite irrévéremment une chose sainte , et on ce qu*il la ravit et la prend contre tout droit , puisqu'il lui est défendu d'y participer en état de péché. C'est le crime et l'attentat de Judafi , qui osa la recevoir le premier avec l'indignité du péçh^ mortel , c'est pourquoi ce qui lui était présenté par miséricorde, le rendit plus criminel devant la justice divine par l'abus qu'il en fit. Que si l'on demande s'il y a plus d'inconvénient à recevoir l'Eucharistie en état de péché, qu'à la regarder, il faut considérer que l'Eglise n'a pas toujours permis â toute sorte de personnes de la regarder, car elle veillait A ce que les infidèles ne jetassent pas la vue dessus , et même les chrétiens non encore baptisés. Le séraphique Docteur dit aussi que ce n'est pas chose semblable de regarder l'Eucharistie, et de la recevoir, et qu'au second cas l'irrévérence est plus notable , parce qu'alors le Sacrement est reçu et la grâce est présentée, à laquelle il y a obligation de se préparer, ce qui n'est pas pour le regard seul. Et si les Bethsamites qui regardèrent l'Arche furent tués, ils ne sont pas la figure de ceux qui jettent les yeux sur l'Eucharistie, mais de ceux qui examinent trop curieusement les protonds mystères^ quoiqu'ils soient simples d'esprit, lesquels périssent quelquefois, et perdent la Foi pour être trop présomptueux.
Eafin, d'autres font difficulté sur ce que l'expérience montre que plusieurs de ceux qui communient souvent/ se montrent fort peu avancés dans la vertu et dans la Charité, laquelle néan* ffloins ne demeure pas oisive où elle est grande, ce qui dénote, disent-ils, qu'il faut autre chose que l'exemption du péché iBortel pour recevoir l'effet du Sacrement, et que oettâ autre ebose manque à ceux qui fréquentent ce mystère sans devenir ^us vertueux et d'une Charité plus parfaite. On dit communément à cette objection que la grâce de Dieu est insensible, et qu'elle peut être grande en une âme sans qu'il en paraisse fien, encore bien que l'efficace de la fréquente communion soil essefs évidente par son effet, si une telle âme persévère loQgtemps dans la grâce, et se donne garde de tous péchés mortels, ee qui n'est pas un effet de petite conséquence. Au resta, BOUS toucherons une autre source de désordre dans la considération suivante. En attendant :
Nous apprendrons de ce point l'excès de la miséricorde de Dieu, qui requiert si peu de chose dans la réception de ce Saeremeni pour en donner les fruits. ]N> pouvait-il pas justement exiger les préparations les plus grandes et les plus difficiles pour se communiquer soi-même si libéralement en ce mystère? Certes, sa grandeur le méritait ; mais il a eu égard à notre pauvreté, à notre misère et à notre infirmité, c'est pourquoi il se donne à si bon marché avec la bénédiction de ses grâces. Il lui suffît qu'une âme ait chassé de son cœur son ennemi mortel par le Sacrement de la Pénitence, et le voilà prêt à entrer, quoiqu'elle ait des péchés véniels et d'autres défauts, qui le pourraient justement faire résoudre à ne jamais se communiquer à elle. 0 Seigneur I que votre cojiduite est douce et votp^ esprit facile, et que vous donnez bien sujet aux per- • sannei qui sont purifiées de leurs péchés mortels par Tabsolutiao sacramentelle, d'avoir du repos et de la tranquillité tprès s'être approchées de vous, quoiqu'elles se voient en de grandes imperfections I Mais autant votre bonté est grande, autant est grande la malice de ceux qui, ressentant l^s reproehes intérieurs d^ péché mortel, ont l'audace de se présenter à votre table. 0ht les traîtres, qui vous font cette indignité en votre niaise, et à votre table, et dans la présence de vos angaa^i fia #n âireraîoit vengeanee sur l'heur^ même, «i vous ae
les arrêtiez , attendant la fin du monde pour eu faire le jugement. 0 Seigneur I préservez-moi toute ma vie d'une indigne et sacrilège communion; préservez-en tout le monde ; vous avez trop reçu d'indignités de la part des Juifs qui voua ont crucifié au milieu des voleurs au temps de votre humanité passible et mortelle; maintenant que vous êtes en la gloire de Dieu votre Père, il vous appartient, Seigneur, d'être partout reçu avec révérence et adoration, avec Charité et sainteté f Oh ! donnes4a à tous ceux qui approchent de vous.
n. Considérez une seconde disposition , qui est prétendue suffisante pour les effets de ce Sacrement, bien qu'elle ne le soit que selon la probabilité et en apparence, et non pas en vérité. Cette disposition est assez ordinaire, et est une des prin^cipales sources d'où provient que l'on remarque si peu de fruits dans l'Eglise après les communions de Pâques et d'autres temps, parce que la disposition de plusieurs n'était pas vraie et suffisante en effet et en vérité, et devant Dieu; mais seulement dans leur esprit et dans leur pensée, estimant être exempts du péché mortel, bien qu'il en fût autrement, soit par faute d'examen suffisant de la conscience, soit pour des affections secrètes , soit faute d'attrition surnaturelle en se confessant , soit par défaut d'approbation et de juridiction dans le confesseur, soit pour avoir l'esprit infecté de quelque opinion qui est importante au salut, laquelle pourtant on estime trop légèrement être probable et assurée, soit pour quelque autre manquement qui est ignoré. Ces personnes demeurant en effet dans le péché mortel , et pensant probablement en être délivrées, s'approchent de bonne foi du très-auguste Sacrement, et n'en reçoivent ni bien ni mal, car l'Eucharistie étant le Sacrement des vivants, et sa dignité étant telle qu'il n'est destiné que pour les vrais enfants de Dieu qui sont dans la grâce et déjà unis â lui, afin d'accroître leur grâce, il ne peut produire son effet; car la grâce doit être commencée pour être augmentée, et la nourriture qui se met en la bouche d'un corps mort n'y opère rien pour sa vie. Hais aussi elles n'encourent pas un nouveau péché, pour ne pas le recevoir dignement, parce qu'elles s'en approchent de bonne foi, et avec une disposition probablement suffisante, laquelle les excuse de péché, tellement que par cette voie on ne pèche pas mortellement, et pourtant on ne remporte
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pas le fruit de la grâce, d'où il arrive qu'après une telle commonion réitérée tant que Ton voudra , on demeure en même état, on n'avance pas, on ne recule pas, la même liédeur persiste, les mêmes vices continuent leur règne, et la pauvre créature areaglée et séduite par sa fausse opinion, est autant éloignée da ciel qu'elle est proche de l'enfer , jusqu'à ce qu'enfin la grâce diTine la touche plus vivement pour lui faire produire des actes parfaits d'amour ou de contrition, ou mieux la faire rentrer en elle-même, ou s'approcher des Sacrements avec un cœur nou- ?eatty et des dispositions approuvées au jugement de Dieu. Cette théologie vraiment étonnante est enseignée par le sérapidque Docteur, avec plus de rigueur encore que nous n'en usons. Le communiant, dit-il, est tenu en ce Sacrement de se préparer, parce que Dieu vient pour habiter dans l'homme. Or, la préparation n'est pas toujours suffisante, mais seulement quand l'ennemi de Dieu est chassé par un amour sérieux et par la contrition, ou par le jugement de la pénitence. De plus, parce que la Majesté divine s'humilie avec une grande dignation, et que la bonté divine y ofi're la grâce, l'homme, pour manger dignement, en doit approcher avec une crainte révérentielle et filiale. Il y en a donc ipii se préparent suffisamment selon la vérité, d'autres se préparent suffisamment, non selon la vérité , mais selon la probabilité; d'autres ne se préparent pas, ni de l'une ni de l'autre manière, mais ils méprisent de le faire. Celui donc qui se prépare suffisamment mange dignement, celui qui ne se prépare en aucune manière, mange indignement; mais celui qui se prépare moins suffisamment, plutôt selon la probabilité que selon la vérité, ne mange pas dignement, parce qu'il ne se prépare pas dignement, suffisamment, et il ne mange pas indignement, parce qu'il se prépare seulement probablement; si donc il ne reçoit pas la grâce, au moins il n'encourt pas l'offense, se préparant suivant le jugement de sa conscience. Telles sont les paroles de ce grand Docteur, dont le sentiment est suivi par un bon nombre de théologiens, qui sont : Gabriel, Marsiie, Adrien, Cajetan, Suarez et autres (1).
Nous déplorerons dans cette considération très-véritable la pauvreté et le désordre d'une trop grande multitude de chrétiens,
(i) Apad Saarez ad Q. 79.nisp. 63. Sect: f.
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lie prôtres ot de laïquèSi de religieux et de religieuseA^ qt|i fftt n'apporter à ce Sacrement qu'une disposition prétendae soi» santé, n'en tirent pas de profit ; mais après tontes lears cùiû* munions^ croupissent dans leurs mêmes Yices, toujouri aussi colèreS) aussi aYares^ aussi médisants, aussi volontaires, aussi indévots et aussi immortifiés qu'auparavant. Le féa tie l«i échauffe pas, la lumière ne les illumine pas^ la niéd«eiiit il les guérit pas^ l'abondance ne les enrichit pas, la forte ne In fortifie pas. N'eat-ce pas une chose pitoyable et honteuse que la pain grossier et terrestre que nous mangeons fera plui sur nos corps que le Saint-Sacrement ne fera sur nos âmes? Que ce pain mort et inanimé nourrira et fortifiera notre chaii*, et fTl»t duira plusieurs autres bons effets en nous, et le pain vivant, notre Seigneur, avee toute la puissance de sa divinité et avec tous les mérites de son humanité, n'opérera rien en nos espritt, et demeurera dans nos estomacs comme si c'était Un caillou? Quelle est la source. d'un si grand malheur? Certainement il n'en faut j)as chercher d'autre que notre indisposition* Rentrefe donc en vous-même, si vous ressentez peu ou point d'effets de vos communions, redoutez que votre disposition ne soit qu'iroa»ginaire et non véritable. Vous manquez peut-être d'instruction, vous pensez faussement qu'une action qui vous est ordinaire n'est que péché véniel ou imperfection, et néanmoins elle .est devant Dieu péché mortel, et votre balance est trompeuse, et voire poids est faux. Vous vous confessez par une pure routine, sans avoir l'esprit de pénitence ; vous n'y cherchez pas à apaiser Dieu, et votre douleur telle quelle n'est pas assez bien conditionnée. De plus, vous ne vous examinez que superficiellement, et vous ne vous jugez pas bien vous-même; c'est pourquoi ^vous êtes toujours vous-même, et si vous ne mourefe pas de la réception du Sacrement en vous en approchant dans la bonne foi, vous êtes néanmoins infirme, et vous n'en recevez pas de renfort. 0 Dieu infini I ayez pitié de notre misère, voyez si je ml dans la voie de i'mtqwté , él conduisez-moi danê le chemin de Véier- «iie.(Ps. 138). Délivrez-moi y Seigneur, de mee péchés cachés (Pb. 8). Illuminez mes yeux , afin que je ne m'endorme jamais dans la mort (Ps. 42).
III. Considérez une troisième sorte de disposition au Saint- Sacrement, qui est la disposition convenable et celle qu'il faut
DBlI SAGHEIIEMTO. 105
ifjKnler, tant pour la révérence due à Jésus-Christ, que pour participer pleinement à tous les effets de la communion. Cette disposition convenable comprend le nécessaire et y ajoute plusieurs actes d'une dévotion réelle et positive, qu'il est très-raisonnable et très -bienséant d'avoir, outre l'innocence et Tétat de la justice. Or, les livres spirituels enseignant assez cette imposition, et dans les pt^éludes de cette Théologie, la pratique in étant donnée ^ nous noud contentons , dans cette considération, de rëpasset sur six principaulc articles de Cette disposition, telle qu'elle est décrite par le Catéchisme du Concile de Trente , les travaux de saint Charles Borromée , et autres personnages célèbres par leur sainteté et par leur doctrine , qui en ont écrit ; c'est pourquoi l'autorité de ce livre porte sa preuve a?ec soi. Le premier article de cette disposition est que les fidèles mettent de la différence entre la table et la table, discernant cette table sacrée des profanes i et ce pain céleste du commun. Ce qui se fait lorsque nous èro^ons certainement pré-» sent le vrai corps et le sang de notre Seigneur, que les anges adorent au ciel , devant lequel les colonnes du ciel tremblent et frémissent , et de la gloire duquel le ciel et la terre sont pleins. C'est là discerner le corps M hô'fre Rigueur, comme saint Paul en avertit. Le second article de cette disposition est que cha<« cun s'examine soi-même et s'informe bien s'il a la paix avec les . autres, s'il aime sincèrement et d'affection son prochain : Si ione tu offre» ton présent à Vautel , et là qu'il te reftêouvienne que tan frère a quelque 7nal contre toi , laisn-là ton présent devant l'autel , et va premièrement le réconcilier avec ton frère , et alors retournant , tu offiiras ton présent (Matth. 5). Le troisième article est d'examiner diligemment notre conscience , de peur que nous ne soyons entachés de quelque péché mortel , dont il soit besoin de faire pénitence f afm qu'il soit premièrement lavé par la contrition et la confession. Car il est arrêté par le Concile de Trente qu'il n'est permis à personne coupable de péché mortel ^ s'il a le pouvoir de se confesser au prêtre , de recevoir la sainte Eucharistie , tout contrit qu'il se croit être ^ avant que de s'être purifié par la con^ fession sacramentelle. Le quatrième article de notre préparation est que nous pensions en nos esprits combien nous sommes in* dignes qu'un tel bienfait nous soit conféré par Dieu. C'est j^oor* quoi il faut dire de bon cœur cette parole do Centurion : Sei^natir,
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je ne suis pas digne que vous entriez en moi (Maith. 8). Le cinquièM est d'examiner si nous pouvons nous attribuer ce que disait saiak Pierre : Voua savez , Seigneur, que je vom aime (Jean , 21). Car 11 faut se ressouvenir que celui qui s'assit au banquet sans la i^be nuptiale , fut envoyé dans une prison ténébreuse, condamné à des peines étemelles. Le sixième est, qu'outre la préparation de l'âme , il faut aussi celle du corps , n'ayant rien mangé depuis minuit. La dignité du Sacrement demande que les pereomies mariées se soient abstenues l'une de l'autre quelques jours auparavant. Ce sont là les choses principales qui doivent être gardées par les fidèles , afin que les mystères sacrés soient reçus d'eux plus utilement. Or, pour entendre la raison de ces choses , il faut considérer que Jésus-Christ vient dans l'Eucharistie et descend en nous avec six qualités très-remarquables , car il y est caché ; il y est le même pour tous et en tous ; il y est comme aliment ; il y est dans un état d'humilité ; il y est dans l'action la plus charitable et la plus remplie d'amour qui puisse slmaginer; et enfin il y est avec une pureté indicible. Parce qu'il y est caché sous les espèces visibles , il faut la Foi pour croire qu'il est présent en vérité , et lui dire avec le Prophète : Vous éle» vraiment «n Dieu caché (Isa. 45). Parce qu'il' 'est le même et veiit se donner entièrement sans diversité , il faut aussi avoir la paix et l'amitié avec tous ses frères ; car la communication des mêmes biens demande une union d'autant plus étroite , que la multitude de ces biens est plus grande ; c'est pourquoi ceux-là doivent s'entr'aimer davantage , qui ont communication par le même père et la même mère , et encore plus s'ils communiquent à une même table; et si encore ils ont une même maison, une même profession pour le spirituel et le temporel , et un même chef qui les gouverne , leur union en doit être plus forte. Car la raison de l'unité est la communion en un même bien ; c'est pourquoi les frères qui ont une même naissance , les commensaux qui ont une même table , les soldats qui ont un même général d'armée , les marchands qui font les mêmes négoces , et autres personnes associées en de plus grands biens, s'entr'aiment davantage, si ce n'est que l'envie ou quelque autre peste d» corruption vienne à la traverse. Or, par le Saint-Sacrement , les hommes ont les plus parfaites communications qui soient dans les plus grands biens aè dans les mêmes ; car Jésus-Christ est le même
DES ftAGMMENTS. iOK
«tom;«t est pour tons le souverain bien^ donné à tous dans wa unité pour les unir tous ensemble dans une même vie , dans on même père et dans un même chef qu'il est lui-même , dans une même profession et un même genre de vie spirituelle , qui est de servir Dieu, et dans une même maison, qui est son Eglise. C^est pourquoi ce Sacrement ne peut souffrir de partialités et de divisions d'esprit. De plus, il se donne au Sain^-Sacrement comme la nourriture des âmes ; partant elles doivent être Tirantes de la vie de la grâce ; car ce qui est mort n'est plus capable de nourriture. C'est pourquoi les âmes mortes par le péché sont indignes de le recevoir ; et si l'Eglise condamne ceux qui donnaient le Saint-Sacrement aux morts quant aux corps, elle ne condamne pas moins ceux qui le prendraient étant morts quant à Tàme. Il y est encore dans un état d'humiliation pro- Àgieuse, réduit à la petitesse de l'hostie, et c'est une impudence intolérable que là où la Majesté s'anéantit, un vermisseau soit enflé d'oi^ueil. Il y est aussi dans l'action la plus amoureuse du monde, qui dès lors doit être aussi la plus aimable du monde , et c'est une incivilité insupportable , que là où cet Epoux céleste témoigne tant d'ardeur et de Charité brûlante à une chétive créature, elle y soit dans les froideurs ou l'msensibilité ; car l'amour veut être payé par l'amour. Quelle in* dignité donc de ne voir aucun retour d'affection envers un amant si fervent ? Les anges voyant un si étrange et si funeste spectacle, prononcent et foudroient l'anathème que lança autrefois saint Paul contre ceux qui ne Taimaient pas : Qui n'aime pas le Seigneur Jésus-Chmtj qu'il soit analhème (i. Cor. 16), qu'il soit frappé de malédiction comme un excommunié. Enfin, il est dans ce Sacrement plein de pureté, comme il est partout ailleurs ; c'est pourquoi il doit être reçu avec la plus grande pureté, tant de Tâme que du corps. Aussi il a voulu prendre naissance d'une vierge, et le sentiment de TEglise est que celui qui a été regardé comme son père fut vierge pareillement. Car il a tant chéri l'intégrité de cette fleur de la pudicité, que non-seulement il a voulu naître d'un sein virginal, mais même il a voulu être traité par un nourricier vierge, lorsqu'il était encore pleurant dans la crèche. Par quelles personnes donc son corps doit-il être reçu maintenant qu'il règne dans les cieux? Si en reposant dans la crèche il ne veut être touché que par des mains pures,
IM U THtOLOmi AmCTITE.
qatUe pureté deinandera-i-il que l'on observe pour seu co^tMi qui est maintenant élevé dans la gloire ? Qil'7 a-t-ii de A pur, dit saint Chrysostôme, que celui-là ne le doive encore être davantage, qui doit participer à ce sacrifice ? Quel rayon de soleil ne doit pas être surpassé par cette main qui en fait la division, par la bouche qui est remplie de ce feu spirAuel, par la langue qui est ensanglantée de ce sang admirable 1 Pense à rhonneur qui t*est fait et à la table dont t.u jouis.
Je formerai donc la résolution d'apporter cette disposition convenable pour communier» Je ne me contenterai pas de ne me sentir coupable d'aUcun pécbé mortel ; mais je produirai des actes de Foi et d^amour de mon prochain, renonçant à tout sentiment d'aversion et de vengeance. J'entrerai profondement dans . la connaissance de mon indignité, et je m'exciterai fortement aui actes les plus enflammés de la Charité divine , sans négliger les dispositions du eorps$ qui doit recevoir le Très-Saint-Sacrement. 0 Jésus ! mdn Seigneur^ Fils unique de Dieu, et qui êtes avec le Père et le Saint-Esprit un Dieu de même essence^ par qui seul s'obtient \A rémission ded péchés et le salut éternel ; qui avee justifié le publicain confessant ses péchés; qui avetf exaucé l'humble Cananéenne ; qui avez remis les péchés à la fervente Madeleine, donnez-moi. Seigneur, à moi, très-rflisérable et malheureux péoheur, donneE-moi la grâce de confesser m^B péchés avec amertume de cœur ; donnez-moi des lumières pour envisager la majesté de votre grandeur, cachée sous les voiles du Sacrement ; donnei-taol la paix et la sincère dilection à l'égard de tous mes frères 5 donnez-moi Thumilité et la ferveur de votre amour, afin que- participant â vôtre corps sacré par la sainte communion, mon âme en tire tous les fruits et tous les effets salutaires qui en peuvent fJrovenii*^ et puisse vous en glorifier A jamais.
BU lAGAUiEMTi. 107.
OtJATORZIÈME MÉDITATION.
mu DE hk DISPOSITION OONTENABLE POUR MIEUX GOMMUNIBB, ■T DE SES EFFETS.
I. ConsidéroB ane autre pratique pour se disposer convena« Uemeol à la réception du Saint-Sacrement, laquelle est comprise en sept degrés ou en sept échelons , pour atteindre Jésus-Christ en communiant. Le premier de ces degrés s'appelle l'excitation , par laquelle une âme chrétienne s'excite ellemême à se bien disposer i se représentant pour ce sig'et les périls et les malheurs qu'il y a à communier indignement , comme de se rendre des plus criminels qui soient dans les enfers ^ de donner puissance au diable sur soi-même , de s'endurcir et de s'obstiner dans le mal^ d'encourir les infirmités du corps, d'abréger ses jours, et d'outrager Jésus-Christ à l'imitation de Judas et des perfides Juifs ; se représentant encore le bien qa'il y a à communier dignement pour croître en grâce et en Charité 9 et s'unir plus fidèlement à Jésus-Christ ; se représentant aussi l'exemple de ceux dans la maison desquels le roi doit descendre! qui font tant de préparatifs pour le recevoir honorablement, et surtout l'élévation et la sublimité de ce Sacrement, qui mérite d'être reçu avec plus de purelé et de sainteté qu'il n'y en a dans tous les anges du ciel , et avec plus d'ardeur de Charité que n'en ont les Séraphms. Le second degré s'appelle la considération, par laquelle l'âme déjà excitée à se préparer dignement, médite sérieusement et posément la grandeur et l'importance de l'action qu'elle prétend faire , eu égard d'une part à sa propre vilité et à sa très-basse condition , et d'autre pari à la noblesse de Jésus-Christ qu'elle va recevoir, à sa puisss^ce , ù sa sagesse et à sa miséricorde. En ce degré elle médite , qu'elle, très-chétive créature , à cause des mille défauts dont elle est chargée^ doit recevoir, chez soi^ celui que les cieux des cieux ne
i08 LA THtOLOGIB AFPBGTiyE.
peaveni comprendre ; qu'elle doit manger le pain des anges ^H renfermer dans ses entrailles la splendeur du Paradis , par qii ' toute la cité céleste est illuminée y et qui lui sert de soleil par la clarté de sa gloire. Elle médite pareillement que la communion sacramentelle est une des plus grandes actions du monde , et où reluit stoc un éclat admirable la toute-puissance de Diea , qui a transformé la substance du pain en celle d*an corps glorieux , sa sagesse qui a trouvé moyen de sauver, par une telle nourriture , les hommes qui s'étaient perdus en mangeant d^nn aliment défendu ; et puis sa bonté , se donnant entièremmit à ses créatures. Le troisième degré s'appelle probation, où Tàme s'éprouve elle-même , si elle n'a pas d'empêchement ou d'obstacle , si elle a les ornements et les dispositions convenables pour recevoir son Dieu , et encore si elle a quelques ma^ ques de dévotion pour communier dignement. En ce degré , elle examine si elle n'a point de péché mortel ou véniel; si elle n'a point d'attaches trop pressantes aux créatures , ou des sentiments trop violents contre le prochain ; si elle est dans le devoir de la soumission , et si elle n'a point défense de la part de ses supérieurs de s'approcher de la sainte table. Elle examine en ce même degré si elle a la Foi, l'Espérance et la Charité ; si elle est chaste et pudique ; si elle est humble et obéissante ; si elle est miséricordieuse et compatissante; si elle est en paix avec tous; si elle est pénétrée du souvenir de la Passion de Jésus- Christ , et finalement si elle est ardente et dévote au Saint-Sacrement. Le quatrième degré s'appelle l'expurgation , par laquelle rame se purifie de ses péchés, grands et petits, par l'amertume de la pénitence comme aussi de toutes les impuretés du cœur qu'y causent les attaches aux biens créés , et les affections plus fortes pour les choses terrestres que pour les spirituelles , et en somme , de toutes ses intentions qui n'ont pas la gloire de Dieu pour but. Pour cet effet, en ce degré , l'âme forme des actes de contrition et de pénitence , et désavouant ses propres passions et ses intérêts, se consacre tout à la gloire de Dieu, et s'y réfère entièrement. Le cinquième degré s'appelle la décoration ou l'embellissement , par lequel l'âme pare et embellit sa partie intellectuelle, sa puissance affective , et sa partie sensitive des actes de vertus qui leur sont convenables. En ce degré , elle embellit son entende-
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ment d'actes de Foi et d*admiration sur les grandes choses contenues dans le Saint-Sacrement. Elle décore sa volonté d'actes de Charité , sa mémoire du ressouvenir de sa Passion , et ses facultés sensitives d'actes divers de mortification et de soumission à la loi de Dieu. Le sixième degré s'appelle l'inflammation, par laquelle elle s'excite , tant à la crainte et au respect de ce Sacrement , qu'au désir et à l'afiection très-grande d'en être participante 9 parce que ce pain ne veut pas être mangé avec dégoût 9 mais avec une grande faim et un grand appétit spirituel. En ce degré, l'âme envisageant la grandeur de Jésus- Christ et ses nobles qualités opposées aux siennes et infiniment plus relevées , tremble en sa petitesse , et redoute de s'approcher de lui y s'en estimant indigne , et lui dit à l'exemple de saint Pierre : Retirez-vous de moi , Seigneur, car je suis pécheresse (Luc , 5). Mais d'ailleurs jetant la vue sur sa face trèsdébonnaire , sur le grand désir qu'il a de se communiquer à ses créatures , nonobstant leur indignité , et le grand besoin qu'elle a de ce Sacrement , elle le désire avec ardeur, et il lui tarde de jouir de ce bien. Ainsi elle s'écrie intérieurement : 0 ardeur! ô Charité ! oh ! qui vous a connu et ne vous a pas aimé ? 0 abîme! qui vous a considéré et n'a pas été épouvanté ? Qui ne vous a pas aimé est perv^s et impie , comme, celui qui ne vous a pas redouté est fou et insensé. Le septième degré s'appelle l'invitation, par laquelle, enflammée de désirs pour Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement , elle l'invite de tout son pouvoir à descendre en elle , lui disant comme l'épouse du Cantique : Que mon hien-aimé vienne en son jardin, afin ,quil mange les fruits de ses pommiers (CdHii. 5). En ce degré, l'âme soupire après Jésus-Christ, et imitant les ardents désirs de tous les saints Patriarches , elle pousse des élans d'afiection après sa présence , souhaitant d'être rassasiée de lui , ne prenant plus de goût aux choses du monde , n'y ayant pas moins de raisons de le désirer dans la communion qu'en avaient toutes les âmes saintes de l'Ancieu-Testament de le désirer dans l'Incarnation. En ce degré , l'âme se figure comme un pauvre criminel qui languit dans les prisons , et qui désire son juge , non pour être condamné , mais pour en être absous ; car ainsi l'âme se regardant dans ce monde comme dans une prison fâcheuse et de longue durée , elle demande son juge pour être renvoyée libre et absoute. Elle se figure comme un
pauvre malade qui désire le médecin ; elle le désire comme sen mattre pour reconnaître ses volontés ; elle l'implore comme w roi très-puissanl, pour la défendre et la protéger contre ses ennemis ; elle l'appelle comme son soleil , pour dissiper ses ténèbres et dissoudre toute sa froideur ; elle le convie comme le soulage- ' ment de ses travaux, afin qu'il l'aide et allège son fardean; ' enfin , toute liquéfiée d'amour, elle l'invite comme son époui céleste, sachant qu'il daigne élever les âmes à la qualité d'épouses, pour les rendre participantes de ses biens et de ses grandean. Après ce degré d'invitation suit la réception du Saint -Sacrement , accompagnée de sentiments d'humilité et de révérence , d*admirationpour sa grandeur comme sdiiniThomas: Mon Seigneur et mon Dieu (Jean, 20); ou bien d'affection et de joie , comme en disant : Entrez, béni de Dieu ; oh ! béni soyez-voui , qui venez au nom de Dieu (Gen. 24 et Matth. 21).
Souhaitez d'avoir cette disposition convenable au Saint-Sacrement. Regrettez au passé de ne l'avoir pas connue et pratiquée ; désiirez qu'elle vienne à la connaissance de plusieurs, afin qu'elle soit pratiquée pour la plus grande gloire du Fils de Dieu au Saint-Sacrement. Mettez-vous en devoir vous-même de passer dans votre prochaine communion par tous ces degrés , auxquels vous penserez l'un après l'autre , ou dans une même heure , ou dans sept jours divers qui précéderont votre communion , vous arrêtant chaque jour à un degré ou à un des échelons de cette échelle mystérieuse , par laquelle vous arriverez à Jésus-Christ , pour en tirer des biens qui vous rendront heureux dans toute l'éternité.
II. Considérez les merveilleux fruits qui proviennent de la communion faite avec une telle disposition. Il n'y a point de langue , dit un célèbre théologien , qui puisse expliquer, ni d'esprit capable qui puisse comprendre les fruits et les avantages de la réception de ce Sacrement , duquel on pourrait bien entendre ce mot dlsale et de saint Paul : Vœil n'a pa$ vuy Vornlle n'a pas entendu . et Vesprlt de rhomme n*a fM)int compris ce que Dieu a préparé à ceux qui raiment (Isa. M. i. Cor. 2). Toutefois quelqu'un , pour sa consolation spirituelle , pourra contempler le psaume vingt-deuxième que David a composé , où il raconte douze avantages qui arrivent a ceux qui comipunient dévotement. Le premier est que par ce Sacrement nous avons
Jéras-Ghrist pour notre roi et notre guide ! Le Seigneur me régii (Pi. 23). On peut dire à l'âme qui communie , comme à la fille de Sion : Voilà ion roi qui arrive plein de m^nwé* Ude (Matth. 21) , dont la débonnaireté égale la majesté ; et rime peut dire : Oh I le bonheur inestimable I le puissant mo^ narque du ciel vient en moi pour me donner sa paix et sa grâce , pour prendre possession de mon cœur et de toutes mes puisuoces comme de son propre domaine , pour y établir ses lois et tes maximes , et me gouverner sous sa sainte conduite I Quel honneur pour une cbétive créature ! Car ne se contentant paa de BOUS avoir donné pour guide la raison naturelle et l'habitude de Il Foi, il veut lui -môme nous diriger et nous inspirer dans le Saint-Sacrement , afin qu'adhérant à lui , nous ne marchions pas dans les erreurs et dans les ténèbres , mais dans la vraie lumière. Le second avantage est une grande abondance de grâces : Et rien ne me manquera (Ps. 22). Car ici c'est Tauteur de la grâce, qui ne vient qu'à dessein d'emichir une âme, et de la rendre participante de sa plénitude. D'où vient que saint Paul congratulant eaux qui communient dignement , leur disait : Je rende toujoure jfhlrei à mon Dieu pour vous^ parce que vout étn richee en toutee ekeee» par Jérna^Chrikt , en êorte que rien ne voui manque en awtune grâce (i. Tor.l). Le troisième avantage est la douceur de cette ré- /action spirituelle : // m'a mis dam un lieu de pcUuraye ( Ps. 22). Cette réfection consiste dans de bonnes et savoureuses pensées toutes célestes, dans les ardentes affections de la Charité, dans des épanouissements de cœur, des tressaillements de joie, dans des goûts très-suaves de la douceur divine ; c'est pourquoi ce Sacrement est une manne cachée d'une douceur très savoureuse , qui est le rassasiement des âmes bien pures. Le quatrième avantage est la modération des passions trop ardentes : // m'a élevé eut i'mu de réfection (Ps. 22); car rien ne tempère tant l'ardeur des concupiscences désordonnées que de communier dignement. La rosée, dii le Sage, ne refroidirort-elle pas l'ardeur (Eccl. 18)9 Or, c'est ici la rosée céleste tant souhaitée par les anciens Pères, qui criaient : 0 cieux! envoyez a'en haut voire rosée (Isa. 45). Le cinquième avantage est de nous convertir et de nous transformer en lui : // a converti mon âme (Ps. 22). Car cet aliment céleste ne s'altère pas comme Taliment ordinaire, pour être changé en notre corps; car ce corps divin ne nous servirait pas, s'il était changé en
112 Lk TBiùioea ArrECTivE.
notre corps mortel, il périrait avec nous ; il a donc une totem et une vigueur non pareilles pour changer et pour convertir notre âme en soi, afin qu'elle vive pour lui et qu'elle vive de sa vie par l'imitation de son esprit et de sa vie céleste; c'esl ' pourquoi saint Augustin entendit cette voix, que plusieurs appliquent à ce sujet : Je suis la nourriture des grands ; grandis et mange ma chair, tu ne me changeras pas en toi comme l'aliment dont tu nourris ton corps; mais tu seras changé en moi (1). Dans cette conversion, la substance de l'âme demeure la même, mais ses accidents sont changés; car elle y reçoit des accideots déiformes, qui la font vivre selon l'esprit de Jésus-Christ, recevant de lui, comme de son chef, une nouvelle vigueur. De li vient le sixième avantage, qui est l'inclination au bien pour la seule gloire de Dieu : // m'a conduii dam les tentien de la jutliee fiour nm nom (Ps. 22). Car comme Jésus-< hrist n'a des inclinations que pour le bien et pour la gloire de Dieu, qu'il regarde incessamment dans toutes ses œuvres; il en est de même du chrétien, à qui Jésos-Christ a communiqué son esprit par la communion; il n'aspiriwiu'aux voies de la justice et de la sainteté, et le tout sans intérêt propre, mais pour glorifier le nom de Dieu. Le septième avantage est la protection contre les assauts et les attaques de l'ennemi : Si je marche au milieu dee ombrée de Im mort^ je ne craindrai jnnnl de maux^ parce que vont Mes wee moi (Ps, 22). Les ombres de la mort sont les tentations des démons, contre lesquelles le Saint - Sacrement arme et fortifie puissamment l'esprit; c'est pourquoi il est figuré par le pain que vit Gédéon, qui ruina les Madianites, c'est-à-dire les démons de l'enfer. Car pourquoi celui-là les craindrait-il, qui se sent être avec Dieu, et l'avoir en soi-même pour son protecteur? De là vient que Job demande avec confiance à Dieu : Mettexrm^ omprès de vous, el vt€iifie giit poudra eombaUre contre «ai (Job, 27). Le huitième avantage est la consolation au milieu de toutes les angoisses et des tribulations de cette vie : Vous opez préparé une table devant mm contre tous ceux qm m'afiigent (Ps.22). Car une communion bien faite a une puissance tout admirable pour apaiser les plus cuisantes douleurs de cette vie; c'est pourquoi il invite les personnes afiUgées et les appeUe à soi : Venez émoi, vous
(1) Cour, t, !•.
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H souffrez et qui êtes opprimés, et je vous soulagerai (Matth. ii). nme Elcana consolait sa femme éplorée pour sa stérilité :
pourquoi pleures-fUy ne te suis-je pas meilleur que dix en- (i. Rois, 1)? Ainsi une âme qui se rendra dévote à ce *e, quand elle sera affligée pour la perte et la ruine des du monde, elle le pourra entendre lui donnant cette conn : De quoi t'aiSiges-tu pour la perte des biens de cette îe suis-je pas ton souverain bien, qui me donne tout à e suis'je pas meilleur tout seul , et plus capable de te heureuse, que toutes les prospérités mondaines? Le me avantage est l'onction intérieure du Saint-Esprit, qui le ici les âmes : Vous avez oint mon chefd*huile, c'est-à-dire sprit, qui, rempli de lumière, demeure plus illuminé et airvoyant en ce qui est des choses célestes. Les deux dis-
d'Emmaûs eurent les yeux ouverts à la fraction de ce it les yeux de Jonathas furent éclairés après avoir goûté 1 de miel. Bien plus, l'âme sera illuminée, ayant en soi il de justice, dont les très-clairs rayons pénètredfpartout. ième avantage est l'enivrement saint de la dilection : Et que l'ce enivrant est excellent (Ps. 22) I Parce que quelquefois ionne de si grands sentiments d'amour dans la communion, 3mme une personne enivrée ne peut digérer et contenir en nu dont elle est pleine, ainsi l'amour afflue dans le cœur me si grande abondance et impétuosité ^ qu'il est forcé er au dehors, soit par des exclamations amoureuses, soit 3s cantiques et des jubilations, ou par quelque autre ; car ce Sacrement est le Sacrement des élus et le vin rme les vierges, ou, comme l'Hébreu porte : Le vin qui anter les vierges (Zach. 9) , parce qu'il remplit d'amour es pures, et les fait éclater en louanges de Dieu. Le onzième le est la présence de la miséricorde de Dieu : Et votre miséme suivra tous les jours de ma vie (Ps.22).Car, comme celui ait reçu chez soi son juge, et l'aurait accueilli en tout honlurait de lui plus de faveur, ainsi une âme qui communie lent, est favorisée de Jésus-Christ toute sa vie ; il en a entiment, et la regarde miséricordieusement dans tous loins, en reconnaissance de ce qu'elle l'a reçu de toute son »n ; si bien qu'il dit dans ce Sacrement ces paroles douces es uns , et amères pour les autres : Quiconque m*aura y. t
1(4 LA TltfOL6<H£ AFFECTIVE.
glmfié, fi le sl^rifiem^ 4 «fti« «¥» me fnépmetU dmmtmt infimei (i. Rw, 2). De là vieit le douzième aT»nt3#e, cpr ,. est racqiiisiiioii de la f^iié éternelle : Afin que fhabiU la ; maiêon ie Dieu ieute la durée de$ jours (Ps. 26) ; ear ce SflcreiBent est le gage de la gloire, et une âme ne doit pas ^ craindf^ que JéMS-fihfiftt ae se donne pas à elle un jour im -. le eiel, (Hitequ'il ee donne à elle coanne nourriUire sur b ^ terre ; aussi il en £iit prMiesse : Celui qui mange ee pam eim éiemellemenl (Jean, 6).
Que MNis reste-t-il après la méditation de ce psaume mfsti^ ; rieux , sinon de ehanter des cantiques de louanges à iém- Christ, ^ui hoiis denAe de si grands biens dans la sainte Euchi^ ristie? 0 Sei^murj ^owMên gr^mie eit la multitude de votre doueeut, que vom tenez cnAée à^eemc qui vous erdgnent (Ps. 30) ! Vraiment iH>iic avez nouni votre peuple de l'aUmeat des anget, et wms leurwez dmmé un painetpprêté d» tîel êom peine et mns travail, a^anï en m tout eonknàement^ et lu mmÀté de touiee wrtee 4e saveun {Sag. 16). Qui #41 jeeiais osé e&péf^r tant de biens en eette vallée de misères? Ab ! lee fitiûts de ce Sacrement surpi^s^it nos attentes aussi bien que nos mérites, et c'est Varbre de me apportant douu fruité (Àpoe. 22). QiH me donnera donc, mon Dieu, que je vous reçoive souvent avec une di^ne {Nréparatien , afin que je sois rassasié de ces firuits savoureux ? 0 Seigneur ! si vous me donnez ce pain à manger et le vêtement de votre Charité, vous serez À toujours le Dieu unique de mon âme, et je cbanteraî vos louanges avec une fervew qui ne se ralentira jamais. 0 pain ! source de tout bien et de tout contentement, je vous désirerai incessamment de iMle l'ardeur de mon coBur, et peur une seule fois que j'aurai le bonheur de vous recevoir, je méprise et je dédaigne tous les passe-temps et les vaines récréatimis de ce monde ; car je suis «tlké vers vous par Todeur qui vous est propre et intime, qui est Todeur d*une riche campagne et abondante en richesses, à laquelle le Dieu d'amour, très-clément et libéral, a donné sa bénédiction. Oh ! certainement , Seigneur, tidrt mieéritorde fmd mieux que toutee lee oiet, «et ^r«t vous Imtrml i^Ps. 62>, et mes enfrailles s'ouvriront pour recevmr la suavité de vetne table nuptiale ? 0 Seigneur ! si je suis pauvre de biens dès ma jeunesse, à le Ken très-aimable de mon &me ! à qui m'en prendrai^ qu'à moHudioie, tiui m pu m'euichîrdes
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Tiwts de votre sainte table ? ô pain vivant et vivifiant I rendezmoi participant de taot de biens si précieux.
m. Considérez d'où peut provenir q«e des âmes usant de toHte diligence pour se préparer convenablement à la réception du Sacrement, expérimentent si peu le fruit qu'ils y font , et princifialement celui du goût et de la saveur de la réfection spirttudle. Quelques théologiens exanunant cette difficulté , qui fie donne pas de petits troubles à plusieurs conscie^^ces timorées, népc^ent que le Sacreiaeiitit de sa part .confère toujours I« grÀce de cette douceur et réCectio^Q spiritueUe aux personipi^ e(mveiMibtei;neQjt pfîépar.ées, mais que le Ubre :«rbi,tre doit coopérer /et coBytribuer 4e son côté, faute de .%m cette réfection manque. D'aiHeurs, que Dieu ne la donne p^s toigours au «temps même de la réceqption du Saci^ment, mais quand il Iw plaît, pourvu qu'on »e s'en fende pas indigne, car les giràces sacrajnentelles et particulières à chaque Sacrement, ae ^o^oao^ent ^f^ ksoin, et en temps opportun. C'est pour^i^oi il ne {^ pas s'étonner si plusieurs âmes ne ressentent pas si iàt M fex- ?eur de la Charité, et la douceur de la dévotion, c'est une grâce que Dieu leur réserve, et qu'elles res^ntiront si elles n'y apr portent point d'^evapéchement ; d'autres ^joutent que tous les par lais spirituels ne sont point capables de savourer cette douceur, ainsi qu'il en est des palais et des goûts des animaux po^r toutes les saveurs sensibles, carie palais d'un pourceau n'apprécie point la douceur des parfums. C'est pourquoi il ne faut point s'étonaer si plusieurs, quoique sains et sans maladie, ne ressentent pas toutes sortes de suavités spiritueUes, lUquelles ont trop de sublimité et de noblesse pour des palais trqp grossiers, comme K)nt les leurs. £t puis en plusieuji^s, le défaut de bien mâcher Jle jMiin du ciel par de bonnes considéri^tions 4e l'entendement bien éclairé, empêche d'en exprimer .et i'm s\icejc U douceur; car 1 y faudruM admirer U toute-puissance de la vertu divine, sa Mgesse «e^ sa providence ; il y faudrait u^éditer l'abondaince de Ml bofl^ , par laquelle il s'oQre et se donne si prompiemeut, îomme aussi sa miséricorde incomparable, se ressouvenant de a Passion , dont la n;iémoire nous est recommandée en ce mystère. Albart-le-Grand a répondu à cela , que ce pain était un )ain voloQtaiiPe , et qu'il se fait seutir comme il lui plaît , et que ^fois il <n^eut sa ,4ou<^r s^ 'ia copiuiuniquer et la faire
sentir, atiu que le mérite soil plus grand sur la fia , et qu'elle soit plus ressentie à l'avenir. Au reste, il peut aussi arriver que r Dieu , par un trait de sa providence spéciale , prive de ses r douceurs des personnes qui communient dévotement , pour leur r plus grand bien, et sans qu'on leur puisse reprocher aucun ^ défaut. En premier lieu , pour les humilier, de peur qu'elles ne * tirent vanité de ces sentiments ; en second lieu , il leur retire ces douceurs , pour leur en donner un plus grand désir par la ^ privation qu'elles en ressentent, ressemblant à une mère qoi • fait mine de délaisser son petit enfant , à dessein qu'il la recher- ;^ che davantage , et qu'il la caresse plus tendrement , et soit plus ! soigneux de se tenir avec elle ; en troisième lieu , pour leur faire ^ mieux connaître leur propre misère et leur fragilité , et ainsi qu'elles s'estiment peu de chose et ne rien pouvoir d'elles-mêmes; f en quatrième lieu , afin qu'elles soient plus miséricordieuses et plus compatissantes pour les âmes qui ne sont qu'en sécheresse et aridité parmi tous leurs exercices de dévotion ; en cinquième lieu /afin qu'elles satisfassent à Dieu pour la peine due à leurs péchés , par la privation des douceurs spirituelles , ainsi que l'humanité de Jésus-Christ plongé dans les torrents de ses souffrances, et dans un grand abandonnement de consolation , satisfit pour les péchés du monde; en sixième lieu, afin qu'une personne qui est capable d'aider le prochain dans la vie actrve, ne s'adonne pas qu'à soi-même , arrêtée par ces goûts et ces douceurs divines , et qu'elle ne veuille se reposer, comme Marie , quand il faut travailler , comme Marthe ; en septième lieu , c'est pour punir quelques fautes vénielles autrefois commises , comme si un père montre quelqifefbis le visage un peu triste à son fils , qu'il aperçoit se donner trop de licences , et que par ce moyen l'on ne néglige pas Tamendement des plus petits péchés , qui sont l'ouverture à de plus grands; en huitième lieu , cela se fait afin que Ton connaisse si une âme sert Dieu avec avec une affection désintéressée, quoiqu'elle ne doive recevoir de lui aucune consolation , et si elle est disposée , en tout cas et en tout événement, en toute tribulations à se tenir de son parti , et comme un soldat bien fidèle et bien affectionné , qui combat toujours pour son prince , quoiqu'il n en reçoive pais de solde ; en neuvième lieu , Dieu sèvre une àme de ses douceurs , afin qu'elle ne s'arrête pas tant à ses dons qu'à lui-même ; en dixième lieu , c'est afin que
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ces douceurs spirituelles ne lui servent point de récompense présente, et qu'elle la reçoive à Tavenir plus abondamment; en onzième lieu, c*est afin que Tâme, embrasée de ces ferveurs spirituelles, ne se porte pas à des exercices trop' violents , à des pleurs , à des gémissements , à des jeûnes , à des veilles et à des austérités; car Jésus-Christ ne veut pas grever son hôte, et plusieurs âmes ne pourraient soutenir Tivresse spirituelle , si elles étaient toujours introduites dans les celliers de l'époux du ciel; c'est pourquoi il en garde les clefs, et tantôt les tient ouverts , tantôt fermés ; en douzième lieu , cela se fait pour exercer la patience, dont l'acte est de très-grande perfection, et surtout en ce sujet , où l'âme se voit destituée des avant-goûts du Paradis, pour languir comme dans l'ombre et la ressemblance de la mort.
Il faut apprendre de ces considérations à ne pas se troubfer et se décourager, si apportant à ce Sacrement toute la préparation possible , on ne se sent pas toujours plus rempli des douceurs de la dévotion. Mais tantôt il faut s'humilier et penser que l'on a peut-être l'âme trop grossière pour ressentir les sublimes faveurs de la table des anges. D'autres fois il faut espérer cette faveur pour un autre temps , auquel il plaira à Dieu de la donner, et alors en remercier le Saint-Sacrement , en vertu duquel Dieu les donne. Et quoiqu'il faille prier et se purifier soigneusement pour les obtenir dans la communion , néanmoins parce que Dieu dispose tout pour un plus grand bien , il faut être en tel état que Ton soit prêt de les recevoir, et d'en user avec actions de grâces, si elles sont accordées, et tout prêt à en demeurer privé si elles sont refusées , saRS s'éloigner pour ce sujet de ce Sacrement.
H8 LA TWÈOÊJ^m APPBGTIYE.
OllXZiÈME MÉDITATION.
COXOriTt APRÈS LA COtMtKfON.
L Cmnidértx qu'après la comiminimi il êtl trè9-in|ldTtairt de faire quelque temps &e méditalMm, pear s'eolrciteiiir atec JésM^ Christ par dhrers ae tes de déTotion ; Texeinple de la emUiè do monde enseigne assez cette Yénté ; car si on recelait on ami chez soi, ce serait one grande ineîrilité de ne petel faire semblant de le regarder et de loi tourner le dos, le laissant là tout seul dans one chambre, bien que cet ami fût qoelque personne d*honneury et qu'il fôt Yenu eiprès pour apporter beaucoup de biens par sa Tisite. Qui pourra excuser, ou plutôt oe point accuser et condamner la mauvaise conduite de plusieurs personnes chrétiennes à Tégard de Jésus-€hrist, qui Tient les visiter par la communion, et qui y Tient du plus haut du ciel pour leur bien étemel ? Car ils ne pensent pas seulement à lui , ils ne lui donnent aucune marque d'amitié, et au lieu d'aToir des pensées pour lui , ils se laissent emporter à tout autre objet ? N'est-ce pas outrager effrontément ce grand roi du ciel, et oublier à son égard toutes les règles de l'honnêteté, si s'étant préparé à Thosorer à son anÎTée, on ne lui rend ensuite aucun hoimeur. C'est imiter les Juifs, qui allèrent au-^evant de lui au jour des Rameaux pour le recevoir avec pompe et magnilîcence, et apr^s son entrée le traitèrent avec mépris et ignonuiùe. Si bien qu'il ne faut pas s'étonner si plusieurs âmes prolUont si peu de la communion , parce qu'elles ne se donnent pas le leinps et le loisir d'une sainte récollection intérieure pour goûter la douceur de ce banquet céleste, pour entretenir Jésus- Chrisl de leui^ altiûres spirituelles , et tirer les avantages que Ton peut espérer de la présence d'un tel ami, si affectionné, si riche, si puissant en toutes choses, et si rempli de bonne volonté i\ l'égard dos Ames auxquelles il se donne et se conunu-
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- m lifM n iibénlemênl et avec tant d'amour. Ce défiut ae trauva f pfMaièremaiit en la peraoïme du traître Judas, qui est le pre* f filier adTersaire du Samt-Sacremept, qu'il a traité sans aucune f révérence, ne l'ayant pas plutôt reçu des mains sacrées de Jésus- Christ qu'aussitôt il sortit dehors sans prendre un seul psoment pour demeurer recueilli dans la contemplatiçn de ce mystère. Après , dit l'Evangile , qu'il eût pris îe morceau , il partit ««eoiittHent (Jean, id). Que s'il ^ût un peu médité ce qu'il venait de recsToir, c'eût été assez pour le convertir; mais, dit saint Cyrille d'Alexandrie, le diable qui a l'eiiprit rosé et subtil, re^ dôntait que la réflexion ne lui fit faire pénitence ; c'est pourqaoi il le pousse à toute hâte et à toute bride de sortir. En ^oi il est imité par eeqx qui sortent de l'église avanf la dev^ mère bénédiction. Il n'fn est pas ainsi des âmes spirituelles et
rbkû instruites dans les exercices de la véritable piété : elles 'se retirent à l'écart ou dans quelque lieu tranquille , immédiate^ meut après leur communion, et rentrent profondément en tilo>^ mêmes pour entretenir leqr bon maître et lui rendre les témoi-» gnages de leur pqre et sincère affection; elles négligent tout autre chose pour ne considérer que ce divin objets et goûtée les prémices de sa possession, qui doit s'accomplir dhns }e Bai radis. £lles se tiennent comme des Madeleines à ses pieds, entendant ses divines paroles ^t recevant ses iqspirations qui les portent à tout biep, et lui demandent la grâce de les pratiquer fidèlement; elles croient qu'il n'y a point de temps plus propre pour avancer leurs affaires spirituelles, que celui où elles sont remplies de ce divin Sacrement, qui leur donne la force de courir à la vertu; c'est pourquoi elles y puisent des joies, des consolations, des espérances, des attendrissements de cœur, plusieurs importantes lumières dans leur entendement, comme dans leur volonté des ardeurs iiouvelles de servir fidèlement celui qu'elles chérissent et embrassent étroitement en ellesmêmes. C'est pourquoi l'épouse eiacrée du Cantique n'a pas plutôt mangé le rayon de miel, et bu sqn vin et son lait, qu'incontinent elle rentre daps s» retraite ^t son repos, disant : jh don, et mon cœur veille (Cant, 5). Parc^ que si elle semble immpbile en ses actions quant au corps, son cœur est dans les soupirs et les élans, après la réception de cet aliment, qu'elle appelle son miel et son lait, â cause du torrent de douceiips qu'elle
sent en elle-même. Aussi Jésus-Christ a dit de ceux qui communient dignement : Celui qui mange ma chair et boit mon umg^ demeure en moi et moi en lui (Jean, 6). Comme s'il voulait dire, \m il demeure en moi par Tunion et l'occupation de son esprit, |~~~ comme je demeure en lui par pensée, par affection et par effet. . Il ne se détourne pas de moi, et ne se livre pas aux affaires du monde.
Formez donc la résolution de n'y jamais manquer , gardexvous soigneusement d'imiter le traître Judas , occupant votre esprit à d'autres objets qu'à celui qui est en vous et qui vous doit ravir en admiration. Il n'çn est pas de cette nourriture comme de celle du corps , les personnes saintes en détournent autant qu'il est possible leurs pensées en la prenant , se rendant pour cela attentives à quelque sainte lecture ; mais cette nourriture étant toute divine , il y faut enfoncer hardiment son esprit et sa volonté , et toutes ses puissances. Ne refusez donc pas du moins un quart d'heure de temps à vous recueillir, à'dire le bonjour et le grand merci au Roi des anges qui vous a visité. Regrettez d^avoir, par le passé , été trop précipité et trop tôt distrait ; confondez-vous d'avoir commis plusieurs fois une incivilité que tous les anges ont en horreur.
il. Considérez que Tentretien que nous devons avoir avec Jésus-Christ après l'avoir reçu , consiste en plusieurs actes de dévotion, et particulièrement en sept, qui sont l'admiration, Taction de grâces , l'offrande de Jésus-Christ et de tous ses mérites au Père éternel, l'offrande de nous-mêmes et de toutes nos puissances à Jésus-Christ, la manifestation de nos misères, plusieurs saintes demandes, et encore la glorification de sa bonté pour tous les oiens qu'il nous a faits depuis le moment de sou Incarnation jusqu'à cette communion. L'admiration est le premier acte que Ton peut produire après la sainte communion , s'étonnant d'une faveur si signalée , et d'un fait si étrange, que le Uoi de tous les rois , que le Fils de Dieu , qui est assis à la droite de son Père , descende dans Testomac infect d'une chélivo créature; car, qu'y a-t-il de plus étonnant au monde que la sainte communion , dans laquelle le plus haut de tous s'unit intiiiicment à un verinisseau rampant sur la terre? le plus uiniable et lo plus digue d'être chéri de tout l'univers, à une âme qui est Uigne de l'aversion de Dieu, la bonté à la malice, le très-
magniISque et le très-nbéral à une âme avare , la beauté à la laideur, la splendeur aux ténèbres , le très-heureux au misérable, le juge au criminel , le très-charitable à un cœur oppressé d'envie , la voie , la vérité et la vie à une âme égarée , à un menteur, à on mortel ; en somme , le Tout-Puissant à la faiblesse et à Tinfirmité? Une âme doit considérer ainsi en silence ces oppositions, et s'écrier sans bruit au fond de soi-même : D'où Tient ceci? quelle merveille plus grande? les cieux ne vous peuvent comprendre , et vous vous enfermez dans mon étroite poitrine, 6 grandeur et Majesté infinie I oh ! la gloire du ciel et de la t^rre I que faites-vous ? De là il faut passer au second acte , qui est l'action de grâces pour un si grand bienfait , considérant brièvement la grandeur de ce don , son utilité , le grand amour avec lequel il s'est donné , avec quelle condescendance infinie , et combien de fois il se donne à nous , malgré notre indignité et notre bassesse , car ces choses animent à la reconnaissance. En ces pensées donc l'âme dira : 0 Jésus I soyez béni et loué de tous les anges et de tous les esprits du monde , pour cette faveur si inestimable que je reçois , après tant d'autres grâces dont je suis accablé. 0 mon bon Seigneur et maître ! que je vous ai des obligations indicibles pour l'excès de votre amour à mon égard! ô Dieu souverain de mon cœur ! oh ! si j'avais tous les cœurs du monde pour vous rendre dignement des actions de grâces qui répondissent à la grandeur et à la qualité de ce bienfait ! Que pourrai-je rendre et offrir en reconnaissance de l'obligation que je vous ai? Ici il faudra passer au troisième acte , qui est l'offrande de Jésus-Christ, et de toutes ses vertus et de ses mérites au Père éternel , eu cette sorte : 0 Père suprême et adorable I de qui descend tout don parfait et tout présent très-bon , je n'ai de moimême que misère et pauvreté , je ne suis qu'un vase rempli d'immondices , et je ne reconnais rien en moi qui soit digne de vous être présenté ; mais maintenant que mon doux Jésus s'est donné à moi , je ne veux point perdre l'occasion , je vous l'offre et vous le présente en reconnaissance de mon obligation ; je vous oCfre sa Charité immense , son zèle ardent , ses souffrances trèsamères et tous les mérites de sa vie immaculée. 0 Père très-saint! acceptez cette offrande. Il faudra ensuite produire le quatrième acte , qui est l'offrande de soi-même et de toutes ses puissances à Jésus-Christ ; car de même que lorsqu'un roi entre dans une
m LA rafeOLOGn APPICriVE.
▼ille, tons les états et les magistnits le TiemfeBt saloer et loi fairs l'offrande de leur service , ainsi Jésos-Ghrist étant entré en nous, il faot qse toutes nos puissances se présentent derant lui , et (jne ckacone loi fasse hommafe et produise en son4ionnenr quelqoe acte de vertu qui lui soit propre , et qui lui soit agréable ; ainsi nous dirons à notre entendement , à notre tolonlé et à nos antres facultés : Vemzy adarot-U ei proiUmoMi'nouA devant lui (Ps. M). Puis il faudra sur-le-champ que nous produisions un acte de Foi par notre, entendement , un acte d'amour, de complaisance ou de bienveillance par notre volonté , que notre mémoire se ressouvienne de sa Passiena, que notre appétit concupiscible et irascible se résolve à être modéré dans ses passions. On pourra aussi appliquer ses cinq sens extérieurs à Jésus-Christ, se représentant qu'on le voit avec son maintien incomparable, qu'on entend sa voix doucement éclatante et ses paroles de vie . que l'on ressent les parfums de aa douce présence , que l'on goûte sa douceur, qu^on loi embraàe humblement les pieds. Vient ensuite le cinquième acte , qui est la déclaration de ses besoins spirituels , où Tûme lui exposera naïvement Tétat de son intérieur, ses chutes plus ordinaires , ses tentations plus fréquentes , le peu de ferveur à y résister, et les vertus dont elle se reconnaît avoir plu9 besoin. Après quoi elle lui fera des demandes pour le sixième acte « le priant de remédier à ses misères , et de rendre la pré-> sente communion fructueuse et utile, y opérant ce pour quoi i) est descendu, de lui donner la grâce de ne jamais plus l'offenseTy le don de persévérance et l'accomplissement de ses bons desseins ; et en somme , de faire ce qui lui est agréable. Puis, se ressouvenant de son prochain , elle pourra aussi demander pour lui ce qui lui sera plus nécessaire dans les diverses occurrences. Ce point est de grande importance , d'autant plus qu'en cette occasion, où Jésus-Christ est présent en nous, nous avons tout sujet d'avoir une grande confiance qu'il exaucera nos prières , principalement si nous Tavons reçu avec une grande dévotion; car il est A présumer qu'il voudra assister une Ame qui lui aura fait un bon accueil et une réception honorable, et qu'il ne permettra pas que son abaissement et sa visite lui soient inutiles. Après ces six actes « Ton pourra finalement se reposer sur le septième, qui est la glorillcation de la bonté de Jésus-Christ , où l'âme lui re^ pré^^entern tloiioement toutes les aotions de m vie , lui pariant
M8 SACREBIENTS. 485
tàam : 0 mon Sei^nr! qui yoxts pourrait assez hautement
toMf de Uni ee qtr^ vous avez fait par le passé pont mon
«tMmr, et» ftftv m^i voris tf avez pas eu horreur d'être neuf
flidis dans le seîn d'une Vierfge, puis vous êtes né dans une
èlabte «fi cœur de l*hiver; au fetiitième joxtt vous avez été cir-
eends , vous avez véet! tf ente-trois afis sur la terre , partageant
toutes les misètes bunfi^es, fuyant, persécuté, hafl, contredit,
el enfin eondafimé à mort et exécuté sur là cfoix. Vous avez fait
m ehesés , Ô mon Seigneur ! pour mon amour, et ne vous arré-
m pàd là , tous avez fondé et conservé l'Eglise jusqu'à présent,
k laquelle je sttis appelé par votre miséricorde pour y opérer
mofi salut , vous m'avez rendu participant des Sacrements , et
surtout du Sacrement précieux que vous m'avez donné tant de
fois, et encore aujourd'hui. 0 mon doux Jésus ! que votre bonté
Mt ravissante, oh ! quel Chérubin, quel Séraphin vous donnera
assez de gloire ! Œuvres dtt Seigneur ! héms8ez4e toutes , louez-te
et fttagmfiez'le à jamais (Dan. 3). Mon âme magnifie le Seigneur,
parée que M, qui est puissant, a fait pour nous des choses gran--
des{LnCj 1).
Efifi^rcez-vous de retenir en votre mémoire les sept actes de cet entretien, afin de les pratiquer fidèlement, ou en tout, ou en partie, à vos prochaines communions. Confondez-vous vous-même, de ce que vous avez peut-être bien l'adresse de vous entretenir et de passer le temps avec les personnes du monde qui vous visitent , et que vous manquez de sainte et honnête civilité pour entretenir un quart d'heure Jésus-Christ , qui vous visite avec un si grand amour en votre communion ; demandez-lui pardon de votre rusticité, et, pour l'avenir, la grâce de mieux communier. m. Considérez encore trois conseils que donnent les directeurs de la vie spirituelle , pour être pratiqués après cet entretien. Le premier conseil est d'augmenter ses dévotions et ses prières pendant le quart d'heure qui suit la communion , parce que c'est après ce temps que vraisemblablement les espèces se colîsommant dans l'estomac par la force de la chaleur naturelle, Jésus-Christ cesse d'y être plus longtemps présent, non qu'il s'en aille par un changement de lieu , mail parce qu'il cesse d'être sacramentellement présent, ainsi que quand oïl edupe un bras à un homme , l'àme n'est plus présente à ce bras coupé y non qu'elle se retire ailleurs , mais simplement parce
124 LA THÉOLOGIE AFFEGTIYE.
qu'elle cesse d*y être unie. Le philosophe Sénèque dit que nous ne souhaitons jamais les choses si ardemment , que quand nous allons en être privés. Les fruits , dit-il , ne sont jamais si agréables que quand la saison s*en passe ; Tenfance ne U, parait jamais si belle que quand elle s^en va , tout ce que la ^ volupté a de plus délectable , elle le réserve à la fin , et la m ^, même nous platt davantage quand elle touche à la mort. Que s'il ^ en est ainsi des choses de si peu de prix y combien plus Jésos- l Christ nous doit-il sembler aimable et digne d'être retenu et embrassé , lorsqu'il va nous quitter? Aussi y c'est un point trèsdigne de considération , que comme en sortant du monde il témoigna un plus grand amour à ses Apôtres : Ayant aimé les tient, qui étaient au monde , il les aima jusqu'à la fin^ (Jean , 13) ; aussi , au moment où il est dans le corps qui l'a reçu , il montre un plus grand amour que peut-être il n'avait jamais fait en toute sa vie , et même en mourant sur la croix; car alors il ne quitta qu'une vie souffrante et douloureuse , et encore la vie misérable du corps passible, non la vie bienheureuse de son âme immortelle. Mais ici cessant d'être respectivement dans nos corps, sa \ie bienheureuse cesse aussi respect vement d'être, et ainsi dans un sens il perd alors, pour s'être donné à nous, une vie bienheureuse et telle qu'il la possède dans la gloire; car quoiqu'il demeure toujours vivant à la droite de Dieu son Père, il ne laisse pas véritablement de cesser d'être, quand les espèces se consomment. Cette vérité mérite de notre part une plus exacte discussion, et de la part des âmes chrétiennes une plus vive reconnaissance. C'est pourquoi plusieurs redoublent alors la ferveur de leur dévotion, disant tantôt comme les deux disciples auxquels il était apparu revêtu en pèlerin : Demeurez avec nous. Seigneur y car il est tard (Luc , 24) : Disant autrefois comme Jacob, qui luttait avec l'ange, pour figurer l'oraison : Je ne vous quitterai pas que vous ne me bénissiez (Gen. 32). Le second conseil est de se ressouvenir de temps en temps pendant la journée de la communion. Pensons, dit saint Jean- Chrysostôme, de quelles choses nous avons été hcmorés, et qu'une telle pensée serve, de frein à nos mouvements déraisonnables. Le troisième conseil est de donner toujours quelque chose à Jésus-Christ pour chaque communion que Ton (ait, comme sentit de se mortifier ce joiir4à de qeelqoe pUiair per-
mis, garder un silence plus exact, faire après midi une visite au Saint-Sacrement, se transportant à quelque église, exercer quelque œuvre de miséricorde temporelle ou spirituelle , ou faire ses actions ordinaires avec une plus grande pureté d'intention, et plus parfaitement.
Je me ressouviendrai de ces trois conseils, qui ne tendent qu'à faire au Fils de Dieu en son Eucharistie un accueil plus convenable et plus honorable. 0 Jésus ! toute la gloire de mon âme, ohl il est juste et équitable que nous ayions de tels sentiments et de telles reconnaissances pour les merveilles d'amour que TOUS opérez si continuellement en ce mystère. Oh ! faites par votre miséricorde et votre bénédiction, que toutes les âmes écoutent et pratiquent volontairement, et quand vous cessez d'être en elles sacramentellement, que votre grâce y demeure, votre charité brûlante , et la mémoire de votre incomparable dilection.