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DES TROIS DEVOIRS DE DÉVOTION QUE LES BONNES AMES PRATIQUENT

A l'Égard du saint-sacrement.

I. Considérez que la dévotion envers le Saint-Sacrement porte les âmes fidèles à l'honorer en plusieurs manières , et entre f aatres à lui rendre un culte de latrie et d'adoration , tant par la soumission intérieure de l'esprit que par les génuflexions , ou inclinations , ou prostrations du corps. Les Ecritures saintes mettent sur la voie de ce premier acte de dévotion; car le Prophète royal , parlant de l'Eucharistie, dit que les grands de la terre l'ont mangée et adorée : Tous les grands de la terre ont mangé et adoré (Ps. 24). Saint Augustin interprète ce lieu de la sainte Eucharistie , et le Concile prononce anathème contre quiconque soutiendra que le Fils unique de Dieu ne doit pas être honoré dans le Saint-Sacrement d'un culte de latrie (1). En eff'et, l'adoration est due au Fils de Dieu , en quelque lieu et en quelque état qu'il se rencontre. C'est pourquoi il est commandé aux anges de l'adorer dès le premier moment de son Incarnation dans les flancs sacrés de la Vierge : Et que tous les anges Vadorent (Héb. i). Les pasteurs l'adorèrent, et les Rois, après avoir fait un long voyage , se prosternèrent devant lui dans la crèche , et lui offrirent leurs présents; il fut adoré dans le chemin par le lépreux et la Chananéenne; dans le Temple, par l'aveugle-né; dans sa nativité , par les bergers ; en Galilée , par les Apôtres ; dans la Judée , par tous ceux qui le connurent; sur la croix, par le bon larron , et dans les cieux , par tous les bienheureux. Si donc partout où il est présent il est reconnu , et reçoit l'adoration , pourquoi ne la recevra-t-il pas dans l'Eucharistie , où il nous témoigne autant son amour et sa bienveillance ^qu'en [aucun Jieu du

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monde , y étant présent pour converser avec nous pins intimement et plus familièrement, et sans dédaigner notre extrême bassesse , Thorreur de nos corps , de notre bouche et de notre poitrine. Certes, c'est un prodige qn'nne ftme ne soit pas touchée à la pensée d'une conduite si pleine d'amour de ce Roi des rois, qui est assis et régnant glorieusement à la droite de (Meu son Père. Car y a-l-il rien qui porte plus à vénérer une personne de haute qualité que de la voir s'abaisser, et oublier toutes ses grandeurs, pour favoriser plus gracieusement une autre personne de basse condition? C'est ce qui doit exciter à lui rendre de plus grands honneurs , de plus profondes révérences et soumissions. Ainsi sainte Elisabeth honora la sainte Yier(;e > qui éteint déjà la Mère du Fils de Dieu qu'elle avait conçu du Saint-Esprit, s'humiliait à la visiter en personne : Et d'où tae vient cm , disait-elle , que la Mère de mon Seigneur vienne à mai (J^A^ i 1) ? Ainsi saint Jean*Baptisle était plein du sentiment de ses grandeurs , lorsqu'il voulait se soumettre à recevoir le Baptôipe de sa main : Moi , disait-il , je dois être baptisé par vous , et vou^ venez à moi (Matth. 3). Et saint Pierre le voyant près de lui, s'estimait indigne de sa présence : Retirez-vons de moi , Sdgneur ; car je suis indigne de vous (Luc , 5 , Matth. 8). Il en est de même du Centurion, qui professa d'autant plus hautement son indignité et la dignité de Jésus-Christ, qu'il le voyait résolu de descendre en $a maison pour y guérir son serviteur. Si bien que c'est une chose comme naturelle de rendre plus de vénération aux grands, quand nous les voyons portés à s'humilie^ pour nous faire du bien. Or, Jésus-Christ , dans ce Sacrement , s'abaisse pour naus de telle sorte , qu'il semblerait y avoir oublié ce qu'il est, quelle est sa noblesse, sa royauté et l'état de s^s sublimes grandeurs; c'est pourquoi nous devons ôtre portés à lui rendre de plus grandes soumissions , et l'adorer plus profondément, puisque d'ailleurs il est adorable à caus0 de U grandeur infinie de sa personne. Au reste, il n'est point nécessfiire que cette adoration soit seulement conditionnée , en cas que l'hostie soit légitimement consacrée ; car il suffit d*ayoir une tïfertitude Immainc et moralo de la présence et de la dignité de quelque personne, pour l'honorer selon son mérite. Autrement il ne faudrait respecter les prélats et les prêtres que sous la condition qu'ils seraient validement ordonnés, et ainsi on pour-

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mi tout révoquer en doute, et ne respecter personne absolument, mais toujours avec quelque si et moyennant ; ce qui ne préjudicierait pas légèrement à la politesse humaine. Il suffit donc de penser dans la bonne foi que le pain a été consacré pour rendre le culte de latrie à Jésus^Christ, qui est présent sous les accidents qui restent. Et n'importe que le Sacrement çoit peut-être dans les mains d'un prêtre vicieux, les ordures de rétable de Bethléem, et les animaux qui y étaient, n'cmpêcbèrent pas les Rois AJages d'y adorer Jésus-Christ, lequel portq partout sa grandeur.

Donc nous nous empresserons d'adorer Jésus-Christ sur le trône sacré de son Eucharistie ; nous le révérerons comme des enfants un père très-débonnaire, comme des sujets leur prince très - légitime , comme des criminels un juge très-équitable, comme des esclaves leur libérateur, et comme des créatures leur souverain Créateur. Venez donc, adorons et prostemom-nout devant le Seigneur (Ps. 94). Disons-lui d'esprit et de bouche : 0 Jésus ! je vous adore dans votre Sacrement comme le Fils unique de Dieu par nature, comme le premier principe de toutes choses, comme mon Sauveur qui devez être aussi mon juge, et prononcer sur moi la bonne parole de la bénédiction étemelle, ou le mot redoutable de malédiction perpétuelle. Je vous adore, 6 Jésus ! qui êtes contenu véritablement et réellement dans ce très-auguste et vénérable mystère, qui êtes né de la Vierge pour notre salut, qui avez conversé trente-trois ans sur la terre, et avez été crucifié pour la rédemption du genre humain , puis , êtes ressuscité et êtes monté dans le ciel à la droite de Dieu le Père, d'où, en y demeurant toujours et sans vous en séparer, vous daignez néanmoins vous rendre présent sur les autels pour y servir de sacrifice et de Sacrement à un vermisseau très-vil que je suis. 0 mon Seigneur, mon Dieu! en esprit d'amour pour votre bonté, en esprit de crainte pour votre toute-puissance, et en esprit d'humiliation et de révérence pour votre sagesse et votre Majesté, je vous loue, je vous glorifie, et je me soumets à ne vivre et à ne respirer dans le temps et dans Tétemité qu'en votre dépendance. 0 Jésus ! remplissez tout le monde du sentiment de votre grandeur et de votre Majesté infinie, afin que chacun s'anéantisse en esprit et se prosterne profondément devant vous. 0 Dieu de Majesté! qui êtes adoré de tous les anges et de

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tous les Saiulë, je vous adore, je m'unis à toutes les adorations qui vous sont rendues au ciel et sur la terre par TEglise triomphante et militante. 0 Père éternel ! que votre Fils qui s'est humilié ici, et mis en état de victime pour l'amour des âmes, soit reconnu de toutes les âmes, qu'il n'y en ait pas une seule, ô Dieu éternel ! qui lui refuse Tamour et la révérence qui lui est due.

II. Considérez que la dévotion envers le Saint - Sacrement porte encore les âmes à l'accompagner en deux occasions, dans les processions publiques et quand on le porte aux malades. Car, comme de tout temps c'a été une chose ordinaire dans TËgiise de porter le Saint-Sacrement d'un lieu à l'autre pour divers sujets, soit pour communier chez soi, ainsi que faisaient les premiers chrétiens, qui au temps de la persécution n'ayant pas la liberté de se trouver aux assemblées de l'Eglise, emportaient avec respect dans leurs maisons des hosties consacrées, pour n'être pas dépourvus au besoin du Saint-Sacrement; soit pour en être muni, comme d'une forte et puissante garde contre les divers périls et les accidents de cette vie, ainsi que saint Âmbroise raconte de son frère Satyrus , qui portant l'Eucharistie sur la mer, fut préservé de naufrage ; soit pour en rendre un témoignage de paix et d'union , ainsi qu'anciennement le souverain pontife de Rome l'envoyait au-devant des évéques qui venaient dans la ville, et même à ceux qui demeuraient dans leurs églises, en signe de paix ; soit pour exciter le monde à une plus grande confiance et une plus grande dévotion, ainsi qu'autrefois, dans toutes les processions qui se faisaient aux temples des martyrs , Ton portait toujours l'Arche du Seigneur avec les reliques des Saints, c'est-à-dire le baint-Sacrement , ainsi qu'il est remarqué dans un ancien Concile de l'Eglise; soit pour le faire recevoir aux malades, auxquels il est porté comme viatique, pour les conforter en leur sortie de ce monde , soit enfui pour d'autres raisons. Aujourd'hui il ne reste plus d'occasion pour l'accompagner que les processions, et quand on le porte et rapporte pour les malades. Or, la dévotion excite fortement à lui faire alors assistance, et à le suivre avec honneur autant qu'il est possible ; et manquer à ce devoir sans excuse légitime, c'est un témoignage de grande froideur et de bien peu d'affection pour lui. Certes, toutes sortes de considérations

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invitent à ce devoir. La bonté de la chose ; car qu'y a-t-il de plus juste et de plus saint que d'être à la suite de Jésus-Christ? L'honnêteté de cette action; car qu'y a-t-il de plus civil aux yeux des anges, que de rendre cet honneur à Jésus-Christ, lorsqu'il est si peu accompagné sur la terre : Cest une grande gloire^ dit le Sage, de suivre le Seigneur (Eccl. 23). Les exemples des anges ; car ils le suivent et l'accompagnent fidèlement et avec grande vénération partout où il est porté. Et saint Jean-Chrysostôme témoigne qu'ils environnent l'autel ou se fait le sacrifice avec de très-grands respects, qu'ils font fidèle escorte à ceux qui ont communié purement dans leur maladie, les environnant comme les gardes-du-corps font le roi, et conduisant aa ciel leurs esprits. Il est aussi écrit que les vierges suivent l'Agneau partout où il va. L'indignité qu'il y a de refuser cette assistance à Jésus-Christ dans l'état où il est dans ce Sacrement; car c'est comme si des sujets, qui auraient reçu beaucoup de faveurs de leur roi, le voyaient dans un pays étranger peu suivi et peu accompagné, et ne lui rendaient alors aucune assistance pour l'honorer devant le monde. Le roi des Perses, Darius, allant à la guerre contre les Scythes, comme Œbabazus, seigneur de qualité qui avait trois fils, lui en eût donné deux pour le suivre, s'en réservant un avec soi , ce roi trouva ce fait si indigne, qu'il fit mourir ses trois enfants, parce qu'un d'eux avait manqué de venir avec lui. Et le roi Xercès, allant à la guerre contre les Grecs, comme le riche lydien Pythius, qui avait cinq fils, lui en eût donné quatre pour le suivre, le priant de vouloir exempter son aîné pour avoir soin de ses affaires domestiques , ce roi trouva si mauvais qu'il parlât d'exempter un de ses fils de le suivre à la guerre, où il allait en propre personne, qu'il fit démembrer le corps de cet aîné, et faisant exposer ses membres aux deux côtés du chemin, fit passer toute son armée entre eux. Que si les rois de la terre ont jugé ces manquements si indignes de leur grandeur, que fera Jésus-Christ, le Roi de tous les rois, pour le peu d'honneur qu'on lui fait au Saint-Sacrement? Enfin l'utilité doit encore porter les chrétiens à accompagner leur Seigneur et Maître souverain ; car il dit lui-même : Celui qui me suit ne marche JHU dam les ténèbres; mais il aura la lumière de vie (Jean^ 8). Car c'est bien la moindre chose que l'on puisse attendre que

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d'être illuminé en suivant le soleil, et sans doute qve Jésot* ¥^ Christ, qui fait même souvent des grâces à ses ennemis , ne j^ manquera pas d'en faire h ses amis, qui le suivent et l'accom- jV^i pagnent par amour. Il en a donné une preuve dans la persoimne ià d'un seigneur de la maison d* Autriche, appelé Rodolphe, comte .^a d'Hasbourg, qui rencontrant dans le pays des Suisses le Saiol- ^ Sacrement, porté par un prêtre à un malade, dans des chemias %difficiles, descendit de son cheval, le fit monter dessus^ et Tac- l compagna à pied avec sa compagnie jusqu'au retour à TEglise, ^ où il entendit le prêtre qui lui donna plusieurs bénédictions et à sa postérité, pour le bon office qu'il venait d'exercer. Et peu après, visitant une femme de sainte vie, récluse dans un désert, elle lui prédit que Dieu récompenserait abondamment sa piété. En effet, vingt-deux ans après, il fut élu empereur d'Allemagne, et la couronne impériale, depuis ce temps jusqu'à présent, est demeurée dans sa postérité.

Proposez-vous donc de rendre ce devoir à Jésus-Christ autant qu'il vous sera possible, assistant de bon cœur aux pro* cessions du Saint-Sacrement, et l'accompagnant quand vous le rencontrerez par hasard, lorsqu'on le porte aux malades, ou qu'on le rapporte aux églises. Représenlei-vous que c'est votre juge, de la parole et de l'arrêt duquel dépend votre bonheur ou votre malheur étemel ; dès lors soyez bien aise de lui rendre ce devoir, afin qu'il s'en souvienne en vous jugeant et vous soit favorable. Que si vous sentez quelque répugnance de la part du monde, dites comme le roi David, à qui sa femme Michel , pleine d'arrogance , avait reproché la dévotion qu'il avait eue à l'Arche d'alliance, l'accompagnant avec joie au milieu du peuple, dépouillé de ses ornements royaux : Je me rendrai encore plus vil que je n^ai été^ et je serai humble à mes yeux (ii. Rois, 6). Occupez-vous, pendant que vous l'accompagnerez , à lui demander quelque grâce. Il est écrit de vous, Seigneur, que conversant , parmi le monde , vous avez fait du bien à tous sur votre passage : Il a passé en faisant du bien à tous (Act. 10). Vous consoliez l'un , vous enseigniez l'autre ; vous guérissiez Pun, vous ressuscitiez l'autre ; vous donniez à celui-ci la vue, vous en redressiez nn autre, et vous le faisiez marcher droit. G Seigneur très-libéral ! si dans les jours de votre état souflrant et mortel, vous avez ainsi obligé chacun par bonté, puisque vous passez

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encore aujourd'hui parmi le monde, et dans un état de puissance et de gloire dont vous jouissez au ciel, ne marquez pas votre pacage par de moindres bienfaits ! 0 Seigneur I donnez votre ll^ènédiçtion aux maisons par lesquelles vouspassez, donnez-lai moi surtout , ô Seigneur , en qui est mon espérance I apportez \e remède ^ux misères de mon âme, donnez^moi votre grâce, ^( (iÀtesrm'y persévérer jusqu'à la fin m. Considérez que la dévotion envers le Saint- Sacrement {orte encore les âmefii à une action fort importante , qui est de Id visiter souvent dans quelques églises où il repose , tantdl (our lui rendre hommage et Tadorer, d'autres fois pour le renercier de quelque bienfait reçu , ou poqr lui demander plus efficacemept quelque grâce pour soi ou pour autrui, et quelquefois aussi sans autre prétention que d'être auprès de lui. Divers exemples et diverses raisons excitent les saintes âmes à rendre ce devoir à Jésus-Christ. Premièrement l'exemple des anges , Ifisquels descendent par troupes du ciel sur la terre , pour y voir et honorer leur maître et leur Seigneur, qu'ils savent être caché sous le voile de ce mystère. Quand le prêtre , dit saint Jea^- Cbrysostôme , offre ce sacrifice redoutable , les anges l'assistent , et tous les Ordres des Puissances célestes sont dans la stupeur, et le lieu proche de l'autel est rempli des chœurs des anges en rhonneur de celui qui est immolé (1). Ce qui n'est nullement surprenant i si çin considère la grandeur du sacrifice qui s'offre dlors. Nous avons ensuite l'exemple des Juifs , qui avaient reçu le commandement ei^prës de Dieu de visiter trois fois chaque année le taberpcle ou }e temple , où résidait l'Arche d'alliance : Trm fm eii ratifié^ , dit leur loi , tout homme paraîfra devant k Sei-^ g^eur (Exod. W) , c'est-à-dire en présence de l'Arche. Cette loi obligeait tous les hommes depuis vingt ans jusqu'à l'âge de cinquante ans , et |iul ne manquait de se présenter devant l'Arche tfois fois l'année, plusieurs venant de cinquante et soixante lieues po^r rendre ce devoir, et des vieillards , des femmes et de» enfants , que la loi n'obligeait pas , s'en acquittaient par dévotion , ainsi que fit la sainte Vierge , lorsque Jésus-Christ était âgé ie douze ai^s. Qr, si l'on rendait ces visites à l'Arche d'alliance, qwi n'était que la figure et l'ombre du Saint-Sacrement , combien

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est-il plus raisonnable de les rendre à la vérité même? La reine de Saba vint visiter le roi Salomon des confins tie la terre : El id voilà celui qui est plus grand que Sa/omon (M a tth. 12). Au temps passé, les chrétiens entreprenaient des voyages longs et très-périlleux fs pour visiter la Terre-Sainte et les lieux dans lesquels son huma- \>: nité sacrée avait passé , disant avec le Prophète : Nous adorerm r le lieu où ses pieds ont passé (Ps. 13) ; les femmes mêmes les plus isolitaires avaient cette dévotion , comme le témoigne Théodoret ? de Marana et de Cyra, deux prodiges d'austérité. Que ne devons- nous donc pas faire pour le Saint des Saints, Jésus-Christ, qui est présent en corps et en âme dans les tabernacles? Combien de fois, et avec quelle affection le devrait-on \isiter, l'ayant si proche de soi et le pouvant faire si commodément ? Certes , c'est être sans sentiment de n'avoir aucune affection pour cette pratique. Luimême demeure parmi nous , il proteste que c'est son plaisir d'habiter au milieu des mortels , quoiqu'ils ne lui soient nécessaires en aucune manière; d'où viennent ces douces et ravissantes paroles : Et mes délices sont d'être avec Us enfants des hommes , et ces autres : LOrient nom a visités d'en-haut. Et nous ne répondrions pas à son amour, et nous ne prendrions pas notre plaisir de converser aussi avec lui , nous qui avons tant besoin de lui ? Nous laisserions là tout seul , dans nos tabernacles , ce Roi du ciel et de la terre , qui n'y est descendu que pour notre bien ? Nous mettrions en oubli perpétuel celui qui, à tous les moments, pense à nous? Nous négligerions de lui faire la cour et de nous présenter devant la face de ce monarque plein de débonnaireté , quoiqu'il ait pour très-«igréables nos petits devoirs ? Les âmes vraiment lélées , et qui considèrent bien ces choses , ont en horreur rindifférence et Tingratitude de celles qui négligent ces visites , et elles s'appliquent A les faire avec d'autant plus de ferveur et d'exactitude. Si bien qu'il y a des maisons religieuses dans lesquelles le Saint-Sacrement est en grande et singulière vénération , oi> jour et nuit il est visité et n'y est jamais sans ses Chérubins , À rimitation de l'Arche du temple de Salomon , c'est-à-dire qu'il n'y nil quelques âmes Angéliques qui y étendent les ailes de leurs afloctions , veillant à k fftrte 4u I«Intii«W^ (Exod. 38) , comme les femmes et les filles dévotes dont Moïse fait mention. Et quoique ces visites dussent se j^raUquer sans espérance de récompense^ purement pour y glorifier Jésn^-Christ , et |Mirce que

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'est chose très-juste et très-équitable de lui rendre ces soumissions, néanmoins, comme il a attaché sa gloire à notre utilité , et qu'une âme pure ne manque point de récompense , encore que peut-être elle n*y dirige pas son intention , ces visites sont très-fructueuses aux personnes qui les savent faire comme il convient. Ce n'est pas qu'il faille juger de la vertu du Sacrement comme de celle des agents naturels, qui ont la sphère de leur activité limitée , ayant une certaine distance ou étendue de lieu , dans laquelle ils peuvent agir sans pouvoir passer au delà, ainsi que le feu échauffe , et un flambeau éclaire dans un certain rayon; car Jésus-Christ, dans le Saint-Sacrement, peut étendre sa vertu d'un bout du monde à l'autre, s'il en a la volonté. Le fruit de ces visites provient donc de ce que la personne qui les fait se rend plus digne d'être favorisée par lui ; car elle lui témoigne plus d'amour, elle lui porte plus d'honneur, et lui fait i une protestation plus évidente de sa Foi et de sa confiance; : toutes choses qui le portent à se rendre plus libéral , ainsi qu'il l'était sur la terre à l'égard de ceux qui s'approchaient de lui, et qui se présentaient pour être touchés par lui , ou pour le toucher, même par la seule frange de sa robe , comme fit Thémorroïsse, qui en reçut sur-le-champ une influence bénigne et favorable.

Il faut donc pratiquer ces saintes visites, il faut faire sa cour au Roi de tous les anges, tantôt pour lui offrir des hommages, comme fait un sujet à son seigneur ; tantôt pour le remercier des périls auxquels on a échappé, des biens que l'on a acquis, de la communion que l'on a reçue, des tentations que l'on a surmontées ; tantôt pour lui adresser des prières avec plus d'eflicacilé, d'autres fois pour goûter la douceur et sentir la consolation qu'il y a d'être auprès de lui , comme la Madeleine agenouillée à ses pieds. 0 mon Rédempteur Jésus ! attirez ainsi souvent toutes vos âmes fidèles devant votre trône sacré. Vous avez dit que si vous étiez exalté de la terre au ciel, vous attireriez toutes choses à vous ; attirez-nous donc souvent après vous par la puissance et la vertu de votre Sacrement. Retirez-moi de tout amour-propre, pour me soumettre tout à votre volonté. Retirez-moi de l'attache aux choses créées pour m'unir à votre charité. Retirez-moi des embarras de la conversation mondaine pour me renfermer dans le lieu saint où vous êtes présent, afin

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que moî, qui ne puis vivre sans vous, je ne vive qu'avec vous. Là y Seignenr, qu'en votre présence mon cœur s'épanche devant ■ vous, qu'il vous parle seul, dans son muet et naïf langage ; qu'il ! vous proteste de la grandeur de sa Foi, par laquelle il croit que . vous êtes sous les espèces aussi assurément que si les yeux du \ corps vous y voyaient; qu'il vous exprime la grandeur de son espérance, par laquelle il attend tout son bien et sa félicité de vous. Là, qu'il vous offre la ferveur de sa Charité, par laquelle ' il souhaite que vous viviez toujours, que vous régniez toujours, que vous triomphiez toujours, et que votre règne et votre triomphe ne soient jamais bornés et ne finissent jamais. 0 Jésus ! si vous me trouviez digne d'un seul de vos regards , j'en ferais plus grande estime que de tous les biens de la terre et dé toute la grandeur du monde. 0 Jésus! l'amour des Séraphins et des anges, qui vous visitent par milliers dans votre Sacrement, je crois en vous, j'espère en vous, je vous aime et vous adore. Hais, hélas ! comment avez-vous caché toute votre beauté sous le voile de ces cbétives apparences? Comment^ vous y voyant présent, ne gémirai-je pas comme si vous étiez absent? Je vous ; touche presque ; mais je ne vois pas votre beauté infinie, comme si j'y étais frappé d'aveuglement. Hélas ! mon espérance et mon soutien sur cette terre des mourants, de quels désirs suis-je embrasé de contempler une fois votre face plus brillante que le soleil et plus gracieuse que l'aurore. Oh ! si une fois, quand ce ne serait que pour un moment, vous me faisiez paraître un seul rayon de sa lumière, oh ! quelle ardeur d'amour s'élèverait en mon âme, et que la mémoire de cette vue me causerait de chastes contentements. Comme tout le reste de cette vie misérable mon cœur demeurerait suspendu et haletant après vous, jusqu'à ce que je fusse pleinement rassasié, en vous regardant face à face^ sans voile, au milieu de votre Paradis I

DM SAGABUnn* iW

VINGTIÈfllE MÉDITATION.

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