‹ La théologie affectiveChapitre 18 sur 63 · DES EFFETS DU SACREMENT DE PENITENCE · texte numérisé non relu

DES EFFETS DU SACREMENT DE PENITENCE

i. ConsitUrez qu'un des grands effets du Sacrement de Pénitence est la rémission d^ tous les péchés mortels, sans exception d'un seul, sans délai, sans fin et sans retour. Dieu promet cet effet admirable à la vertu de Pénitence : Si f impie, dit-il, fait ^pénitence, je ne me ressouviendrai plus de toutes set iniquiiés (Ezéch. t8). Et encore : Que hmpie délaisse sa voie et se convertisse au Seigneur^ et il lui sera miséricordieux (Isa. 55), parce qu'il n'y a point de péché qui ne cède à la puissante vertu de la Pénitence. Or^, il est constant que le Sacrement de Pénitence a plus de vertu que la vertu môme de Pénitence, parce que son effet est infaillible, et il agit efficacement par l'œuvre opéré, encore que le pécheur n'eut que la douleur de Tattrition; c'est pourquoi il efface pareillement tous les péchés mortels, et cela sans exception d'un seul , comme en vérité Jésus-Christ n'excepte rien , lorsqu'il dit : Ceux auxquels vous aurez remis les péchés , ils leur seront remis (Jean, 20). Aussi il ne se peut faire qu'un péché morlel soit remis dans une même âme, qu'au même instant tous les autres ne soient aussi remis, parce qu'il ne se remet que par rinfusion de la grâce sanctifiante , laquelle est incompatible avec quelque péché mortel que ce soit. C'est pourquoi, s'il se pouvait faire que tous les péchés des démons et des damnés fussent en une seule âme, et que celte âme reçût seulement la centième partie de la grâce sanctifiante , qui est donnée à du enfant nouvellement baptisé, ce serait assez pour purifier cette àme de tous ses péchés, et la rendre pure comme un rayon du soleil devant les yeux de Dieu, parce que Dieu ne pardonne pas à moitié, il pardonne tout ou rien, en ce qui est des coulpes et des offenses mortelles. Aussi les œuvres de Dieu sont par^ faites, disait Moïse (Deut. 32). Et saint Paul : H n'y a plus de

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damnation en ceux qui sont en Jésus-Christ (Rom. 8). Si énormes que soient les péchés , si sanglants et si atroces qu'on lei puisse imaginer, quand ce seraient des monstres de péchés et des furies de concupiscence , si la Pénitence s'étend jusqu'à eux, elle les efface et les absorbe entièrement, et il n'y a que. le péché de l'obstination et de Timpénitence finale qui est irrémissible, parce que la Pénitence n'a pas de prise sur lui, et que le pécheur ne lui soumet jamais ce péché dans lequel il meurt et périt. Et non-seulement le Sacrement de Pénitence ruine tous les péchés sans exception, mais aussi sans délai et sans retardement ; au même instant que l'absolution est prononcée, le pardon en est donné et entériné absolument, de mille jT péchés comme d'un seul, et la grâce ne met pas plus de temps u à remettre un million de péchés qu'un tout seul. La Pénitence , est prompte, dit saint Chrysostôme (i), mais la rémission est encore plus prompte ; aussi n'y a-t-il pas de raison pour que la rémission soit différée. De même que le péché mortel ne « tarde pas à détruire la grâce sanctifiante, et à en priver l'âme qui le commet, de même cette grâce ne tarde pas à détruire et à ruiner tous les péchés. Si bien qu'une ancienne version de # l'Ecriture sainte, souvent alléguée par de graves auteurs, portait dans Ezéchiel : A quelque heure que gémisse le pécheur^ je ne me souviendrai plus de ses iniquités (Ezéch. 18). Ce que confirme un dévot contemplatif, introduisant Dieu même , et le faisant parler de cette sorte : Je pardonne mille péchés comme un seul. C'est chose merveilleuse et digne d'étonnement ce que je vais dire, et elle doit être pourtant tenue pour vraie d'une Foi très-certaine et indubitable. Si tout le monde était un globe de feu , et qu'au milieu il y eût un peu d'étoupe , elle ne recevrait pas sitôt la flamme , que l'abîme de ma miséricorde reçoit le pécheur pénitent qui veut se convertir, parce qu'en cette action naturelle il y a quelque durée de temps, si petite et si imperceptible qu'elle soit ; mais il n'y en a aucune entre le pénitent et celui qui remet le péché , entre celui qui gémit et celui qui exauce son gémissement. Considérez de plus que cette rémission se fait sans fin, non trois ou quatre fois seulement, mais autant de fois que le pécheur fait pénitencç : Toutes les fois

(l)Homil. 1. inPs. 50.

qu*ih ont fait pénitence^ il leur a donné la vertu de résister (Judith, 5). Dieu, dit le saint Prophète, oubliera-t-il de faire miséricorde (Ps. 76)? Sa miséricorde est une fontaine qui ne peut tarir ou s'épuiser, par la multitude des pardons que Ton en tire. C*est pourquoi le Fils de Dieu instruisit saint Pierre de ce mystère , et comme il I était le chef de TEglise , et le prince des Apôtres et de tous les I pasteurs et confesseurs , il lui apprit qu'il fallait pardonner sans fin et sans limite : Je ne dis pas jusqu'à sept fois , mais sein tante fois sept fois (Matth. 18) , c'est-à-dire quatre cent nouante fois. Ce qui donnait sujet à saint Jean-Chrysostôme , le plus zélé et le plus porté à entendre les confessions et à absoudre les pénitents , de tous les anciens Pères de l'Ëglise , à les inviter de le venir éveiller pendant son sommeil , pour être absous par lui , jusqu'à leur dire ces 'paroles : Si vous vous reconnaissez dix mille fois par la pénitence , entrez dans l'Eglise , je suis toujours prêt à recevoir les pénitents ; tellement qu'il n'y a pas lieu pour f le pécheur de désespérer du pardon , à cause de la multitude de ses rechutes, desquelles il se peut relever toutes les fois. Ei si Tertullien dit qu'il ne faut faire qu'une fois pénitence , il entend parler des pénitences publiques, qui étant faites une fois par un pénitent , pour de grands crimes , s'il était relaps , il était toute sa vie tenu comme irrégulier, quoiqu'il ne laissât pas d'obtenir le pardon devant Dieu par la confession secrète. Mais qu'esl-il besoin de plus longs discours en ce sujet , après que le Concile nous assure que Dieu a voulu que les pécheurs fussent absous au tribunal de la Pénitence toutes les fois qu'ils en approcheraient pénitents. Si Dieu le veut ainsi , lui qui est le maître de ses dons et de ses miséricordes , pourquoi des hommes de terre veulent-ils s'opposer à celte suprême volonté, rejetant les pé* nitents , après quelques rechutes dans les mêmes péchés , et les renvoyant sans pardon? Peuvent-ils être plus fidèles dispensateurs des grâces de Dieu , qu'en les distribuant selon sa volonté, qui est infiniment plus libérale et plus magnifique que les esprits des hommes ne le peuvent concevoir? Enfin la rémission des péchés se fait encore sans retour une fois qu'ils ont été pardonnes, encore que le pénitent vienne à rouvrir ses plaies et à en commettre d'autres , toutefois les anciens péchés effacés par la Pénitence demeurent abolis, et ne reviennent plus. La raison en est qu'il faudrait un miracle pour faire revivre V. 12

178 LA THiOMCffi AFFB€TIYE.

da«s uae ème despécIUts que la Pémtenee y a une fois étekiU o4 Induits au néant. Car qui les pourrait reproduire ? Mftîs cettf vérité mérite une plus grande discussioui F

Cependant » apprenez de cette considération la vertu non pareille du Sacrement de Pénitence contre tous les péchés mar^ tels. tirez-«n des ardents désirs de le pratiquer pour participer à un ai merveilleux effet , sans vous décourager ni de rénei^ mité de vos offenses , ni de leur grande multitude ^ ni du non* bre de vos déloyautés , de vos rechutes et des manquements è vos résolutions de ne plus pécher, que vous aves outrepassées tant et tant de fois. BÏea de toutes ces choses n*empèehe h vertu de la Pénitence; etie est au-dessus de tous ces obstaelel qui empêchent les. Ames peu avisées de se bien recettnâître 9 el dé recourir à une miséricorde qui ne peut être, vaincue et sur* montée par la grandeur des misères. Enfin ^ formel la irèsehft* tion d^iter la miaériceirde de Dieu à Tégard de eeui q^ VoAs offensent > leur pardonnant tout sans eiceptiuA) sans délai ^ sans mesure et sans reproche.

il. Considérez un autre effet de la Pénitence ) qui es! là ré^ paration entière de la grâce et des vertus perdues par le |>éché mortel ^ et le rétablissement de tous les mérites et de tous les droits à la gloire éternellev Cette vérité est d'autant plus consi* dérable, qu'elle offre au pénitent an notable avantage et un bien qui lui est très-important. Mais pour en avoir l'intelli^ gence plus partaite, il faut supposer que le péché mortel avait privé Tâme de la grâce sanctifiante, de la Charité et autres vertus morales infuses avec elle dans la volonté ; de plui, il avait fait perdre à l'âme tous les mérites de ses bonnes œuvres passées, l'ayant mise en un tel état^ que si elle Mt partie de ce monde avant de f«iire pénitence , elle n'eût jamais ^(enu aucune récompense dans le ciel ; c'est pourquoi , par le péché , elle est devenue semblable à un sujet qui s'est révolté contre son prince ; car elle a pris parti avec Satan , et a commis une félonie et une déloyauté avec lui; cW pourquoi le jugement de mort s'en est suivi, et la dégradation et la confiscation de tous ses mérites et de tous ses biens spirituels. Toutefois^ comme Dieu est plus enclin à la miséricorde qu'à la justice, et plus magnifique à faire grâce, qu'à exercer des rigueurs envers ses créatures; comme de toute éternité il prévoyait les péchés des âmes qui auraient

D£S SACREMEMS. it9

Stt in^ gà gtitëy et adràiem adpi^ qttelqiJi^s mérHès par lei) tBdti^ tèNrttil^ultës, tl décréta de ne les en pdi i^Hver ^ans espéftttifcè' dfe festîliifîôîi , sî elles rentt^ient daûâ lètrr devoii*, et faisaieht péniience, implorant sa clémence , et lui promettant amendement; car, en ce cas, il a voulu leur redonner là vie j de la grâce preihîAre, la dignité des vertus qu'elles avaient, et les rétablir dans leurs mérites et dans leurs biens par une espèce de réstifution entière. En suite de quoi il se proposa de ne pas i priver éternellement des degrés de grâce et de gloire antérieui rèmént acquis, pour un péché qtii aurait été pardonné pendant ^ cette vie. A quoi s'accorde ce qu'il promet par le Prophète : < Si rimpie fait pénitence de tous ses péchés, je ne me ressouviendrai J plus de toutes ses init/uités (Ezéch. 18). Et saint Paul écrivant aux .1 Hébreux, qui étaient passés de la vertu au vice, et de la grâce : au péché, les exhorte à reconnaître, en vertu de cette promesse, 1 que le bien qu'ils avaient fait autrefois leur serait mis en compte, pour en être récompensés : Dieu n*est pas injuste pour oublier . vos oeuvres, et Tamour que vous avez montré en son nom, vous qui ' avez servi les saints (Héb. 6). Si bien que la grâce ayant été infuse dans l'âme pour y être éternelle et immortelle, et les bonnes œuvres qu'elle a vivifiées étant dignes en justice de la récompense étemelle, elles ont pourtant été arrêtées et mises en suspension par l'obstacle du péché mortel qui est survenu. D'où il résulte que la Pénitence étant cet obstacle , la grâce reprend son cours dans l'âme, et les mérites du passé leur première vertu. Et alors Dieu reçoit le pécheur, comme le père de l'enfant prodigue le reçut à son retour, avec de grandes caresées et de tendres embrassements : Vite, vite, qu'on se dépêche, apportez-lui sa première robe (Luc, 15). Car ainsi Dieu traite le pécheur qui vient à se reconnaître, comme Tenfànt prodigue, sans délai et au plus tôt, il lui redonne la première robe de la grâce et de la Charité qu'il avait eue, il lui tient compte aussi de tous ses mérites précédents, et ne veut pas qu'il en perde rien. Il lui redonne tout ce dont le démon avait dépouillé son âme, ainsi que fit Abraham à Loth; quand il le retira des mains de ses ennemis qui l'emmenaient prisonnier. Et comme la nouvelle conversion et la Pénitence porte encore avec soi de nouveaux degrés de grâce, ces nouveaux degrés, joints aux précédents, font une grâce plus forte et plus grande ; si bien que

par cette adjonction, toutes les fois que le pécheur fait pénitence, il possède une grâce plus abondante, et un plus riche trésor qu'auparavant. C'est pourquoi Thomme juste est toujours | retiré de cette vie pour recevoir sa récompense dans l'état de grâce le plus haut et le plus parfait qu'il ait jamais eu dans tout le cours de sa vie. Ceci n'est pas condamné par le décret de la sacrée Faculté de Paris, qui a condamné cette proposition, que Dieu appelait toujours l'homme de cette vie en son meilleur état, parce que ceux qui la mettaient en avant y comprenaient les réprouvés aussi bien que les prédestinés, tandis qu'ici nous ne parlons pas des réprouvés.

Le fruit que vous devez recueillir de cette vérité si excellente, c'est l'amour et le désir de la Péniteiice qui est si fructueuse et si efScace. Oh ! si autrefois vous avez vécu dans les délices de la vie spirituelle, et si vous avez pratiqué quantité de saintes œuvres que vous avez abandonnées, par quelque surprise de Satan ou par la perfidie de vos passions, qui vous ont jeté dans le vice, oh ! que vous vous faites grand tort de ne pas recourir à la Pénitence pour regagner toutes vos richesses spirituelles, et toute votre grâce et vos mérites , dans lesquels vous avez abondé. Dites-nous, généreux pénitents et pénitentes, qui, après le sac et le cilice, et l'accomplissement de vos pénitences, êtes rentrés en grâce avec le souverain Créateur, combien courte et légère a été votre peine, et combien ont été grands les avantages que vous en avez retirés ? Que vous manque-t-il des biens que vous aviez eus autrefois , au prix d'une Pénitence bien légère? Vous vous êtes acquis des biens éternels. 0 fruit de la Rédemption copieuse du Fils de Dieu ! Qui ne voudrait pas, à votre exemple, s'enrôler en votre compagnie, sous l'étendard de la croix ? Car que ne fait-on pas pour recouvrer des biens enlevés par rennemi pendant la guerre? L'ennemi a porté la main sur tontes ces choses précieuses (Thren. 1). Le coureur des enfers vous a ruiné par le péché morJel, ayez donc recours à la Pénitence; dans ce passage étroit, chargez brusquement votre ennemi, et vous ferez la reprise de toute votre substance spirituelle. 0 mon âme ! confessez au Seigneur qu'il est bon, que sa miséricorde est dans V éternité (Ps. 117). Oh! ses miséricordes sont au-dessus de toutes ses œuvres (Ps. 144).

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