‹ La théologie affectiveChapitre 20 sur 63 · VINGT-TROISIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

VINGT-TROISIÈME MÉDITATION

ï. Considérez que Dieu pouvait r^weHre Ifjs péché» par U Pénitence , à telle condition que , le pénitent rplonrthant , il fftt derechef tenu pour criminel au)^ yeux de la justice de Dieu , fi\ condamné à la privation (Je la grâce et df^ la gloire , et ^w supplices éternels , en vertu des péchés ^utrej^ph çff^pés et pgr-: dopnés par la Pénitence. Pour cpficçyqjr çeltfi vérité , représentez-vovis que le pécheur , par son pjî^nç§ , dojWei trois Sfirteg de droits nouveaux contre soi-même ^ Dipu qu'il affen^Çi l^ft premier droit qu'il donne à Dieu en péchf^nt , ^^\ de le haïr et de lui porter de l'inimitié » le prenant en dédain et en fjvfir' sion; car, puisque le pécheur ^^ pn trî^nsgressant 1^ \o\ de

(1) Tcrlul. lib. de Pœnit.

Dieu, se détourne de lui et le traite sans respect, sans révérence et avec mépris , Téquité veut que Dieu fasse de même à regard du pécheur, le prenant en dédain et en aversion. Le second droit que le pécheur donne à Dieu par son offense est de le punir et de lui faire porter la peine de sa témérité et de son outrage; car Dieu étant le souverain maître et le juge des hommes, le péché lui met comme l'épée à la main, pour tirer de lui une juste vengeance par des peines convenables à la grandeur du péché. Le troisième droit qu'a Dieu encore , quand l'homme pèche , est de se regarder comme offensé et méprisé ; car par le péché il a été méprisé , par le péché on lui a désobéi et il a été mis au-dessous d'une créature misérable que le pécheur a préférée à sa loi. Or, quoique Dieu pardonne miséricordieusement le péché dans la Pénitence , et renonce volontairement à ces trois sortes de droits contre le pécheur, toutefois rien ne l'oblige à y renoncer pour toujours; il pourrait dire au pécheur : Je me démets des droits que j'ai sur toi , à condition que tu ne retombes pas , et si tu es assez malheureux pour retomber en quelque offense mortelle ou même vénielle, je veux user de tous ces droits contre toi, quoique j'aie effacé ton péché, et que je t'aie remis dans l'état de grâce sanctifiante ; car c'est toujours avec cette réserve que tu en seras privé derechef, et que tu seras soumis aux premières peines , si tu retombes. Ainsi il en peut arriver dans les affaires du monde , où un roi peut pardonner le crime à un malfaiteur, et le réhabiliter en tous ses honneurs et ses prééminences premières, mais à charge et à condition de ne plus retomber dans le crime qu'il lui pardonne , et s'il y re- ' tourne , qu'il sera sujet au même supplice , à cause du crime qu'il lui a remis , auquel cas le roi usera de son droit. Que si un roi peut ainsi procéder , pourquoi Dieu , qui est un si grand maître et un Seigneur si absolu et si puissant, ne le pourrait-il point faire? vu principalement que la satisfaction que lui offre le pécheur dans sa Pénitence n'est pas si exacte , qu'elle mérite en rigueur de justice l'abolition entière de son péché; car Dieu use toujours de beaucoup de clémence et de miséricorde , à l'égard du pécheur pénitent. Si bien que s'il se relâche et se démet de ces trois sortes de droits, il pourrait par puissance absolue ne s'en relâcher qu'avec cette réserve et

cette condition qui serait raisonnable ; et comme Dieu demande au pécheur le bon propos et la résolution de ne plus retomber, aussi lui pourrait-il demander l'accomplissement et l'exécution réelle de ce bon propos , et au défaut révoquer son pardon. D'où vient qu'encore bien que le même acte du péché ne puisse revivre, toutefois absolument il se pourrait faire que la souillure du péché et l'obligation à la peine , avec l'aversion et l'inimitié de Dieu , revinssent les mêmes par la rechute.

Je reconnaîtrai donc le grand mal du péché , qui me réduit en cet état à l'égard de Dieu , lequel , par sa clémence naturelle, ne pourrait pas exercer sa rigueur contre l'homme, si le péché ne lui mettait les foudres à la main. Je m'humilierai pareillement dans l'action de la Pénitence , parce qu'elle n'est pas si parfaite , qu'en toute rigueur de justice elle puisse abolir le péché, si Dieu n'usait d'une grande bonté et d'une grande clémence. Il faut donc que je n'attribue pas la rémission de mon péché à ma justice et uniquement à la vertu de ma Pénitence; mais que j'y reconnaisse toujours la grande clémence et la miséricorde de mon Dieu. 0 clémence , que vous m'avez été favorable ! 0 miséricorde divine , que vous m'avez été propice !

II. Considérez qu'en réalité Dieu n'use point du pouvoir qu'il a de remettre le péché , sous condition de n'y plus retomber; mais qu'il le pardonne absolument, et le détruit totalement après une Pénitence entière, en sorte qu'il ne revient plus , et qu'une âme n'est plus privée de la grâce de Dieu , en vertu de l'acte du péché passé et remis. Saint Paul insinue cette douce et consolante vérité , lorsqu'il dit : Les dons de Dieu sont sans repen tance et sans regrets (Rom. 11); il ne révoque pas le pardon une fois octroyé. Et l'apôtre saint Jacques dit : qu'il donne à tous abondamment , et ne fait point de reproche (Épit. 1). De fait, si Dieu ne pardonnait les péchés qu'avec cette condition que le pénitent , se démentant de sa bonne résolution , retomberait dans la même souillure et la même sujétion à la peine qu'auparavant , Dieu ne remettrait pas effectivement et vraiment le péché, parce que ce qui ne s'accorde que sous condition d'une chose incertaine , et qui est pour l'avenir, n'est pas absolument, si la condition n'est accomplie; ainsi

486 LA THtOLOGU AFFECTIVE.

Dieu B^anrait fM en la volonté absolue de remettre le pAcbé en cette vie , ce que saint Thomas estime déroger à la grâce de Dieu. Remettre le péché , dit-il , avec une certaine condition dépendante de l'avenir , en sorte que Thomme ne soit pas justifié absolument , «laU seulement selon la présente justice , est déroger à la grâcê de Dieu, vu que si cela était, elle ne serait pas cause suffisante de la rémission des péchés, ce qui ester- poné. Si bien qu41 est vrai que Dieu détruit tout-à-fait le péché , sans aucune condition , et jamais un péché remis et eftcé ( ne mettra plus d'obstacle à la grâce de* Dieu et à son amour , et Dieu Teffiaoe de sa mémqire , ne s'en ressouvenant plus , pour retirer >& grâce au pécheur, à cause de ce péché. Suivant quoi i4 dit et prononce, par Porgane du prophète Ezéchiel ; Si IHmpie fa%i pénitence 4ç tou$ $e$ péchés , je ne me resêouviendfBÏ plu^ de toutes les i^iquités qu'il a opérées (Ezéch. 18). A quoi s'accorde le dire d'un ancien Pape (i), que la divine clémence ne souffre pas que les péchés remis tombent encore sous la vengeance. El saint Ppesper , qui a le plus parlé et écrit selon les sentiments de saint Augustin (â) : Celui qui se retire de Jésus^Christ , et finit cette vie privé de sa grâce , où va-t-il , sinon à la perdition ? Mais il ne retombe pas en ce qui lui a été pardonné, et il n'est point damné à cause du péché originel. Et en ce procédé , Dieu montre la haine et l'aversion qu'il a contre les péchés qu'il détruit absolument^ car s^il les aimait , il ne les détruirait pas, et tout ensemble il fbit paraître la vertu efficace de la grâce sanctifiante, à la présence de laquelle la coulpe est anéantie sans ressoui^e, et ne peut plus jamais revivre. C'est pourquoi elle a perdu tout créait, l'opinion d'un ancien théologien , qui soutenait que les péchés remis revenaient par qufftre sortes d^autres péchés, qui sont la haine du prochain^ l'apostasie , le mépris de là confession , et le regret d'avoir fait pénitence , disant que Dieu ne remettait le péché qu'avec quatre conditions , qui étaient d'aimer son prochain , de persévérer dans la foi , de confesser sa faute, et de la détester jusqu'à la fin, et ainsi que Dieu faisait un pacte avec le pénitent de garder ces conditions inviolablement , faute de quoi il révoquait la grâce du pardon. Hais , dit saint Bonaventure , quoic^ue cette

(1) Gelâstus 6. divina de pœnU. dist. 4. — (2) Respons. 23, ad objecta Gallorurn.

M8 SACBUflNTS. ItT

/KvpAiititNi toit d'm grand clerc , elle ne doit pis être adeplée ,

0ldlt n'est pas bien fondée.

h glaiifierai en cette pensée la grandeur de la miséricorde de Dieu, qui invitant les pécheurs à la Pénitence par mille sortes de voies , les reçoit si *hénignement qu'il leur pardonne •bsolument, et les délivre tout-à-fait de rabtme des enfers : fi^i $m$ Dieu , ei h Père de notre Seigneur Jésui-^Christ , le Père i» miséricardes et le Dieu de toute comelatiçn (ii. Cor. l). Le Sei* ynMf eet compatiiêant et fMUriùùrdieux , U Seigneur eet stmve à Um, et IM miiéricordes sont au-^deêêue de toute$ ees muvre» (Ps. 444). 0 Seigneur i qui voup donnera une infinité de louanges , et vous Mrvira tf gnement tout le cours de sa vie , en reconnaissance de Ci bienfiût admirable f Une sainte Madeleine et une sainte Péla- |ie vous en ont aimé et remercié toute leur vie , et les bienheu<- Feux du Paradis vous en béniront toute Tétemité. Oh! que je ?oas en bénisse maintenant , et puisque cette miséricorde l'eiaKO, non à l'égard des rebelles et des obstinés dans leur péché , mais à l'égard de ceux qui s'humilient et retournent à Ini, je tirerai le fruit de cette miséricorde, et j^en ferai bon usage, ne réduisant au plus tôt avec confiance sous le joug de sa Iqi et de la conversion sincère , comme saint Paul y exhorte : AlUme donc avec e$pérance au trêne de la grâce de DieUj afin que Muê ol4emons miiérkorde, et que nous trouvions ^réee dans nos besoin^ (Héb. 4).

III. Considérez que, quoique les péchés remis ne reviennent pas en leur entier et en toute leur grièveté par la rechute, ils reviennent pourtant selon quelque chose et en certain sens , en tant qu'ils servent de circonstances aggravantes au péché, soit mortel, seit véniel, que l'on commet ensuite, qui en est estimé de Dieu plus grave et plus punissable, à cause de l'ingratitude du pénitent, qui après avoir obtenu grâce, au lieu de remercier Dieu, son bienfaiteur, qui Ta délivré de l'enfer et mis au nombre de ses enfants par le pardon, l'offense encore et pèche derechef, malgré l'obligation plus grande qu'il avait de lui être fidèle. Cela paraît dans la parole de cet homme ingrat et cruel, auquel le roi son maître avait fait grâce, et remis ses dettes, et qui,« trouvant un de ses débiteurs, le traita avec rigueur , jusqu'à lui mettre le pied sur la gorge pour tirer de lui ce qu'il lui devait , ce dont le roi justement irrité le fit jeter en prison

jusqu'au paiement entier de sa dette ; ainsi , dit Jésus-Christ,

8% vous ne remettez du fond de vos cœurs à vos frères, tnon Pèn céleste en agira avec vous (Matth. 18), voulant nous représenter que ringratitude de ce serviteur envers le roi, qui l'avait trailé avec bonté, et dont il traitait impitoyablement le serviteur, excitait sa colère, en sorte qu'il se ressouvenait aussi de ses dettes passées et remises, pour Ten punir; ainsi seront. punis ceux qui retombent, pour les péchés passés et pardonnes, en tant que comme circonstances ils aggravent les péchés subséquents. Aussi, comme l'enseigne le séraphique Docteur (1), pour être vraiment reconnaissant, deux choses sont requises : la première, qu'en temps et lieu on se ressouvienne du bienfait reçu pour remercier Dieu; la seconde, que Ton soit prompt à servir son bienfaiteur, et à lui rendre bien pour bien. De même, on est ingrat en deux manières : premièrement, en oubliant avec mépris le bienfait reçu, quand il faudrait en témoigner de la reconnaissance et en faire des remerciements, et alors on commet, le péché particulier d'ingratitude par omission; secondement, on est ingrat quand on a reçu du bien, et qu'on rend le mal pour ce bien, et alors Tingratitude est une circonstance qui se rencontre en toutes sortes de péchés, et qui aggrave d'autant plus que le bien reçu est plus grand; d'où vient que comme la rémission des péchés passés est un bienfait de Dieu très-signalé, la rechute de la part du pénitent renferme une notable ingratitude, qui le rend plus criminel et digne d'une plus grande punition devant Dieu. Car celui à qui plusieurs offenses ont- été pardonnées devait en concevoir des sentiments plus vifs de reconnaissance , et cVst une chose plus honteuse et plus coupable pour lui de pécher contre celui qui avait été si miséricordieux à son égard. Si bien que par ce moyen, les péchés remis gracieusement viennent en quelque façon à retomber sur le dernier péché, et entrent en considération pour accroître la grandeur de. l'ingratitude. En vérité, une âme chrétienne lavée de ses péchés passés avait assez coûté de sang à Jésus-Christ, quand, en vertu de ce sang, ils lui ont été pardonnes. N'est-elle pas bien dénaturée de lui en vouloir coûter, et tirer encore davantage par de nouvelles offenses, qui exigeraient que derechef il répandît son

(1) D. Bonav. in 4, dist. 22, in liltera.

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sang pour les expier encore une fois, si son unique mort n'était soffisante pour une infinité de péchés? Mais n'est-elle pas bien shipide et bien insensée de considérer et de comprendre si peu que celui qu'elle offense derechef est celui de qui elle dépend le plus absolument, qui a le plus de pouvoir et d'autorité sur elle, de qui la justice est la plus redoutable, n'ayant point épargné les anges du ciel, ni le premier homme du Paradis terrestre, ni le monde au déluge, qu'il est enfin celui à qui elle est le plus redevable, à raison de ses miséricordes passées.

Puis donc que Dieu ressent ainsi l'ingratitude de celui qui ' retombe dans le péché, j'appréhenderai de manquer à la bonté de Dieu par la rechute, et je ne me reposerai pf)s de telle sorte sur sa miséricorde, que je n'appréhende la rigueur de sa justice. Je m'étonnerai du peu de sens de quelques-uns , qui ne font autre chose que de considérer les promesses de Dieu et les sentences de sa miséricorde, pour s'y consoler eux-mêmes et les inculquer perpétuellement aux autres, et cependant ne pensent que légèrement, ou ne pensent pas du tout aux menaces de Dieu, aux sentences de la rigueur de ses jugements, dont foisonnent abondamment les Ecritures, pour nous provoquer à une crainte salutaire, qui soit le commencement de notre salut et nous préserve du péché. Je me représenterai souvent que je suis devant Dieu comme un serviteur misérable , qui ai jeté le joug de ma servitude , et qui me suis livré au démon par plusieurs rechutes , après tant d'absolutions prononcées sur mes péchés. Je ne séparerai donc pas la justice et la miséricorde; naais selon l'avertissement de l'Ecriture sainte , je joindrai Tune avec l'autre , disant après David y le roi des pénitents : Seigneur ^ je chanterai votre miséricorde et votre justice (Ps. 100). Toutes les voies du Seigneur sont mispricordf*. et vérité pour ceux qui recherchent son alliance (Ps. 24), et s'efforcent de faire sa dernière volonté.

IW LA rWÊMMm AmCflYB.

VINGT-QUATRIÊBIÊ MÉDITATION.

Dtfi tROtS BlËMt'ArrS DK DIEU, QUt SONT SECRETS D1N8 Lî R^tDDR ET LA AENAiSSAKCE DE LA GRACE, ET DBS MERITA PAR U rtNÎÎENCf.

I. Gomidéfez m bienftiit de Dieu et m Mal slgàâlé dd s< bonté , eA ce qii'il â doatié à la Pénitebce la verHi de farfre re^ vivre la grAce précédente , et les mérites qtii avatent été dans te pénitent , et t(at l'état du péché avait rendtts ceitame tnofts et incapables de condttife l'homme à la vie étemelle. Car, eommë l'explique te Doctenf ai^élique, les choses sont dites tdortelâ^ qntmi elles perdent lenr vertn et leur propre opénrttbn, à l'exemple des êtres vivants , tesquels sont dits être morte , qnatid ils ne peuvent plus a^r et faire les opérations qui leui^ stmt convenables, ainsi qu'un arbre, quand il ne peut plus tt&ttttÈ A Ihic-^ tifîer, et une fontaine qui ne peut plus répandre ses eanî. (h*, le propre effet de la grâce sanctifiante, et des bonnes œuvreâ méritoires qn'âvaH eues antfefbis le pénitent, était de ïe conduire à la vie éternelle ; effet qui avait été arrêté et empêché par l'état du péché ; effet néanmoins qui revît par la Pénitence, qui détruit le péché , et fait revivre h gfâce précédente et les bonnes œuvres méritoires , par un bienfait de Dieu Càchê à la plupart des hommes , auxquels il n'apparaît presque pas parmi les ténèbres du péché , faute de le bien examiner. Considérez donc que l'homme , qui avait la grâce sanctifiante et de bons mérites , pouvait être tellement traité de Dieu , venant à pécher contre lui , que toute cette grâce et ces mérites fussent absolument perdus et anéantis sans espérance de retour, quoiqu'il Ht Pénitence. Car le péché méritait bien une telle punition , et il n'y eût eu aucune injustice en Dieu , s'il l'eût ainsi ordonné et décrété ; ainsi Dieu en a usé â l'égard d'Adam , le chef de la nature humaine 9 en ce qui concerne le don de la justice originelle,

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dofit la perte pour lui â été irréparable ^ quoiqu'il fit Péni^ teace ; or, il eût pu eh être de même pour la grâce et lès mi* rites des autres hommes. En effet , les bonnes œuvres sont m4rt«toires de la tie éternelle , en vertu de la promesse de Dieu , qui s'est obligé volontairement à les récompenser du prix de Id vie éternelle; or» Dieu pouvait ne promettre récompense auk bonnes œuvres ^ que dans le cas où le péché ne survint pas pour les ruiner. Si donc il s'est obligé à les récompenser^ nonobstant le péché , pourvu qu'il fût effacé par la Pénitence ^ c'a été un tirait de sa bonté et de sa magnificence , qui paraît davantage par l'opposition du péché qui ne revient plus, comme la bonne actioà méritoire. Ainsi le pécheur s'était tgausé DU tel tort à soi-^méme , en commettant le mal du péché , qu'il avait donné la mort à sa grâce et à ses mérites , en se domiant la mort. à Boi^-méme; mais venant à revivre par la . Pénitence » il leur redonne aussi la vie. Et Dieu pouvant justement nous ft^ostrer de ee bien, dûnl nous-mêmes nouft noue étions volontairement prifés, a voulu que» dans le cas où nous rentrerions eti grâce, nos œuvres > que le péché avait comme ruinées et anéanties , revécussent aussi.

Pèse bien ici , ô mon âme ! la grendeur de la iMnificenée di^ viae. Quand quelqu'un retourné à Dieu , il recouvre aussi les mérites qu'il avait perdus par le péché, et quand il retombe dans le péché, ses démérites île revivent pas , afin que tu fecoU^ naisses par cette différence combien pto^s sensiblemetit Dieu se porte à la bénignité qu'à la sévérité. Donc les trésors de la miséricorde divine paraissent même dans les péchés. De combien de mérites les hommes seraient appauvris , si Dieu tte nous ïrahtait si bénignement que de faire revivre le bien qUe ttous avions fait auparavant par sa grâce? Il y a un aussi grand Aombre de bienfaits en ce seul bienfait, que le nombre des bonnes œuvres passées , qui revivent par la Pénitence et ressuscitent avec le pécheur ressuscitant à la grâce. Qui donc ne rendra grâces â Dieu à la vue de cette grande grâce ?

II. Considérez un second trait de la bonté de Dieu , en ce que la grâce et les mérites du passé revivent par la Pénitence, encore qu'elle ne soit pas la plus fervente et accompagnée d'actes de douleur les plus parfaits et les plus proportionnés à la grandeur de la gloire, à laquelle revient le pénitent. Plu-

sieurs théologiens ont peine à reconnaître ce trait de la bénignité de Dieu, et quelques disciples de saint Thomas y apportent de l'obscurité, en voulant diversement limiter la miséricorde divine ; ils pensent que si le pénitent était rétabli en une grâce et en des mérites qui excédassent la portée de sa disposition présente, qui peut être faible et médiocre, il arriverait qu'il aurait toujours , en faisant Pénitence , une grâce plus grande que toutes celles qu'il aurait jamais eues pendant sa vie, puisqu'il aurait avec la grâce les mérites du passé, et une grâce présente correspondante à sa disposition. Et par ce moyen, il acquerrait toujours en sa Pénitence la plus grande grâce qu'il aurait jamais eue pendant sa vie. Ce qui semble inconvenant, parce que celui qui tombe dans le péché ne fait pas toujours la plus lourde chute de sa vie ; donc , celui qui se relève ne se relève pas toujours au plus haut degré de grâces et de mérites. De plus, il semblerait que le pécheur tirerait avantage de son péché, lorsque s'en relevant il serait au plus haut état de perfec-. tion. Mais ces raisons et d'autres semblables ne peuvent pas nuire à la vérité de notre considération. Car, quoique Dieu eût pu, sans injustice, établir cet ordre que le pécheur ne recouvrerait ses grâces et ses mérites du passé, qu'à proportion de la disposition présente et de la perfection de sa Pénitence, toutefois il a promis absolument le grand bienfait du retour de la grâce et des mérites moyennant la Pénitence, sans modification. Tellement que toute Pénitence, qui suffit pour effacer le péché, suffit aussi pour faire revivre la grâce et les mérites précédents. La raison en est que le péché était le seul obstacle qui en arrêtât l'opération, qui était de conduire l'âme à la vie éternelle; partant, cet obstacle ôté par la Pénitence, il faut penser qu'ils reprennent leur force et leur vigueur, et produisent leur effet. Aussi l'homme mérite la gloire par toutes sortes de bons actes , non-seulement par les plus fervents , mais aussi par les plus lâches et les plus débiles, et comme dans la punition éternelle, non-seulement les plus exécrables péchés, mais aussi les moindres contribuent à la peine substantielle des damnés ; ainsi dans les récompenses éternelles, les petites actions remportent la couronne de gloire comme les plus généreuses. Ce procédé est plus suave et plus conforme à la providence de Dieu , au jugement duquel la multitude des

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iKHiiies œuvres doit être balancée aussi bien que leur perfection, povr lui assigner des récompenses ; ainsi que dans un état bien pdicé on a égard au nombre , aussi bien qu'à la grandeur des services que Ton y fait ; partant la restitution en entier de la grâce, des vertus , des droits et des mérites du passé, doit être attribuée à la Pénitence , quoiqu'elle ne soit pas des plus ardentes du monde. De là vient qu'il faut avouer pour véritable ce que quelques-uns ont regardé comme inconvenant, que l'homme se relève toujours par la Pénitence au plus haut degré de grâce et de mérite qu'il ait jamais eu en toute sa vie. Et n'importe que la chute dans un nouveau péché ne soit pas i toujours la plus lourde de toute la vie, parce que les péchés du j passé sont tellement anéantis, qu'ils ne se joignent pas aux pé- :j chés présents pour n'en faire qu'un gros, comme la grâce et le mérite du passé se rejoignent à la Pénitence présente , qui ôtant la division d'entre Dieu et l'homme, donne libre accès à toutes ses bonnes œuvres, pour acquérir le prix qui leur était dû, et qui ne leur a pas été donné. Enfin le pénitent ne retire aucun avantage de ses péchés, quoiqu'il se relève plus fortement ; mais plutôt, dit le Docteur subtil, il en reçoit un grand désavantage , non-seulement parce qu'il a péché , mais aussi parce que tout le temps qu'il y a croupi a été un temps perdu, où il eût pu acquérir de nouveaux mérites, s'il eût été en bon état. Je reconnaîtrai donc encore ce trait de la bénignité de Dieu, qui n'a point en mépris une Pénitence qui n'a pas toute la perfection imaginable. Hélas ! combien cette bonté suprême condescend et s'accommode à la faiblesse humaine : Yor yeux ont vu mes péchés, et tous seront écrits en votre livre (Ps. 138). Les deux oboles de la pauvre veuve, et le verre d'eau froide donné au pauvre en votre nom, auront pour salaire la grandeur de l'empire céleste. Que de pénitents et de pénitentes auraient perdu de temps à faire de bonnes œuvres dans leur vie, si pour se relever avec moins de ferveur, on ne rentrait jamais dans ses droits anciens. Ainsi la Pénitence apporte comme un printemps nouveau , où toutes les plantes mortes durant l'hiver reverdissent. 0 Pénitence sainte ! combien grande est ta force et ta puissance. Oh! que n'es-tu plus estimée par les misérables mortels, qui te connaissent si.peu, et te pratiquent

encore moins.

i9i LA THiOLOGIE AFFECTIVE.

nik OoMiééres m troisiènit iNit de la bénigAîté ite Die« dm la régénération (it la résurrection dea mérites peasée par là hm de la Pénitence ^ en te que ces mérites reprannent vie , ion^ «enlemmit pour Meompense eecidentelle du Paradis^ mais aMfti pour la récompense ide U béatitude essentieUe^ qui est la visiai fiatuitive de &iett% Car, quoique ce soit Topinion de quel^ iMelogiens, que les mérites du passé ne revivent par la Pém<kmt» que pour donner dans le ciel quelque joie accidentelle, et quelque espèee éiè conspolation au péniéant, qu'il resseniinit ^ pendant leute l'étemîté, d'avoir fait autrefois quelque bien ^ ^ ea v(to> et d'evoir métiU le Paradis durunt le temps qu'il était ^ « daM \k trAce «anetiAaiite^ muia ne* pas pour accroîtine le b«»- ^ ^^our de lu fruitlen de Dieu et de son regard bienkeurenx> qri i «st te {yoiM essentiel de la béatitude ; teutefeis , eette opMm i est fortement eoutbAttûe et ruinée par plusieurs théologiénê) \ jusqu'à étrs quatre de téméraire^ comme opposée eux tbxiés 4è rBcriturè, q^ d^omyaut à comiaître que les mérites pasife l^fleurisseut et rèçaf'rafit le même prix et la méniu fêlicilé fii le>ùr ^àit promise*. Et le €enciie le signifie asset expresse^ meM (C) y déclarant qu^ ne manque rien âux juvfeae qui las . empêche de Métiter la vie étenelle ^ qui leur sera dcmaée en ^n temps par toutes les bemies œuvres ftitos eti élal <de grftee^ s'ils emt le bonbeur d'y mourir. Ge qui né peut «'appliquer à quelque accident de la féKcité, qui serait ebese -assez peu considérable , vu principalement qM les bienbeureux auront autMt de s^jet de ^ consoler d^ leurs bonnes œuvres faites en éM de péché mortel, en vue desquMles Dieu leur a donné l'esprit de Pénitence et de componction, qui les a fait rentrer en euxmêmes; au lieu qu'il ne leur resterait que peu de fruits des bonnes œuvres méritoires faites en bon état , voyant qu'ils ont perdu des degrés de gloire indicibles, s'ils ne revivent qu'en celte façon imparfaite. De plus, Dieu a promis de ne pas punir les péchés de celui qui en fwait, s'il se convertissait : Si Vimpie fait pénitence, je ne me souviendrai pas de ses iniquité (Ezéch. 48). Or, ce serait bien s'en souvenir, si, au lieu de la béatitude essentielle, il ne lui donnait qu'un bonheur accidentel. D^oà il résulterait que le péché des pteitents ne serait pas vraiment

(1) Sess. 6. Gant. 32.

DES SAGflEMEMTS. i95

remis, mais serait éternellement puni dans le ciel, où ils n'auraient que la feuille pour le fruit, et un accident pour la substance de la félicité ; si bien que, la punition s'exerçant par la privation du bien, par là même qu'ils seraient privés éternellement des degrés essentiels de la béatitude, ils en seraient punis et châtiés éternellement. Enfin, les bonnes œuvres sont dignes de la gloire même essentielle, et non-seulement des accidents de la gloire ; si donc le péché qui était l'obstacle qui leur empêchait d'être dignes de la posséder disparaît, elles rentrent dans leur premier droit de la gloire essentielle qui leur est due. Par ce moyen s'accomplira la promesse de l'Ecriture, qui porte que Dieti ftnirn d f^acan selon ses œuvres (Matth. 46). Ce qui s'entend de la béatitude essentielle, et non des accidents seulement. Et afflsî, tm homme, avant son péché, avait-il acquis mille degrés de grâce sanctifiante et de grâce essentielle, s'il se relève de son péché par une vraie conversion, bien que sa Pénitence n'ait qtic peu de degrés de perfection, il remportera ces mille degrés de gloire qu'il s'était acquis auparavant, et encore d'autres degrés correspondant aux degrés de sa conversion, par laquelle il sort du péché , qui ruinait sa fortune éternelle et tous ses biens spirituels.

J'admirerai en cette pensée la force de la Pénitence, qui rétablit l'homme pécheur en des droits si avantageux, réparant ses pertes avec avantage, et le remettant en ses premières richesses spirittielies qu'il avait perdues par le péché. Si donc l'homme remonte à un état si sublime et si rempli de biens, pourquoi, d chrétien ! qui es en péché, ayant connu cette vérité, diffères-tu ta conversion? Pourquoi es-«tu si cruel ennemi de toi-même, que pouvant, par la Pénitence, arriver à ce bonheur que tu devrais même te procurer par les plus cruels martyres, cependant tu f en mets si peu en peine? Est-ce donc que tu es ua homme animal, qui ne conçois pas les choses spirituelles et les vérités excellentes de la Théologie et de la science divine? 0 mon âme ! chéris bien celte vérité, et si autrefois, après avoir peut-être exercé plusieurs bonnes œuvres par la grâce divine, tu es tombée en péché, relève-toi au plus tôt, pour le grand bien que doit Rapporter la Pénitence.

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