VINGT-CINQUIÈME MÉDITATION
DE LA RÉMISSION DES PÉCHÉS VÉNIELS HORS ET DANS LE SACREMENT DE PÉNITENCE.
I. Considérez que le péché véniel en dehors des Sacrements se remet seulement par un acte parfait de contrition. Pour entrer dans la connaissance de ce point , il faut supposer ici ce qui a été médité auparavant du péché véniel y de sa différence avec le mortel , de la tache du péché , de la sujétion aux peines temporelles , et des autres efiTets qu'il cause dans Tâme qui le commet. Il faut aussi estimer que la Théologie de ce péché est très-sublime , et occupe les esprits les plus élevés par les questions si controversées qu'elle soulève. En effet, sur le sujet qui se présente maintenant, quelques-uns ont estimé que le péché véniel pouvait s'effacer par quelaue bonne œuvre que ce fût , surtout si on la fait pour l'effacer , parce que cette intention semble renfermer un repentir virtuel de ce péché, avec lequel il ne peut subsister. Mais cette opinion est rejetée , parce qurf l'homme juste pourrait ainsi obtenir la rémission de tous ses péchés véniels par une seule bonne œuvre , cog^me par la première prière qu'il adresserait à Dieu à ce dessein, et non-seulement par la première prière , mais même par la première volonté de prier; car cette volonté est un acte pieux : ce qui choque le sentiment commun. Donc le Docteur subtil, subtilisant davantage en cette matière , a enseigné que le péché véniel se remettrait seulement par quelque bonne œuvre , pourvu qu'elle fût plus agréable à Dieu que ce péché ne lui était désagréable. Mais cette façon d'expliquer ne semble différer qu'en paroles de la première , d'autant plus que toute bonne œuvre de l'homme juste, quelle qu'elle soit, semble plaire à Dieu, qui lui donne une récompense étemelle , plus que le péché
féniel ne lui déplatt , puisqu'il ne le punit que d'une peine temporelle. D'autres ont cru que l'attrition du péché yéniel avait la force de l'effacer au fond de la conscience. Mais il y a bien à débattre sur cette opinion , d'autant plus ^lu'il s'ensuivrait que tous les honimes de vertu n'obtiendraient jamais la rémission de leurs péchés véniels , en vertu de l'absolution du prêtre ; car un acte d'attrition avant l'absolution étant nécessaire, que lui resterait-il à faire? Elle trouverait toujours sa besogne faite par l'attrition précédente, et sa vertu serait inutile. Cependant le Concile déclare que la pratique des personnes pieuses démontre que les péchés véniels sont avec justice et utilité déclarés en confession, quoiqu'ils y puissent être recelés sans péché, pouvant être expiés par d'autres remèdes. Il est vrai que le profond théologien soutient fortement que l'attrition surnaturelle suffit pour détruire le péché véniel , dont la malice lui paraît justement balancée par le mérite de l'attrition, aussi proportionnée en genre de disposition à sa ruine , que la contrition à la ruine du mortel. Car, dit-il, il ne paraît pas juste de requérir une égale disposition pour détruire l'un et l'autre péché , et même une plus grande disposition pour détruire le véniel , parce que la contrition du péché véniel est un acte plus parfait que n'est la contrition du péché mortel , le repentir du véniel étant plus difficile , et un plus grand amour étant nécessaire pour ne pas vouloir offenser Dieu, ni en chose grande, ni en chose petite, que seulement en chose grande. Enfin ^ le péché véniel est peu important , et cède de beaucoup au mortel ; c'est pourquoi , si la contrition suffit pour effacer le mortel, il y a bien de la vraisemblance que l'attrition sera assez puissante pour effacer le véniel. Et quant à ce que l'on dit que l'absolution ne remettrait jamais le péché véniel , il répond qu'elle ne laisserait pas de le remettre en certains cas , quand l'on se confesserait des mortels et des véniels tout ensemble , avec la seule attrition. Mais nonobstant ces raisonnements, il faut penser que hors des Sacrements le péché véniel ne se remet que par un acte de véritable contrition, non plus que le mortel. La raison en est que le péché véniel est une offense de^Dieu , aussi bien que le mortel , quoique ce soit une offense moins grave; d'où vient qu'il ne peut être suffisamment rétracté que par un acte par lequel on se re-
pente d'avoir commis une offense contre Dîea f eomiDe étal |^ contre Dieu, ce qui est le propre de U Charité et de la con^ tion; tout ainsi que le péché mortel n'est suffisamment rétracté que par un déplaisir de l'offense de Dieu , comme étant offense de Dieu, parce que Tattrition ne regarde le péché que coioBia le mal de la créature , ainsi il en va du véniel; c'est pourquoi ne pouvant être détruit que par un acte qui le rétracte et le ré* voque suffisamment I la contrition y est requise et nécessaire. Cette raison semble être assez forte pour établir cette vérité) et ne pas se lier beaucoup à Taltrition, en dehors des Sacre- : ments. Au reste, il est important de remarquer que cet aete \ de contrition suffit pour effacer le péché véniel du livre de | la conscience, lequel met Tâme en telle disposition, qu'exprès- | sèment elle le détesterait en particulier , s'il lui venait en ^ mémoire avant qu'elle en fût puriûée par les Sacrements j parce que l'acte de contrition, qui efface le péché véniel, renferme la valeur de la Charité, c'est-à-dire une telle tendresse d'amour envers Dieu, que l'on ne voudrait pas lui avoir déplu en la moindre offense du monde. Aussi cette ferveur procède d'une certaine illustration de l'esprit, par laquelle Dieu lui semble si aimable et si digne d'être chéri, et la volonté en conçoit une tendresse d'affection si grande , qu'il n'y a péché contre lui , quelque léger qu'il soit , qui ne lui déplaise beaucoup, comme étant contraire à une bonté infinie ; ainsi que l'on chérit quelquefois si tendrement un ami, que par cette dilecti6n on regrette ses moindres maux, auxquels on ne penserait pas, si on ne ressentait une telle tendresse. Cela étant, il est indubitable qu'il faut un amour plus parfait, pour ruiner tous les péchés véniels, que les mortels. C'est pourquoi les âmes pieuses ont recours à l'absolution du prêtre pour les seuls péchés véniels, n'étant point assurées d'avoir cette sainte ferveur de l'amour douloureux de la contrition, qui est capable de les effacer. Et elles ne s'arrêtent pas autrement à la légèreté et au peu d'importance que l'on s'imagine dans le péché véniel ; car ce qui accroît leur déplaisir , c'est d'avoir refusé à une bonté infinie de petites choses qui ne leur coûtaient presque rien, elles n'ont pas fait l'effort d'une petite violence , elles ne se sont pas voulu priver d'un petit plaisir pour s'empêcher de l'offenser. C'est de là qu'elles tirent sujet de ne rien trouver de
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I IfQp iftnd polir réparer leur ingratitude et leur infidélité, ainsi à ^ faisait une grande Sainte pour quelque vénielle impatience »> ftA elle i'élait laissée aller. Elle disait à Dieu, le cœur plein de q soupirs, et les yeux baignés de larmes : Yéritablement, Sçir À gneur, si la bienséance de votre justice le requiert, volontairor w( mdnt et de bon cœur, je descendrais méipe en enfer, afin de M satisfaire même en cela d'autant plus dignement ; mais si votre -| bonté naturelle et votre miséricorde sont plus magnifiées et plus '4 exaltées, en consumant tout par votre amour, je requerrai avec -ct toute liberté que votre divin amour purifie toutes les taches de ^i. mon âme.
^ i Tirez de cette considération une Iiorreur extrême ^^s péchés >r:- véniels. Oh I quel çujet vous avei de pleurer d'avoir fait si peu ^ :; d'efforts pour vous en préserver, et d'y être tombé tant et tant ^^ de fois de plein gré ? Ne dites pas que ces offenses ne sont qu'en ^^'\ choses de peu d'importance, et que pour cette considération t^^' ?oas avez meins de sanglots au cœur , et de larmes aux yeux ; t\ ear c'est ce qui doit faire juger votre ingratitude plus noire et >f plus détestable, que vous avez refusé à Dieu des choses de ''^; néant, après qu'il a tant fait de choses grandes et inerveilleuses f poar votre amour. Résolution donc, mais forte et généreuse, I d'étiter les péchés véniels ; mais résolution forte et généreuse de les expier dans les ardeurs et les flammes d'une Charité f^^lante, et d'aimer Dieu si tendrement et si affectueusement, que TOUS ne vouliez plus jamais lui déplaire en la moindre chose du monde. 0 Seigneur mon Dieu ( h bonté infinie ! donnez-moi cette désirable ferveur, cette tendresse et cette force de Charité par laquelle vous me soyez si cher et si précieux que je ne puisse commettre ou supporter la moindre chose que ce soit qui vous offense.
IL Considérez comment le péché véniel se remet par le Sacrement de Pénitence. Dans la recherche et la discussion de ce point, quelques-uns ont estimé que le Sacrement de Pénitence remettait les péchés véniels, en tant qu'il portait dans l'âme pénitente, par sa propre eiïicacllé et par l'œuvre opéré, un acte de contrition qui ruinait ces péchés. Mais si cela était, les âmes en auraient l'expérience, quand elles soumettent aux clefs des prêtres leurs fautes vénielles », ce qui néanmoins n'est pas véritable, puisque souvent elles n'ont àiicune connaissancts de cet
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acte parfait. Et puis, il peut arriver que quelques personoas soient absoutes des péchés véniels , sans néanmoins élancer vers le ciel le trait de la contrition, comme celles qui perdent le jugement entre la confession et l'absolution, qui leur donne la grâce et renouvelle leur amitié avec Dieu. Ce n'est donc pas en cette sorte que le Sacrement de Pénitence, efface les péchés. Cela se peut dire seulement des Sacramentaux, comme , sont l'eau bénite, la bénédiction des prélats , et autres cérémonies usitées; elles obtiennent au pécheur, à cause des prières de TEglise que Dieu exauce souvent, quoique non toujours, ni en toutes choses , cet acte de contrition , ou plutôt des grâces excitantes pour le former, quand l'on n'y résiste pas, et puis pac sa vigueur les péchés véniels sont dissipés , ce qui est la cause pourquoi la rémission leur en est attribuée, encore que leur effet ne soit point infaillible. Mais pour revenir au Sacrement de l^énitence, la vérité est que l'âme pénitente , qui a l'attrition des péchés véniels , y reçoit une grâce sanctifiante , laquelle efface tous les péchés sur lesquels elle s'étend. C'est ' pourquoi , quand elle ne s'étend que sur les mortels , ils sont seuls effacés par cette grâce, et quand elle ne s'étend que sur une seule partie des véniels, l'âme retenant de l'attache aux autres^ soit par une expresse complaisance, soit par une disposition telle , que si certains péchés véniels dont elle est souillée lui venaient à la mémoire, elle ne se résoudrait pas à y renoncer. Alors cette même grâce efface seulement cette partie des péchés véniels sur lesquels se porte l'attrition. Car ces péchés peuvent se remettre séparément et l'un sans l'autre , et non pas les mortels ; et les mortels se peuvent remettre sans les véniels , et non pas les véniels sans les mortels, parce que la grâce sanctifiante est incompatible avec tous les péchés mortels, sans exception d'un seul; c'est pourquoi, où elle est, elle les extermine tous; mais elle n'est pas incompatible avec les véniels, lesquels tiennent souvent plus fort , et sont plus difficiles à arracher que les autres. Cependant, comme ces péchés véniels ne peuvent se remettre sans la grâce , il est nécessaire qu'au même instant qu'ils sont remis , tous les mortels se remettent par la même grâce qui les a effacés. Au reste , ce qui est difficile à concevoir en ce sujet, c'est que la grâce sanctifiante donnée dans le Sacrement de Pé-
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nitence efface seulement les péchés dont on atait formé l'attri* tien , et non pas les autres; car d*où vient qu'elle a plus de ré-^ pngnance aux uns qu'aux autres? Il faut dire que cette grâce est donnée en Tue de Tattrition que Tàme pénitente en avait, et que Dieu a eu l'intention qu'elle effaçât seulement les péchés YéDiels dont elle se repentait.
Il faut donc faire grand état de confesser les péchés véniels avec une attrition entière qui les déteste tous , sans attache et sans complaisance pour aucun , afin d'en obtenir un pardon général et une rémission qui soit universelle , et que par ce moyen Tâme soil plus pure et plus agréable aux yeux de Dieu , n'ayant aucune tache ni difformité , et qu'il puisse lui dire au sortir de sa confession : Voilà que tu es toute helley ma hien-aiméey voilà que tu es toute belle y et il n*y a pas de tache en toi (Cant. 1. 4). 0 parole ravissante ! ô douce consolation et vraiment inestimable I 0 Jésus ! source de pureté , jetez les yeux de votre pitié sur notre misère, et donnez-nous une telle aversion de tous les péchés grands et petits , que notre douleur et notre repentir s'étendent sur tous sans aucune exception; délivrez-nous de ces complaisances maudites et abominables, qui nous dominent sur certaines fautes Ténielles , dont nous ne nous corrigeons pas après plusieurs années dans la profession même d'une vie plus sainte. Ah ! Seigneur très-miséricordieux, envoyez-nousT des lumières plus éclatantes et des affections plus ardentes, pour une parfaite sainteté; rompez ces liens de paille , qui nous attachent si fort que nous ne nous en affranchissons jamais. Enfin, donnez-nous de Thorreur pour le plus petit péché du monde , afin que rien ne nous empêche de participer pleinement aux bénédictions de la sainte Pénitence.
III. Considérez en quelle manière et par quel acte les justes qui meurent en état de grâce , avec quelques péchés véniels , en obtiennent la rémission après la mort. La difficulté de ce point est spécialement pour les seuls péchés véniels ; car , quand ils sont unis avec les mortels , il est constant que l'âme séparée de son corps en cet état n'en obtiendra jamais la rémission , parce que privée de la grâce de Dieu , et condamnée aux flammes éternelles , elle tombe dans l'obstination , dans le désespoir et dans une haine de Dieu , qui est immortelle en sa durée ^ ainsi qu'il a été médité au sujet des anges damnés. Ce
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cas done étant pour les seuls péchés véniels , quelques-uns onl estimé que la grftce finale , avec laquelle les justes décédaient , avait à la mort asses de vertu pour les effacer. Mais cette grâce étant la même à la mort qu'auparavant , on ne voit pas pourquoi elle a la vertu d'opérer cet effet plutôt à la mort qu'en un autre temps ; car, en tant que finale , elle n'a rien de particulier, sinon de se trouver unie avec la mort , ce qui ne lui donne pas plus de pouvoir. C'est pourquoi saint Thomas combat cette opinion. Et le Docteur subtil a pensé qu'au moment de la mort, Dieu remettait aux justes leurs péchés véniels , en considération des bonnes œuvres de leur vie , sans qu'ils eussent à produire aucun acte que ce fût pour cet effet , parce qu'à cet instant , ils ôtaient l'obstacle i leur rémission , lequel il disait être la continuation en ces péchés; c'est pourquoi il soutenait qu'avant la mort tous les péchés véniels étaient pardonnes. Car admettre après la mort quelque bon mouvement de piété , qui serve à la rémission des péchés véniels , ou comme mérite , ou comme dis* position , c'est ce qui ne s'accorde pas avec la doctrine de la Théologie, laquelle ne reconnaît rien de tel en l'autre vie. Mais eette opinion ne paraît pas assez bien fondée, d'autant plus qu'il est besoin de quelque acte par lequel le péché véniel soit ré«tracté suffisamment après qu'il est commis, afin d'en obtenir la rémission hors des Sacrements ; c'est pourquoi rien de semblable n'existant en cette opinion, elle n'est pas recevable. D'où il résulte que le séraphique Docteur a cru que les péchés véniels des justes se remettaient peu à peu dans les flammes du Purgatoire, par les bons actes que leurs âmes y produisaient, et principalement par les actes de patience et de résignation à la volonté de Dieu pour souffrir ce juste châtiment ; ce qu'il appelle la conformité du libre arbitre à la grâce. Si bien que par ce moyen s'accomplirait alors ce que dit saint Paul de celui qui est en grâce et qui a édifié avec du bois, de la paillé et du foin, c'est-à-dire qui a amassé des péchés véniels : // sera sauvé, oui, maiê comme par le feu (i. Cor. 3), néanmoins il y a encore à redire en ce sentiment, parce qu'il n'est pas aisé d'entendre comment la coulpe du péché véniel se remet peu à peu dans les flammes du Purgatoire , d'éutant plus qu'un acte imparfait n'est pas capable de l'ôter, et un acte parfait la doit êter en un instant. C'est pourquoi la résolution la plus vraie est celle qui soutient
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que, dans l'instant de la mort, Tàme produit un acte parfait de contrition, par laquelle Dieu remet la coulpe du péché véniel ^ et pour ce qui est de la peine , qu'elle la subit dans le Purgatoire. Cette excellente vérité est enseignée par le Docteur angelique, saint Thomas, qui dit que les péchés véniels sont remis, quant à la coulpe , après cette vie , de la même façon qu'en cette vie, par un acte de Chanté, ou par la grâce qui enfante un acte de Charité, et il est suivi par une grande multitude de théologiens. Or, pour l'entendre clairement, nous devons méditer que l'âme, qui est en grâce et en Charité, étant séparée du corps, connaît beaucoup mieux son état, la grandeur de Dieu avec tous ses bienfaits, et sa bonté infinie, qu'elle ne faisait en cette vie mortelle dans le nuage du corps et dans l'endsarras de toutes les choses temporelles; c'est pourquoi, comme elle a la Foi et la Charité, elle s'élance puissamment par un acte trèsparfait de son amour, par lequel elle déteste les péchés véniels dont elle se voit souillée, et regrette d'avoir déplu en la moindre chose du monde à cet être infini, qui devait être traité avec tous les respects et toutes les tendresses d'un sincère amour; et comme elle est alors en état d'impeccabilité, rien ne l'empêche d'abhorrer ces péchés, auxquels elle n'a pas d'attache ni de complaisance. De plus, elle connaît qu'elle est prédestinée de Dieu pour la gloire éternelle qui lui est assurée; elle connaît pareillement qu'elle ne peut arriver à ce bonheur^tant qu'elle aura quelque souillure, puisqu'il est écrit de la sainte cité du ciel : Rien de souillé n'entrera en elle (Âpoc. 21). En somme, elle connaît que la volonté divine est, «qu'elle satisfasse par le feu pour ses péchés, et que le Purgatoire ne lui servira de rien pour expier ses fautes et en payer les peines , si la coulpe n'est efiTacée, parce que tant que la coulpe demeure, l'obligation à la peine ne peut disparaître. Toutes ces pensées et toutes ces vues la portent à vouloir au plus tôt efiTacer sa coulpe par l'acjle de contrition qu'elle forme de toute sa puissance, et au même instant pour satisfaire à la justice divine, elle se jette d'ellemême dans le lieu d'expiation, qu'elle connaît être destiné par cette même justice à lui faire expier ses fautes dans toute la rigueur de sa justice, parce que c'est un décret de cette justice, que l'âme, qui peut satisfaire en cette vie par ses actes pieux et par ses pénitences, ne le puisse plus après cette vie qu'en souf-
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frant une peine condigne, ce que la Théologie appelle satispassion, plutôt que satisfaction.
Je conclurai de cette considération quelle importance il y a de sortir de cette vie sans aucun péché véniel, et combien je dois être soigneux en tout temps, et spécialement dans la maladie, d'expier toutes les fautes vénielles, soit par les Sacrements, soit par la ferveur de la contrition et la tendresse de l'amour de Dieu, qui fasse détester les moindres péchés. J'admirerai aussi les âmes des justes qui sortent de ce monde avec quelques légères fautes, et je les féliciterai de ce qu'elles s'embrasent aussi de l'amour sacré et de la douleur amoureuse de la sainte contrition. Oh ! puissé-je imiter souvent, pendant celte vie, dette généreuse conduite, et si mon âme n'est pas encow détachée du corps en réalité, qu'elle le soit par affection, poai ne plus trouver d'obstacle à cet acte qui sanctifie et qui purifi* les cœurs. 0 mon Dieu ! je vous remercie de la faveur que vou faites à ces âmes de sortir de leurs corps en état de Charité, ( je vous supplie, par toutes vos miséricordes, de ne pas me n fuser ce bien si précieux de partir de ce monde en un pare état. Ainsi soit-il (1).
(1) Ici meurt saint Thomas, pour aller recevoir dans le ciel les fruits de Pénitence, sur laquelle il écrivait ; et sa Somme théologique ayant été laisa imparfaite, et ne se trouvant aucune plume capable de prendre part k cet o vrage angélique, l'on a tiré de ses écrits, sur le quatrième livre du Maître d Sentences, qu'il avait interprété en sa jeunesse, n'étant encore que bachelier la Faculté de Paris, les questions qu'il avait dessein d'y traiter plus exactemen ce que Ton appelle le Supplément, sur lequel nous continuerons de méditer, po accomplir oette Somme de la Théologie Affective.
(Note de V Auteur).
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