VINGT-SEPTIEME MEDITATION
DE L'aTTRITION.
I. Considérez que Tattrilion est un acte qui ressemble et% beaucoup de chefs à la contrition. Car l'acte d'attrition, aussi bien que de contrition , est une douleur ou un déplaisir d'avoir offensé l»ieu , avec le propos et la résolution de ne'plus l'of-^ fenser à l'avenir , mais de s'assujettir à ses commandements et à tovit ce qui est d'obligation. Et l'un et l'autre acte est surnaturel et formé par le mouvement de la grâce de Dieu. Caria Pénitence a cet avantage merveilleux entre tous les Sacrements d'avoir pour matière , non un élément naturel; comme les autres Sacrements , mais un acte surnaturel , selon l'opinion la plus reçue des théologiens. Mais de plus , il faut considérer que Tattrilion aussi bien que la contrition, convertit une âme à Dieu, et l'assujettit à lui. Car, par l'attrition, une âme entre dans les résolutions d'obéir, à Pavenir, aux volontés de Dieu , et s'éloigne volontairemeiH -A tout péché mortel , comme étant contraire à la volonté 4e Dieu. Si bien qu'en l'un et en l'autre, il y a aversion du péché et conversion à Dieu. Car, à moins qu'une âme n'abhorre le péché, et ne se propose à l'avenir l'exécution et l'accomplissement des lois divines , elle n'est pas véritablement attrite , et n'a pas l'acte d'attrition. D'où il résulte, en second lieu, que l'acte d'attrition contient, -en certaine manière, l'acte d'amour de Dieu et de Charité, savoir
virlueliement et implicitement , selon les termes de TEcole. Car, entre les commandemenls de Dieu, se trouve celui du saint amour et de la Charité, qui est, comme parle Jésus-Christ, lèpremier et le très-grand commandetnent (Matth. 22). Or, Tâme péni- I lente, par Tattrition, se propose de garder tous les comman- I déments de Dieu ; donc elle se propose aussi de garder le prei mier et le plus grand de ses commandements , qui est celui 1' de l'amour et de la Charité. Ce n'est pas que Tamour de Dieu ne soit le principe de la contrition, et que la crainte du mal ne soit le principe de Tattrilion; si bien qu'une âme entre dans l'acte de contrition par la porte de l'amour de Dieu , qui fait qu'elle regrette d'avoir offensé celui qu'elle aime , et parce qu'elle lui porte de l'affection; mais rien n'empêche qu'une âme, par la crainte de son mal, ne se propose aussi de vouloir aimer Dieu pour lui-même, et selon les termes de sa loi ; car une âme qui a la crainte des jugements de Dieu, et qui appréhende sa propre perte , venant à considérer qu'elle n'en peut être quitte qu'en obéissant aussi à la loi de Charité, en aimant Dieu pour lui-même, par suite de cette crs^inte, elle se propose de l'aimer pour lui-même, puisque c'est une chose nécessaire pour se sauver, suivant la pensée de saint Augustin, qui parle ainsi (1) : Qui suis-je, Seigneur, pour que vous me commandiez de vous aimer, et si je ne vous aime pas, que vous me menaciez de grandes misères? Si bien que les menaces effroyables de Dieu nous obligent à nous dépouiller de nos intérêts, pour épouser ceux de Dieu et l'aimer pour lui même. Et, en cette manière , l'attrition renferme l'acte de Charité , quoique non formellement et expressément, comme fait la contrition. Et si la contrition peut être appelée un amour douloureux, l'attrition peut être appelée une douleur amoureuse, qui fait qu'une âme se porte à l'amour de DiQu, au moins par désir et par volonté. Et ainsi, soit qu'une âjqa aait justifiée par la contrition ou par l'attrition, elle n'est jamak sans amour, ou qu'elle exerce actuellement, ou qu'elle se propose d'exercer.
Faites réflexion sur la matière de ce point, et voyez combien quelques-uns ont tort de tant blâmer et ravaler l'acte d'attrition, qui imite de si près et représente par tant de traits l'acte de
(l)Lib. 1. Confes. c. 5.
214 LA TUÊOLOGIE AFFECTIVE.
contrition. Ne vous découragez donc pts, s*il vous maàHt qoe TOUS ne possi^.dez pas la perfection de l'acte de contrition; c'est encore beaucoup, et un grand boubeur pour tous, d'avoir ceioi de rattrition ; ne soyez pas ingrat envers Dieu, rendez-lui des actions de grâces , si du moins vous êtes touché de quelque appréhension , et ensuite de la douleur de vos péchés. Jésus- Christ pardonna aussi bien à la pauvre femme adultère toute pâle des appréhensions de la mort, qu'à la fervente Madeleine tout embrasée de sa dilcction. Donc, ô Seigneur! faites-moi grâce, et si je ne suis pas digne de votre amour, au moins ne me refusez pas le don de votre crainte : Crucifiez ma chair de votre crainte; car j'ai appréhendé vos jugements (Ps. 118).
II. Considérez, nonobstant ces ressemblances , que la contrition a l'avantage sur l'atlrition. Cette vérité se peut voir à Toeil par trois différences qui sont entre Tune et l'autre. La première est que la contrition convertit Tâme à Dieu plus parfaitement que l'attrition; car, par la contrition, l'âme regarde Dieu en tant qu'il est bon, c'est-à-dire, selon *oiît ce qui est en lui, selon son essence et ses attributs, et en cela consiste sa bonté. Mais, par l'attrition, l'âme ne regarde Dieu que selon qu'il est juge, pour le craindre, et selon qu'il est législateur, pour lui obéir. Ce qui procède de ce que la contrition se forme de l'amour, qui unit ou applique plus une âme à Dieu, que la crainte de laquelle se forme l'attrition. De là vient une seconde différence qui les distingue essentiellement, et qui consiste en ce que la contrition déteste le péché expressément, comme un mal contraire à Dieu pour l'amour de lui, et l'attrition déteste le péch^ comme le mal contraire à la créature. Car le péché est ennemi de Dieu et de la créature qui le commet. En tant qu'il est ennemi de Dieu, il le traite avec mépris, et .empêche un certain hier qui lui appartient, qui est d'être chéri et honoré des âmes, d'être traité avec respect et révérence-^, sans désobéissance er quoi que ce soit. En tant qu'il est le mal de la créature, il l'assujettit à toutes sortes de peines temporelles et éternelles, qui la séparent de Dieu ; il la prive du repos et de la consolatior du ciel, il la rend captive du démon, il la défigure horriblement par sa laideur naturelle, et lui cause de très -grandes misères. A raison de ces choses, le Sage dit : Toute iniquité es\ une épée à deux tranchants (Fccl. 21), parce qu'elle tranche sui
DES SAGREllEirrS. 216
lèHeii 4e Mes et rar le bien fle la créelare. Or, par la eentritioA, on se repent du péché pour Tamour de Dieu, à eauae qtt'il est ennemi de son bien, de sa gloire, de son honneur, et par Tattrition , on s'en repent pour l'intérêt de la créature , et à cause des grandes misères que la Foi nous apprend lui en arriver; on s'en repent pour l'amour de soi-même, et par la crainte des malheurs et de la ruine qui en proviennent , eo(B«e des fruits vénéneux d'une mauvaise racine. De là y\mi que , comme c'est chose plus excellente d'être mu et poussé par le motif de l'amour de Dieu que par le motif du propre amour ou de la crainte de son dommage , la contrition excelle de beaucoup au dessus de l'nttrition, bien que Tune et l'autre conspirent à la destruction du péché, et soient des dons surnaturels de la grâce divine qui les excite dans les âmes. La troisième différence est que la contrition porte la grâce de Dieu et la rémission du péché avec soi, avaiâ la réeeption du Sacrement , ce qui a été considéré au peint précédent, et Tattrition n'opère cet effet qu'avec l'absolution du prêtre , qui rend le pécheur contrit , d'attrit qu'il était ; non que l'attrition par le Sacrement soit changée en contrition; maiç parce que, par le Sacrement, Tème obtient la rémission de son péché , et le même effet de la grâce , que si elle était touchée de la véritable contrition. A raison de cette différence , l'évêque de Paris dit que l'attrition et la contrition différent comme une plaie qui n'est pas mortelle , et une qui est mortelle , parce que l'attrition ne blesse pas le péché jusqu'à la mort, comme fait la contrition. Il dit que Tattrition amollit le cœur comme de la cire , qui était dure auparavant ; mais que la contrition y imprime le sceau de Jésus-Christ , qui est , dit saint Paul , l'itnage de Dieu invisible , le caractère et la figure de sa substance (Héb. 1.) Enfin il dit que l'attrition cause dans l'âme un commencement de lumière , comme est celle du crépuscule quand le jour commence à poindre ; mais que la contrition y cause une pleine irradiation , comme quand le soleil y darde pleinement ses rayons ; que l'attrition laboure , arrose et ensemence la terre de nos ceeurs ; mais que la contrition y vivifie, parce qu'elle donne la vie de la grâce. De plus, celui qui a donné le nom au plus célèbre domicile de la sciehee sacrée , dans le livre qu'il à intitulé le Ghe-
216 LA THiOLOGIE AFFECTIVE.
min du Paradis , enseipe que la contrition , en la conûdérani hors du Sacrement, est une journée de trois lieues, dont la première est la douleur d'avoir encouru par le péché la sujétion à la peine étemelle des enfers ; la seconde , une douleur dV voir perdu la gloire éternelle , et la troisième lieue , une douleur de ce que Dieu est offensé. Mais il faut noter , dit-il, qu'il ne faut point faire halte à la première lieue , ni s'arrêter au bout de la seconde; il faut marcher jusqu'à la troisième, et là on se repose , et il y faut dormir en assurance. Ce qui se montre par cette similitude : si des voyageurs avaient un lieu sûr pour s'arrêter, où leur journée dût être achevée, et si on devait les dépouiller, leur couper la gorge et les tuer, dans le cas où ils s'arrêteraient, et se détourneraient de leur chemin , il y aurait folie à eux de ne pas faire diligemment toute la route. Ainsi nous devons-nous comporter dans la première lieue de la Pénitence; car le démon est toujours aux aguets, cherchant qm il dévorera. Car quelle que soit ta douleur, si elle ne provient que de la conscience que tu dois être damné et encourir la mort de l'enfer , à cause de ton péché , et si dans ces dispositions tu pries Dieu de te faire miséricorde, il ne t'exaucera pas; et quand tu ferais pour cela des biens infinis , il te pourra dire : Va dans les enfers , et reçois là ta récompense. Car celui-là serait fou , qui , cultivant fkne vigne , demanderait sa récompense à celui à qui la vigne n'appartient pas.
Admirez derechef, et estimez l'acte de contrition qui est si relevé , si puissant en vertu , et qui donne tant d'assurance aux âmes. Demandez à Dieu qu'il en touche vivement votre cœur par ces grâces excitantes. Et quoique vous ne deviez pas vous inquiéter pour vos confessions passées , si votre douleur n'est pas montée au dessus de l'attrition, néanmoins efforcez-vous à l'avenir d'y apporter une vraie contrition , vous convertissant à Dieu entièrement, et disant en vous-mêmes : 0 bon Jésus! qui m'avez fait tant et de si grands biens , qui m'en offrez encore de plus grands, qui non-seulement m'avez formé, mais qui, après la ruine du péché , m'avez réformé par votre mort , autant qu'il a été en vous , et pour l'amour de moi, non afin qu'il, vous en revînt quelque chose ; principalement pour votre amour, encore que je n'en dusse acquérir aucun bien , ni éviter au-
eon mal , et qaand il n'y aurait pas d'enfer ni de Paradia y je T6DX quitter entièrement mon péché, ne plus y retomber à l'avenir, et me soumettre entièrement à vous. 0 bien infini et éternel, que je me suis abusé de m'écarter de vous! je m'en repens. Je déteste mes erreurs , elles ne m'arriveront jamais , ô bonté infinie I
III. Considérez plus particulièrement que l'attrition étant jointe au Sacrement et à l'absolution du prêtre, est su£Ssante pour obtenir la rémission des péchés , quoique l'âme ne soit point dans la vraie contrition. Il est utile de considérer cette vérité pour la consolation de plusieurs âmes timides , qui s'effraient et s'inquiètent , parce qu'il leur semble qu'elles n'ont pas la parfaite douleur de leurs offenses , faute de contrition. Or, ce qui rend cette vérité recevable , c'est premièrement l'autorité de Dieu , qui dit dans l'Apocalypse : Puisse-tu être chaud ou froid; mais parce que tu es tiède, je commencerai à te vomir de ma houche (Apoc. 3). Paroles dont le véritable sens est que Dieu a en horreur extrême ceux qui sont tièdes, sans chaleur et sans froideur, c'est-â-dire qui n'ont ni l'amour ni la crainte de Dieu , ni contrition de leur péché , ni attrition ; car Dieu serait satisfait de l'une ou de l'autre , et le pécheur ne lui serait pas insupportable , s'il se convertissait , ou par la ferveur de la contrition , ou par la froideur de l'attrition ; mais quand il est en tel état qu'il n'a ni crainte ni amour, alors il le rejette comme un morceau que le cœur a en horreur et ne peut supporter. De plus, le Sacrement de Pénitence a cela de propre, avec le Baptême, d'être un Sacrement des morts , qui se donne à celui qui est dans la mort spirituelle du péché, à la différence des autres Sacrements, qui sont appelés Sacrements des vivants , parce qu'ils se donnent à, ceux qui sont déjà dans la vie spirituelle de la grâce sanctifiante pour l'accroître ; or, si l'attrition n'était point suffisante pour remettre le péché avec l'absolution , mais que de nécessité la contrition y fût requise , comme au moi)(^ent qu'elle est dans l'âme elle y efface le péché , le Sacrement de Pénitence et l'absolution du prêtre viendraient toujours trop tard pour le remettre , et le trouveraient toujours effacé par la contrition précédente , et ainsi le Sacrement de Pénitence ne serait pas un Sacrement des morts, et le prêtre ne remettrait jamais le péché
par la puissance des clefs. De plus , la loi chrétienne sertiît plus rigoureuse dans la rémission des péchés que la loi mosaïque, qui requérait pour cet effet la contrition , mais non pas la confession des péchés ; donc , puisque la religion chrétienne a plus de douceur, il n'est pas raisonnable d'estimer qu'elle demande nécessairement la contrition et la confession tout ensemble; mais que la difficulté de la confession sera compensée par la douceur et la facilité plus grande de l'attriiion , qui étant jointe au Sacrement , et en faisant partie , sera suffisante pour la rémission du péché mortel. Enfin , la Faculté de Paris s'est déclarée plusieurs fois pour cette doctrine ; car elle a condamné le discours du livre de la Virginité , etc. , où , entre autres propositions , l'auteur soutenait que la Pénitence n'était pas véritable ni entière , si elle n'avait les conditions de la vraie contrition; que maintenir la suffisance de Tattrition était favoriser la négligence des âmes, leur cacher la connaissance de leurs obligations , sous prétexte de leur rendre le chemin un peu plus aisé , et les* trahir par une cruelle flatterie dans les solides intérêts de leur salut; en suite de quoi il privait l'absolution du prfttre de son pouvoir sur la coulpe et la tache du péché. Propositions que ladite Faculté a condamnées , les qualifiant de perturbatrices du repos des âmes , de contraires à la pratique commune , et par là même toute sûre de l'Eglise , diminuant l'efficacité du Sacrement de Pénitence , et de plus téméraires et erronées. Après quoi on peut se rassurer malgré les discours de ceux qui , soutenant l'insuffisance de l'attrition , s'estiment des plus zélés , quoique leur zèle ne soit point selon la science , et qu'il bouleverse le repos des meilleurs consciences. En effet, quoique l'acte de contrition parfaite soit une des nobles et généreuses affections de la vie spirituelle, elle n'est pourtant pas la plus propre et la plus à conseiller dès le commencement, et pour l'ordinaire à toutes sortes de grands pécheurs. C'est une affection qui appartient à la vie unitive, comme l'attrition appartient à la vie purgative. Or, c'est le sentiment ordinaire des sages maîtres de la vie spirituelle , qu'il n'est pas à conseiller indifféremment de se mettre d'abord dans les exercices de la vie unitive , sans avoir passé , au préalable , dans ceux de la vie purgative. C'est pourquoi il est plus" expédient pour un grand pécheur, \ié par de fortes attaches et souillé de notables péchés, qu'il
Mitre dans les sentiments de la rigueur épouvantable des jugements de Dieu, et de Thorreur des flammes étemelles de Tenfer, pour en concevoir une juste appréhension , et commencer ainsi sa conversion par lés degrés de la vie purgative. Que si vous dites qu'il ne fait rien de bien avec cette crainte , qu'il n'a que l'attrition, qui est incapable de lui remettre le péché, même dans le Sacrement , qu'il faut qu'il soit dans les sentiments du pur amour, vous le portez de plein saut au sommet de la perfection, quoiqu'il soit encore très-imparfait. Cette conduite convient à des âmes plus épurées et plus illuminées , auxquelles il faut conseiller la plus sublime pratique de Pénitence. L'amour fait impression sur elle comme la terreur en fait sur les âmes plus dures et plus enracinées dans leurs iniquités. Un savant théologien écrit que même la récompense du Paradis n'a pas autant de pouvoir pour attirer les charnels à son désir que la croyance du feu de l'enfer, pour porter les pécheurs à honorer et à craindre le Juge souverain qui cause ce supplice. Comme le feu nous est plus familier, il nous est aussi plus sensible et frappe mieux l'imagination , et souvent les voluptueux sont si fort possédés des plaisirs , qu'ils ne se soucieraient pas d'être anéantis après cette vie , pourvu que présentement ils ne fussent pas sevrés de leurs plaisirs; mais s'ils pensent qu'à la place des plaisirs présents viendront les tourments du feu éternel , la crainte et l'horreur les saisissent , parc# qu'ils ne voudraient pas souffrir les tourments que cause le feu , pour les plaisirs si courts de la sale volupté; en suite de quoi ils se jettent dans la Pénitence; c'est pourquoi la crainte leur est meilleure. Que si l'on s'opiniâtre davantage; que l'on prenne garde au moins à l'écueil contre lequel plusieurs faux spirituels ont fait naufrage , comme les Begards , les Béguines , les Dulcinisles et les Lolardiens , et diverses espèces d'illuminés , qui ne devant être que dans la voie purgative , ont voulu s'élever tout d'un coup au sommet de la vie unitive où ils ont trébuché.
Je me reposerai donc sur cette vérité, et je ne m'inquiéterai donc plus si ma douleur a été la plus pure contrition ou seulement l'attrltion ; moi , parliculièrement, si je me sentais lié de fortes attaches à plusieurs péchés , je reconnaîtrais que j'ai plus besoin des exercices de la vie purgative, et que je ne suis pas encore si propre à ceux de la vie unitive,. j'ai besoin d'être tea-
ché vivement de la (erreur salutaire des jugements de Dieu. Le trait d'amour séraphique ne m'est pas encore si propre, et aura moins de prise sur un cœur aussi grossier que le mien. J'ai vécu plus souvent comme une bête au gré de mes concupiscences ; je ne suis qu'un novice et un apprenti dans la. dévotion; j'ai encore le cœur tout rempli des ulcères horribles et épouvantables de mes excès passés ; j'ai besoin des exercices de la vie spirituelle des commençants , comment veut-on m'en priver , pour me porter encore tout souillé et tout ulcéré au séjour de l'époux céleste, où est le lit florissant des épouses et des amantes parfaites ? Comment me menace-t-on de la rigueur des enfers, sans vouloir que je l'appréhende? De grandes plaies ne se guérissent pas si bien par un remède lénitif que par le fer et le feu ; ainsi la crainte du feu des enfers est salutaire aux grands pécheurs, et leur convient mieux selon leur état présent que la douceur de l'amour, qui est beaucoup plus précieux en soi-même , mais moins proportionné à la misère de leur état. 0 Dieu infini ! dissipez donc les ténèbres qui couvrent plusieurs esprits ; ne souffrez plus que l'erreur ait tant de vogue, sous prétexte d'une plus sublime perfection, qui n'est pas si tôt convenable à tous.