DE LA CONFESSION DES PÉCHÉS AU PRÊTRE
I. Considérez que la confession secrète, qui se fait au prêtre pour être absous, a été instituée de Jésus-Christ, et pratiquée de tous temps dans l'Eglise ; car, lorsqu'il dit à ses Apôtres : Les péchés seront pardonnes à ceux à qui vous les pardonnerez , et seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez ; et auparavant : ie vous envoie comme mon Père ma envoyé y recevez le Saint-Esprit y il établit la nécessité de la confession, et le pouvoir des prêtres qui succèdent aux Apôtres pour absoudre et retenir les péchés.
Et comme Jésns-Christ a été envoyé en ce monde de Dieu son Père, pour sanctifier les âmes et pardonner les péchés, ainsi les Apôtres et les prêtres sont envoyés comme lui pour le même effet ; or, ils ne peuvent exercer ce pouvoir de remettre et de retenir les péchés, s'ils ne leur sont connus et déclarés pour savoir ce qu'ils sont, et pour juger ce qu'ils peuvent pardonner, et ce qu'ils doivent réserver et retenir sans absolution, et si les pécheurs ne leur font connaître l'état de leurs âmes, et la résolution qu'ils ont de se corriger à l'avenir : autrement ils pourraient se tromper étrangement dans la sentence qu'ils auraient à prononcer, comme un juge qui donnerait ses arrêts ou sentences d'absolution et de condamnation, sans connaissance de cause. Aussi les chrétiens ont, de tout temps, entendu qu'en ces paroles était contenue la puissance des prêtres , et la nécessité de leur déclarer leurs propres péchdS; c'est pourquoi ils y ont eu recours. Saint Denis , disciple de saint Paul et Apôtre de la France, en rend témoignage, blâmant un prêtre trop rude à entendre les confessions, qui avait repoussé un pénitent à coups de pied. Saint Cyprien (1) loue ceux qui font aux prêtres leur confession même des mauvaises pensées qu'ils ont eues, déchargent ainsi le fardeau de leurs âmes, et cherchent des remèdes salutaires à de petites blessures. Origène en fait de même (2), les comparant à ceux qui, par le vomissement, jettent au dehors leurs mauvaises humeurs, et avertit les pénitents de prendre bien garde qu'ils déclarent leur maladie à quelque personne excellente, et observent exactement ce qu'elle leur enjoindra, jusqu'à révéler en public leurs propres péchés, s'il leur était conseillé de sa part pour leur plus grand bien et pour l'édification tlu monde. Et là même il invective contre ceux qui s'approchent de l'Eucharistie, sans être purifiés auparavant «le leurs péchés. Saint Augustin dit semblablement (3) : Faites pénitence de vos péchés, ainsi qu'il se pratique dans l'Eglise ; qu'aucun ne dise : Je fais ma confession à Dieu en secret; Dieu qui pardonne sait bien ce que je fais en secret. C'est donc sans sujet qu'il a été dit : Ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel (Matth. 18). C'est donc sans sujet que les clefs du ciel ont été données à l'Eglise. Nous rendons fausses les paroles de Jésus-Christ. Ainsi
(1) L< do Lapsis. — (2) Uomil. 2, ia Ps. 37.— (8) L. 50. Homii. Hom. 49.
333 LA THÉOLOGIB AFFECTIVE.
ce grand Docteur ferme la bouche à tous les hérétiqttet, ^A combattent la nécessité de la confession, d'après Tordre d9 Dieu, il ajoute que c'est un si grand orgueil de ne pas s'y soumettre, qu'il est tout seul suffisant pour damner une âme, quand elle n'aurait pas d'autres péchés. Que si quelqu'un s'élève contre, croyant qu'il suffit de dire à Dieu ses péchés, qu'il considère plutôt que c'est une chose peu importante de les dire à Dieu seul, qui les connaît assez, et qu'au reste il lui est loisible, comme étant maître souverain, de pardonner les péchés par tel moyen qu'il lui plaira de choisir ; c'est pourquoi on pourrait dire à ces contrôleurs de ses secrets : Ne puis-je donc poini faire ce qu*U me plaU (Matth. 20)? Et néanmoins, si l'on veut pénétrei la chose plus avant, il n'a pas manqué de bonnes raisons pour obliger les pécheurs à s'accuser eux-mêmes devant les prêtres. Car qu'y a-t-il de plus juste qtm celui qui , en péchant s'est élevé, se rabaisse çn se corr^eant au-dessous de l'homaie, et se livre au jugement et au châtiment d'un autre ? Que si dans les choses temporelles, qui spnt si viles et si abjectes^ Sien n'a pas voulu que l'homme fût juge en sa propre cause, cottbiei» est-il plus à propos que dans les choses hautes et périReuses, comme les spirituelles, un homme ne se comporte pas selon sa fantaisie, ni selon son sentiment? De plus, la Pénitence tend à la ruine du péché , et le péché étant un ennemi secret , qui demande à être caché, c'est le nourrir et le fomenter que de ne pas le déclarer. Le péché est un faussaire et un trompeur ; si l'homme veut lui nuire, il doit le mettre en jugement, et solliciter qu'il soit puni : ce qui se fait par la confession. De plus, par la confession, l'homme est instruit, non-seulement du bien qu'il doit faire et du mal qu'il doit éviter, mais aussi de sa propre misère et de sa pauvreté : ce qui brise son orgueil et l'établit dans l'humilité. Par la confession , il est consolé , et apprend à ne pas désespérer de la miséricorde divine, à espérer le pardon de ses fautes, et à demeurer en tranquillité de conscience, après avoir commis de grands crimes, se ressouvenant des paroles de Jésus-Christ : Ceux auxquels vous aurez remis le» féchéSy ils leur seront remis (Jean, 20). Par la confession, le pécheur reçoit de la confusion de sa faute, laquelle empêche une infinité de péchés, et sert de satisfaction pour le passé. Par elle, les plus misérables et les plus abandonnés reçoivent des con-
F DES SACREMENTS. WSf
i seils salutaires pour leur conduite, et les personnes de toute sorte de condition y sont éclairées et dirigées dans la voie du saJut ; si bien qu'elle est un puissant moyen d'arrêter le cours du mai, et de faire fleurir la vertu et la dévotion ; et sans elle les villes et les cités seraient raille fois plus corrompues et plus infectées de toutes sortes de vices ; car elle conserve l'autorité des magistrats et de leurs ordonnances ; elle tient les enfants en devoir à l'égard de leurs parents, et les inférieurs à l'égard de leurs supérieurs ; elle conserve la chasteté, et arrête le libertinage qui aurait beaucoup plus de vogue ; elle détourne du larcin, et fait faire les restitutions du bien et de l'honneur; enfin, ses avantages sont si évidents, que le précepte que Jésus- Christ eu a fait doit être rais au nombre des plus signalés bienfaits, par lesquels il a le plus obligé les créatures humaines.
Partant, il faut croire fermement, et sans vaciller, celte vérité, que la confession est de droit divin^ et insfituée par Jésus^ Christ. 11 faut aussi en faire grande estime pour ses avantages signalés, et prendre un grand soin d'en profiter.- Enfin il faut remercier Jésus-Christ de ce qu'il nous a donné ce précepte si utile et si salutaire, disant avec le Prophète : // eH hon. Seigneur^ que vous m' ayez humilié, afin que j'apprenne vos justifications (?8. 118), Que chacun donc confesse son péché, dit saint Cyprien (1), tandis que sa confession peut être reçue, tandis que la satisfaction et la rémission faite par les prêtres est agréable au Soldeur.
II. Considérez la principale qualité de la confession, qui est l'intégrité , quant au nombre des péchés et aux circonstances qui changent moralement l'espèce ou l'aggravent notablement. Car il ne suffit pas de s'accuser en général, et de dice que l'on est grand pécheur, si Ton ne fait voir nettement de quelle espèce sont les péchés, combien de fois l'on y est tombé, et si l'on ne déclare semblablement les circonstances, qui font une nouvelle espèce dans raclion du péché ou qui l'aggravent notablement, comme le lieu saint rend le larcin sacrilège; la parenté dans la luxure, qui la rend incestueuse, et le grand excès dans la détention du bien d'autrui, qui la rend notablement plus préjudiciable au prochain que la détention de peu de chose. Les Conciles de l'Eglise déterminent la nécessité de cette intégrité,
(i) L. de Uptto.
224 LA THiOLOGl£ AFFECTIVE.
comme celui de Latran célébré sous Innocent m, celui de Florence dans l'instruction aux Arméniens, et celui de Trente. Et la raison en est assez plausible, d'autant plus que le Sacrement de Pénitence a été institué par Jésus-Christ en forme de justice ou de jugement, où le prêtre est le juge, et le pécheur est le criminel , et tout ensemble l'accusateur et le témoin contre soi-même , aux dépositions duquel le prêtre se rapporte , sans autre forme ou procédure de justice. Or, le jugement ou Injustice requiert que le juge soit bien informé de tous les crimes de l'accusé, qu'il en connaisse et la quantité et la qualité. Ce qui est encore plus véritable dans le for intérieur de la conscience que dans le for extérieur de la justice politique , où un crime peut se pardonner sans les autres , au lieu que dans la Pémtence , Dieu pardonne tout ou rien , la grâce ne se donnant point à moitié ou par parcelles , mais entièrement , parce que c'est un riche diamant qui ne se divise pas pour être donné. Le prêtre doit aussi enjoindre les pénitences convenables , les restitutions de bien et d'honneur nécessaires , connaître la bonne disppsition pour l'avenir , apprécier la gravité du péché , en certain cas refuser ou différer l'absolution : toutes choses qui ne peuvent s'exercer, si la confession n'est entière. L'on dira peut-être qu'il y a une grande rigueur en cette obligation ; mais aussi il y a plusieurs adoucissements qui l'amollissent. Le premier est qu'il est seulement nécessaire de dire tous les péchés mortels, et non les véniels , et encore non pas tous les péchés mortels, quant au nombre et aux circonstances susdites , mais seulement ceux qui viennent à la mémoire après un sérieux examen de conscience; si bien que les péchés qui échappent à la mémoire n'empêchent pas l'effet de l'absolution, et sont pardonnes avec les autres , et la confession ne laisse pas d'êlre entière formellement , dit l'Ecole , quoique non matériellement ; c'est pourquoi elle est suffisante. Le second adoucissement est quand quelque pécheur a croupi si longtemps en quelque vice , qu'il ne peut compter au vrai le nombre et les espèces de ses péchés, il su£Bt qu'il en déclare un nombre vraisemblable , ou qu'il a été tant d'années ou tant de mois dans la disposition de commettre cette offense , qu'il y tombait trois ou quatre fois par semaine ou environ , quelquefois plus , quelquefois moins; car Dieu n'oblige personne à l'impossible; car son
D£8 SACREMENTS. 2ffî
jiug ai suave et sa cluirge légère (Hattb. 11). Et les confesseurs ne sont pas obligés d*être importuns au dernier point, et faire deviner des pénitents, qui n'ont pas l'esprit de dire exactement le nombre de leurs faux pas et de leurs démarches. Le troisième adoucissement est qu'il y a certains cas où l'on pourrait taire quelques péchés dans une confession, pour les redire dans une autre , à cause des inconvénients que l'on prévoit , et que l'on doit empêcher de droit naturel , lequel oblige plus que la loi positive de la Pénitence. En effet , les confesseurs sont des hommes qui ont leurs infirmités comme les autres , et le Sacrement ne doit pas être notablement préjudiciable , et quelquefois les circonstances sont telles , eu égard à tel confesseur , que la personne complice du pénitent qui s'accuse aimerait mieux que tout autre prêtre sût sa faute, que celui-ci en particulier , avec qui elle a à converser ou des affaires à démêler (1). Le quatrième adoucissement est la multitude des confesseurs aux*
(1) Pour ne pas donner prise aux abus qu'on pourrait faire de ce passage, nous croyons devoir citer ici renseignement du Cardinal de Reims, dans sa Théologie Morale, dans laquelle on lit, tom. 2, pag. 272, no 334 :
« On demande si le pénitent est dispensé de déclarer une faute, lorsqu'il ne peut la déclarer sans faire connaître son complice au confesseur. Quelques docteurs croient qu'il en est dispensé ; parce que, disent-ils, le précepte naturel de conserver la réputation du prochain l'emporte sur le précepte positif de l'intégrité de la confession. Mais le sentiment contraire a prévalu, et l'on tient communément, d'après saint Bernard, saint Thomas, saint Bonaventure, saint Antonin et saint Alphonse de Liguori, qu'on n'est point dispensé de confesser une faute, lorsqu'on ne peut la déclarer sans faire connaître son complice au confesseur. La raison, c'est que d'une part on est obligé de s'accuser, autant que possible, de tous les péchés mortels qu'on a commis, et que de l'autre ce n'est point un péché de faire connaître à un confesseur la faute d'autrui, lorsqu'il y a un juste motif. Toutefois , il est important de remarquer que le Pénitent ne doit point faire connaître le complice de son péché lorsqu'il peut exprimer sufl&samment sa faute sans cela, ou lorsqu'il l'a confessée précédemment, comme il peut arriver dans le cas où il fait une confession générale. U doit, d'ailleurs, lorsqu'il le peut commodément, recourir à un confesseur à qui le complice soit inconnu. « Si pœniteus possit ei confiteri, qui non cognoscit personam « complicis, tenetur id facere, et lu hoc omnes conveniunt. » Mais il n'est point obligé de changer de confesseur, s'il ne peut le faire sans inconvénient ; s'il éprouve une grande difiBcuUé de s'ouvrir à d'autres qu'à son confesseur ordinaire ; si ses occupations, son état, ne lui permettent pas d'aller chercher un confesseur hors de la paroisse ; ou s'il devait rester plusieurs jours en état de péché mortel, avant de pouvoir se confesser à un prêtre qui ne connût pas le complice. » (Noie de V Editeur).
quels on peut avoir recours , au moins dans les bonnes villei et m les grands lieux; car pour laisser la confession plus libre, outre \ les pasteurs ordinaires des paroisses et leurs prêtres, il y a des i pénitenciers de la part de Tévôque , et les religieux , quand ils ;■ sont approuvés de lui ou vraiment privilégiés du Souverain Ptm- ^ tife ; si Ton a trop de honte de se manifester à l'un , on peut en it choisir un autre , auquel on est entièrement inconnu ; ce qui j n'est pas une petite consolation pour plusieurs ftmes qui gémi»- .^ âent sous le pesant fardeau de leurs crimes , et de la confusion |P qu'elles ressentent à s*en accuser. Le cinquième adoucissement i. est la douceur même et la prudence des confesseurs , qui ai- « dent par interrogations, soulagent le pénitent par leur déb<m« naireté et leur patience, et se servent de beaucoup d'adresse > pour tirer de l'âme les péchés plus honteux ; si bien que Ton peut leur adapter ces paroles de Job : Vesprlt de Dieu a orné les cieuàij et y ia tnain faisant r office de sage-femme, le serpetii tortueux a été tiré dehors (Job, 26); car certains confesseurs sont des cieux ornés , et remplis des grâces de Tesprit divin, avec lequel ils tirent des cavernes du cœur le serpent tor^ tueux du péché le plus vilain et le plus envenimé , et qui est le plus horrible et le plus dangereux. Le sixième adoucissement est la consolation intérieure que ressent une âme après s'être accusée entièrement : Le fidèle ami , dit le Sage, est le médicament de ia vie , rien n'est comparable à un fidèle rnni ou* quel on confie tont (Eccl. 6). Les nues qui sont toutes noires de l'abondance de leurs eaux , deviennent resplendissantes lorsqu'elles en sont déchargées ; il en va de même du cœur qui s'est déchargé de tous ses péchés , il s'éclaircit et se réjouit; au lieu que s'il lui reste un péché dissimulé par la tentation du démon , c'est comme un ver rongeur pour le ronger incessamment, et le priver de tout repos. Enfin, pour septième adoucissement , le fruit de la bonne confession , pour lequel rien ne doit sembler trop pénible et trop laborieux à un esprit judicieux ; car quel bien n'est-ce pas d'être réconcilié avec Dieu, d'être remis en grâce et dans les droits véritables de la vie éternelle; d'être délivré du gouffre des enfers autant de fois que l'on avait commis de péchés mortels ; d'être affranchi de l'esclavage du démon et des appréhensions de la mort étemelle; en un mot, de devenir enfant de Dieu et hé-
DES SAGREMENTS. SS7
ritiar de m gloire , et d'acqnérir ces choses par un moyen aussi fMIe que Testée Sacrement, qui ne demande que l'attrition, et qai supplée aux imperfections de la douleur? Tout cela est si grand , que c'est un adoucissement à jamais recomman* dable de l'obtenir en s'accusant de ses fautes entièrement. De quoi celui-là ne doutera pas , qui fera réflexion à toutes les difficultés qui se rencontrent pour s'acquitter devant la justice des hommes, quand on est accusé de quelque action criminelle , pour obtenir des lettres de rémission dans la chancellerie y les faire vérifier devant les juges , et , à cet effet, M constituer prisonnier et se mettre en état de criminel devant \ eux. Ne sont- ce pas des croix et des épines pour se prolonger f me misérable vie , au prix des roses et des douceurs qui se reut contrent dans la confession , pour y gagner une vie étemelleî ment bienheureuse?
n faut donc arrêter cette vérité que la confession doit être ^ entière; il faut donc résister aux tentations du démon, qui t s'efforce de donner de la confusion, et de porter ft cacher les ' péchés les plus énormes. Il faut se rire des hérétiques, qui veu- ' lent faire passer cette intégrité pour une impossibilité et une tyrannie , ou plutôt avoir pitié de leurs misères de s'être privés d'un si grand bien. Ne faites pas comm^ ces malades , qui se font panser d'une égratignure au bout du doigt , et ne disent mot d'une gangrène mortelle , qui les fait bientôt descendre au tombeau. N'épargnez pas ici vos sentiments naturels , ne laissez pas votre honte prendre autorité sur vous ; vous ne tromperez pas Dieu, qui voit les ressorts de votre cœur* mais vous vous tromperez vous-même , abusant de sa miséricorde qui se présente alors devant vous d'autant plus grande , que vous y ferez paraître votre misère plus déplorable. Soyez donc sincère en ce Sacrement , et triomphez-y de vous-même et des ruses de vos ennemis par une parfaite humiliation.
ni. Considérez avec quel esprit il faut faire au prêtre sa confession sacramentelle. Sur quoi il nous semble à propos de considérer que Ton devrait imiter l'esprit du roi des pénitents, David, de l'humble publicain , de la Madeleine, de l'enfant prodigue plein de confiance , et de l'obéissant saint Paul ; car* le roi David > dans sa pénitence , poussait mille soupirs de son
cœur, et faisait mille demandes à Dieu de lui faire miséricorde : Ayez pitié de moi selon votre grande miséricorde , et sdon la multitude de vos commisérations effacez mes iniquités. Lavez-moi de plus en plus de mon offense , et purifie^-moi de mon péché, Tai péché contre vous seul , et j'ai fait le mal devant vous (Ps. 50). Détournez vos regards de mes péchés , et effacez-les pour jamm, 0 Seigneur ! n'entrez pas en jugement avec votre serviteur ; car il n'y a personne parmi les vivants qui puisse paraître juste devant votre tribunal, si vous le jugez à la rigueur (Ps. 142). Ainsi , imitant ce saint pénitent , il faut regretter ses fautes , et supplier souvent la miséricorde divine. L*humble publicain se présenta devant le Temple , plein de confusion pour ses péchés , en sorte que même il n'osait lever les yeux au del ; mais il frappait sa poitrine , disant : 0 Dieu ! soyez propice à moi, pécheur (Luc, 17). Ainsi faut-il se confondre soi-même avant de fairii.«a confession , et se réputer indigne de regarder seulemgpEit le ciel , dont on a offensé le Créateur et le souverain Seigneur. Madeleine vint à Jésus-Christ se jeter à ses pieds, navrée jusqu'au fond du cœur d'une parfaite contrition, qui ne provenait pas d'une crainte servile , mais d'une pure et sincère dilection; c'est pourquoi Jésus-Christ lui dit : Allez en paix. Ainsi devons-nous nous approcher de Jésus-Christ même avec une ardente contrition et une douleur tout amoureuse d'avoir déplu à son infinie bonté. Pour ce sujet, nous devons nous représenter, en nous confessant, que nous avons affaire à deux prêtres , l'un visible , qui est celui auquel nous décou- , vrons nos fautes , l'autre invisible , qui est Jésus-Christ même, qui sait tout notre cœur, et duquel dépend principalement notre absolution. Tellement qu'en nous approchant du premier corporellement , nous devons par esprit nous jeter aux pieds du second , et lui témoigner notre douleur, et croire fermement que , le prêtre nous disant : Je t^absous de tes péchés , Jésus- Christ nous dit comme à Madeleine : Allez en paix. L'enfant prodigue , rentrant en soi-même , pleura sa faute , et se ressouvenant de la bonté de son père, plein d'une sainte confiance, il vint lui dire : Mon père , j'ai péché contre le ciel et contre vous, je ne mérite plus d'être appelé votre fils (Luc, 15), faites-moi seulement la faveur de me traiter comme l'un de vos mercenaires et de vos serviteurs. Ainsi devons-nous nous approcher
de la confession avec une grande confiance dans la bonté de Dieu plus que paternelle, par laquelle, nonobstant notre indignité, il nous recevra en sa grâce, et, pour nos infidélités et nos ingratitudes , nous donnera des embrasements intérieurs , et ensuite nous remettra en notre premier état, nonobstant nos licences, nos débauches et nos libertés passées. Enfin l'obéissant saint Paul, frappé au dehors des rayons réjaillissants de la face lumineuse de Jésus-Christ, qui lui apparut pour le conwlir, et au dedans touché d'un très-pénétrant ressentiment de ses fautes, s'ofiFrait à Jésus-Christ pour lui faire toutes sortes de satisfactions possibles : Seigneur , disait-il , que vous plaU-il fttè je fasse (Act. 9)? Il n'y avait Pénitence au monde qui lui eût paru trop amère et trop difficile, il était prêt et disposé à tout ; ainsi devons -nous faire notre confession avec une résignation entière de suivre tous les avis et les conseils, toutes les ordonnances et les satisfactions qui nous seipnt prescrites par le prêtre , vice-gérant et lieutenant de Jésus-Christ , et surtout avec un ferme propos de ne plus jamais contrarier les volontés de Dieu ; mais de nous y soumettre dorénavant en tout et partout, sans aucune réserve ni exception.
Je suivrai donc fidèlement ces pratiques pour faire saintement et fructueusement ma confession. Regardez-moi donc , mon Créateur , comme vous avez regardé David dans sa conversion ; pardonnez-moi, mon Rédempteur, justifiez-moi, mon sanctificateur, délivrez-moi de l'abîme, mon libérateur Jésus- Christ! 0 Père ! ô Fils ! ô Saint-Esprit ! ô Trinité adorable ! j'attends de votre faveur cet esprit de Pénitence ! Imprimez-le en ma poitrine ; donnez-moi l'humilité et la confusion du publicain à la vue de mes ofiFenses ; frappez-moi des traits sacrés d'une véritable contrition, comme l'amante Madeleine; animez-moi d*une sainte confiance, comme l'enfant prodigue, et d'une si généreuse résolution de faire votre volonté et d'accomplir les satisfactions convenables à l'énormité de mes fautes, que dorénavant je sois tout vôtre, et entièrement consacré à votre service, ainsi que l'a été saint Paul.
3S0 LA THÉOLOGIE àFFBGTIVE.