‹ La théologie affectiveChapitre 25 sur 63 · VINGT-NEUVIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

VINGT-NEUVIÈME MÉDITATION

QUELQUES AVIS POUR LA PRAHQUE DE LA C0NFB8SH»! OU DE U ' PÉNITENCE, QUAND ELLE EST PLUS FRÉQUENTE.

I. Considérez que, pour une parfaite pénitence, il est requis d'avoir des intentions excellentes; car, comme en toutes choses, la fm que Ton se propose relève merveilleusement la perfection de l'œuvre, aussi relève-t*elle à une plus haute èxcel* lence la Pénitence. C'est pourquoi il est important de se proposer, en la faisant, des fins très-convenables, et spécialemmit les trois suivantes. La première est de venger le tort et l'injure faite à Dieu par le péché. En effet, la pénitence est instituée et ordonnée pour la destruction du péché et de tous ses malheureux effets, entre lesquels se trouve l'injure faite à la grandeur de Dieu, qui en a été méprisé, étant traité par le péché comme un être de néant mis au-dessous, avec l'éternité de sa gloire, d'un très-chétif intérêt ; c'est pourquoi, comme le tort et l'injure que le petit fait au plus grand ne se peut mieux réparer que par une satisfaction condigne, il est très-convenahle, qu'en faisant pénitence, l'on ait dessein de satisfaire à Dieu et de réparer son honneur, en prenaut les moyens qui sont propres à obtenir ces résultats, comme de s'attrister de l'offense commise, de se proposer à l'avenir de n'y pas retomber, d'accepter quelque peine et quelque souffrance à l'extérieur, pour punir en soi-même l'injure faite au plus grand, et rendre plusieurs devoirs de soumission et d'humiliation en contre-échange du mépris qu'on a fait de lui. La seconde fin que l'on doit se proposer en faisant pénitence est de rentrer en grâce et en amitié avec Dieu, et de se réconcilier avec lui, en gagnant son amour, et sa bienveillance, qu'on avait perdue par le péché mortel, qui est d'une nature si envenimée et si pestilentielle, qu'il rend la créature odieuse à Dieu, en sorte que la regardant en cet état.

DE8 AàGBKlIEim. 23i

il n'a ni la Tolonié, ni rinclination de loi donner la jouissance de son Paradis, la tenant comme son ennemie, qu'il veut nonseulement priver de sa présence et des joies étemelles de son Paradis, mais encore punir dans l'enfer par le plus horrible tourment et le plus de souffrance qu'elle soit capable d'endurer. Or, que peut-elle plus raisonnablement souhaiter, se voyant éloignée de l'amour de son Créateur souverain, que de s'en rapprocher ? Or, la pénitence lui sert de moyen pour faire cette réconciliation d'amour ; c'est pourquoi, en l'entreprenant, elle doit prétendre et aspirer à son amour. En effet, la Charité est l'effet propre et le fruit de la pénitence, parce que la grâce sanctifiante qu'elle produit dans l'âme est toujours accompagnée de la Charité, par laquelle l'âme aime Dieu, comme réciproquement elle est aimée de Dieu. La troisième fin que se peut encore proposer l'âme pénitente est de se réédifier en quelque sorte, et de sa refaire soi-même, ayant été comme ruinée et appauvrie par une perte indicible que lui apportait l'état du péché , qui la rendait extrêmement difforme et contrefaite, en la privant de plusieurs biens spirituels et du droit du paradis. La Pénitence doit réparer ce désastre et ces ruines, et sa fin est de se guérir ellemême, malade qu'elle était jusqu'à la mort. C'est pourquoi elle prétend rendre l'homme une nouvelle créature en Jésus-Christ, selon qu'en parle saint Paul : DépouillezHwu» du vieil hommêj qtd H corrompt par ki déiirs de V erreur y et renouvelez-vous dans l'esprit de votre âma, et revêlezr'vous du nouveau (Eph« 4). Aussi on ne demande pas seulement au pénitent qu'il pleure et gémisse, mais aussi qu'il se convertisse, menant une vie contraire, à la précédente, et se le proposant fermement en attendant l'exécution, afin que par un changement de vie et de mœurs, il soit réUbli et régénéré dans la ressemblance du second Adam, Jésus-Christ, par l'imitation de sa sainte vie. L'effet donc de la sainte Pénitence étant tel que de rétablir le pécheur, il a sujet de se proposer son propre rétablissement et sa propre guérison pour fin, la faisant pour se relever de sa chute, de sa ruine et de son désastre.

Je remarquerai ces fins et ces intentions si convenables à la sainte Pénitence, à dessein de m'en servir et de les mettre en pratique, quand je serai sur le point de recevoir ce Sacrement. Oh! que ces intenUons sont nobles et relevées, et que la pé-

235 LA THÉOLOGIE APPECTIVB.

nitence est chose sublime, elle qui opère des effets si grands et si admirables ; car qu'y a-t-il de plus relevé que de faire satisfaction à Dieu, de rentrer en son amour et en sa bienveillance, et de se réparer et rassurer soi-même, passant d'un état tout corrompu et tout diabolique à un état céleste et tout angélique et divin? 0 Seigneur! faites que la sublimité de mes intentions me porte à être plus exact dans mes pénitences, et à les faire toujours avec une grande application.

IL Considérez un second avis important pour recevoir la Pénitence plus parfaitement, qui est, en se confessant de ses péchés, de retrancher, autant qu'il se peut bonnement, toutes paroles superflues, qui ne sont point nécessaires pour exprimer ce qui doit ou peut être dit dans la confession. Car l'accusation des péchés mortels ou véniels est la matière prochaine de ce Sacrement, savoir l'accusation des péchés mortels, la matière nécessaire, et qu'il faut par nécessité de commandement divin apporter dans ce Sacrement, et l'accusation des péchés véniels, la matière suffisante, c'est-à-dire qui suffît au Sacrement pour y appliquer le sceau de l'absolution, quoiqu'il ne soit point nécessaire de s'en confesser : et comme dans tous les Sacrements la matière la plus convenable est la plus pure , celle qui est moins mêlée de choses étrangères, comme l'eau naturelle, sans le mélange d'aucune autre liqueur, est la plus convenable matière du Sacrement de Baptême, et le pain sans levain et sans aucune dorure est la plus convenable matière de l'Eucharistie ; ainsi, dans la Pénitence, la pure accusation de ce qui est péché mortel ou véniel est la plus pure et la plus convenable matière du Sacrement de Pénitence, sans y apporter de longs discours superflus de choses indifférentes, qui ne sont point nécessaires pour faire connaître le péché, et sans y mêler aussi l'accusation de ce qui n'est qu'imperfection , et beaucoup moins l'accusation de ce qui est saint et vertueux, plutôt que d'être blâmable et vicieux. En quoi plusieurs personnes, quoique faisant profession d'une vie spirituelle, manquent souvent ; car il en est qui disent en quarante ou en quatre-vingts paroles ce qui pourrait être dit en quatre. D'autres font une grande liste de leurs imperfections, en remarquent les principes et tous les effêls, et dans ce long narré , quelquefois s'accusent de quelque péché véniel que le confesseur a peine à apercevoir au milieu de cette confusion; et

quoiqu'on les ayertisse plusieurs fois que ces sortes d'accusations ne sont point nécessaires , toutefois le défaut d'instruction et l'ignorance est telle en certains pénitents, et en d'autres l'amour-propre et le désir de se satisfaire eux-mêmes en exprimant tout ce qui vient à la fantaisie de moins parfait, en d'autres l'obstination et l'attache à leur propre jugement, que les avertissements des plus prudents et des plus savants confesseurs n'y servent de rien. Mais il y en a d'autres encore qui, ] par faute de connaissance, outre les imperfections, s'accusent ^j même de certaines choses louables et vertueuses, les prenant 4 pour des péchés. Tels sont certains mouvements de colère '^' contre des sujets ou des inférieurs que l'on veut remettre dans 4 la bonne voie, où il y a plutôt de la vertu que du vice. Tel est - Tacte de douleur de ses péchés, pour la crainte de l'enfer, que 1 quelques-uns croient sans raison être péché. Que si l'on dit que I c'est chose utile de s'accuser même de ses imperfections, pour l exercer l'humilité et y apporter le remède, il faut considérer I que cela est vrai, soit pour l'incertitude que Ton a en cette vie d'être délivré de toute la peine qui reste après la rémission de la coulpe, soit pour augmenter les forces et les puissances de son "kme de plus en plus, réitérant le Sacrement de Pénitence sur les mêmes péchés, soit pour prendre conseil et aviser aux moyens d'y remédier ; mais ce n'est pas chose utile de les apporter dans la confession même comme matière du Sacrement, parce qu'il arrive souvent de là que le confesseur, qui n'a pas les yeux assez ouverts, donne l'absolution et applique la forme sans matière suffisante ; ce qui est un sacrilège, si la bonne foi ne l'excuse quelquefois. Et quoique quelques-uns pensent obvier à cet inconvénient, en s'accusant à la fin d'un véritable péché de la vie passée, puisqu'il est loisible de s'accuser plusieurs fois d'un même péclyé , on tombe pourtant dans un autre inconvénient, qui est le défaut d'une vraie douleur, laquelle est difficile à concevoir pour des péchés fort éloignés, qui en sont moins sensibles. Après tout, le pénitent n'a pas droit d'obliger son juge spirituel à écouter des imperfections , qui ne sont pas véritablement péchés véniels, car ce peut être pour lui une chose pénible et laboi#use, qui lui fasse perdre le temps et l'opportunité de satisfaire aux^ autres qui attendent. Enfin, par ce procédé, le joug de la confession est rendu plus fâcheux et plus pesant qu'il

854 Là THiOLOGIB AFFKCTIVB.

ne serait 9 si les pénitents voulaient bien s'instruire^ une fois pour toutes, de la manière légitime de faire la confession, qui doit être pure et simple, et n'exposer que les seuls péchés avec la plus grande naïveté possible. Mais quelques-unes opposeront ici et représenteront que, si elles veulent s'abstenir de leur routine ordinaire, de s'accuser de trois jours en trois jours d'une trentaine ou environ de leurs imperfections , qu'elles n'auront rien à confesser, que leur examen sera sec et vide, que souvent elles ne remarqueront rien de ce qui est appelé péché véniel^ ou en remarqueront fort peu, peut-ôtre deux ou trois, ainsi que leurs confessions seront extrêmement courtes. Si la chose en va ainsi, à la bonne heure ; qu'elles louent Dieu en lui chantant un Te Deuniy avec jubilation de cœur de ce qu'elles ne remarquent pas beaucoup de péchés ; car s'affliger et se troubler Tesprit, pour ne pas remarquer une grande multitude d'offenses dans son examen, est une chose extrêmement déraisonnable, comme si un soldat, qui se serait trouvé à la mêlée et aux coups, s'attristait de ne voir qu'une plaie ou deux sur son corps ; il aurait bien plus grande raison de s'attrister, s'il se voyait blessé de toutes parts. Enfin, si la confession d'une pénitente, qui se confesse toutes les semaines une ou deux fois, n'est pas si longue, elle n'en vaut pas moins pour cela : étant chose certaine que les longues confessions des personnes qui font profession d'une vie plus pure ne sont pas toujours les plus louables.

Il est vraiment raisonnable que je fasse état de cet avis, tant pour l'enseigner aux autres que pour le pratiquer. Les seuls péchés mortels sont la matière du Sacrement de Pénitence ; il n'y a pas d'obligation précise de s'accuser des véniels, encore que ce soit chose sainte et profitable de le faire. Pour quoi faire donc ajouter à ces péchés véniels tant et tant de redites des imperfections le plus souvent incorrigibles, et être ainsi à charge au confesseur et à nous-mêmes, et rendre le Sacrement moins parfait, le surchargeant d'accusations superflues et nullement nécessaires? 0 mon Seigneur ! qui avez dit que votre joug est suave et que votre fardeau n'est point pesant, montrez-moi le bon moyen de faire pénitence, que j'apprenne le illoyen d'aller à vous sans m'égarer par les labyrinthes de tant de discours inutiles^ ou la faiblesse et le peu de confiance et d'instruction

W8 lAGRIllINTS. KK

m'ont embarragsé : 0 Dieu! créez en moi tin cœur fwr^ et renoih vdez en vum intérieur un esprit droit (Ps, 50).

m. Considérez un troisième avis pour se disposer plus parfaitement encore au Sacrement de Pénitence, qui est de vitifier sa Foi y entrant dans les sentiments conformes à tous les articles de Foi qui concernent le Sacrement. Et quoique cet exercice soit très -important dans l'usage de tous les Sacrements, qu'il faut considérer tous comme des sources sacrées et des canaux célestes de la gr&ce divine, qu'ils répandent dans les âmes qui les reçoivent avec les dispositions convenables , il est néanmoins de plus grande importance au fait du Sacrement de Pénitence^ comme il est de plus grande nécessité après le Baptême , à Tégard des ftmes qui sont souillées du péché mortel; or, les parfaits pénitents vivifient leur Foi par diverses méthodes. Quelques-uns s'agenouillant humblement aux pieds du prêtre pour s'y accuser de leurs péchés, se représentent à son côté le Prêtre invisible, Jésus-Christ, comme si c'était à luimême qu'ils déclarassent leurs péchés , et que ce fut lui-même qui , par autorité divine , leur pardonnât leurs offenses avec une grande bénignité et une grande miséricorde; comme en effet c'est Jésus-Christ même , qui , par le ministère du confesseur légitimement approuvé , et ayant suffisante juridiction , pardonne et remet les péchés. D'autres , en recevant l'absolution , pour vivifier leur Foi, se représentent que leurs âmes sont baignées dans le précieux sang de Jésus-Christ, d'où elles sortent purgées et nettes de leurs péchés, renouvelées et embellies, agréables à Dieu, avec une nouvelle force, pour ne plus l'offenser à l'avenir, et profèrent ces paroles , ou les méditent lentement avec une forte et vive attention : Donc, mon âme , tu vas être plongée dans le sacré côté de Jésus- Christ; tu vas être baignée dans le précieux sang de ton Sauveur, et faisant ta confession entière, quand tu aurais tous les péchés de tous les hommes, et que tu aurais commis tous ceux que les démons pourraient penser et forger, tu sortiras pure et nette de toutes ces souillures , et tu seras admise au nombre des enfants de Dieu. Ces pensées fortement gravées dans le cœur^ des pénitents leur causent des mouvements intérieurs merveilleux, qui leur font tirer en peu de

temps un profit non pareil de leurs confessions , pendant que d'autres , qui omettent ces pratiques , en tirent fort peu d'avantage spirituel. Or, celui qui voudra, sans ces imaginations, vivifier sa Foi , n'a qu'à se représenter plus vivement dans l'esprit les choses que l'Eglise, dans le Concile de Trente (i), . détermine de ce Sacrement , comme articles de Foi nécessaires h croire sous peine d'excommunication. Elle dit anathème à celui qui ne croira pas que le Baptême et la Pénitence sont des Sacrements distincts , et que celle-ci ne soit à bon droit appelée une seconde planche après le naufrage. Elle dit anathème n qui dira que ces paroles de notre Sauveur Jésus-Christ : Les péchés sont remis à ceux auxquels vous les aurez remis , et sont retenus à ceux auxquels vous les aurez retenus (Jean 20), ne doivent pas être entendues de la puissance de remettre et de retenir les péchés dans le Sacrement de Pénitence. Elle dit anathème à celui qui niera que trois actes soient requis , comme matière du Sacrement de Pénitence, pour l'entière et parfaite rémission des péchés , savoir ; la contrition , la confession et la satisfaction. Elle dit anathème, si quelqu'un assure que la contrition , qui se forme par la discussion et la détestation des péchés , par laquelle quelqu'un repasse sa vie dans l'amertume de son âme, pesant la grièveté de ses offenses, leur multitude, leur difformité, la perte de la béatitude, le danger de la damnation éternelle, avec la résolution d'une meilleure vie j n'est pas une douleur véritable et utile , et ne prépare pas à la réception de la Grâce. Elle dit encore anathème, si quelqu'un nie que la confession sacramentelle soit instituée ou nécessaire de droit divin , ou si quelqu'un dit que la manière de se confesser secrètement au prêtre seul, laquelle l'Eglise catholique a toujours observée dès le commencement , et qu'elle observe, n'est pas conforme à l'institution et au commandement de Jésus-Christ. Elle dit anathème si quelqu'un dit qu'il n'est point nécessaire de droit divin , pour obtenir la rémission des péchés dans le Sacrement de Pénitence , de confesser tous et chacun des péchés mortels , dont on ait mémoire après un examen diligent. Elle dit anathème , si quelqu'un dit que l'absolution sacramentelle n'est pas une action juridique , mais

(1) Sess. U.

DES SAGIŒMLNTS. 257

la simple fonction jie prononcer et de déclarer que les péchés sont remis. Elle dit anathème , si quelqu'un dit que les prêtres n*0Dt pas la puissance de lier ou de délier ceux qui sont en péché mortel. Elle dit anathème si quelqu'un dit que les évéques n'ont pas le droit de se réserver des cas , sinon pour la police extérieure. Elle dit anathème, si quelqu'un maintient que toute la peine est toujours remise par Dieu avec la coulpe. Elle dit anathème, si quelqu'un soutient que l'on ne satisfait point pour les péchés , quant à la peine temporelle , par les peines enjointes par le prêtre ou faites volontairement, comme les jeûnes, oraisons, aumônes et autres œuvres de piété. Elle dit anathème, si quelqu'un prétend que les clefs ont seulement été données à . l'Eglise pour délier et non pas pour lier, c'est-à-dire pour obliger à faire des pénitences et des satisfactions.

Oh ! quel ample sujet d'exercer la vive Foi à l'approche de ce Sacrement, qui renferme tant de belles et importantes vérités que l'Eglise détermine comme articles de Foi ! Oh ! heureux et trop heureux le pénitent qui les médite sérieusement et avec attention, pour se disposer à la Pénitence ! 0 Seigneur ! je me doutais bien que cette Foi vive était une épée nécessaire pour trancher tous les péchés. Quelle honte donc au soldat chrétien de -ne point se servir de son épée , de la vivacité de la Foi , ayant tant de péchés et d'ennemis à combattre dans la Pénitence! 0 Dieu très-bon ! j'en veux faire un meilleur usage.

Page 1