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DE LA SATISFACTION SACRAMENTELLE

I. Considérez que le prêtre doit enjoindre pour satisfaction quelques boitoes œuvres au pénitent qui s'accuse de ses fautes , et que le pénîtent est obligé de les accepter et de les exécuter. La vérité de cette considération est fond(^e sur ce que Jésus- Christ n'a pas seulement donné aux Apôlres et aux prêtres le pouvoir de remettre les péchés et de les cU^lier , mais aussi le

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pouvoir de retenir et de lier : JLet péchés sertmt retenui à ceux mtxqneh vous les aurez retenus (Jean, 20). Et parlant i saint Pierre , il Ini dit : Tout ce que tu auras lié sur la terre sers lié ions le ciel (Matth. 16). Paroles que le Concile interprète du pouvoir qu'ont les prêtres d'imposer des pénitences, et d'obliger à quelques œuvres de satisfaction (1); et il ajotite que les anciens Pères l'ont ainsi cru et enseigné. En effet, Tertullien dit que la satisfaction est préparée par la confe^ sion (2). Et saint Cyprien dit que la satisfaction, et la rémission faite par les prêtres est agréable au Seigneur (3). Le Concile ajoute aussi en ce même lieu que les prêtres aient i prendre garde , autant que l'esprit et la prudence leur suggérera , d'imposer des satisfactions salutaires et convenables , eu égard à l'énormité des crimes et à la force des pénitents , de peur que connivant aux péchés , et se comportant trop mollement avec les pénitents , en leur enjoignant des charges trèslégères , pour des péchés très-graves , ils ne se rendent participants des péchés d'auirui. Paroles qui donnent à entendre qu'il n'est pas au pouvoir des prêtres de relâcher en tout ou en partie les œuvres de satisfaction , telles que les péchés le requièrent, et que les forces corporelles et spirituelles du pénitent, ce que le confesseur doit prudemment et mûrement considérer , le peuvent permettre. Aussi ce Sacrement est une espèce de jugement ou de justice, où toute la peine n'est pas toujours relâchée, ni l'amende entièrement remise , et où il doit s'exercer quelque punition pour donner raison à Dieu et venger ses injures. C'est encore une médecine qui n'a pas seulement pour objet la punition , mais la correction et l'amendement de la vie ; c'est pourquoi il doit y avoir quelques bonnes œuvres préservatrices des mauvaises , et comme ces choses sont requises pour un jugement parfait , et pour une bonne et salutaire médecine , ces œuvres de satisfaction font partie du Sacrement, sinon essentielle , au moins intégrante , ainsi que la main est au regard du corps, qui ne serait point parfait et accompli sans elle. C'est pourquoi le prêtre ne doit point permettre que le Sacrement soit sans satisfaction , afin qu'il ne soit point mutilé et imparfait. Et puis , comme le prêtre est juge à la place de Dieu,

(1) De Sacr. Pœnit. Sess. 14. c. 8. — (2) L. de Pœnit. — (8) L. de Lapsis.

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artiitre de ses différents, et le médiateur de la paix et de la réeoiciliation du pécheur aveclui, c'est sonoflSce de procurer qu*il soit satisfait & la partie lésée et offensée , qui est Dieu , et à ce dessein il ne peut se dispenser d'enjoindre une pénitence con* yenable. Enfin les péchés qui sont remis par la Pénitence demandent encore à juste titre ces œuvres de satisfaction , parce que ce sont des péchés commis après le Baptême y que nous ayons considéré ci-dessus être plus graves et plus énormes, et partant toute la peine ne s'en remet pas si aisément , comme dans le Baptême, où l'homme opère moins et Jésus-Christ da-* vantage. Certainement, dit encore le Concile, la raison de la justice divine semble requérir que ceux qui ont péché avant le Baptême, par ignorance , soient autrement reçus en grflce, et autrement ceux qui , étant une fois délivrés de la servitude du péché et du démon , et ayant reçu le don du Saint-Esprit , n'ont pas redouté de violer sciemment le temple de Dieu , et de contrister le Saint-Esprit. Et, il est de la clémence divine que les péchés ne nous soient pas tellement remis sans satisfaction, que de là nous prenions occasion de nous montrer injurieux et contumélieux au Saint-Esprit, en tombant plus facilement dans de plus énormes péchés, thésaurisant ainsi la colère de Dieu au jour de la colère (Rom. 2). Donc il faut que les prêtres aient la puissance, et soient obligés d'imposer des œuvres de pénitence aux pécheurs repentants, lesquels sont obligés de les accepter et de les exécuter, parce que les prêtres ont reçu autorité de Jésus-Christ au tribunal intérieur de la conscience, dans lequel ils sont établis juges, et chacun est obligé d'obéir à son juge qui commande légitimement; c'est pourquoi, tant qu'ils les imposent sans erreur des clefs, disent les théologiens, c'est-à-dire avec une juste connaissance, il faut obéir à leurs décrets, sous peine d'encourir l'indignation de Dieu, principalement quand elles sont imposées pour des matières nécessaires au Sacrement, comme sont les péchés mortels. Pour ce sujet. Ton compare les pécheurs pénitents au paralytique que Jésus-Christ guérit à la piscine Probatique, et auquel il dit : Prends ton lit, et marche (Marc, 2). Car ainsi le paralytique spirituel, guéri à la piscine de la pénitence, doit lever le fardeau de sa Pénitence, et marcher avec elle jusqu'à ce qu'il l'ait accomplie. Que si l'on dit qu'un criminel, condamné par un juge inférieur, peut en appeler au juge supé-

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rieur, et n'être point tenu d'obéir à son jugement; ainsi que le pécheur, condamné à une pénitence par son confesseur, peut être délivré de sa peine, en se soumettant au jugement de Dieu, qui ordonne le purgatoire pour expier les peines des péchés. A cela il faut répartir que, quand la sentence du juge inférieur est confirmée par le supérieur, il n'y a point lieu à l'appel, et qu'il faut exécuter ce que le juge inférieur a ordonné. Or, la sentence du prêtre, qui enjoint la pénitence prudemment, est autorisée et confirmée de Dieu à l'heure même, et partant le pénitent est tenu de l'acquitter. Et s'il est vrai que quelques Saints aient voulu remettre leurs satisfactions au purgatoire, cela doit être entendu des satisfactions qui n'étaient pas commandées par le juge de la conscience; et qui n'étaient que requises pour une entière expiation, pour lesquelles on peut se soumettre à ce que Dieu en ordonnera, selon ce qui a été résolu autre part. Apprenez de ce point à respecter l'autorité des prêtres et des confesseurs, lesquels ont pouvoir de retenir et de délier, sans qu'il soit au pouvoir des pécheurs de leur résister et de leur désobéir, quand ils les prennent pour juges. Représentez-vous quelquefois l'exemple de ce voleur, auquel le juge ayant permis de choisir tel chêne de la forêt qu'il voudrait, pour y être supplicié, disait de chaque chêne qu'il ne le choisissait pas; c'est pourquoi le juge le condamna à toutes sortes de tourments. Ainsi font plusieurs grands pécheurs ; il n'y a pas de pénitence, tant soit peu proportionnée à leurs péchés énormes , qui leur revienne, ils n'en veulent pas du tout, et seront pour ce sujet condamnés à toutes sortes de supplices dans l'enfer. Pour prévenir ce malheur , qu'ils écoutent et pratiquent ce que dit le séraphique Docteur : Le malade qui ne veut en rien obéir au médecin, jamais ou à grande peine, viendra-t-il à convalescence? D'où il résulte que le pénitent doit obéir, ainsi que David, qui disait : Je suis comme une hête de cliarge devant vous (Ps. 72). Car il convient à une bête de somme, non pas de se taxer son fardeau et de se l'imposer à soi-même, mais de porter ceux qui lui sont imposés.

II. Considérez que les œuvres imposées au pénitent pour satisfaction de ses fautes doivent être moralement bonnes qu'elles peuvent être extérieures ou intérieures, de commandement ou de conseil, et qu'ordinairement c'est le jeûne, l'oraison

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eu Taumône, ou quelque chose de semblable, comme sont les aoslérités du corps qui se rapportent au jeûne ; les exercices spirituels du service divin qui se rapportent à Toraison, et les ceuvres de miséricorde qui appartiennent à l'aumône. En premier lieu, les œuvres de satisfaction doivent être moralement l>onnes; car elles sont destinées à honorer Dieu qui a été offensé par le péché, ce qui ne se trouve point dans les œuvres mauvaises, inutiles et indifférentes. Secondement, ces œuvres peuvent être intérieures ou extérieures; car, quoique les œuvres extérieures semblent plus propres à la nature de ce Sacrement» en tant qu'elles sont sensibles et laborieuses , ce qui est la raison pour laquelle quelques théologiens les ont estimées nécessaires ; néanmoins les œuvres intérieures de l'esprit sont suffisantes , comme l'oraison mentale et les actes intérieurs de vertu. La raison en est que ces actes sont quelquefois plus expédients à l'avancement du pénitent, et Dieu n'est pas moins honoré par le culte intérieur que par l'extérieur. Et, d'ailleurs, comme le confesseur délie des péchés intérieurs, il ne doit pas sembler étrange qu'il lie et oblige à quelques actes intérieurs, qui ne laissent pas d'être sensibles autant que la condition du Sacrement le requiert, parce que le confesseur les impose sensiblement et de vive voix, comme le pénitent les accepte sensiblement , en tant qu'il n'y résiste pas extérieurement. Troisièmement, ces œuvres peuvent être de commandement ou (le conseil ; car quoiqu'il soit plus convenable d'imposer des œuvres de conseil, afin que la satisfaction soit plus grande, et que le pénitent soit ainsi obligé à faire plusieurs sortes de bonnes œuvres, néanmoins les œuvres de commandement peuvent être imposées pour pénitence , parce qu'elles sont satisfactoires en elles-mêmes, et peuvent être élevées par la puissance des clefs à être satisfactoires par l'œuvre opéré. Et rien n'empêche qu'un homme ne soit obligé par plusieurs titres à une même espèce d'action. Et comme son infirmité est si grande , que souvent c'est tout ce que l'on peut espérer de lui, encore sera-ce beaucoup , s'il s'acquitte bien de ce qui est d'obligation et de nécessité ; c'est souvent sagement avisé au confesseur de n'imposer autre chose au pénitent que ce qu'il est précisément obligé d'ailleurs à pratiquer, comme serait de s'abstenir d'un péché quelque espace de temps , de jeûner les jours de carême ,

d'assister à la messe les fêtes et dimanches , de restitoer l'honneur ravi par détraction , et le bien qu'il a chez lui par injuste ■ détention , ou autre chose à quoi il est tenu par le commande- . ment de Dieu ou de l'Eglise: Au reste , ces œuvres de pénitence ^ doivent être ordinairement le jeûne , l'oraison ou l'aumône , dn ^ quelque chose qui se rapporte à l'un de ces trois chefs, parce -«i que la Pénitence est instituée de Jésus-Christ pour corriger ht « vie et les mœurs du pécheur, et arrêter le cours de ses péchés; i» car elle est infructueuse , si elle laisse l'homme dans les mêmes ^ péchés ou en d'autres qui ne sont pas moindres. Or, pour cet effet , il faut guérir les péchés dans leur source , qui sont les u. trois concupiscences désordonnées, suivant ce que- dit saint lean: p Tout ce qui est dans le monde est , ou concupiscence de ta chabr, w ^ concupiscence des yeux , ou superbe de la vie (i. Jean , 2). Le jeAne ^ est le remède contre la luxure et la gourmandise , qui sont les concupiscences de la chair ; l'aumdne contre Tavarice , et Fond^ son contre l'orgueil de l'esprit.

J'apprendrai ici la diversité des moyens que nous avons de satisfaire à Dieu, et de payer les peines dues à nos péchés. Ce n'est pas une petite consolation de trouver encore tant de biens spirituels après les dégâts et les destructions causées par le péché. J'apprendrai aussi à humilier mon jugement devant le prêtre, suivant le conseil du Sage : Humilie ton âme devant le prêtre (EccL I). Je me garderai bien de contrôler la diversité des pénitences qu'A enjoint à divers pécheurs , à l'un d'une sorte , à l'autre d'une autre ; car il est à sa discrétion de choisir dans un très-grand nombre de saintes actions intérieures ou extérieures , conseillées ou commandées , spirituelles ou corporelles , d'obligation ou de surérogation , ce qu'il juge plus à propos , eu égard aux péchés et à la disposition du pénitent , dont il a la connaissance par sa propre confession , et duquel il ne doit pas ruiner le salut par une sévérité trop grande , qui serait peu convenable à un infirme qui n'en profiterait pas.

m. Considérez les bons effets et l'utilité de ces œuvres de satisfaction. En premier lieu, elles nous rendent conformes à la vie austère et SDuflrante de notre chef, et en les pratiquant, nous portons , comme parle saint Paul, en nos corps^ la mortification de Jésus-Christ (ii. Cor. i), afin de participer plus tard à sa gloire, comme parle le même Apôtre : Si donc nous wuff^onB anc lui y

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mmg régnerofis aitén lui (ii. Timoth. 2). De plus, elles nous ac- ^tteftt derant la justice de CKeu , de TEglise et de notre propre conscience. Car, comme dit très-bien le vieux docteur d'Auxerre , il y a tfoîs tribunaux de justice, le divin , l'ecclésiastique et Tinttrieuf de notre propre conscience et de notre jugemeirt, et il arrite qttelquefois que àous avons satisfait à Tun , non pas aux atitfes, eomme si la contrition était très-forte, nous aitrions païf elle iatisràit an tribunal dé Dieu , mais non pas aru tribunal de TEgliSel, qui ne connaissant pas assez bien la grandeur de la contritidii qu'a lé pénitent , ne laisse pas d'imposer quelque péniteiicé, afin qu'il soit satisfait, selon que le dit saint Augustin (i) : Peut-être endofe n'aurions-tïous pas satisfait à notre propre justiee iiitérieui^e , s! nous en doutons , et que notre conscience soit dans rinqtriétûdë pour ce sujet. Or, les œuvres de la Pénitence servent potrf satisfaire à Dieu , à VEglise et à nous-mêmes. Car, pour C€? qui est de Dieu et de sa justice , ces œuvres Thonorent, comme flotts fê considérons maintenant. Et pour ce qui est de FEgliSé , comme c'est pour elle une espèce de déshonneur, devant les étrangers , d'avoir des enfants qui se comportent indignement , ainsi que pour une honorable famille ou société , qtïand qtleiqti'ttil des siens mène une vie inflSltne , les œuvres de Pénitence la consolent et lèvent sa honte devant ses adversaires y auxquels elle peut représenter que si les siens s'échappent à quelques fautes , comme c'est le propre des hommes , ils en font réparation. Ceci est une des causes pour lesquelles, dans les premiers siècles , où elle était mêlée parmi les Gentils , les pénitences publiques et très-sévères étaient plus fréquentes. Voilà pourquoi encore en ce temps l'on fait des absoutes à la fin du carême , où comparaissent les chrétiens , comme pour satisfaire à l'Eglise pour les scandales qu'ils lui ont causés , et la mauvaise édification qu'ils ont donnée au monde par leur vie trop licencieuse. Ces mêmes œuvres apaisent encore les inquiétudes de la conscience , qui souvent n'a de repos et de tranquillité , de douceur et de joie spirituelle , qu'après les avoir pratiquées avec autant de rigueur et d'âpreté qu'elle le juge convenable ; car la conscience rie manque pas d'inquiéter l'âme încônstitate après son péché. Cest ce serviteur de Job qui res-

(i) Eiuto. c. 65.

tait toujours après ses pertes, pour lui en apprendre les nouvelles et aiQiger son esprit. Or, ces œuvres la tranquillisent. De plas, elles acquittent les peines temporelles du purgatoire, même les peines de cette vie ; car le pécheur, par une offense mortelle, s*était rendu digne de toutes sortes de peines étemelles ! et temporelles dans cette vie et dans l'autre ; et, comme il a offensé le Créateur universel de toutes choses, son démérite est ^ si grand, qu'il serait juste qu'il fût affligé et tourmenté par toutes l les créatures du monde , qui vengeraient sur lui l'injure de leur Créateur. Dieu remettant la coulpe, remet pareillement les peines étemelles , mais non pas toutes les peines temporelles, ^ afin que le pécheur paie au moins quelque chose de ses dettes, j et qu'il ne pèche pas si librement par l'espoir d'une impunité | entière ; or, les œuvres de satisfaction, quand elles sont ordonnées avec nombre, poids et mesure, effacent entièrement les peines, ou au moins elles les diminuent, et sont élevées à cet effet en vertu des clefs par l'œuvre opéré et une efficacité tonte singulière ; si bien que les pécheurs évitent plusieurs punitions de Dieu et plusieurs afflictions même de cette vie, en s'y assujettissant. Le docteur saint Thomas, suivi de plusieurs théologiens, attribue encore à ces mêmes œuvres un autre effet de grande importance, qui est la grâce sanctifiante. La satisfaction, dit-il, confère la grâce, en tant qu'elle est dans la volonté, et accroît la grâce, quand elle est mise à exécution, ainsi que fait le Baptême dans les adultes. Comparaison qui dénote assez en quel sens il attribue ce noble effet à la satisfaction; aussi fait-elle partie du Sacrement, et est-elle instituée pour servir d'antidote et de contrepoids au péché par la grâce q^u'elle produit. Il est vrai pourtant que le même saint Thomas a été autrefois d'un avis contraire, ce qui fait que quelques-uns en doutent, accordant néanmoins qu'elle produit une grâce sacramentelle et quelques iiecours pour se préserver de la rechute, et persévérer dans la sanctification acquise par l'absolution. Ënfm la satisfaction honore Dieu, puisqu'on sa considération, et pour réparer les injures qui lui ont été faites, le pécheur s'humilie et s'applique aux œuvres de piété jusqu'à s'affliger soi-même pour honorer sa justice, qui requiert que le péché ne demeure pas entièrement impuni. C'efit pourquoi Dieu se plaît dans les œuvres de satisfaction, et Jésus-Christ les offre à son

Père avec les siennes, qui leur donnent leur plus grande valeur et sont acceptées comme lui étant agréables, non en tant qu'elles causent de l'affliction et des sentiments de douleur à nos corps ou à nos âmes, mais en tant qu'elles honorent sa justice, ainsi qu'en parle le séraphique Docteur. Car l'honneur est dû à Dieu, et lui est rendu de quatre manières, qui méritent l'attention des esprits. Il lui est dû en vertu de ses bienfaits, et lui est rendu par gratitude et actions de grâces. Il lui est dû à cause de son commandement, et il lui est rendu par obéissance. Il lui est dû à cause de sa grandeur et de sa souveraineté, et il lui est rendu par l'adoration. En somme, l'honneur lui est dû à cause qu'il a été offensé et traité injurîeusement et avec mépris par le péché, et l'honneur qui lui est dû à ce titre lui est rendu par la satisfaction ; tellement que les œuvres de satisfaction ont une multitude de très-bons et désirables effets. Que si l'on objecte que Jésus-Christ a satisfait pour nous, et que c'est faire tort à l'excellence de sa satisfaction d'y vouloir employer les nôtres, il n'y a qu'à répondre que Jésus-Christ a aussi fait oraison pour nous, et s'est humilié pour nous ; cependant, nous ne sommes pas exempts de prier et de nous humilier, et puis n'est-il pas déraisonnable de vouloir se reposer, parce que le maître travaille? Des soldats n'auraient-ils pas bonne raison de vouloir dormir, parce que leur capitaine est dans le combat? Enfin, comme les serviteurs ne déshonorent pas leur maître en le suivant, ainsi nous ne déshonorons pas Jésus-Christ, en imitant ses satisfactions, qui donnent aux nôtres leur vertu. Mais cette difficulté a été ci-devant résolue.

Excitons-nous donc, et appliquons-nous de tout notre possible aux œuvres de satisfaction, dont les effets sont si glorieux et si désirables. Désirons d'être chargés de plus rudes pénitences par nos juges spirituels, parce qu'elles ont plus d'efficacité et de pouvoir pour abolir nos dettes et nous acquitter, que les œuvres que nous faisons de notre plein gré. Ah ! il est raisonnable, mon Dieu, que le péché soit puni ; c'est pourquoi je ne veux pas décliner l'arrêt du juge que vous m'avez donné, je m'humilie à ses pieds avec un esprit résigné : J'ai péché , que vous ferai- je ? ô gardien des hommes (Job. 7) ! Je souffrirai tout courageusement : taillez , coupez , je m'offre et m'expose à votre glaive tranchant. C'est un trop grami bonheur

346 LA T^tOliOlW AFFAOTIVE.

pppr fpoi «r^cbappi^r a»]( pj^ÎMi^s étom^les, at 4^ IM 9MVr (p ^ p^r des cbâtimeojts qui (ioiv^Di avoir unt» 0», ]Povri|^<iî d^ »i-je appréhendé les rude^ péoiteiu^s ? 0 mon Sieigneiir f^s^ Cbrisl ! rien na vous a élé trop dur pour lo (;raud 4^ pp U TOUS avez eu de me sauver; vous vous êtes lai$3é i^dvif^ ;^ comme un agneau à la boucherie. Serai-je donc si lâcbeque de == refuser le travail pour vous complaire , ^i contribua ^vec voiii ^ à la rémission entière de ^les offenses? Mener^i-je d^ni Yçir '' siveté une vie délicate, tandis que vous avez consacré touji liM i mouvements de votre vie aux œuvres do mon salut? Ou je dois cesser de me nommer chrétien , ou je dois avoir un graud zilf ] pour la réparation de votre honneur. 0 Jé^^/s I donnesrlerfnoi , et faites par votre grâce que j'aie plus de couirage à pr^tiqu^r iff œuvres de la sainte Pénitence.

^1^ ,> i; ^;in

TRENTE-UNIÈME MÉDITATIOλ,

EN QUEL ÉTAT, EN QUEL TEMPS, ET DEVANT QUI DOIVENT S^ACCOBIPim LES ŒUVRES DE LA SATISFACTION SAGRAMKNTELUi.

I. Considérer eu quel état doiyent s'accoiQplir Us p^nitei^ enjointes par le confesseur , et s'il est requis que af spit en état de grâce , avant que d'être' retombé en péché mortel, hf^ Docteur subtil enseigne , à ce sujet , qu'il est imieux d'f^cçoipplif la satisfaction en état de Charité , pf^rce que celui qui l'açcoupplit en cet état , ne paie pas seulement sa dette , mpis il 9i4ri(^ aussi : et s'il l'accomplit volontairement hors de l'état d§ Çhflr rite, étant retombé daus le péché, il acquitte bieu $st dette» mais il ne uiérite pas la grâce , ^iusi qu'il sirriverait |i ç^lui qui paierait ses dettes, sans pourtant s'acquérir l'amitié d^ SQP créancier et rentrer en grâce avec lui. Cette opinion est soute^ nue par plusieurs autres théologiens, parce que la satisfaction n'est imposée que comme chose égale à une autre, 9AQS i^yoif égard à la dignité ou ^ l'indignité de la perspuue, fit puis, l|i

c#Diriti<m qu9 forme le pécheur, ayant sa justification , lui remet la coulpe et ménie la peine en tout ou en partie ; d'où il résulte que Dieu ne requiert pas nécessairement la dignité de la personne 9 pour, accepter sa satisfaction. De plus, cette satisfaction est imposée ou par un motif de sainte vengeance , pour punir l'ingratitude du pécheur, en lui faisant soufirir quelque peine en punition de son péché; ou par un motif de clémence, afin qu'elle lui serve de frein pour l'empêcher de commettre à l'avenir de semblables fautes; ou pour le rendre plus conforme au premier auteur de la Rédemption, qui est Jésus-Christ, en lui faisant imiter ses peines et ses soufirances par les œuvres de satisfaction; or, |pjiy ces motifs peuvent subsister, encore que le pénitent ne soit point dans l'amitié de Dieu, et partant la satisfaction pourrait être valable et avoir son effet , encore que le pénitent qui l'accomplit fût en état de péché. Quelques-uns passent bien plus avant, disant que les bonnes œuvres faites en état de péché mortel diminuent les peines de l'enfer , en sorte que de deux pécheurs damnés pour de semblables crimes , celui-là ]e sera moins , qui aura plus travaillé aux bonnes œuvres, nonobstant son mauvais état; or, si cela pouvait avoir lieu pour les peines de l'enfer, combien plus pour les peines du purgatoire? Si bien que cette opinion ne manque pas de quelque vraisemblance, quoiqu'il soit plus communément reçu et approuvé, que le pécheur soit en état de grâce , afin que sa satisfaction opère en lui la rémission de la peine pour laquelle elle est imposée , parce qu« Dieu n'accepte aucune œuvre comme méritoire ou satisfactoire, à moins que eelui qui la produit ne soit en son amitié, par l'état de la grâce sanctifiante et de la sainte Charité. Toutefois , une chose est ici à peser, c'est qu'encore que la satisfaction accomplie en état de péché mortel n'ait pas son effet à l'heure même , à cause de l'obstacle et de l'empêchement du péché , aussitôt que l'âme revient en état de grâce , la satisfaction sacramentelle re-< prend sa vie et sa vigueur , et sans autre travail , remet la peine du péché , qui y était correspondante ; c'est pourquoi la satisfaction revit, comme Jerait le Baptême, ou la Confirmation reçue en péché mortel, après qu'il serait effacé; car, comme dans ces Sacrements, lorsqu'ils sont reçus en mauvais état, Dieu suspend l'effet de sa grâce , tant que l'obstacle du péché dure ,

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ainsi il en use en ce qui concerne la satisfaction sacramentelle accomplie en péché mortel; Dieu suspend son effet, qai est la rémission de la peine , jusqu'à ce que rempèchement du péché soit retiré, afin que la sentence du prêtre , portant rémission de la coulpe et de la peine proportionnément avec la pénitence enjointe, n'ait pas été prononcée en vain, le pénitent étant pour lors disposé à recevoir une telle sentence. C'est pourquoi, suivant cette opinion , le pénitent ne serait pas tenu de recommencer sa pénitence exécutée en péché mortel , ni de s'accuser de l'avoir accomplie en cet état ; ce qui est conforme à la pra- : tique ordinaire, qui peut servir de confirmation à cette doctrine; car si cela n'était pas ainsi, les confesaMfeg devraient bien prendre garde, phis qu'ils ne font, en quel eliat la satisfaction sacramentelle se serait faite. En quoi cette satisfaction est distinguée de celle qui n'est point sacramentelle, que quelqu'un entreprend de sa propre volonté ; comme elle n'a de force qu'en vertu de l'opérant, qui est en péché mortel, elle n'est jamais acceptée de Dieu, même après que l'indignité a disparu, ainsi que l'état du péché. Que si l'on dit que l'œuvre faite en péché mortel n'est aucunement méritoire, et dès lors qu'elle ne peut être satisfactoire, l'on répond que c'est chose beaucoup plus grande de mériter que de satisfaire, de s'ouvrir les portes du ciel, et de s'avancer dans la gloire en méritant, que de rompre seulement quelque obstacle et empêchement à cette même gloire en satisfaisant ; et qu'alors on ne peut tirer en conséquence la nécessité de la grâce également pour l'un et pour l'autre.

J'apprendrai de cette considération qu'il faut s'efforcer d'accompHr sa pénitence en état de grâce et de Charité. C'est le plus parfait, le plus expédient et le plus souhaitable parti que l'on puisse prendre. Néanmoins si l'on avait eu le malheur de retomber dans le péché incontinent après l'absolution, avant l'accomplissement de la pénitence enjointe, ce serait imprudemment agir, de la négliger ou de l'omettre, sous prétexte que l'on ne serait point en état de grâce. Car, puisqu'il y a de grandes autorités et de grandes raisons qui persuadent qu'elle serait toujours fructueuse où à l'heure même, ou au temps de la prochaine justification, il n'y a qu'à la poursuivre et à la continuer jusqu'à la fin , comme elle est ordonnée , sans se mettre en danger d'en perdre le fruit, et de commettre même un nouveau

DES èiciiEH]ei«TS. 249

pèàiéj en désobéissant an juge spirituel dte son âme. 0 Jésus f auteur des Sacrements, qui les avez institués de la manière la pins convenable et la plus profitable aux âmes fidèles, inspirez-* nous l'esprit de la sainte Pénitence, afin que nous l'accomplis-^ sions toujours entièrement.

n. Considérez en quel temps il faut accomplir la pénitence sacramentelle; si c'est nécessairement avant que de recevoir l'absolution et la sainte communion, si bien que, faute de commander qu'elle soit accomplie auparavant, le prêtre manque à son devoir, et le pénitent est frustré de l'effet de l'absolution, s'il la reçoit avant l'exécution de sa pénitence, quoiqu'il ait la volonté de l'accomplir ensuite. Ce point est de plus d'importance qu'il ne paraît de prime abord, parce que quelques-uns, suivant ce qui est plus rigoureux et plus sévère , sans modification, sem-* blent accuser tacitement toute l'Eglise catholique d'avoir, depuis plusieurs siècles où il ne paraît aucune pratique de cette sévérité, manqué en ses Conciles généraux d'en donner l'avis, ce qui serait une chose vraiment étrange et déplorable. Mais , comme l'Eglise est la colonne de la vérité, et notre guide infaillible dans l'affaire de notre salut, en laquelle nous devons mettre notre confiance, pour apprendre les choses nécessaires à la vie étemelle, nous n'en devons jamais concevoir de telles pensées; nous devons bien plutôt penser que cette chose n'est pas nécessaire, puisqu'elle n'en a rien dit là où il eût été besoin d'en parler. * Car, quoique en certains cas, par exemple, si le pénitent était trop légèrement instruit et examiné, ou s'il avait peu c^ résolution de s'amender, peu de respect pour le Sacrement, s'il vivait dans des . péchés d'habitude , où s'il s'agissait pour lui de grands sacrifices difficiles à exécuter et qu'on prévit ne devoir pas être ftfits par le pénitent, à moins de le serrer un peu de plus près avant l'absolution ou la communion, quoique alors le confesseur puisse louablement, quelquefois et pour quelques jours , différer ou l'absolution ou la communion, si rien ne s'y oppose d'ailleurs : toutefois, l'on ne peut assurer qu'il soit nécessaire d'accomplir la pénitence avant l'absolution ou la sainte communion, ou même qu'il y ait aucune loi de l'Eglise qui oblige les prêtres à cette pratique ; car le souverain Pontife Sixte FV condamna comme hérétiques, les propositions nouvelles qu'avançait en son temps le 4^teur de Salamanque, Pierre d'Osma, entre lesquelles était celle-ci, que

SBO LA TqtOLOGB A|nGTIVB.

les pénitonto Wà dénient pai être abgouA avant raccooi^isse* meut de laiir ptoUence. D ne serait même pas expédient qu'il a'eu fit ime loi expreaae ; car, comme la via de Thomma est eipoaée i des périls perpétuels ^ personne n'étant assuré de vivre une semaine ou un^mois, et que les hommes pécheurs sans absolution sont plus ordinairement en état de damnation que de salât, si la mort les surprenait, il s'ensuivrait de là que TB^lise ahaodonnenUt les âmes, durant tout le temps de leur pénitence, à la puissance du diable ; ce qui serait une pratique désagréable à Dieu et aux Saints, qui désirent que les âmes soient délivrées des liens de Satan et des périls de la perte étemelle. En outre, ^e deviendront les communions de Pâques i si ceux qui s'} confessent pour pouvoir communier , ont de langues satisfactions à fsire» eomme il n'est que trop ordinaire dans Tétat du Christianisme? On différera, diront^ils, leur absolution et leur communion pour six mois ou davantage , et alors ils retourne** ront â confesse I ils devront dire derechef leurs péchés déiji confessés , dont le confesseur aura perdu la mémoire ] et en outre ils s'accuseront des nouveaux péchés arrivés depuis ce temps» qui leront peut-être en aussi grand nombre et aussi graves » comme il n'arrive que trop souvent ; et alors le confesseur, préoccupé de sa doctrine , se sentira obligé de les remettre encore six mois tout au moins , après quoi le pénitent voudra vo-* - lontiers essayer d'un autre juge, pu s'il retourne une troisième fois k m même juge , il lui faudra faire un grand effort sur lui^ même ; ce qui^est peu à espérer. Dans ce cas même , le confesseur «e verra encore arrêté par sa doctrine , et dans l'impuie^ sance de l'absoudre et do lui permettre la communion; et ainsi, tous loi chrétiens , pour la plupart » seront remis de temps eu temps , et puis encore remiSt Et alors , quand sera appliqué le sang de Jésus^hrist » et quand les pécheurs seront-ils consolés par l'usage des Sacrements? Car» de dire que les chrétiens soient dans l'innocence » qui ne le souhaite de tout son cœur : mai9 qui a vu jamais le monde sans pécheurs , et l'Ëglise > n'est-ce pas un filet qui contient les bons et les mauvais poissons, jusqu'au jugement dernier, que le discernement s'en fera ? C'est pourquoi, se la figurer sans ride et sans tache en tous ses membres , tan* dis quelle est encore militante sur la terre , c'est bâtir une ré* publique de Platon , qui ne fut jamais qu'en idée ; c'est se former

HBS lULGBBVKHTS. 351

il c^Qfrus 4e Xéaophon, qui n'eut jamais aes quaUtéi «pie par b: tel|t. Qn« ai Ton oppose ici , pour toute raison , une certaine > pratique ancienne de l'Eglise , qui différait l'absolution jusqu'à ^ 1 accomplissement de la pénitence, qui était de plusieurs annéeSf après quoi elle accordait la communion , il faut considérer que l'Ëgiise de Jésus-Christ durera jusqu'à la fin des siècles sana errpr ; que c'est la même Eglise aujourd'hui , aussi illuminée de Dieu y aussi bien assistée du Saint-Esprit, et aussi infaillible qu'elle l'était dans les premiers siècles ; dès lors , puisqu'il nous egt bien évident qu'aujourd'hui elle n'approuve pas cet usage dQ délai comme absolument nécessaire , nous ne devons pas estimer qu'il en faille faire une loi obligatoire pour les consciences , comme étant de précepte et de nécessité , en sorte que faute de Tûbserveri il y ait corruption et sacrilège dans les pénitences ordinaires des chrétiens. Aussi il n'est pas véritable que l'Eglise universelle ait jamais fait une loi qui obligeât à accomplir la pénitence sacramentelle avant l'absolution ou la communion; alla avait bien autrefois l'usage d'une absolution qui se donnait après les pénitences faites, qui étaient marquées par les Canons pé^ nitentiaux \ mais cette absolution n'était point sacramentelle, elle était purement cérémonielle ou canonique , comme on peut te pQficlure de ce qu'elle se donnait , en l'absence des prêtres , par las 4i><^f es , témoin saint Cyprien ; comme aussi il se prouvera f^X U discussion exacte du treizième Canon du premier Concile de Nicée , des soixante-seizième et soixante-dix-buitième Canons du quatrième Concile de Carthage , du troisième Canon du pre^ iniejr Concile d'Orange , du onzième Canon du troisième Concile de Tolède , et par plusieurs épitres du pape Innocent ^^ Quant à l'absolution sacramentelle, on peut voir, dans les histoires anciennes s qu'elle se donnait aussi bien que la communion, avant que la pénitence fût accomplie ; car il est rapporté d'Kdgari roi d'Angleterre , qu'étant tombé en un péché notable , il en reçut l'absolution de saint Gunstan , archevêque , et qu'après il s'étudia entièrement à s'acquitter de la pénitence qui lui avait été eiyointe^ Il est aussi rapporté de Serapion, habitant d'Ale^candrie, que durant le temps de sa pénitence, il tomba malade à la mort , et qu'il demanda le prêtre, pour être réconcilié ; lequel étant aussi malade et ne pouvant aller vers Serapion , mit entre les mains de Venfant qui l'était venu quérir au milieu

2S2 LA THÉOLOGIE AfTEGTrVE.

de Id nuit, une particule de l'Eucharistie, que Seràpion ayant prise , comme étant délivré de ses liens , mourut plein de joie et de consolation; ce qui fait reconnaître que ces pénitents avaient reçu auparavant l'absolution sacramentelle, sans laquelle ils n'eussent pu communier. De plus , le Concile de Plaisance , tenu sous Urbain II , défend de refuser l'Eucharistie à quiconque s'est duement approché de la confession. Plusieurs autres traits pourraient se remarquer dans l'antiquité ecclésiastique, qui font voir la vérité de cette considération ; si bien que les Canons anciens, qui diflfèrent ou refusent l'absolution ou la communion jusqu'à l'accomplissement entier de quelque satisfaction , ne sont que pour le for extérieur de la justice ecclésiastique que les évéques ou leurs ofliciaux exerçaient anciennement sur tous les laïques , comme sur les ecclésiastiques aujourd'hui, pour corriger par diverses peines tous leurs péchés scandaleux; et entre autres par la privation de l'Eucharistie, qui était plutôt une punition qu'une pénitence , ainsi que sont encore aujourd'hui dans les monastères bien réglés les rigueurs qui s'exercent dans les chapitres sur ceux qui disent leurs coulpes ; ce qui n'a rien de commun avec le Sacrement de Pénitence , qui ne laisse pas d'aller son train ordinaire , comme il a toujours fait dans l'Eglise, excepté qu'en quelques siècles il y a eu moins d'indulgence et plus d'âpreté dans les pénitences ordonnées par le confesseur ; ceux qui ne distinguent pas assez tout cela, tombent dans une confusion qui trouble les consciences pures et les faibles. Il n'est donc point nécessaire absolument que la pénitence soit réellement accomplie avant l'absolution ou la communion ; mais que l'on ait le désir ou la volonté résolue de l'accomplir au plus tôt. Dieu n'est pas un créancier si sévère qu'il prenne ses débiteurs à la gorge, sans donner le loisir de respirer, sa douceur est trop grande et sa miséricorde trop connue, pour que nous en portions ce jugement.

Arrêtons-nous donc à la pratique plus commune de l'Eglise. Ne nous laissons pas emporter à tout vent de doctrine, sous quelque prétexte qu'elle soit déguisée, comme si nous étions flottants et vacillants en notre Foi. Armons-nous surtout d'une forte résolution d'accomplir notre pénitence, quand nous nous présentons devant le prêtre, jetant la vue sur la grandeur de

DES SACREMENTS. âS5

Dieu, que nos péchés ont traité avec tant d'outrage que de le mépriser comme un être de néant, qi)i ne mérite ni respect, ni amour, ni aucune obéissance. Mais reconnaissons encore ici un trait du divin amour, et un bienfait secret de la bonté de Dieu envers les pécheurs , en ce que les pouvant justement obliger à accomplir leurs pénitences entièrement avant l'absolution, il ne Ta pas fait. Que de pécheurs demeureraient éternellement dans leurs péchés, s'il était besoin d'exécuter la satisfaction avant que d'en recevoir le pardon. La miséricorde divine est prompte à pardonner; elle offre la grâce aussitôt que le pécheur gémit et pleure son péché ; elle n'use pas tant de remises et de retardements. Oh ! que ne puis-je ainsi , mon Dieu, être prompt à vous servir, comme vous êtes prompt à effacer mes péchés. 0 Seigneur , que nous vous en remercions !

III. Considérez devant qui doit se faire la satisfaction sacramentelle, et s'il suffit de la faire en secret en la présence de Dieu et des anges, ou bien s'il est requis de la faire publiquement à la vue des hommes. Or, en ce point, on ne recherche pas s'il est permis de faire des pénitences publiques, mais s'il y a obligation et nécessité. Car depuis longtemps la pratique de la Pénitence publique, pour des péchés même secrets et inconnus, a été usitée pour ceux qui s'y sont volontairement soumis, et qui ont désiré de la faire. Saint Ambroise en rend un témoignage assez clair (1). Mais, comme il n'assure pas en cet endroit, ni en aucun autre lieu, que cette pénitence publique ait été nécessaire et d'obligation pour des péchés cachés, la question est toujours indécise après lui, savoir, si pour des péchés secrets, il est nécessaire de faire. une satisfaction publique. Il est vraisemblable que jamais elle n'a été nécessaire, soit que Ton considère la nécessité qui pourrait provenir de rinstitulion de Jésus-Christ, soit de la loi ecclésiastique ; car ni l'un ni l'autre ne se peut vérifier ; au contraire , le troisième Concile de Latran dit qu'à un péché secret est due une pénitence secrète. Et le Concile de Trente, réglant notre Foi, et déclarant que la manière de se confesser secrètement au prêtre seul a toujours été observée dans l'Eglise catholique dès le

(i) L. de Pœnit. c. 16.

3S0 . , \ LA THiOLOGlK AFFECTIVE.

noua^umilioiui par quelques œuvres qui nous sont commandées par nés juges spirituels , que vous avez établis en votre place sur nos âmes. 0 Seigneur! je veux m'y assujettir et vous avoir cependant devant les yeux, afin que votre regard m'encourage et me donne confiance, et que votre présence dissipe toute ma tiédeur.

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