‹ La théologie affectiveChapitre 28 sur 63 · SUITE DU PURGATOIRE · texte numérisé non relu

SUITE DU PURGATOIRE

Considérez que les âmes déteiiues dans \ë purgatoire sont [•ées d'être en état de grâce et de Charité , et ne sotit pals 3lées d'inquiétudes et d'arixiétés sur ce sujet înipottaut , ne nous le soiumes souvent en cette Tie. La raison en est , 1 jugement particulier, elles ont eu connaissance de iéuî'

et n'ont pas éprouvé de la part de Jésus-Christ la sétérité a coutume de faire paraître atix âmes criminelles et cou- 3S de péché mortel. Elles n'ont entendu aucune de ces pa-

de malédiction qu'il adresse aux âmes qu'il précipité les enfers au sortir de leurs corps ; ce qui peut leur servir reuve et de conjecture qu'elles ne sont pas en soft inimitié telle , comme les âttiéS daitméëS. Ei quoiqu'elles soufirènt ]ue autant qu'elles la rigueur du feii , toutefois, au noiilietl de irdeurs , elles ressentent les flattihiêfS de la sainte Charité j I portent à des actes d'amouf Aè Dieu , qu'elles chérissent îment très-ardemment , n'en étarit point empêchées par tacle du corps ni des créatures de ce monde , ce qui est enpour elles une preuve qu'elles ne sont point en état de pé- Elles voient, de plus, qu'elles ne sont point damnées, ntant souffrir leur peine en patience et en tranquillité, sans ge et le désespoir qui accompagnent incessamment les takleux habitants de l'enfer; par là môrtië aussi elles peucoftclure qu'elles ne sont point en état de péché mortel,

en état de grâce, et, partant, qu'elles ne souffriront pa^ lellemenl, mais que leurs peines doivent avoir un terme. îfTet , elles voient que les démons n'exercent aucun pouvoir elles, comme ils font sur les âmes danttées. Ausii ne scii point raisonnable, qu'ayant vaincu le démon en cette

elles lui fussent assujetties après cette vie. Ajoutez que ce

n'est point Tordinaire de faire châtier les enfants par les bourreaux, et partant elles peavent encore se fortifier là dessus dans la pensée qu'elles ne sont pas souillées de péché mortel, mais qu'elles sont dans la grâce de Dieu et dans le bien de l'adoption de ses enfants.

Félicitez les âmes du purgatoire de l'assurance qu'elles ont de n'être point hors de la bonne grâce de leur Créateur, mais d'être en son amitié , qui les comblera bientôt de toute joie et de toute félicité. Oh! quel bien d'avoir la certitude que l'on n'ira pas dans l'enCer des damnés , mais que l'on jouira éternellement du bonheur du Paradis! Cette vie mortelle est digne de lamentation pour ce sujet , parce que l'on y vit dans l'incertitude de son sort éternel , heureux ou malheureux. Oh! qui serait certain et assuré de sa prédestination! Oh! quel contentement et quelle allégresse indicible ! Mais Vhomme ne sait s'il est digne de haine ou d'amour , et toutes chom sont réservées dans Vincertitude jusqu'à Vavenir (Eccle, 9). Je m'humilierai donc, et je marcherai la tête baissée, ne sachant assurément quel sera mon sort dans l'éternité , et avec quel visage mon juge, Jésus-Christ, m'apparaîtra au sortir de ce monde.

IL Considérez la grande tristesse où sont ces âmes , nonobstant la certitude qu'elles ont de leur bon état. Cette tristesse provient des deux peines qu'elles endurent : la peine du sens et la peine du dam. La première peine provient du feu , où elles sont exposées comme toutes nues, et qui agit sur elles comme instrument de Dieu , pour les tourmenter à proportion de leurs péchés. Et comme ce feu est de même nature et de même qualité que celui même des enfers , il faut estimer qu'il leur cause un sentiment de douleur indicible, si bien que saint Augustin même assure que toutes les douleurs de ce monde ne sont point comparables à celles que l'on souffre en purgatoire (1). La seconde peine vient de ce qu'elles sont privées de la jouissance de Dieu , leur bien souverain , et de la béatitude; car, comme l'âme est d'une nature spirituelle, sitôt qu'elle est détachée du corps , elle se porte avec une puissante inclination à aimer le souverain bien spirituel , qui est Dieu ,

(1) In P?al. 87. llem D. Greg. Mag. in Paal. 3. Pœnit.

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auquel elle désire être jointe et unie , et comme elle s'en voit empêchée par son indignité , elle en ressent un déplaisir eitréme. Elle a aussi une connaissance très-parfaite du grand bonheur de la béatitude, de laquelle se voyant privée pour un temps par sa faute , elle en conçoit une très-grande douleur. Si bien même que quelques âmes , selon qu'il plaît à Dieu de diversifier les effets de sa justice , ne sont autrement punies que par la douleur qu'elles ressentent du délai et du retardement de leur félicité et de la vision de Dieu, après laquelle elles soupirent douloureusement, sans ressentir la peine du feu. Sainte Brigitte en cite un exemple remarquable dans ses révélations, qui est ce que l'on appelle le purgatoire de désir, où l'on souff're pour la tiédeur que l'on a eue à désirer ardemment la vision de Dieu durant l'état de cette vie, quand cette tiédeur a été jointe à une trop grande attache à la créature, et à une affection désordonnée de la vie présente, ou pour tout autre défaut connu de Dieu. Or, bien que la douleur de ces âmes soit grande à cause du délai de la béatitude, elle est pourtant beaucoup plus grande à cause des degrés de gloire qui ont été perdus par les péchés véniels, que pour le retardement de la béatitude entière ; car la béatitude ne leur est différée que pour un temps, après lequel elles en auront la possession désirée; mais les degrés de gloire sont perdus pour une éternité, et ne pourront plus jamais se recouvrer. Que si l'on dit que ces âmes ne doivent pas avoir de tristesse, attendu leur espérance et leur Charité, qui fait qu'elles se réjouissent de souffrir pour Dieu, et puis encore parce qu'elles ont de la conformité à la volonté de Dieu ; ce qui doit adoucir toutes les amertumes de leurs souffrances. A cela il faut répondre que Jésus-Christ, dans sa Passion, avait pareillement une grande Charité et une parfaite conformité à la volonté de Dieu ; ce qui n'empêcha pas néanmoins qu'il ne ressentit très-vivement les douleurs de la croix ; il en est de même de ces âmes , leur Charité et leur conformité à la- volonté de Dieu ne les rend pas insensibles. Aussi faut-il distinguer en elles, comme en Jésus-Christ^ la raison supérieure et inférieure. Selon la première, elles sont contentes de souffrir; selon la seconde, elles s'affligent de souffrir; car, en tant que leurs peines sont justement ordonnées de Dieu, et qu'elles satisfont à sa justice, elles les acceptent avec une grande affection ; mais

IM LA TflÉdtOdtË At'lIKftTVE.

en tâtit qu'elles Btfhi douloti^uses él éxtf^ltiéffleât alBigeflKtes, elles en ressentent de lô ddtileur et dé l'affliction j qri est la cause de leur tristesse.

Compatissez à ceà ftines pour Texlrêmô dônlenr qn*elles ressentent, tâchant de les secourir par vos prières et par tos stif^ frages qui peuvent les fioulager. Puisque leur plus grande dôilleur vient dé la péile de- plusletlirs degrés de gloire ^ qu'elles ont manqué d'âcqnérit* ft cause de leurs pécihés véniels, eoin-^ prenez Combien il est Impoi'tant de né pasi perdre Une seule occasion en cette Vie dé pouvoir mériter et ctùilte en grâëë et en mérite. La pefté des biens de ce mondé, dé leurs Hchessesy dé leurs maisonsi et dé ledrs possessions, ne les toticbe pas eti ce lieu ; c'est la privation de là présence de Dieu qui les pénètre vivement; tâchei ainsi dé ressentir en cette vie quelle peitié étrange et inappréôlabte c'est qUé l'absence de DléU et la prita^ iion de sa face toUt admirable et ratissante^ diSttUt et redi^Mt ftprès le Prophète ! Pmtvre que je sttftf, pmrqUoi moh ëOil éHl^il prolongé {?i. U9)1

m. Considère* les VérttlS qu'eUêrcéttt lés âmes dattiS le pifgatoire , et spéciAlemeni leur merveilléU§è patlèmce ; eaf èlle^ y forment des ades de Foi > d'Espéràncé et de Cbarité; Mais spéclsilement leur patience y est admirable; car, éutre la gravité de là peine dii sens et de la peine du dim^ elles souffrent pnt un long espace de temps, selon que leurs péchés le requièrent* Et il est bien probable que plusieurs y demeureront jusqu'au Jour du jugement j ^éldU que lés Saints en ont été instruits dans ce monde par des révélations (1). Et c'est la pratique de l'Eglise dé éélébrer des anniversaires pour les trépassés durant plusieurs siècles; ce qui pourrait être plus vraisemblable dé cetix qui ont croupi plusieurs années en de trés-énormes péchés > dont ils n'ont fait pénitence qu'à la fin de lèUr vie. Car à pToporticffi que quelqu'un aura durant sft vie plus grièvement péché, par une plus grande attaché aux créature^ et une plus gt&Mè «ver-» sion de Dieu, ef â proportion que quelqu'un aura plu^ longtemps persévéré dans le pééhéj oti dans l'état du péché, saus le té^ tracter par la pénitence, sa peiné darts le purgatoire en sera plus gravé et de plus longue durée, s'il n'en est délivré d'ailleurs,

(i) Bff(ffî, t. t. flht. c. iê. Uetlfrr. ^ gerfffttf (îéte/Wb», l 2, é. lO;

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piree que eette penévérance dans l'état du péché est commif tne complaisance tirtaelle dans le péché, qui mérite sa punition. C'est pourquoi elle n'est pas recerable l'opinion d'un célèbre théologien, qui estime que les âmes ne sont point tourmentées dans le purgatoire plus de dix ans, parce que la clémence de Dieu est si grande, qu'il ne souffrirait pas que ses amis fussent plus longtemps séparés de lui, et que par sa providence il peut suppléer la durée de leurs tourments par leur gravité, les rendant plus âpres et de moindre durée, d'autant plus facilement que ces tourments sont surnaturels, et qu'ils ne corrompent et ne détruisent pas leur sujet. Car il n'est pas tant question ici du pouvoir de Dieu que de ce qu'il fait actuellement, et de ce que l'Eglise nous semble mani« fester, tant par la continuation des prières pour les morts, que par les indulgences de plusieurs centaines d'années. Etant donc plus apparent que la peine du purgatoire est de longue durée, la patience des âmes y éclate davantage, principalement si nous considérons que les journées au milieu des peines y paraissent plus longues que des semaines, les semaines plus que des mois, les mois plus que des années, et les années plus que des siècles. Cependant ces âmes demeurent là, résignées à attendre leur entière purification avant que d'en sortir, et comme elles s'y sont portées volontairement, comme un malade va de gré â l'hôpital pour y être guéri, elles n'en voudraient pas sortir que la justice de Dieu ne fut entièrement satisfaite par une condigne expiation, que les théologiens appellent satispassion. Ainsi elles souffrent jusqu'au dernier instant de leur entière expiation, qui les rende capables d'entrer dans la gloire, en laquelle elles voient bien qu'elles ne pourraient être reçues, si elles n'étaient entièrement purifiées. Et quoique leur peine du dam diminue à mesure qu'il leur reste moins de temps pour souffrir, par l'espérance de la vision très-désirée de Dieu, qui ne letif doit plus être que très-peu différée, toutefois, la peine du sens pour peu qu'elle doive durer , ne diminue aucunement, alttâi qu'il arrive à Celui qu'on brûle, et qui n'a plus qu'un peu dé temps à être brûlé, sa douleur n'est pas moindre pour cela. C'est pourquoi la patience de ces âmes est forte et héroïque jusqu'au dernier moment de leur entière délivrance. J'admirerai donc l'admirable patience des âmes dans le fdtt dé

purgatoire, et je me la proposerai pour modèle et pour exemplaire de mes souffrances en cette vie présente. Si mes peines sont âpres et de longue durée, je me rappellerai qu'elles me sont ménagées par Dieu pour expier mes péchés, et qu'il faut que je satisfasse, en les endurant, à la justice de Dieu, que j'ai coarroucé par mes offenses, et ainsi que je ne dois pas souhaiter d'en avoir si promptement la délivrance, si premièrement la justice de Dieu n'a son juste compte. 0 Seigneur tout-puissant! il est convenable que votre justice soit satisfaite par nos peines. Oh ! donnez-moi la résolution de les accepter et de souffrir en tranquillité d'esprit, jusqu'à ce que j'aie payé en .souffrant autant que j'ai démérité en vous offensant. Faites-moi la grâce, ô mon Dieu ! si jamais le malheur me plonge dans le péché, que je n'y croupisse jamais, et que je m'en relève au plus tôt par une ardente et véritable conversion : Que je ne m'endorme jamaù dans la mortj et que mon ennemi ne dise pas : J'ai eu Vavantage m lui (Ps. 12).

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