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DU GAIN DES INDULGENCES ET DU JUBILE, POUR LES PERSONNES PARFAITES

I. Considérez que le gain des indulgences ou du Jubilé n'est pas seulement pour les grands pécheurs , mais aussi pour les âmes parfaites , et que ce n'est pas une imperfection pour elles de s'y appliquer. Cette considération est bonne à opposer à quelques nouveaux auteurs d'une dévotion plus sévère , qui enseignent que les indulgences ne sont que pour les âmes imparfaites , disant que c'est fuir la croix que Jésus-Christ a commandé de prendre et de porter, que de vouloir ainsi , par les peines . d'autrui , s'affranchir des peines légitimement dues à ses propres péchés , qu'il appartient à Une âme généreuse de ne pas demander de relâche et de faveur dans l'accomplissement d'une pénitence proportionnée à l'énormité et à la multitude de ses fautes , ou que c'est assez pour elle que la coulpe en soit effacée et la peine éternelle remise par l'absolution , en reconnaissance de quoi elle devrait très-volontiers s'assujettir à toute la peine temporelle , sans avoir recours aux indulgences. Mais bien que ce discours ait quelque prétexte assez beau et assez apparent d'abord , toutefois la pratique contraire des âmes les plus sublimes, qui font grand état de gagner lesindul-

gences et les Jubilés , montre qu'il n'est pas solide et bien fondé. En effet, par le Jubilé, on se revêt des satisfactions surabondantes de Jésus-Christ, et le Jubilé ou indulgence est comme une grâce ou une émanation qui procède de lui ; or, tout ce qui procède de Jésus-Christ est infiniment cher et précieux en soimême , et spécialement aux âmes plus parfaites. Le Jubilé porte dans ces âmes une nouvelle application de quelque grande chose Je Jésus-Christ, savoir de ses satisfactions plus riches et plus 3récieuses que ne sont tous les biens du monde; et comme fésus-Christ s'est revêtu de nos péchés , les faisant comme siens )our en payer la peine , aussi , par l'indulgence , nous nous revêtons de ses satisfactions , et nous les rendons nôtres pour en irer le fruit. Pourquoi donc leur serait-il messéant d'user de ce )ien? Bien plus, les âmes délivrées de leurs peines spirituelles invers Dieu , lui sont plus agréables , comme à l'égard des iommes riches ceux ou celles qui se sont acquittés de la dette (u'ils avaient contractée à leur égard. De plus, le gain des indul- ;ences est un acte qui ôte les obstacles qui nous empêchent l'arriver au ciel , à la vision , à l'amour et à la glorification éterlelle de Dieu dans le Paradis ; or, que peuvent plus saintement ouhaiter les âmes les plus épurées , sinon de se voir sur le oint d'être unies à Dieu par la béatitude ? C'était le souhait des lus saints^ de David , qui regrettait tant la longueur du péleriage de cette vie : Pauvre que je suis , pourquoi si longtemps mon ml esl'-tl prolongé (Ps. 119)? de saint Paul , qui désirait être déé des prisons de cette vie , pour être avec Jésus-Christ (Phil. 1). ui oserait donc blâmer une âme sainte de faire des stations, des iûnes et des aumônes pour gagner le Jubilé , et rompre les obsicles qui l'empêcheraient à l'heure de la mort de jouir de son ien souverain? Mais encore les œuvres faites pour ce dessein ne )nt pas seulement satisfactoires pour effacer les peines , mais ussi méritoires pour s'acquérir de plus hauts degrés de gloire ans l'éternité, qui est l'emploi le plus propre et le plus con- )rme aux desseins des hommes parfaits et plus spirituels, 'est pourquoi ils ne jettent pas leur croix à bas, et ne se relâchent pas des œuvres de pénitence pour avoir gagné des inulgences ; car si ces œuvres ne diminuent plus leurs peines , lies accroissent leurs mérites , et ruinent de plus en plus les ffbrts de leurs passions et de leurs concupiscences. C'est

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pourquoi les indulgences ne les rendeol pas ploi làdies tiédes aux exercices de sainteté, et si c'est générosM côté de vouloir souffrir par soi-^méme la peine de sespéeMs, c'est pourtant d'ailleurs un manque de Charité de vouloir en* tretenir en soi-même un obstacle de s'unir à Dieu , si la mort arrivait; or, l'obligation à la peine est cet obstacle; c'est donc une générosité plus grande de vouloir s'en défaire ; car la plus généreuse et la plus valeureuse des vertus, est la sainte Charité, qui nous presse et nous sollicite de voir Dieu.

Vous donc , âmes saintes et spirituelles , qui lisez ou entendez ces choses , ne vous laissez pas surprendre aux discoan spécieux des nouveaux spirituels ; ne croyez pas qu'il n'appartienne qu'aux grands pécheurs de vaquer à ce saint emploi. Si vous vous y portez à titre de pécheurs par un sentiment d'humilité, ne vous en détournez pas sous le prétexte de votre vie plus sainte et plus spirituelle. Estimez la grâce que vous en accorde le Vicaire de Jésus-Christ, et par une haute conduite et de trèspures intentions , faites en sorte d'être déchargés de vos liens et de votre obligation par une nouvelle application des peines et des souffrances de Jésus-Christ.

IL Considérez quelques intentions plus particulières qae doivent avoir les âmes parfaites , en gagnant les indulgences ou le Jubilé (1). La première est de satisfaire pleinement et plus amplement à la justice de Dieu, par les satisfactions de Jésus- Christ son Fils, et des plus grands Saints, lesquelles , par l'au- 1 torilé de l'Eglise, nous offrons à Dieu pour supplément à nos satisfactions personnelles qui nous manquent , et ce désir de satisfaire à la justice de Dieu, doit être si grand en une âme, qui a le vrai sentiment de sa grandeur et la connaissance du péché, qu'elle devrait convertir toutes les créatures du monde, en satisfaction à la justice de Dieu, s'il lui était possible ; et néanmoins cette justice ne serait pas encore satis^ite comme elle le fut par les souffrances de Jésus-Christ, dont la satisfaction nous est appliquée en particulier par l'indulgence. La seconde intention doit être de rompre le mur de séparation ou le voile de division entre Dieu et l'âme, qui est la sujétion à la peine temporelle , du dam et du sens , à l'éloignement de Dieu,

(1) Cnrdinal de Bérulle, œuvre 188 de prélé.

et aux tourments du reii , laquelle fait que Tàme est moins aimée de Dieu, et lui est moins agréable, et plus indigne de sa présence el de ses regards. Car, tant que cette dette resteria ians une âme, elle ne verra jamais la face de Dieu ; c'est comme an cahos qui est entre Dieu et elle, entre le Paradis et la terre. Dr, par le gain de l'indulgence , ce mur est renversé , ce voile îst ôté , et rame est en tel état, que si la mort arrivait, elle 'envolerait comme une belle colombe , sans aucun empêchenent, dans le sein de son époux ; car, dès que l'autorité réside n celui qui donne l'indulgence plénière, comme sans doute lie est dans le Souverain-Pontife de l'Eglise , que la piété gane dans la cause pour laquelle elle est accordée , et la grâce ans le sujet qui la reçoit , toute la peine est effacée, et le ciel st ouvert sans plus de retardement que celui de la vie préente. C'est pourquoi une âme parfaite peut saintement dresser h son intention, d'ôter par l'indulgence tout obstacle entre lieu et elle, la gagnant, non point tant pour éviter les peines ue pour ôter tout retardement de la vision divine , ainsi qu'en arle un célèbre théologien. La troisième intention est pour ntrer en société avec Jésus-Christ et les grands Saints, et articiper au bien de leurs souffrances merveilleuses, et de 3urs satisfactions surabondantes , car c'est l'effet et le fruit de indulgence^^^par laquelle nous entrons en la communion des aints, afin que notre pauvreté soit enrichie de leur abondance, t que nous accomplissions aisément, par la participation de jurs œuvres, ce que nous ne ferions qu'en beaucoup de temps et irec des peines inénarrables. C'est pourquoi, par l'indulgence , )us devenons engagés par un nouveau titre à leur égard, et )U9 demeurons obligés à les honorer, comme les plus faibles jand ils sont aidés des plus forts , et les indigents quand les us riches leur font part de leurs biens. Je remarquerai ces trois intentions qui me feront estimer ivantage les indulgences et y attacher une plus grande impornce ; car si les choses doivent être tenues de grand prix, selon l'elles servent à de beaux desseins et à des fins excellentes, »mbien faut-il estimer la grâce d'une indulgence plénière et un Jubilé, que l'on peut gagner pour de telles intentions et îs fins si relevées? Je me proposerai donc à l'avenir d'honorer justice de Dieu , en lui offrant une satisfaction plus entière ,

comme est celle de mon Rédempteur Jésus-Christ, et des plus grands Saints. Mon intention se portera à me prépara à la jouissance de Dieu , si la mort incertaine se présentait , en sorte que rien de ce qui est en moi ne m'en éloignât. Je prétendrai particulièrement tirer avantage de la communion des Saints, et reconnaître un nouvel engagement à leur égard, parce que je serai fait participant de la valeur de leurs pénibles et douloureuses, satisfactions.

III. Considérez qu'encore qu'après l'indulgence ou le Jubilé , une âme soit quitte de la peine due à ses péchés précédents, c'est néanmoins un conseil très-sain et très-salutaire, de s'adonner toujours par soi-même aux œuvres de piété ; car par ces exercices l'âme est mieux guérie et plus sûrement préservée des rechutes, elle en est rendue meilleure, elle devient plus prompte et plus agile aux actions de la vertu , plus forte et mieux aguerrie contre le diable ; elle persévère aussi mieux, et, en somme, elle abonde plus en grâce et en mérites, pour obtenir une place plus glorieuse et plus éminente dans la félicité. Cet avantage est grand pour lui, et plus à estimer, sans comparaison, que sa délivrance des plus sévères peines du purgatoire ; car un million de fois plutôt , il faudrait choisir de languir vingt années en purgatoire, avec un degré de grâce et de mérite de plus, que de voler droit au ciel sans purgatoire avec un degré de moins de grâce et de mérite ^%ar le bien qu'apporte un degré de grâce, est plus estimable 'que tous les trésors du monde; il mériterait d'être acquis par toutes les souffrances possibles jusqu'au jugement et encore au delà, car, le bien qu'il procure est pour l'éternité. Or, par la continuation des bonnes œuvres, la grâce s'accroît et le mérite devient plus grand; c'est pourquoi l'âme ne doit pas se reposer après le Jubilé, mais insister courageusement dans la pratique du bien et des œuvres de pénitence. Aussi l'indulgence s'octroie à ceux qui sont vraiment contrits et pénitents; or, le vrai contrit, le véritable pénitent, travaille de bon courage, ne s'épaipie pas soi-même, et passe par les plus grandes difficultés, pour expier de plus en plus ses crimes. C'est pourquoi une des plus grandes conjectures que Ton peut avoir qu'une âme a vraiment gagné le Jubilé et l'indulgence, est lorsqu'elle persévère en ses pieux exercice?, et qu'elle ne se ralentit pas sous prétexte qu'elle a

IMB8 SACHEMENTS. 28i

été mise en pleine liberté. De plus, les grands Saints qui ont eu des satisfactions surabondantes , ont eu intention, par la force de leur ardente Charité, qu'elles servissent à TEglise, et à leurs frères qui en auraient besoin. Celle Charité est excellente et digne d'imitation, particulièrement par ceux qui en ont euxmêmes profité par le gain de l'indulgence ; car la gratitude et la reconnaissance les oblige à faire autant pour les autres qu'il a été fait pour eux ; partant si comme parfaits ils doivent exceller en Charité et dans la vertu de reconnaissance, ils doivent aussi aspirer à contribuer du leur au trésor de l'Eglise, en multipliant et en continuant les œuvres de pénitence, lesquelles serviront aux autres, supposé qu'ils n'en aient jamais besoin eux-mêmes ; car s'ils venaient à en avoir eux-mêmes besoin, pour expier leurs fautes, ils auraient pks de droit de tirer avantage et profit de leurs satisfactions surabondantes, que d'autres; et tant qu'ils vivent, elles leur sont mises comme en réserve, pour le cas où elles leur deviendraient nécessaires.

Conservez-nous donc , ô mon Dieu ! dans l'affection ardente et perpétuelle de porter toujours des fruits dignes de pénitence, lesquels, non-seulement satisfassent à votre justice, mais aussi TOUS plaisent de plus en plus, et attirent sur nous vos bénédictions, pour pouvoir persévérer jusqu'à la fin. Que la multitude de vos miséricordes et de vos indulgences, ô Seigneur trèsmagnifique ! ne nous ralentisse pas, et ne nous rende pas plus tiédes ou plus froids à multiplier les bonnes œuvres. Qu'il ne nous sufQse pas d'être entièrement délivrés et affranchis de toute peine, mais que nous soyons portés d'un saint et généreux désir d'obtenir un prix plus riche, et une place plus avantageuse dans votre gloire étemelle.

181 LA TttOLWIE AVFMTlVfi.

TRENTE^IXIÈME MÉDITATION-

DE L'BXTRftME-ONCnON.

I. Considérez qtle rExti^éme-Onction est un Sacrement institué par Jésus^hrist, qui consiste en l'onctioti des cinq sens corporels, et dans Toraison du prêtre pour lef péchés commis par les sens du corps, pour donner la ^âce à l'âme, lui remettre ses péchés, guérir les restes des maladies spirituelles, et redonner au corps la santé , ou diminuer pour un temps sa maladie , quand le plus grand 'bien de Tâme le requiert. L'Extrême-Onction est appelée un Sacrement , parce que c'est un composé et un assemblage de plusieurs cérémonies extérieures et sensibles, qui sont significatives et effectiyes de la grâce de Dieu. Ce Sacrement est dit institué par Wsus-Christ, qui l'ordonna, ou dans la dernière cène de l'Agneau pascal, selon les paroles du pape Fabien, qui dit que ses prédécesseurs ont appris des Apôtres , que Jésus-Christ leur enseigna alors de faire le Chrême, par lequel on entend l'huile bénite par l'évéque, qui est la matière de ce Sacrement ; ou après la dernière cène, mais avant sort Ascension, parce qu'il lui était bienséant, avant son départ de ce monde, de laisser son Eglise parfaitement fondée et enrichie de tous les Sacrements, qui en sont le soutien et le principal établissement. Et, quoique les Evangélistes, lesquels n'ont pas raconté la cent millième partie de ses actions et de ses paroles , que tout le monde ne saurait contenir si elles étaient rédigées par écrit , n'aient pas fait d'expresse mention de l'institution de ce Sacrement, toutefois l'apôtre saint Jacques en a parlé très-clairement pour suppléer à leur silence : Quelqu'un de vous est-il infirme? dit-il, qu il fasse entrer les prêtres de r Eglise, et qu'ils prient pour lui, V oignant d'huile au nom du Seigneur, et roraison de la Foi sauvera l'infirme , et le Seigneur le soulagera , et s'il est en péchés ils lui seront remis (Epît. 5). Car, pourquoi

DES SAGiiïMKirrê'. tSS

saint Jacques ferait-il mention de la cérénfionie de cette onction par les prêtres , si ce n'est que comme Jésus-Christ a élevé l'al)lution avec l'eau et les paroles à la dignité de Sacrement, ainsi il a élevé l'onction du prêtre, et sa prière sur les malades en péril de mort â la même dignité de Sacrement ? En effet, l'Extrême- Onction a sa matière et sa forme , car elle consiste dans l'onction faite, avec l'huile bénite par l'évêque, sur les cinq sens, qui sont les sources et les origines du péché, suivant ce que dit un Prophète : La mort est entrée par les fenêtres (Jérém. 9); tellement que l'huile est la matière du Sacrement, et elle en signifie l'effet , qui est d'adoucir le mal du corps et de l'âme , ou de le guérir, l'Extrême-Onction étant un remède lénitif à l'heure de la mort, et qui y eonforte le malade en ses peines intérieures et extérieures. Au reste, si l'huile n'est pas ici mêlée avec le baume comme dans la Confirmation , c'est que le baume signifie l'odeur et la réputation d'une bonne vie, qui est nécessaire à ceux qui , après la Confirmation , ont à combattre les tyrans et les persécuteurs de la Foi , non à ceux qui s'en vont être jugés de Dieu , devant qui il suffit d'avoir la netteté de la conscience signifiée par l'huile. Je sais , dit saint Jérôme , que l'on arrive au royaume des cieux par une bonne et mauvaise réputation. Que si envers les hommes l'onction se fait encore sur les reins et sur les pieds, qui sont aussi les organes du péché, ceci n'est que d'institution ecclésiastique , non de nécessité pour le Sacrement. Qnint à la forme qui signifie plus expressément l'opération du Sacrement , elle consiste dans les prières que fait le prêtre sur chacun des sens , disant en oignant les yeux : Par cette onction sacrée et sa très-pieuse miséricorde , Dieu te pardonne tout ce que tu as péché par la vue; et ainsi aux autres sens , où le prêtre use de paroles de supplications et de prières envers Dieu , parce que le malade s'en allant passer de la Cour et de la juridiction de l'Eglise, au tribunal de Dieu même , où personne n'a pouvoir que lui seul , on ne peut faire autre chose que de le lui recommander par d'humbles prières et supplications ; c'est pourquoi elles servent de forme au Sacrement, et en dénotent l'effet manifestement, qui est le salut de l'infirme et la rémission de ses péchés et des restes du péché. Car ce Sacrement opère pour le bien de l'âme et pour le bien du corps. Pour ce qui regarde l'âme, il produit et accroît la'

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grâce sanctifiante , et si le malade a quelques péchés mortels qu'il ignore de bonne foi et ne croie pas aYolr, ce Saeremoit les remet, ainsi que saint Jacques le déclare : Et y s'il est dm leê péchés , ils lui seront remis , pourvu que l'âme du malade n'y ait point d'attache , et d'affection actuelle. Ce même Sacre- s ment guérit les restes des péchés qui sont les peines dues ai^ ?. péché après la rémission de la coulpe qu'il diminue de beaucoup , ou bien , les craintes , les angoisses , les langueurs , les abattements , les tristesses , les déplaisirs , les faiblesses contre les tentations , les pensées de désespoir et la défiance de la miséricorde de Dieu , toutes choses qui restent et s'excitent en l'âme du malade , à cause des offenses de la vie , et pour cela sont appelés les restes du péché , contre lesquels ce Sacrement donne secours au malade , pour l'aider à mourir saintement et faire une fin heureuse , avec une bonne confiance en Dieu , et une allégresse spirituelle toute consolante et toute confortante. Et c'était pour tous ces effets qulme grande Sainte, favorisée de plusieurs visions célestes en sa vie , assistant les malades auxquels on administrait ce Sacrement en sa présence, voyait Jésus-Christ environné d'une grande multitude de Saints, les fortifiant miséricordieusement , chassant les démons et purifiant leurs âmes. Enfin , ce Sacrement donne la santé au corps, ou diminue pour quelque temps la maladie , en cas que ce soit expédient au salut de l'âme ; car comme la santé du corps est de soi-même indifférente au bien ou au mal,.ielle ne peut être absolument l'effet d'un Sacrement , mais seulement sous cette condition, qu'elle soit convenable à la vie éternelle et au salut du malade : c'est pourquoi , en vertu de ce Sacrement, plusieurs guérissent pour mener une vie plus sainte , et mieux travailler à leur salut.

Formez des actes de joie et de reconnaissance envers Dieu. Ne faut-il pas bien dire que l'homme a été admirablement traité par Jésus-Christ , puisqu'après tant de Sacrements qu'il a établis, pour la sainteté et la conduite de sa vie, lorsqu'il est près de la perdre par la mort , que les médecins l'abandonnent que l'industrie humaine n'a plus de moyens pour le secourir, il lui fournit encore ce Sacrement pour le bien de son âme et de son corps ? Oh ! quelle admirable providence de Dieu dans les maladies et les infirmités humaines ! 0 Jésus ! béni soit votre

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amour et votre miséricorde envers Thcmimc misérable. Oh ! qu'il vous convient bien de lui dire : Je suis avec lui dans la Iribtdation, je le délivrerai et le glorifierai (Ps. 90).

II. Considérez qu'il est très-important de recevoir le Sacrement de rExtrôme-Onction , en danger de mort , pour trois faisons principales. La première est parce que plusieurs grands théologiens le croient nécessaire au salut, et taxent de péché mortel l'omission de ce Sacrement, quand elle est volontaire, et qu'elle provient de mépris ou même de négligence. Nous répondons, écrit un savant docteur, que l'Extrême-Onction ne peut pas être omise des malades tant à cause des grands dangers que Ton court à la mort, et des tentations très-difficiles auxquelles personne n'est sûr de pouvoir résister, s'il n'use des moyens prescrits par Jésus-Christ, qu'à cause de la commune pratique et coutume de l'Eglise, qu'on ne peut violer sans quelque scandale, et qui a force de loi. Aussi; dans le premier Concile de Cologne, sous Paul III, il est parlé du précepte apostolique de l'onction, et dans celui de Sens, l'usage de l'Extrême-Onction est dite le précepte de Jésus-Christ, et le catéchisme du Concile de Trente assure que ceux-là pèchent grièvement , qui diffèrent trop longtemps ce Sacrement : que sera-ce donc de ceux qui l'omettent tout-à-fait ? Puis, il fait la liste des théologiens célèbres qui soutiennent cette doctrine. Entre eux est le Maître des sentences , saint Bonaventure et le cardinal Bellarmin, qui assurent qu'il y a nécessité de précepte de le recevoir. Pourtant l'opinion qui soutient ce Sacrement comme de plus grande perfection et de conseil , non d'obligation , pounu qu'on ne l'omette point par mépris, est plus suivie, plus commune et reçue d'un consentement plus universel. Et quoique ce soit une prodigalité spirituelle que d'en perdre le fruit sans motif suffisant, il n'y a pas toutefois de péché mortel, parce que, sans la grâce qu'il produit, on peut aimer Dieu pardessus tout. Il n'y a pas non plus de péché mortel, à cause des grands périls de la mort et des tentations de l'ennemi, parce que l'on y peut échapper par d'autres voies, comme par l'oraison et les sacrifices , surtout puisqu'on l'omettant on ne s'expose à aucun danger prochain de pécher mortellement. Enfin, la coutume de l'Eglise ne vient pas de la nécessité et de 'obligation; mais parce qu'en un moment d'où dépend l^éter-

â86 LA THÉOLOGIE AFFECTIVE.

ni té, il n'y a personne qfl ne veuille prendre ses plus grandes assurances, principalement en ce qui se peut faire sans beaucoup de difficulté. Or, dans cette contrariété d'opinionSs il est très-important de suivre la plus assurée pour le salut, paisqu'on peut le faire sans aucune incommodité^ d'ailleurs , û aucun préjudice pour soi ou pour autrui, mais qu'on en retin, des avantages très-notables pour la multitude des bcms efieto qui en proviennent. La seconde raison pour laquelle il est i»* portant de recevoir ce Sacrement, est à cause de l'assistanei qu'il donne contre les trois plus remarquables difficultés qui 8* présentent à l'article de la mort ; la première est la faiblesse di corps, qui est atténué par les maladies, dégoûté par les Biédecines, affaibli par les saignées, travaillé de douleurs et inconmode en mille manières, d'où naissent les chagrins et les impatiences, les plaintes et les murmures, et le peu de résignatioB à la volonté de Dieu , difficultés auxquelles ce Sacrement apporte de très-puissants secours ; la seconde .difficulté {HTOvient des péchés de la vie passée, desquels l'âme prête d'être ravie de» vaut le tribunal de Jésus-Christ est plus inquiétée : si bien que de là naissent les craintes et les frayeurs, les mouvements de défiance , les découragements , et autres restes de la maladie spirituelle , auxquels ce Sacrement apporte encore un grand secours par les grâces qu'il répand dans l'âme au moment eà elle en a le plus grand besoin ; la troisième difficulté provient des tentations du diable, qui sont alors plus fortes, cet enneffii reconnaistsant que c'est alors ou jamais qu'il doit ôter «ae âme à Dieu, et le priver de la grande gloire qu'il en reeevrsét par son salut. Enfin, il lui reste peu de temps, et il le veut'biea employer : Malheur à la mer, dira un ange sur la an du monde, et à la Urrcy le diable vient à vous avec une grande colère^ forcê quil a hkn peu de temps (Apoc. 12). Or , l'Extréme-Onction munit encore le malade contre cette difficulté , et le rend plus fort et plus habile pour résister à ces dernières att»* ques et y refuser son consentement. Ces biens sont si grands dans l'extrême nécessité , qu'il faut être dépourvu de sens et de raison , et ennemi de soi-même, pour ne pas les estimer et les désirer grandement et se les procurer par tous les moyens possibles ? La troisième raison est l'intention de Jésus- Christ, qui, par l'excès de sa Charité et l'abondance de son

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amour, a institué ce Sacrement avec cç dessein, que les chrétiens, dans leurs maladies dangereuses, pussent s'enrichir des grands liens qui y sont attachés, car comme en parle le Concile, c'est le complément de la Pénitence , et de toute la vie chrétienne ; c'en est la fin et raccomplissement , et notre très-clément Rédempteur, qui a voulu en tout temps offrir des remèdes salutaires à ses serviteurs contre les traits de tous leurs adversaires , comme il a préparé de grands secours dans les autres Sacrements , par lesquels les chrétiens , durant leur vie , se pourraient préserver de toute grande incommodité spirituelle, de même, il a fortifié la fin de notre vie par le Sacrement de V Extrême-Onction , comme d'une sorte de sauve-garde. Or, rinteution de Jésus-Christ et son amour ayant été tels à notre égard , n'est-il pas important d'en faire estime , vu principalement que tout notre salut dépend de lui, M qu'en la ma* ladie nous sommes à la veille d'être jugés par lui , et d'entendre l'arrêt définitif d'une éternité bienheureuse? Enfin, c'est une ravissante considération , de penser que l'on ne peut être trop préparé pour paraître devant la splendeur et la pureté divine au sortir de ce monde. Les vierges sages qui s'étaient tenues prêtes avec l'huile dans leurs lampes , furent admises dans la chambre de l'époux céleste, et les vierges folles , qui sont le symbole des âmes réprouvées ^ faute d'huile et de préparation , furent rejetées. L'épouse ne se présente pas devant son époux sans s'être lavée et parée. Les personnes honnêtes ne mettent pas un vase sur la table sans l'avoir nettoyé, et personne n'a la présomption de se trouver à quelque solennité , au festin d'un roi , qu'il ne soit velu et couvert avec décence; l'âme du moribond devaht donc être reçue comme une épouse dans la chambre de l'époux céleste, assister au banquet de la réfection éternelle , et être mise comme un vase précieux dans les trésors immortels du Paradis ^ il est aisé de faire entendre aux personnes de bon esprit, combien nécessaire et convenable est le Sacrement de la dernière sanc^ tification.

Affectionnez-vous donc à ce Sacrement, et demandez à Dieu la grâce de n'en être pas privés aux approches de la mort. L'on ne saurait trop bien mourir, ni trop faire pour mourir saintement. Déplorez ensuite les dommages que l'amour aveuglé et

288 LA TUiOLOGlB AFPEGTIYE.

déréglé des amis et des parents apportent aox malades, lesquels les trahissent par une cruelle douceur , leor différant ce Sacrement et leur en ôtant toute pensée, de peur qu'il ne leur apporte la mort. 0 incrédulité ! 6 infidélité! Ce qui est donc institué pour redonner la vie et la santé , sera la cause de la mort ! 0 mon Dieu I délivrezHious de ces conseils , qui ne partent que du défaut de Foi , d'Espérance et d'amour. Ohl (pu mon âme mettre de la mort des jutteij et que ma fin soit semblable i la leur (Nom. 23).

III. Considérez avec quelle disposition et quel esprit on doit recevoir le Sacrement de rExtréme-Onction dans une maladie périlleuse. La première et la principale disposition, est l'état de grâce par la confession sacramentelle, ou, à son défaut, par l'acte d'une parfaite contrition ^ parce que c'est un Sacrement des vivants , quant à l'âme , et il est seulement des mourants quant au corps. Rien ne lui est plus contraire, dit le catéchisme du Concile (i), que la conscience du péché mortel, et il faut observer la coutume perpétuelle de l'Eglise catholique, qui est d'administrer les Sacrements de Pénitence et de l'Eucharistie auparavant. La seconde disposition est l'acte de Foi et de confiance en Dieu. Que les curés, dit le même Catéchisme, s'efforcent de persuader aux malades de se présenter aux prêtres pour en recevoir ce Sacrement, avec la Foi de ceux qui se présentaient aux Apôtres pour en être guéris. Par défaut de cette Foi , plutôt que de la vertu du Sacrement, les malades ne reçoivent pas la santé, parce qu'en une (rès-grande partie , ou de ceux qui reçoivent TExtréme-Onction , ou de ceux qui l'administrent, la Foi est faible; car l'Evangile témoigne que notre Seigneur ne fit pas de grands miracles parmi les siens, à cause de leur incrédulité. La troisième 'disposition consiste à avoir du regret et de la douleur des péchés commis par tous les cinq sens de la nature , et les parties du corps qui reçoivent Tonction. Considère à chaque onction les péchés que tu as commis en si grand nombre par la vue , par l'ouïe , par la langue , par attouchement, c'est-à-dire, par tous les membres du corps , par l'odorat, les allées et venues auxquelles ont servi tes pieds , en un mot, tous les péchés de désirs et de pensées, à mesure

(1) P. 2, de 8:icr. Exlr. Viucl.

que Tonction tombera sur chacun de ces membres ou organes. L'onction invisible du Saint-Esprit t'ayant pleinement guéri de tes infirmités, t'ayant illuminé et 'enseigné le mystère de ces onctions visibles et corporelles , te mettra en jouissance de la chose même désignée par chacune d'elles, et l'Elsprit attentif à l'invocation de cette miséricorde , tant de fois réitérée sur toi , répondant à ta confiance, remplira ta bouche de la douceur de cette psalmodie : Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur (Ps. 88). Cette pratique est exposée plus au long dans l'Année Chrétienne, avec l'avis d'oflrir à Dieu pour satisfaction de tous les péchés commis par tous les organes des sens et les membres du corps, la perte de tous les sens, que la mort anéantit. La quatrième et dernière disposition, pour ne point charger de trop de pratiques une personne assez chargée de ses infirmités , est de recevoir ce Sacrement avec une résignation et un abandonnement total de sa vie entre les mains de Dieu, la lui remettant à sa discrétion, ainsi que nous l'avons tenue et reçue de lui, ne la désirant que sous son bon plaisir, et n condition qu'elle tourne davantage à sa gloire et à notre salut éternel. Ainsi nous imiterons Jésus-Christ , qui remit son âme à Dieu son Père, lui disant sur la croix : Père, je remets mon esprit entre vos mains (Luc, 23), et nous pratiquerons ce que dit saint Paul : Soit que nous vivions, nous vivons pour le Seigneur; soit que nous mourions, nous mourons pour le Seigneur \ soit que nous vivions et que nous mourions, nous sommes au Seigneur (Rom. 14).

Ressouvenez-vous de ces dispositions dans vos afi'aires, et méditez-les de bon cœur pour en remplir votre mémoire au jour de la tribulation; il sera peut-être bien tard d'apprendre à recevoir ce Sacrement comme il convient, à l'heure même qu'il le faudra recevoir en effet; c'est pourquoi, pratiquez l'avis du Sage : Au jour de V abondance, pense à ta misère (Eccles. 18). Au jour de la force et de ta bonne santé, pense au jour de ton infirmité et de ta langueur. Il est expédient pour ce sujet de recevoir en santé l'Extrême-Onction spirituellement, par le désir et la pratique intérieure de ces quatre dispositions, avant que de le recevoir réellement et de fait dans la maladie. Comme la confession spirituelle de ses péchés devant Dieu, et la communion spirituelle , préparent Tâme à mieux faire la confession et la communion sacramentelles, ainsi il en est de l'Ëxtréme-Onction prav. 19

2iN) LA TUÉOLOGIE AFFECTIVE.

tiquée en esprit; elle en prévient doucement la réception réelle, et instruit à la bien recevoir en son temps. 0 Jésus ! qui nm avez donné votre onction dans le Baptême, et qui désirez noos la donner en noire langueur et dans notre faiblesse pour aontenir notre courage, et nous y armer de constance, donnez-nous aussi la grâce de la recevoir au temps opportun, avec de telles dispositions, que nous participions en même temps à tous ses meilleurs effets , lesquels nous faisant surmonter les dernières tentations de nos ennemis, et ruinant de tout point tous les restes de nos péchés, nous fassent flair saintement cette vie calaioiteuse, pour passer sans obstacle à la vie bienheureuse, daos laquelle nous vous glorifierons en tous les siècles des siècles.

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