TRENTE-HUITIÈME MÉDITATION
DK l'institution, DE LA PUISSANCE ET DE LA SAJNTETÉ DES PRÊTRES.
I. Considères l'institution de l'Ordre des prêtres dans toutes ses circonstances. Premièrement , l'instituteur est l'Homine- Dieu Jésus-Christ, qui, immédiatement et par soi-môme, institua l'Ordre de prêtrise, choisissant des hommes d'entre tous les autres, pour se les consacrer et les dédier entièrement au culte de Dieu , la dignité de la prêtrise étant si grande et si émi* nente , qu'elle ne pouvait convenablement prendre sa source et son commencement d'un autre que du Fils de Dieu incarné, qui portait sur la terre la qualité sublime de prêtre, selon Twdre de Melchisédech (Ps. 109), qualité dont il voulut rendre les hommes participants , pour procurer sur la terre la gloire de Dieu et le salut des hommes. C'est pourquoi il n'en est pas de rOrdre de la prêtrise comme des Ordres religieux dans TËglise; car , quand il a voulu les faire éclater au monde , il a choisi des hommes saints pour en être les fondateurs; mais rOrdre des prêtres est si relevé, que Dieu n'en a pas voulu commettre la fondation à un homme , ni à un patriarche , ni à un ange même : son Fils Jésus-Christ a été destiné pour le fonder. Dans cette institution , Jésus-Christ fait une des plus grandes merveilles de toute sa vie ; car instituer des prêtres, c'est élever des hommes de la poussière et de la bassesse , pour les rendre princes , et les exalter indiciblement. C'est communiquer à des hommes faibles et infirmes la plus noble qualité de la terre , et
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une puissance tout admirable. C'est donner des sauveurs et des médiateurs de salut aux autres hommes. Cette institution des prêtres se fit à Jérusalem , capitale de la Terre-Sainte , et la ville où s'offraient les anciens sacrifices de la loi mosaïque ; elle se fit dans une salle ornée de tapisseries , au lieu même où le Sacrement auguste de rEucharisiie prit naissance. Ce lieu était requis pour la grandeur de cette action , et pour nous témoigner la pureté et la sainteté qui devait être dans les prêtres. Mais de quels aides s'est servi Jésus-Christ pour instituer les prêtres sur la terre? Son zèle ardent pour procurer la gloire de Dieu et le salut des hommes l'a aidé par-dessus tout, et l'indignation qu'H a eue de voir l'indévotion des hommes dans le culte et le service de Dieu l'a excité puissamment; car, comme un vrai maître, qui voit que ses gens ne font pas bien l'ouvrage, s'emploie en personne et le fait lui-même, ainsi Jésus-Christ, ^ considérant que Dieu était peu servi et adoré, a voulu être luimême un parfait adorateur de Dieu , et a voulu suppléer par soi-même au manquement des hommes qu'il ne pouvait supporter. C'est pourquoi il a donné le pouvoir é(\i prêtre de le rendre présent , en qualité de victime , au sacrifice de la messe , pour pouvoir rendre à Dieu plus de gloire et de service en un moment , que ne pourraient faire tous les anges et les hommes dans toute l'éternité ; si bien que le déplaisir de voir Dieu servi imparfaitement l'a poussé à cette institution , et il peut dire ici comme sur la croix : Et mon indigtialion m'a soutenu (Isa. 03). A quoi s'accorde la fin de cette institution tout admirable et digne d'étonneraent ; car ce fut pour procurer à Dieu, dans tous les siècles jusqu'au jugement, et dans tous les lieux de la terre habitable, la plus grande gloire qu'il puisse recevoir par le sacrifice et l'oblation de la plus riche et de la plus noble de toutes les victimes ; ce fut pour remercier Dieu sans fin et sans cesse , sans mesure "et sans nombre; ce fut pour représenter tous les jours à son Père sa sainte Passion , pour le porter à compatir aux âmes ; ce fut pour sanctifier son Eglise , dégager des âmes innombrables des liens du péché , et du gouffre de l'enfer, par l'administration des Sacrements du Baptême , de la Pénitence , de l'Eucharistie , de l'Extrême-Onction ; ce fut pour combler les hommes de bienfaits indicibles qu'ils reçoivent par l'entremise du sacerdoce , duquel découle , comme
d'une source abondante , toute la sainteté de l'Eglise ; ce fut enfin pour créer des ministres sacrés , qui rendissent les fidèles participants de son corps et de son esprit dans la distribution du plus saint des Sacrements ; si bien que toute la splendeur et le plus grand ornement de TEglise dépend de leur ministère. Et comme le soleil répand de toutes parts ses lumières , ainsi le sacerdoce répand dans toutes les âmes , qui s'en rendent capables et susceptibles , Todeur de la sainteté , et opère en elles des effets très-grands et très-estimables. Quant à la manière dont Jésus-Christ a fait cette institution, elle est encore à admirer; car ce fut avec une Charité très-ardente pour les hommes, avec une libéralité vraiment immense et infmie , et une facilité la plus merveilleuse du monde. Aimant les hommes et leur salut plus que sa propre vie , il leur donna des prêtres qui représentassent sa personne , qui fussent comme ses légats et vice-gérants^ et ses coopérateurs dans le salut des âmes. Il les donna en grande multitude; et afin qu'ils se trouvassent aisément en tous les endroits de la terre , et que peu de personnes fussent privées de l'utilité qu'ils apportent dans le monde pour le spirituel , il ne voulut pas même qu'il fût absolument nécessaire qu'ils fussent aussi saints que les anges pour produire validement les effets des Sacrements. Jamais les âmes n'eussent été en assurance de communiquer à la grâce divine par leur entremise , si la grâce des Sacrements eût entièrement dépendu de la sainteté des prêtres. Enfin , il les institua par sa seule parole et par un souffle de sa bouche , leur disant : Faites ceci en mémoire de moi (Luc, 22); et : Les pécJiés seront pardonnes à ceux auxquels vous les aurez pardonnes (Jean , 20). Il voulut que les évêques les perpétuassent sur la terre avec la même facilité, afin que les prêtres ne manquassent jamais, ce qui eût pu arriver dans le monde , s'il y eût eu mille difficultés à les ordonner. Enfin , la circonstance du temps de cette institution est encore toute remarquable; car ce fut partie avant sa mort, partie incontinent après sa résurrection , ayant donné aux Apôtres , la veille du jour de sa mort , lorsqu'il était dans les plus vifs embrasements de sa Charité , et dans les pensées de sa croix et de sa mort très-douloureuse , le pouvoir de changer la substance du pain en celle de son corps , et la substance du vin en celle de son sang, pour témoigner que cette institution était
l'effet (le sa Charité, et enseigner aux prêtres de porter gravée sur eux la pensée et la mémoire de sa sainte Passion , à l'entrée de laquelle ils furent institués. Et, quand les Juifs prenaient possession de son corps , pour le tourmenter et lui ôter la vie , il voulut que les Apôtres et les prêtres prissent aussi possession de ce même corps, pour lui donner une vie cachée sur les autels, et la lui donner un million de fois , pour récompense de la vie qu'il perdit une fois dans les ignominies de sa Passion. Au reste, ayant double pouvoir, Pun sur son corps réel pour le mettre sur les autels , et Pautre sur son corps mystique , qui est PEglise , pour remettre les péchés des fidèles, il ne voulut leur donner ce dernier pouvoir qu'après sa mort et sa résurrection, lorsqu'il leur dit : Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre (Matth. 28). Il voulut attendre qu'il eût payé entièrement, par une satisfaction rigoureuse, la dette de tous les crimes des hommes , avant de domier plein pouvoir aux hommes de les effacer par le vertu de l'absolution.
J'admirerai cette grande institution de la prêtrise en toutes ses circonstances , et je considérerai par-dessus tout cet avantage si grand pour nous que Jésus-Christ soit la victime du sacrifice , s'y employant pour nous , y aimant et adorant Dieu à notre place , et le glorifiant là pour nous , qui nous acquittons si mal de ce devoir. Oh ! quelle grande gloire revient à Dieu par un seul sacrifice , plus grande que de toute autre action humaine ou angélique ! Comment donc fait-on si peu de réflexion sur cette merveille ? 0 hostie et victime infinie ! 0 Jésus ! qui vous donnez tout à Dieu en vous sacrifiant , et tout aux hommes par la communion ! Oh ! le bonheur des prêtres ! Oh ! quelle joie doivent-ils ressentir de faire celte oblation,et d'être ordonnés de Dieu pour lui procurer cette hostie inestimable ! Oh ! que je déplore l'aveuglement du monde , qui sait si peu estimer le don et la libéralité de Dieu en cette institution , faisant souvent peu d'estime de ceux auxquels ite ont toutes sortes d'obligations, quoique ayant été retirés de l'enfer plusieurs fois par leur ministère. 0 Jésus ! soyez béni infiniment de ce que vous vous servez de la coopération de tant d'hommes pour notre sanctification ! 0 Dieu suprême ! que toutes les âmes et tous les anges vous glorifient, pour avoir donné au monde le sacerdoce , dont il lui revient tant d'avantages.