II. Considérez la puissance des prêtres^ en la comparant aux
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plus grandes puissances du monde, temporelles ou spirituelles, humaines ou divines, terrestres ou célestes. Et premièrement, si nous la comparons avec la puissance des princes et des rois de la terre, elle ne leur cède pas, mais les excède plutôt et les surpasse, car la puissance des rois et des empereurs terrestres ne s'étend que sur le corps, n'ayant aucune attente sur les âmes, et encore elle n'opère que dans un certain espace de la terre et dans certaines limites, hors lesquelles elle ne peut rien; au lieu que la puissance sacerdotale opère dans toute la terre habitable, tenant dans sa dépendance les papes et les empereurs, qui ont besoin de se soumettre aux prêtres. La puissance des rois est de courte durée, elle s'exerce souvent par la violence et l'effusion du sang ; mais la puissance des prêtres est toute sainte et toute > sanctifiante, gouvernant les âmes plutôt par une suave direction, que par la violence. Si nous la comparons avec la puissance de juridiction , qui est principalement dans les papes , qui excellent en autorité et en grandeur sur la terre , et ne reconnaissent rien , après Jésus-Christ , qui soit plus grand qu'eux dans l'Eglise militante; il la faut reconnaître plus grande, en ce qu'elle s'étend sur le corps réel de Jésus-Christ et celle-là sur son corps mystique seulement, qui est l'Eglise ; et partant, autant que le corps réel de Jésus-Christ excelle par-dessus son corps mystique, autant la puissance sacerdotale surpasse la puissance de juridiction des papes , si on la considère sans le sacerdoce; si bien que ce qu'il y a de plus grand et de plus auguste dans les papes et les pontifes de l'Eglise, est le sacerdoce , qui leur donne un pouvoir plus céleste et plus éminent que tout ce qui se peut considérer en eux ; cette puissance donc, est de tout point admirable. De là vient que cette puissance surpasse encore l'apostolat, qui n'est qu'un office du sacerdoce. En effet, les Apôtres, en qualité d'Apôtres, ne font guère que prêcher et annoncer aux peuples celui que les prêtres reproduisent sur les autels ; les Apôtres sont établis par la seule vocation, les prêtres par l'onction sacrée. Elle surpasse pareille* ment la puissance qu'ont eue les Patriarches dans le monde, Adam, Enoch, Abraham, Gédéon, Samuel et autres personnes illustres de l'Ancien-Teslament, lesquelles se sont fait remarquer par leurs miracles et leurs œuvres prodigieuses ; maïs néan- DMHiia, quoi qu'ils aient fait de grand et de men^illeiix, ça été
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sur les élémeuts qui les environnaient, et ils n'ont rien opéré au-dessus du ciel ; mais la puissance sacerdotale opère sur les cieux des cieux, faisant que celui qui est exalté sur le sommet des cieux, est rendu présent sur la terre, ils donnent à la main celui que les Prophètesi et les Patriarches, parmi les ombres et les figures de la loi ancienne n'ont fait qu'annoncer de loin. Et quoiqu'il soit dit de saint Jean*6aptiste, qu'il n'a jamais paru personne plus grand que lui entre les enfants des hommes, cela est vrai, si l'on considère les mérites de sa vie très-sainte ; car ayant égard à la puissance^ le plus petit des prêtres de l'Eglise catholique l'emporte sur lui, produisant entre ses mains et donnant en nourriture aux autres celui que saint Jean n'a fait que montrer du doigt. La puissance des prêtres surpasse encore de beaucoup celle ^ des anges, lesquels, quoiqu'ils puissent de grandes choses sur les créatures du monde, n'exercent pourtant aucun pouvoir sur le Créateur du monde, ils ne peuvent à leur gré rendre Jésus-Cbriat présent sur les autels, et ils se cou* tentent de l'y adore? et de l'y louer avec des respects infinis. Ni les Archanges, ni les Thrônes, ni les Chérubins, ni même les Séraphins, qui sont les plus grands dans la hiérarchie au ciel, n'ont reçu aucune puissance de Dieu pour une opération si admirable; mais le prêtre, en vertu de son caractère, a cette puissance, et il peut immoler en sacrifice non sanglant, le Fils de Dieu, incarné pour le salut des vivants et des morts. Aussi les anges les admirent et les vénèrent pour cette autorité suprême, à laquelle ils sonL élevés. Si nous comparons maintenant la puissance des prêtres à la puissance de celle qui est exaltée par- dessus tous les chœurs des angea, nous y trouverons de quoi continuer notre entretien. La très^heureuse Vierge conçut le Fils de Dieu en ses entrailles, prononçant ces mots : Qu'il nu sqU fait selon vçtre parole, et les prêtres changent le pain et le vin' en Jésus-Christ, en prononçant ces paroles : Ceci e$i mM oerp«. La Vierge engend;*a ainsi une fois Jésua^Christ, et l'engendra petit enfant, sans force, sans parole, sans action, |iassible et mortel, et les prêtres l'engendrent en quelque sorte, et le produi* sent sur les autels, non une fois^ mais mille et mille fois, et iU la produisent dans l'état de grandeur qu'H a dans le ciel ; homme parfait, glorieux, régnant au ciel, dominent sur les Saints, impassible et immortel ; si bioi que s'arrétant i la subetenee
de ce qui est né en la Vierge , et de ce qui est produit par les prêtres, la transsubstantiation est aussi merveilleuse que la conception y par laquelle la Vierge est rendue mère de Dieu. Quelle puissance donc plus excellente ? Il n'y a plus rien parmi les êtres créés et finis, à quoi elle puisse être comparée. Cette puissance imite et honore les puissances qui sont attribuées aux Personnes de la sainte Trinité. Si la puissance du Saint- Esprit éclate dans la distribution de ses dons , des grâces et des vertus infuses, comme aussi de leurs actes, qui sont appelés les fruits et les béatitudes, la puissance des prêtres s'exerce en donnant l'auteur des dons , des grâces et des vertus; car ils donnent et distribuent la sainte Eucharistie, qui est l'arbre d'où sont tirés tous les fruits du Saint-Esprit, qu'ils plantent et conservent dans l'Eglise, pour en substanter tous les fidèles. Si la puissance du Fils s'est manifestée en réparant le monde perdu, en apaisant la colère de Dieu par son sacrifice, en détruisant le règne de Satan, et en ouvrant aux hommes les portes du Paradis , que le péché avait fermées , les prêtres sont en ces opérations les images et les ressemblances de Jésus-Christ, étant établis en autorité, pour seconder et continuer ses mêmes desseins et ses mêmes opérations. Enfin , si la puissance de la création de l'univers est attribuée au Père éternel , et si tout ce que décrit Moïse avoir été fait en six jours est l'œuvre de la toute-puissance du l^ère , principe sans principe , les prêtres n'en font pas moins par la puissance de leur office, produisant le Dieu-Homme Jésus- Christ , qui est infiniment plus grand que tout le monde et des millions de mondes. Enfin, le Père éternel produit éternellement le Verbe incarné , son Fils coétemel et consubstanliel , et le produit en lui-même. Le prêtre reproduit le même Fils, fait homme et incamé , et le produit entre ses mains dans le Sacrement et le sacrifice.
0 grandeur du sacerdoce! ô puissance non pareille des prêtres ! Oh ! le sujet de mon admiration perpétuelle ! ô Dieu adorable ! qu'est-ce que l'homme , si petit en sa naissance , en ses opérations et en ses qualités, pour que vous l'agrandissiez par-dessus toutes les œuvres de vos mains! Oh! que misérables sont ceux qui ne font aucun usage de cette puissance si sublime ^ et la laissent inutile et oiseuse des mois et des années
entières! Oh! qu'ils sont misérables ceux qui, par la bassesse et la corruption de leur vie, ou Tindigniié de leurs emplois, rendent vile et conlemplible une si honorable puissance! oh! que déplorables sont les hommes qui, en voyant parmi eux les prêtres si exaltés de Dieu et élevés à un si haut pouvoir, les traitent indignement , comme de très-vils esclaves ! 0 Seigneur mon Dieu ! faites que je considère le mystère qui est en moi par l'onction sacrée du sacerdoce , le mystère de ma petitesse et de ma. grandeur, par la considération de mon être et par la grâce de votre élection , afin que je ne dégénère jamais par des actions lâches et criminelles, de la dignité où votre vocation m'a élevé. Mais, qu'en vous reconnaissant comme l'auteur de tout bien , j'emploie cette puissance à vous glorifier par le sacrifice, et à procurer que mes frères vous glorifieni par une entière conversion.
III. Considérez quelle doit être la probité de vie dans les prêtres, dont l'institution est telle et la puissance si merveilleuse. Elle doit être très-grande sans doute , et telle que difficilement aucun le pourrait concevoir et beaucoup moins exprimer. Le premier article de leur bonne vie consiste à se distinguer des laïques et des hommes du monde, quoique croyants et fidèles; car , comme Dieu a séparé les chrétiens des infidèles y en se les consacrant par le Baptême, ainsi il a séparé les prêtres, même des autres fidèles, pour se les consacrer plus spécialement par leur Ordination. C'est aussi le propre de la nature de tendre toujours à séparer le plus noble d'avec le plus vil, ainsi que le feu dans la fournaise sépare l'or des autres métaux, et que Dieu, au commencement du monde, sépara la lumière d'avec les lénèbns , et les eaux célestes d'avec les terrestres. Or, les prêtres se doivent distinguer et séparer des autres en quatre choses , qui sont l'office , l'habit , la science et la vie , mais aujourd'hui on peut le déplorer avec le prophète Isaïe : Tel est le peuple y ainsi est lé prêtre (Isa. 24), ce qui est la cause et la marque de la plus grande corruption du siècle. On peut dire avec le prophète David : Ils sont mêlés parmi les peuples , et ont appris à agir comme eux (Ps. 405). Plusieurs prêtres remplissent les mêmes offices que les laïques; ils se ravalent comme eux , ils n'ont aucun soin d'acquérir la science qui leur est propre , convenable et nécessaire , et cn- V. 20
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suite ne mènent qu*une vie pleine de tiédeur , et qui n'est nvh cunement sortable à leur vocation, n'ayant aucun mouvement d'affection pour faire réussir les desseins de Jésus-Christ , pour gloriOer Dieu et sauver les âmes. Ce qui est la cause de la per* dition du monde et de la ruine de la dévotion parmi les peu* pies , que les préires n'édifient pas par leur vertu et par leurs bons exemples, si bien que le plus grand ravage de l'Eglise et la plus grande perte que souffre Jésus-Christ, ne vient que de leur part. Plusieurs ont donné des règles et des préceptes de vie aux prêtres, et ont marqué doctement les vertus qu'ils doivent pratiquer, il suffit ici de considérer ce qu'écrit une ancienne lumière de l'Eglise de Paris : que les prêtres doivent se modeler, en leur conduite, sur Melchisédech, parce qu'il est écrit : Tu et prêtre éternellement selon l'ordre de Melchi-' iédech (Ps. 109). Or, trois choses sont remarquées de Melchisédech : la première , qu'il était roi ; la seconde , qu'il offrait du pain et du vin ; et la troisième, qu'il était sans généalogie et sans parents , à cause que l'Ecriture n'en fait aucune mention. Ainsi les prêtres doivent être rois, non esclaves de leurs passions, de l'avarice, de la colère, de la luxure, de l'ambition, dans la servitude desquelles plusieurs passent honteusement leur vie. Les prêtres doivent offrir le pain et le vin, c'est-à-dire , célébrer la sainte messe pour glorifier Dieu par le sacrifice, afin qu'une si grande puissance qui leur a été donnée ne demeure pas oiseuse et inutile, au préjudice de la sainte Trinité, (Je Jésus-Christ, de la Vierge sacrée, des Saints de l'Eglise triomphante , des fidèles de l'Eglise militante , et des âmes qui souffrent au purgatoire ; car le prêtre qui, sans légitime excuse, omet un seul jour la célébration de la messe, prive, autant qu'il est en lui, la sainte Trinité un seul Dieu, du culte qui lui est dû par le sacrifice, de l'adoration, de la gloi-re et de l'action de grâces qui lui appartient ; il fait, par sa négligence et sa tiédeur, que Jésus-Christ ne reçoit pas, en certain lieu de la terre, sous les espèces sacramentelles, la même vie heureuse , dont il jouit au ciel , et le contentement qu'il a d'être offert en victime à la divinité pour l'adorer et la reconnaître en ce même lieu. Ce point est peu considéré , quoiqu'il mérite l'application de tous les esprits du monde* Il ôte aux Saints du Paradis la joie qui leur revient,
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)nand le sacrifice se célèbre pour remercier Dieu des dons et de la gloire qu'ils ont reçus, et encore quand ils voient Dieu honoré et exalté par le sacrifice. Ils privent les fidèles chré- Uens du secours et de l'assistance qui leur revient de la valeur de la messe. I(^ laissent les malades sans médecine, les ignorants sans science , les faméliques sans nourriture , les pauvres sans richesses, le monde sans roi et sans sauveur, et les âmes du purgatoire portent la peine de leur négligence, ne recevant pas le soulagement de leurs souffrances, et peut-être leur délivrance totale. Ces détriments sont tels et de si haute conséquence, qu'il n'y a pas, après Dieu, de puissance au monde qui, en plusieurs siècles, les puisse réparer, si la diligence et la dévotion d'un prêtre rempli de zèle ne supplée à la négligence de celui qui en est la cause, en rendant inutile un seul jour le pouvoir qu'il a reçu. Pour cela, plusieurs théologiens* estiment qu'il ne peut, sans péché mortel, omettre de célébrer par quelque espace de temps un peu notable, n'ayant pas de légitime empêchement. C'est pourquoi les prêtres, pour être saints et sans reproche devant Dieu et les anges , doivent offrir le pain et le vin comme Melchisédech, et célébrer souvent et avec pureté de conscience. Enfin, ils doivent être sans généalogie, c'est-à-dire sans affection déréglée pour ceux qui leur tiennent par les liens du sang, comme s'ils n'avaient pas de [larents et qu'ils fussent sans généalogie , ainsi que le prêtre Melchisédech, selon l'ordre duquel ils sont appelés, de peur que :es parents, leur tenant lieu d'enfants, dont la providence de Dieu les a privés en les obligeant à la chasteté, ils ne mettent m oubli les intérêts de Jésus-Christ , devant le tribunal dujuel ils peuvent être appelés à comparaître au premier jour, eur laissant en héritage, ou le prix de son sang, ou des charges d'âmes, qu'ils sont beaucoup moins capables de remplir )ue plusieurs autres. Sur quoi il nous suffira maintenant de considérer ce qu'écrit Orfgène de Moïse, le chef du peuple, mr ce qu'à l'heure de sa mort il ne résigne sa charge à personne, nais prie Dieu de lui donner lui-même un successeur. Moïse, lit-il, sur le point de sortir de ce monde, prie Dieu qu'il donne lin chef au peuple. Que faites-vous. Moïse, n'avez-vous pas les enfants, qui sont Gerson et Eléazar, pour leur résigner 70tr6 principauté ? Mais que les princes de l'Eglise apprennent
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à ne point désigner pour leurs successeurs ceux qui leur sont proches par la proximité de la chair, ni à rendre héréditaires les dignités de TEglise , mais à rapporter le tout au jugement de Dieu ; et puis incontinent il ajoute : Dieu avait dit à Moïse : Ckaiôs des prêtres. Qui donc , mÊhx que Moïse, a pu choisir un prince du peuple ? Mais il ne fait pas cela, il ne le choisit pas, il ne fait pas d'élection, il ne l'ose pas. Pourquoi ne l'ose-t-il pas ! afin de ne pas laisser à la postérité un exemple de présomption.
Je déplorerai ensuite de cette considération, l'état du sacerdoce, qui est si dépravé et si perverti en plusieurs de ses membres. Je dirai après le prophète Jérémie . Comment l'or s^est-U obscurci , et comment la très-honne couleur s'est-elle changée (Thren. 4) ? Rien n'était autrefois si saint , si net , si pur, si céleste et si angélique, que l'Ordre des prêtres et des sacrificateurs , et aujourd'hui en quel état sont-ils réduits en plusieurs endroits et contrées du christianisme? Je frémirai en moi-même de ce qu'ayant cette haute qualité , je ne reconnais pas en moi les vertus et les actions qui sont convenables à cet état sublime. 0 Jésus ! 6 juge des vivants et des morts! ô pureté incompréhensible ! hélas I quel compte j'ai à vous rendre , depuis le temps qu'ayant reçu ce Caractère sacré , je ne devais faire autre chose que de procurer votre gloire et le salut des âmes rachetées par votre sang royal et précieux. 0 Seigneur ! faites-moi la grâce de me convertir à vous , et de m'éloigner de la vie des mondains, pour mener une vie vraiment sacerdotale et conforme â ma profession.