DU JUGEMENT PARTICULIER
I. Considérez la vérité du jugement particulier, qui se fait des âmes au sortir de leurs corps après la mort. Les Saintes Ecritures de l'Ancien et du Nouveau-Testament attestent cette vérité, car le Sage dit : A la mort de Vhomme ses œuvres paraissent à nu (Eccle. il). Car elles paraissent comme toutes nues et telles qu'elles sont au jugement que Dieu en fait ; et saint Paul dit :
// est arrêté pour tous les hommes de mourir une fois, et après teh le jugement (Héb. 9). Ces paroles sont claires et ne peuvent être tournées dans un autre sens ; c'est pourquoi la croyance de ce jugement a toujours été reçue, et les Pèreâ de l'Eglise en parlent souvent pour émouvoir les hommes à s'y préparer. Entre autres, saint Augustin dit (1) : Il est cru très-raisonnablement et trèssalutairement, que les âmes sont jugées au àortir de leurs corps, avant qu'elles viennent à ce jugement, où il faut qu'elles soient jugées, leurs corps leur étant rendus. Et le même saint Augustin ajoute peu après : Qui est-ce qui s'est rendu sourd avec une si grande obstination d'esprit contre l'Evangile, qui n'entende ces choses , ou en ce pauvre mendiant, qui, après sa mort, fut porté dans le sein d'Abrafham, ou en ce riche, à qui l'enfer servit de peine et de torture ? De vrai , aucun n'aurait la puissance, après sa mort, d'entrer dans le sein d^Abraham, ou dans le Paradis , et personne ne voudrait s'enfermer dans les prisons de l'enfer , pour se confiner volontairement en ces tristes lieux, si la chose n'avait été déterminée par quelque jugement ; c'est pourquoi , puisque l'Ecriture nous certifie qu'incontinent après la mort il y a des lieux de supplice et des lieux de récompense, il faut tenir pour certain que cette chose est arrêtée dans un jugement privé, où les mérites et les démérites des âmes sont jugés pour être punis ou récompensés. De plus , l'âme est la première jugée dans le jugement particulier, afin qu'elle reçoive selon ses mérites, et qu'il n'y a d'ailleurs aucune raison pour différer et pour remettre plus longtemps après ce jugement, car Dieu est tout-puissant pour terminer ce jugement, et l'ignorance du fait ou l'obscurité du droit, ne lui peuvent causer aucun retardement, comme il arrive quelquefois parmi les juges de la terre, qui ne peuvent prononcer parce que le droit est obscur, ou bien qu'ils ne sont pas suffisamment éclaircis et instruits de tout. Dieu, aux yeux duquel toutes choses sont manifestes, n'a pas besoin de retarder, ou de traîner en longueur pour de telles raisons ; c'est pourquoi le Sage dit : // est aisé à Dieu de rendre à chacun selon ses voies, au jour de son trépas (Kccle. 11). C'est pourquoi, comme le jour de noire mort est incertain, de même nous ne savons
(1) L. 2i, de auiinà et i-jus OrigiUi', c. 4.