‹ La théologie affectiveChapitre 38 sur 63 · LA THÉ0U)6IK AFFXCTXW · texte numérisé non relu

LA THÉ0U)6IK AFFXCTXW

quand il nous faudra comparaître devant le tribunal de Dieu en ce jugement, et pourtant Jésus-Christ, comme notre fidèle ami, nous avertit auparavant de ne pas nous laisser surprendre, disant : Veillez , car vous ne savez quand le Seigneur viendra ^ si ce sera au soir ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq^ ou k matin , de crainte que venant subitement il ne vow trouve endormis (Marc, 13). Et ailleurs il est encore dit : Si tu ne vetllesje viendrai à toi comme un larron (Apoc. 3), qui surprend le monde quand on ne l'attend pas.

Je formerai des actes d'une ferme Foi sur ce jugement particulier. Je me représenterai souvent que ce qui me doit donner plus de terreur, n'est point l'état de pourriture et de corruption où doit être réduit mon corps, mais bien l'état où doit être ré* duite mon âme pauvre et misérable en cette comparution, devant un juge très-clairvoyant, que personne ne peut décevoir, très-puissant, à qui aucun ne peut s'opposer et faire résistance, très-souverain, duquel on ne peut appeler, et très-exact observateur du droit, par une certitude inflexible qui lui est propre et naturelle, qui ne s'éloigne en rien de l'équité. 0 instant de la mort, que tu es redoutable, pour la suite de ce jugement I 0 moment d'où dépend l'éternité de la vie et de la mort ! 0 mon âmel que ne l'attendons-nous avec plus de préparation ? que n'en concevons-nous plus d'appréhension ?

II. Considérez quelques particularités de ce jugement : Et, premièrement, pour le temps auquel il se fera. Quelques-uns ont pensé qu'il y aurait quelque espace de temps entre la mort et ce jugement, pour donner loisir à l'âme qui entre dans un nouvel état, de se reconnaître elle-même et de voir quelles étaient ses forces. Et quoique Dieu puisse tout en un instant , il s'accommode néanmoins suavement à la capacité du siyet sur lequel il agit; comme il fit dans la création du monde , où il mit six jours , et il confirme ce point par l'exemple de ce savant homme, qui, dans Paris, se leva de la bière une troisième fois , disant au troisième jour de ses obsèques , qu'il était condamné par le juste jugement de Dieu ; comme s'il eût eu trois jours de distance entre sa mort et sa condamnation. Hais, puisque l'âme, au moment qu'elle est séparée de son corps, reçoit de Dieu sa juste rétribution selon ses œuvres, et que Dieu n'a point besoin d'enquêtes, de confrontation, de

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téoooÎQS et de longues formalités de justice , il est plus vraiseaiblable que ce jugement se fait à Tinstant même dans lequel elle se sépare de soa corps, et qu'alors elle entend sa sentence et connaît son sort. C'est pourquoi les visions qui semblent contraires 9 nous représentent plutôt les choses selon la capacité que nous avons à les entendre , que selon la vérité. Et un ancien historien, qui semble toucher le fait du mort susdit» le racimte comme une chose passée en un même jour, disant qu'il prononça ces mots : Le juge m'a jugé» me jugeant il m'a condamné, me condamnant il m'a livré aux mains des impies (1). C'est pourquoi même on a changé les anciennes peintures de cette histoire funèbre , abrégeant en un seul cadre ce qui était en trois, pour ùter l'opinion de la pluralité des jours touchant cette exécution* Pour le lieu ou il se fait» il ne faut pas penser que l'ftme soit élevée dans le ciel devant le trône de Jésus-Christ, pour y être jugée, car les âmes réprouvées n'y auront jamais d'accès à cause de leurs mouillures. L'âme donc est jugée au lieu même où est son corps qu'elle abandonne , soit sur la terfe, soit sur la mer, soit autre part; car Jésus- Christ exerce partout sa juridiction , et sans descendre du ciel en terre , ii élève l'âme intellectuellement et en esprit devant son trône, et lui feit entendre sa sentence de salut ou de damnation. L'accusateur est le diable , qui reproche alors tout ce que l'on a fait de mal , et ce que l'ottoi'a pas fait de bien. L'avocat est le bon ange gardien, qui représente les bonnes œuvres, les pénitences et les satisfactions j et le précieux sang de Jésus-Christ, qui a été versé pour l'âme qui est jugée , et il reprend alors l'accusateur, s'il y a de quoi reprendre en son accusation , et lui dit quelquefois : cette âme n'est-elle pas un tmn édMffpé du feu (Zaoh. 3), laquelle j'ai sauvée de l'embrasement des mauvaises concupiscences , et que j'ai retirée demi-brûlée par un demi-consentement qui la penchait au péché? Les témoins sont les vraies lumières qu'une âme a alors de son état intérieur ; car elle connaît évidemment ai elle s'est trompée , et si ses œuvres sont autres qu'elle ne s'était imaginée , ai la négligence les a gâtées, si la mauvaise intention les a vi-

(1) GaBsarhis histor. t n, c. 49. Justtts Judex judfcavit , Jadfcfttum condemnavil» eondanmaUiai tradidtt te bmu» imptorunu

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ciées. Elle toit si elle est paoTre ou riche d*œQTres méritoires , ou si elle n'a que de la paille au lieu de pur froment. En cette vue et en cette lumière , la propre conscience témoigne ou pour ou contre. Le juge, quoiqu'on disent quelques auteurs, n'est pas l'ange gardien , qui soit commis de Jésu»-(^hrist pour juger l'âme qu'il a eue en sa garde par office , et dont il connaît les mérites et les démérites, et tontes les qualités. C'est Jésus- Christ , Dieu et homme, qui, depuis son Ascension dans le ciel, exerce sa juridiction et son domaine sur toutes les âmes, suivant ce qu'il a dit : Toute pmtsanee m'a été donnée tm âd et iur la terre (Matth. 28). Pour exercer son jugement il ne descend pas du ciel au lieu où est l'âme avec son corps; car il faudrait qu'il fût en un mouvement perpétuel, et même en plusieurs lieux tout â la fois , ce qui ne lui convient que dans le mystère adorable de l'Eucharistie. Demeurant donc dans le lien de sa gloire , par une illumination et une allocution spirituelle, il fait entendre et connaître aux âmes l'arrêt qu'il porte sur leurs œuvres, imprimant aux méchantes quelque idée de son visage, qui les dédaigne , et se faisant voir évidemment tt celles qu'il ra- ^ vit aussitôt dans le ciel.

Je tirerai diverses affections de ces pensées : affiections de crainte, puisque je dois être jugé, et que mon âme doit paraître au sortir du corps devant ce juge très^lairvoyant que personne ne peut tromper; de ce jufe très-puissant à qui personne ne peut I résister , de ce juge très-souverain de qui on ne peut appeler, l 0 instant terrible et redoutable ! 6 moment d'où dépend l'éternité de vie ou de mort ! Le lieu où se jugera l'âme est communément le lit où nous reposons et où nous mourons; je veux donc l'arroser tous les jours de mes pleurs et des regrets de mes fautes, et y être avec une pureté et une modestie très- ' grande, comme y attendant d'y être jugé peut-être avant que | je m'en relève. Je formerai de nouvelles résolutions d'expier mes fautes passées par l'amertume de la pénitence, et de faire provision d'œuvres saintes et de Charité, afin que mon ennemi Satan n'ait pas de quoi me confondre alors, et que mon bon ange ait de quoi me défendre, et ma propre conscience de quoi me consoler. Enfin, puisque Jésus-Christ même doit être mon juge, je m'eff'orcerai par tous les devoirs possibles de gagner \ ses bonnes {grâces. Je le traiterai av0c pliia d'amour et de révc-

*ence ; je parlerai de lui avec de très-grands sentiments de ses >randeursy et j'imprimerai sa connaissance dans les esprits, appelant autant de cœurs à son amour que j'en pourrai gagner. ïe lui rendrai des adorations très-profondes au Saint-Sacrement de rEucharistie, et mon âme soupirera jour et nuit après lui, ne faisant état et estime que de lui. Peut-être qu'en agissant ainsi je me le rendrai propice, et qu'il ne me dédaignera pas. 0 Jésus! mon Sauveur et mon juge souverain, à qui le Père éternel a laissé le jugement de nos âmes, donnez-moi le courage d'exécuter ces résolutions, afin que mon âme reçoive un arrêt de bénédiction, quand vous la jugerez à la sortie du corps.

II. Considérez combien le jugement particulier est terrible, selon qu'en écrit saint Paul : C'est those hivrible de lo:->ber entre les muins du Dieu vivant (Héb. 10). Cette considération peut être éclaircie et facilement entendue par la comparaison qui s'en peut faire avec te jugement universel ; car l'un et l'autre jugement est vraiment à redouter, à cause du juge, Jésus-Christ, à la puissance duquel personne ne pourra résister, à la sagesse duquel rien ne sera caché, et la justice duquel ne pourra être corrompue ou flétrie par aucun artifice, et en même temps de la part des justiciables, qui seront comme un néant en sa présence, et n'auront aucun pouvoir d'appeler de son arrêt ou de résister à l'exécution; et encore il sera redoutable pour l'importance du fait dont il s'agira alors, qui sera le bonheur ou le malheur éternel des créatures raisonnables. Car ce ne sera pas un jugement interlocutoire, il aura pour objet l'éternité bienheureuse ou malheureuse , la vie ou la mort. Or, recherchant précisément quel est le plus redoutable des deux, plusieurs ont estimé que le jugement universel sera plus terrible, parlant absolument, parce qu'il sera public et se fera en présence et à la vue de Jésus-Christ, de tous les anges et de tous les Saints ; et le monde sera alors dans un état épouvantable, la terre étant tout en feu, et le soleil et la lune étant arrêtés à ce spectacle , les péchés de chacun étant divulgués à tout le monde, et l'homme étant jugé entièrement selon l'âme et le corps, qui seront tous deux en état de recevoir les effets du jugement de quelque côté qu'il tourne. Mais nonobstant ces raisons, quelques-uns trouvent le jugement particulier plus effroyable, premièrement, parce qu'il çst plus proche, et pend V. 22

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sur U tète de ehacon tous les jours et à tout moment, l'heur! en étant incertaine et pouTant arriver à chaque instant ; ce qui t ^ fait dire à saint Jacques : Voilà U juge à la pmie (Ep. Jac. 5). fin outre, le jugement particulier touche plus vivement, chacm y étant jugé en particulier ; car les choses communes frappent moins et touchent peu, au prix des affaires propres et person* nelles. De plus, le jugement particulier comprend et renferme le jugement universel ; car tout ce qui doit arriver de bien on de mal en celui-ci, dépend de ce qui sera défini et résolu en celui-là, celui qui aura été déclaré innocent et digne de récompense dans le premier étant par là même assuré dans le se- |t cond ; comme au contraire celui qui y aura été convaincu d'erreur dans la Foi, ou de crime dans ses mœurs, y sera perdu infailliblement. Enfin, l'examen et la discussion des œuvres appartient davantage au jugement particulier ; c*est pourquoi, an jugement universel, les bons et les méchanfH seront séparés Tun de l'autre avant toutes choses, et même avant la pronoBdation de la sentence, comme étant une affaire déjà vidée et qu'il n'est pas besoin de recommencer ; cependant cet examen et cette discussion est une des choses les plus formidables. Ainsi il paraît qu'il y a de grandes raisons de part et d'autre, et qui tiennent l'esprit en balance, sans qu'il puisse facilement se déterminer ; une chose néanmoins doit être certaine, c'est que le jugement particulier est plus redoutable aux justes qui sont en état de grâce ; car étant assurés de leur bon état quand ils paraîtront au jugement universel, ils y seront en joie et comme en triomphe ; ils y viendront avec allégresse pour recevoir et prendre en public la couronne qui leur est due ; ce jour sera pour eux un jour de grande fête et d'un merveilleux contente** ment, un jour d'une parfaite et entière rédemption , qui les mettra en pleine liberté el en jouissance entière de la vie éter** nelle, par l'arrêt qu'ils sauront devoir être à leur avantage, et ils seront au-*diessus de tous les méchants qu'ils verront abaissés et dans une extrême confusion. Mais il n'en est pas de même du jugement particulier. Les âmes sont dans l'incerti'* tude de leur sort, et puis il y a cette différence entre l'un et l'autre jugement pour les juste8> qu'au jugement particulier, la sentence doit être prononcée sur leurs péchés véniels et sur les peines restantes après la rémission des coulpes mortelles; car

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ilusieurs doivent y être condamnés aux peines trës-griëYes du lurgatoire ; si bien qu'ils n'en sortent pas toujours entièrement ibsous ; «a lieu qu'au jugement universel leur absolution y est mliëre, et ils n'y sont point poursuivis pour aucun délit grand m petit, ni pour aucun reste de peine, en ayant été purifiés dans le purgatoire auparavant.

Je redouterai donc l'un et l'autre jugement où il y a tant de choses capables de donner de la terreur et de l'appréhension. Mais particulièrement j'appréhenderai le jugement particulier comme étant décisif pour tout ce qui me concerne, et même pour mes péchés véniels et pour le reste des peines dont je suis redevable, à cause du peu de pénitence at du peu d'œuvres de satisfaction que j'en fais. Je me rappellerai pour ce sujet, et je tâcherai d'imiter la pratique du saint abbé Elie, qui disait qu'il appréhendait trois choses : l'une, la sortie de l'âme hors dq corps ; l'autre, la rencontre de Dieu, et la troisième, la pronon* ciatioB de la sentence.

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