DU JUGEMENT UNIVERSEL
L Considérez «e ^11 faat entendre par le jugement nnivergel ; tl pour laisser en «rrière ce que disent les jurisconsultes, de la définitiM du jugement, n'ayant à considérer que les résolutions de la théologie, qtti est la matlresse de toutes les autres fidences , lesquelles doivent se régler sur ces principes , nous tmendens ici par le mot de jugement , «ne sentence définitive ^ authentique, qui rend à quelqu'un selon ses mérites. Le jugement s'appelle une sentence définitive, -ce qui suppose une détermÎRation entière de l'eRtendement et de la volonté tout ensemble, qui poisse effectivement exprimer et exécuter ce que Tentendement a pensé et eslimé, ce qui est plus expressément dénoté par le mot d'authentique, ipii signifie que cette détermination se fait tnwc astoriié et juridiction, ou pwssance de mettre à exécution, t^ que l'entendement a trouvé raisonnable, et ce que la volonté a afré!lé en vertu de la pensée de l'entendement. Et comme entre les actions des hommes, quelques- ânes sont vraiment dignes de prit et de récompense, d'autres dignes de supplice et de punition, de là vient qu'il y a un jugement qui approuve, et un autre qui condamne; celui-là, par laqttel les bonnes actions sont louées et trouvées dignes d'approbation, de louange ou de récompense ; celui-ci ^ par lequel les actions mauvaises sont imprenvées, blâmées, et trouvées dignes de punition. Et encore, parce que parmi les hommes il arrive que certains prétendent que leurs actions sont dignes d'approbation et de récompense, quoiqu'elles ne le soient. pas, et qu'au contraire d'autres prétendent qtte certaines actions sont dignes de peihe, encore qu'il n'en «oil rien, de là vient qu'il y a deux aiM^s sortes de jugement parmi les hommes : l'un qui exclut de la récompense, et l'aotra ipii absout M 4éiivre de ki peine dont on était tnenecé.
008 Là THÉOLOGiS AFFfiCTIVB. •
Le jugement universel. c*est la détermination parfaite de Ti tendement et de la volonté de Diea, de rendre universellei à tous les hommes selon leurs mérites, et dès lors d'approu^ les actions des uns, comme dignes de récompense, et de condamner les autres, comme dignes de blâme ou de supplice; et ensuite d'exclure quelques-uns des récompenses qu'ils pensest faussement ôtre dues à leurs actions, comme sont plusieurs héré- P tiques, qui croient bien faire, et devoir emporter la couronne di ciel, par leurs pratiques contraires à l'Eglise catholique et an jugement de ses Docteurs; et d'en absoudre d'autres, qui, par humilité ou par quelque retenue ou ignorance excusable, pensent mériter le supplice, quoiqu'ils soient innocents et sans péehé devant Dieu. Le mot de jugement signifie toutes ces choses, et si l'on dit jugement dernier, cela signifie en outre qu'après cette détermination il n'y en aura plus d'autre, et qu'il faudra s'arrêter là ; et si l'on dit jugement universel, cela signifie que cette dét^P" mination se fera universellement sur toutes les œuvres méritoires ou déméritoires des hommes qui ont été sur la tene, depuis le commencement du niiNide jusqu'à la fin, avec autorité et puissance d'exécuter sans empêchement ce qui aura été arrêté ou déterminé.
Je concevrai , par la notion et l'explication de ce terme de jugement universel, l'importance de cette action; j'entendrai que c'est une chose grande et de haute conséquence. 0 jugement dernier! ô détermination finale! ô arrêt définitif des actions innombrables des hommes ! si tous les esprits étaient attentifs pour t'entendre, pour te prévoir, pour te comprendre sagement , que le vice serait décrédité , et que la vertu serait florissante ! Mais , parqa que la sentence ne se prononce pas aussitôt contre les méchants , les hommes font le mal sans crainte , et se réjouissent d'avoir mal fait (Ecclés. 8). Ils vivent comme des Epicuriens , sans souci des choses à venir et des tourments perpétuels des enfers. 0 Seigneur ! excitez en votre Eglise le zèle des pasteurs et des prédicateurs , afin qu'ils enseignent les peuples plus salutairement , et les amènent à la pénitence, les touchant vivement par la crainte du jugement , ainsi que le prophète Jonas convertit les Ninivites , et Tapôtre saint Paul fit trembler son juge, en lui parlant du jugement.
IL Considérez pourquoi , après le jugement particulier, il y en
un qui sera universel , où tous les hommes seront jugés tabliquement par Jésus-Christ. Le saint Docteur dit que c'est à pause que les actions des hommes , bonnes ou mauvaises , ne sont pas toujours terminées et accomplies à Theure de leur mort y mais ont souvent des suites et des conséquences qui durent plusieurs siècles. Ainsi , la fondation d'un monastère dure longtemps après la mort du fondateur ; l'édition d'un livre fait beaucoup de bien ou beaucoup de mal après la mort de son auteur; le ravage des âmes par l'hérésie, continue après le décès des hérésiarques. Si bien qu'il y a plusieurs actions qui survivent à ceux qui les ont faites , au moins quant à leurs effets. Or, pour en faire un jugement parfait , dont l'équité paraisse si évidemment qu'on n'en puisse faire aucun reproche , elles doivent être achevées , afin que tout le mérite ou le démérite y soit évident. Partant, y ayant plusieurs actions au monde qui dureront , quant à leur suite , jusqu'à la fin du monde , c'est avec raison qu'il y aura alors un jugement universel. La seconde raison de ce jugement est pour rendre l'honneur à tous ceux auxquels il appartient ; car, en cette vie présente , les honneurs se donnent souvent aux moins dignes ; le vice est couvert d'hypocrisie , qui le fait passer pour une vertu , et la plus grande sainteté est exposée à plusieurs attaques qui lui ôtent son lustre et son éclat. L'on ne distingue pas les prédestinés d'avec les réprouvés, qui sont quelquefois en une même nacelle, en une même maison, et à une même table. Jésus-Christ même le Trince des vertus , le Dieu-Homme sans péché , n'est connu et révéré que de peu de chrétiens , et passe , dans l'estime de tous les autres , pour un fantôme , ou quelque chose de pire. Il n'y a point d'apparence que Dieu souffre toi^ours ce renversement et ce désordre; c'est pourquoi il a ordonné un jugement universel pour remettre tout eu ordre, pour séparer distinctement les brebis d'avec les boucs , le blé d'avec l'ivraie , les bons poissons d'avec les mauvais, et faire éclater, devant tous les esprits , l'innocence , la pureté et les grandeurs que l'on conteste injurieusement à l'Homme-Dieu adorable. Cette raison est tirée de Salomon , qui dit : i*ax vu sous le soleil l'impiété à la place du jugement , et l'iniquité au siège de la justice , et j'ai dit en moi*même : le Seigneur jugera le bon et le méchant (Ecclés. 3). La troisième raison est afin de juger Thommc tout entier selon V. • 24
570 LA THtOLOG» AFnCTIVB.
rame el le corps; car il a mérilé et démérité leloB r«iel Vai Or, au jugement particulier, il n'y a que Vàme seule qu «t gée , et qui porte ses œuTres devant le tr^Voe de Jésus4)knit, le corps ny porle pas encore les siennes, car il est au plus IM porté lui-même par les parents au tombeau. Cependant c'est parole de sainl Paul , bien considérable : Chacun portêrm Mafr* dfa« (tial. G). Ce qui arrive , dit le Docteur séraphique, à Thevi de la mort particulièrement , où les parents éplorés portiat II corps en terre , les démons persécuteurs portent la manvuM âme, les anges gardiens portent la bonne, et les Ames qu sortent portent leurs œuvres. Il n y a que le corps qui est porté alors , et qui ne porle rien encore. Cependant, saint Paul m pett faillir, Chacun parlera saa farétau. Il y aura donc un jiigeaent oùversel , oà le corps puisse être jugé avec son Ame. Enfin, fiÎMa enlonné ce jugement pour la plus grande gloire et la consdatioi des gMis de bien , qui seront d'autant plus glorienx , que le prit de leur vertu leur sera donné publiquemeut; c*esC aussi pesr la plus grandfe ceofusion des méchants, qui teuftrireBl lai bonté iudiGible, et use pumitioo d'autant plus rigoureu8#^ qu'eUeie fera i la lace de tout Fumvers , qui sera informé de toutes lein malicea , peur lesquelles ils seront ceudannés au supplice im eufers. Quelld jeie el quelle allégresse pour les booe ! QueHi détresse et quelle désolation pour les nécliantsl
Par ces cousidératiuus , je me fortifierai dans la Foi et dans h croyance du jugement dernier, voyant qu*il y a t^ml do raisens pour lesquelles Dieu Ta établi. Jo regretterai que si pou do per* sonnes témoiguent par leur conduite croire cet article de Foi, se mettant si peu en peine de bien régler leurs œuvres, qui j doivrat être examinées ; car l'artisan^ qui sait qne sa besogne doit être visitée, la rend plus parfaite ; ainsi le chrétien foil mieux toutes ses actions^ s*il croit et so souvient qu'elles iloivont être jugées. Partant, si nous croyons que le juge doit venir, tenonsnous purs pour son arrivée. Celui-là renie son juge , qui ne croit pas qu*il doive venir^ et celui-là craint dVtre jugé qui vit mal. Si Ton le élisait, dit Ori^Mie, qu'un juge criminel veut te brûler tout vif, et que tu eus<!«s un jour pour préparer ta défonse, comment t'a^lerais^u ? Qui almplorerais-tu pas? Que tu apparaîtrais humble et suppliant ! i>la serait ainsi, parce que to u en douterais pas, comme tu doutes du jugemeul ; c'osi poui^
DE hk mtWIlilECTIOOl GtRÉRAtE. 371
il est dit : Pemet-tu que le F\h de l'homme trouve de U Foi Éar te terre f Au reste , puisque ce jugement doit être parti- Mdièremeiit à roeessioa des œuvres qui ont de la suite après la HNMrt, soit pour rédification du prochain, soit pour le scandale, j'entendrai ëe quelle importance il est de ne rien faire qui poisse porter mes frères au mal ; mais, au cx)ntraire, de faire ^eiqne chose durant la ?ie dont les bons effets persistent longuement. 0 très-iniséricerdieux Sauveor! octroyez-moi la grÀce d'éviter Vvm et d'accomplir l'autre.
ID. Gonsidérei que la Foi et la croyance du jugement der^^^ nier et nniversel a été universelle en tous les homRfies de la terre, qni ont en quelque étincelle de la vraie religion, et que cette Foi a été accompagnée en plusieurs d'actes de crainte, de seHidtnde pour enx-mèmes, et de piété envers Jésus-Christ. Ëi effet, dès les premiers siècles du monde, la Foi du jugement dernier a été dans les hommes qui ont vécu avant le déluge eC avant la kri de Moïse. C'est pourquoi l'apôtre saint Jude, dans een EpHre canonique, loue et canonise la prophétie d'Ënoeh, qni a été le septième depuis Adam, par ce qu'il a parlé dn jngement en ces termes : Voilà que le Seigneur mendraj accom-fWffiiéie 9eê miUe SémUf faire le jugement contre tous (Epist. can.). Et leprepbète Job, qui était dans la loi de nature avant Moïse, en pnrieît oweilement : Sackez , disait-il , que le jugement «N«{Jeb, i9). Et dvrant tout le temps de la loi mosaïque, cette croyance a toojewrs persévéré indubitable. C'est pourquoi bavid en perte senvent , et les Prophètes, grands et petits, en rendent ptaêieom ténaoignages. Jusqu'à ce que le Fils de Dieu même, s'étMft ineamé, en a parlé si ouvertement, comme après lui les Apé^es et les Dodeur» de l'Eglise , qu'il n'y a pas de vérité pin» pnissanffflent établie et qui ait continué à être reçue par une tnrdiCien pins ancienne et moins interrompue dans tous les mbtït^èm nende. Anssieet'^e le grand principe de toute religien de eranv qne Diew est, et qu'il est juste rétributeur du Ken et ^ nia), selon ceqne dit saivrt Paul : Il faut que celui qui ifgffneheêe Bim croie qu'il e$i, et qu^il est rémunérateur (Héb. ii) ; c'est à savoir en son jugem^rt. Sans cette vérité, il n'y aurait pne^ Micri#ee, ni de piété, ni de religion au monde ; c'est pourqneiil eneet peu ifvi aient contesté cette vérité, sinon des athées, q[«i ne oiiiiunt pne i fiien, et quelques hérétiques, comaie entre
572 Lk THtOLOGlE AFFlCTIYl.
autres les Gnostiques ou Rorboriens, gens souillés de toute sorte de luxure et d'impudicité, et quelques autres. Cependant saint Augustin, faisant le catalogue des hérétiques, ne dit point quMls aient soutenu ces erreurs, n'ayant peut-être pas cru qu'il y eût personne du nom de chrétien que le diable ait si fort abusé, que de lui faire renier une croyance si universelle, et une vérité si constante que celle du jugement. Quoi qu'il en soit, il faut considérer ici que la Foi que les Saints ont eue du jugement n'a pas été une Foi morte, stérile et assoupie ; mais c'a été une Foi vive et agissante, qui leur a donné de grandes appréhensions, et les a portés à bien régler leur vie, ainsi qu'il apparaît en Job, qui disait sur cette pensée : Que ferai-jey quand Dieu se lèvera pour me juger ; ou quand il m'interrogera, que lui répondrai'je (Job, 31) ? Et le roi David disait entre autres choses: Percez mes chairs de votre crainte ; car j*ai redouté vos jugements (Ps. 118). Et autre part : Seigneur, ne me reprenez pas es votre fureur, et ne me corrigez pas en votre colère (Ps. 6). Et saint Paul : Je ne me sens pas criminel ; mais je ne suis pas justifié pour cela, car celui qui me juge est Dieu (f . Cor. 4). De là sont venues les craintes qu'ont eues quelques saints personnages à l'heure de leur mort, sur l'appréhension du jugement. Et saint Jérôme disait qu'à toute heure, soit qu'il mangeât, soit qu'il reposât ou fit autre chose, il s'imaginait entendre le clairon de la trompette qui disait : Morts, levez-vous, venez au jugement ; ce qui servait à le faire vivre dans une si grande sainteté. Quelques-uns même, par cette Foi, se sont portés à oublier leurs intérêts, pour ne ' considérer que ceux de Jésus-Christ, qui doit être exalté dans ce jugement, et relevé en toute gloire et tout honneur, s'assujettissant tout, ainsi qu'il parait dans l'apôtre saint Paul, quand il disait : ^otre conversation est dans les deux . d'où nous attendons aussi le Sauveur Jésus-Christ^ qui réformera le corps de notre bassesse, selon la grandeur de son corps resplendissant (Philip. 3). Car plusieurs Saints ont désiré le règne et la grandeur de Jésus-Christ au jugement, quoiqu'il leur en dût arriver à leur désavantage, à l'exemple de cette mère, qui ne se souciait pas d'être mise à à mort, pourvu que son fils tînt l'empire.
Je formerai donc des actes de Foi sur la vérité du jugement. Je ne me contenterai pas de croire les choses passées de Jésus-Christ; mais je croirai aussi fermement les choses 4 ve-
nir de lui , et ce qui sera de son second avènement au monde , pour juger les vivants et les morts. Je m'exciterai par cette Yive Foi à vaincre le vice et le péché, quand la tentation se présentera , me souvenant de ce que dit le Sage : En toutes tes mwres ressouviens-toi de tes fins dernières, et jamais tu ne pècheras (Eccl. 7). Je me tiendrai donc sur mes gardes , et j'examinerai en moi-même si je puis rendre bon compte et bonne raison à Dieu, en ce jour, des œuvres de ma vie , et si j'y trouve à réformer , je m'efforcerai de réparer , par les pénitences et les œuvres de satisfaction, les manquements du passé. Enfin , je prierai le souverain juge, durant cette vie, où il fait encore miséricorde , qu'il ne me traite pas alors en sa rigueur, répétant souvent cette prière de l'Eglise : Délivrez-moi, Seigneur, de la mort étemelle en ce jour terrible, où le ciel et la terre doivent être ébranlés.
HOTIÈME MÉDITATION.