‹ La théologie affectiveChapitre 45 sur 63 · DES TROIS VUES QUI TOURMENTERONT LES PÉCHEURS AU JUGEMENT · texte numérisé non relu

DES TROIS VUES QUI TOURMENTERONT LES PÉCHEURS AU JUGEMENT

I. Considérez qu'au jugement les pécheurs seront horriblement tourmentés par trois vues qu'ils auront, et premièrement par la vue d'eux-mêmes, de leur état et de leurs péchés, qui leur paraîtront si déraisonnables , si vilains , si étranges , que ce leur sera une chose insupportable que de se voir eux-mêmes ^ hideux, si contrefaits, que d'être chargés de crimes commis contre la grandeur infinie et la bonté immense du Dieu toutpuissant ; d'avoir changé le bonheur de l'éternité pour un plai-

Là ntoLM» ànwnrm.

sir de néant ; d'avoir épousé le malbevr hit^nmiiabto damnation pour des biens fantastiques, et, en un mol, préféré de chétifs intérêts en péchant, à Tamitié de Jési» Christ^ le juge souverain de toutes les créatures. Les Saints^ ont été éclairés de Dieu en celte vie, ont trouvé le pé«hé si dif» forme, que plutôt que de le voir dans leurs âflws, ils enssenC choisi de se précipiter en enfer, comme on U rapporte de sMit Anselme. Et une Sainte ajant demandé à Diea de lui faire vair ses imperfections et ses manquements , et Dieu lui ayaflt accordé sa demande, elle fut si saisie d'étonnement de voir son état intérieur et sa difformité, que ne pouvant pl«8 se toppM^ ter elle-même, elle demanda à Dieu de lui retirer cette vw et cette lumière, parce qu'elle ne pouvait plus souffrir le sqpeo* tacle de sa propre laideur. Que si de saintes âmes, ^i avaifat la grâce sanctifiante, se jugeaient ainsi elles-mèines, que aera-ca d'un pécheur à Theure du jugement, quand il verra rfaorraar épouvantable de ses péchéè mortels ? C'est poorqnoi Dieu ne* nace le pécheur, qui ne se voit pas lui-même en cette vie, de lui faire ressentir ce tourment : Tu m fmd méékammêPiî V^i^ ^ serais semUièle ; je le reprendrai, et je te poserm de9atU te /ber. La version de saint Jérôme porte : Je te proffoserai tei-^tiêmê iemuâ tes yeux. Et celle des Septante interprèfte : J'éUAUrai tm féêés devant ta face (Ps. 49). C'est un des grands supplices dont Dieu menace le pécheur; car alors il se haïra et se détestera luimême avec une si grande horreur, que s'il n'était alors ressuscité immortel, il ne faudrait que cette vue pour lui donner le coup de la mort. Il est rapporté de sainte Catherine de Sienne, dans sa vie, qu'elle avait le sentiment de cette vérité, quand elle sentait en elle-même une si grande horreur de voir un péché, qu'elle disait ces paroles mémorables : 0 mon amour ! toutes les autres choses peuvent bien se supporter ; mais c'est pour moi une chose si horrible et si insupportable de vous avoir offensé, que je vous prie de m'hnposer toute autre sorte de pénitence , plutôt que de me voir souillée d'un péché. Quant aux offenses qne j'ai commises contre vous, je voudrais ne les avoir point faites, et je ne puis que pleurer de vous avoir offensé, et à l'heure de la mort, montrez-moi plutôt tous les démons avec leurs terreurs et leurs supplices, parce que to«t cela n'est rien peur met a« pm de cette vue de l'offenae qui vous eet faite^ quelque

DE iiA nÉSDRRBGTIOll GÉNÉRALE. S8S

petite qu^elle soil, si en peut appeler petite une offense qui outrage une majesté si grande. Je crois, en mérité, que si Tàine Toyait en soi une bien petite chose, qui empêchât pour elle la jouissance de Dieu, son époux, son corps se convertirait en pondre. Ainsi parle cette Sainte ; elle doit nous faire comprend dre le tourment que le péché causera aux pécheurs au jugement, le regardant comme la cause de ce qu'ils seront séparés de la société des élus, et fixés dans l'état le plus malheureux de tous les états.

Eh bien ! mon âme, ne concevras-tu pas cette fois une vraie détestation du péché, qui paraîtra alors si horrible et si abominable ? Pourquoi la taie de ce corps et le nuage de la chair t*empéche-t-il de voir ce monstre si hideux comme il paraîtra alors ? ODien infini ! faites que rien ne se trouve en moi de ce qui porte te nom de (récbé, faites que je le voie bien maintenant dans toute W difformité, et par une sérieuse méditation, peur le déplorer amèrement et l'effacer tellement, qu^à llieure de la mort et dh jugement, je n'en aperçoive plus rien.

n. Considérez un second spectacle qui tourmentera indiciblemeaf les pécheurs en ce jugement , qui sera le spectacle de tout rappareil du jugement; car rien n'a jamais paru de si terrible : depuis le ciel jusqu'à la terre, tout j sera épouvantable. Une infinité de Saints dans l'air, resplendissants comme des éclairs, et une infinité de reprennes sur la terre, au milieu desquels ils se verront avec épourante. Le saint homme Job, prévoyant en esprit prophétique Fappareil de ce jugement, disait à Dieu : Qui me dotmera que vous me prolé§iez éan$ Fenfèr, juiqu'à œ que votre foreur se pttsse, et que vouf me délenmnkez tm temps après lequel vous vous ressouveniez de met fxmr m*en retirer (Job, 14)? Voulant donner à entendre par ces paroles que l'horreur du jugement sera si grande, que s'il avait à choisir de9 deux, ou être présent â ce jugement , ou être dans l'enfer, tandis qu'il se passera, il préférerait l'habitation de l'enfer, jusqu'à ce qu'il ftrt passé, plutôt que d'y être présent et d^areir ce spectacle derant les yeux. Car, de quelque côté que le pécheur se tourne, tout lui fait horreur; au-dessus de lui un juge 'offensé et animé i la vengeance, au-dessous un enfer ouvert; au detfans une conscience criminelle, au dehors des anges qcn les repoussent; ici les démons qui les accusent et les entraineuf dans Tabiflae. 11

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sera insupportable pour eux d*apparaitre et impossible de fuir. Si tu disais mille enfers, dit un Père de TEglise, tu ne dirais rien de pareil à cet état, où le monde paraîtra tout renversé, le soleil obscurci, la lune couverte de sang, des comètes horribles étinceler, la terre trembler, les foudres gronder terriblement, le juge épouvantable environné d'un million d'anges pour exécuter ses ordres, et les Saints crier d'une même voix : Justice, justice, Seigneur; vengeance, vengeance. Sauveur : tous ces méchants contempteurs de vos lois, à Tenfer étemel !.. Si le pécheur veut implorer la miséricorde de Dieu, elle sera éclipsée, toute Taffaire étant laissée à la justice. S'il jette les yeux sur Jésus-Christ, il le verra plein d'indignation. S'il a recours à la Hère de pitié; elle dira : Te serai-je miséricordieuse, à toi qui as été cruel à l'égard de mon Fils? S'il se réfugie vers les Apôtres : Nous te condamnons, diront-ils, aux flammes étemelles. Hais ce ne serait jamais bit de décrire ce spectacle. L'histoire fait mention d'un roi payen de Bulgarie, qui, refusant de se faire chrétien, et ayant fait bâtir un superbe palais, fit appeler un moine très-adroit à la peinture, qui avait nom Hétbodius, auquel il enjoignit d'enrichir ce palais des plus terribles tableaux que l'art lui pourrait suggérer. Ce religieux ne sachant pas de sujet plus effroyable que le second avènement de Jésus-Christ pour juger les vivants et les morts, appliqua toute son industrie à représenter naïvement le dernier jugement, et après lui en avoir expliqué le mystère, ce roi en fut saisi au cœur d'un si grand étonnement, que sans plus tarder il se fit catéchiser et baptiser, appréhendant l'horreur de ce que la peinture lui représentait. Ainsi ce que plusieurs fléaux de Dieu, et plusieurs exhortations n'avaient pu obtenir d'un cœur endurci, la vue d'une peinture et la contemplation d'un tableau du jugement l'emporta.

Ne serai-je donc pas ému à la pensée de cet appareil? Refuserai-je de croire à ces choses que les saintes Ecritures témoignent tant de fois et si manifestement? D'où me vient donc cette stupidité que je sois si peu touché à la pensée d'une telle chose ? 0 misérable et infortuné , que ferai-je alors ? de quel côté me toumerai-je, si je demeure toujours dans la voie des pécheurs, sans me convertir et me corriger de mes mauvaises mœurs? Pardon, Seigneur, pardon; j'ai tremblé au récit de votre jugement terrible, je veux changer de vie.

DB LA BtSUREECTiOll GtNÉRALl. 38B

ni. Conaidérex néanaH)ins que la vue qui tourmentera alors davantage les pécheurs sera la vue de Jésus-Christ, qui leur reprochera leur ingratitude^ en leur mettant devant les yeux da corps et de l'esprit sa croix, ses épines et les tourments de la Passion qu'il avait soufferts pourtour amour. Il semble que l'Evangile veut faire entendre cette vue, quand il dit : Alors iU verroiU h FUê de l'homme venant au milieu dei nuéet (Luc, 21), conformé- Bient à ce qu'a écrit le prophète Zacharie : Ils me regarderont^ mm qu^Us ont transpercé (Zach. 12). Et saint Jean dans son Àpo* calypse : Et tout ont le verra^ et ceux qui Font persécuté, et toutes te tribus de la terre se lamenteront sur lui (Âpoc. 1). Ce sera pour eux un vif ressentiment de douleur d'avoir si ignominieusement traité celui qui est si éclatant et si triomphant de gloire, d'avoir été ingrats envers celui qui a eu tant de bontés pour eux, sonffirant à leur occasion le tourment de la croix , qui piarattra comme son étendard pour leur en faire reproche. Car, dans ce jugement, il montrera aux yeux de tout le monde les marques de ses plaies et tous les instruments de sa Passion; il leur fera voir ses pieds et ses mains percés, et son côté ouvert par la lance , et chacun les verra distinctement y sans que la multitude y mette aucun obstacle, et ensuite il éclatera de la sorte : Voilà les blessures, 6 péchearsl que j'ai endurées pour vous, et néanmoins, méchants et pervers que vous êtes, vous avez été ingrats à mon amour, i ma grâce, à ma mort, à mon sang répandu pour vous. Je vous en fais les juges, • 6 Séraphins célestes ! et vous mes Apôtres et tous mes Saints. Quelle peine ont mérité ces maudits ? que leur faut-il faire en échange ! et il n'y aura personne qui ne demande alors justice. L'histoire d'Orient fait mention d'un roi appelé Elenahan, doué d'un naturel extrêmement débonnaire, qui rencontra dans les bois, en allant à la chasse, une petite fille toute nue, exposée par sa mère dénaturée, et d'ailleurs d'un beau visage, mais qui avait le corps infecté d'une puante lèpre ; c'est pourquoi les courtisans avaient horreur de s'en approcher ; pour lui il la releva de terre de ses mains, quoiqu'on l'en dissuadât, et l'ayant fait porter dans son palais, la mit entre les mains des plus experts médecins pour la panser. Ceux-ci ayant jugé qu.'elle ne pouvait guérir que par le sang d'un enfant, et chacun ayant en horreur ce médicament plein V. 25

d# crttaalé^ le roi fit saigner 9mi fmf re fih an Mh i|&aÉttté, -que peu afNrèa il m maunit , <ft néanoMaf noe «oi « Um pas d'aimer eette êUe, et la TOf aol fsérie f«r ie sang de Mi fils, il r^idopto pe«r sa 4Hle, et la déclara an Wrîftiére, -et ^aprèi tfeatcela il la naria an fNTeaner pnaee de ta leour^ Ifaisieelli iagrate a'abandoosa iticiMitiBent aux pkm mh henraMs éa ptjii aeuîUant sa couelie nepliale par 4eiile8 eerlet 4l'4ideltères , à craigaaat d'ea être châtiée, elle ee feodit à i^enneinî de ce im roi, et par ses conseils loi causa «de infinité 4e dooinagak Enûfl, reprise par ses fena., «et «nehalDée dans «ne •prisai d«i roî oomne une grande crimiMdle^ «en nrit ten 4éliMnitini de ^uel Blipplioe en pnnirait «ne si >homUe «agvatiliide. tm nos YMilaient qu'on la pendit ; d'autres dîsident «fu%l Mlak 11 brâler toute vive, et ohacun en farleît en^eKagématsDnmnê^ Un autre donna nn jn^emaat qm M mân et iplut .au «ni^lpi fut que -cette maàkeiFease serait atnenée en pnéeenoe lAa eai, et obligée de le regarder qnelqne espace de lanups 4es fanx ai* verts, tandis qu^l Int'reprooberaît son ingratitade ipar ^e ^nm paroles. vAansi jugé et eiécnté ; -mais ta Toalheucease nTéut^pil plttièt regardé le visage 4b ce Toi <|ni l'aenit tant «cMiie, qai son cosnr se fcndit de douleur, et après ^fuelques eonpieai «db expira à ees {ùeds.

C'est 4oinmème, ô mon àme ! qui -es cette Aile iépreuae et ei^posée^ recueillie etfuérie>par le sang royal du Fîis ^iBîea. C'est toi-même, d num âmei qoias-été si nHsérieordienseaMol sau?ée« Hélas ! «i iu :6s ingrate, Ui paraîtras au jugement 4efmÊi la face de iésus^^brtst, 4|ui te ^fera repro<^ de ton ingn^fitode. Comment pourras-tu supporter la colère de Ti^gneau t Qad supplioetplufi mortel que de*r^iardor oehii^otu astantoflénsé, 0 Dieu étemel ! .que je centre «donc en mni4néffle, ^dt ifne je fesse péttitenoe.

DE iA MinHUSanM 4MtllÉBALE.

JDCqjÈMElîÉDJT^KON,

^0^ â!iummAWjai se l'ahutt ov jugement , et «m mtt

A9CSGUTI0N «iTSViTABLE.

<• (GwisMéree ^ne ranrét prononcé par JéeiM-ChriBt, au jufEmort, swa im«)«i8ble, et que jamais il n'y sera rien changé. Le raison en -est qu*it ne se 4reiifera aneune cause qui puisse iMiger tféau&^riet 4 révoquer eu à changer le prononcé êè EEE arrêt, car rarrêt est juste et ^ans kriquké, le jnge « M^BAE Irès-patfaite connaissance du fait; il a connu, depuis Imgteflsps, 4es actions intérieures et extérieures ; îl n'y a pae EE-de liMix témoins en ce jugement, 'la Térité y a paru à décou- ▼«4-;11V-y'a pas eu de précipitation, ni défaut de science du droit, ni fBfltnque de droiture de la part du juge, qui est irréprochable, étant 4e &lint des Saints, et rempli de lumières admirables. V-tH^U^e f^tquité en Dieu (Rom. 9) ? dit saint Paul. En second Ken , IMntercession et les prières des amis ne se trouTeront pEaidy-etqEand elles ff^y trouveraient, elles n'auraient aucune foiEE EE pviflsanoe pour adoucir la rigueur de la sentence, ou y*EppoFter quelqae changement. Ce n*est pas comme dans l'état Ae -cette ^ie, où les prières des personnes vertueuses adoucissent les jugements de Dieu, ainsi que fit le grand-prêtre Aaron, Evrétaot l'extermination du peuple d'Israël, et David, quand il arrêta 4e <léau ée la peste, qui ravageait son peuple ; il n'y aura pas «lors -d^iUercesseur ou de puissant qui ait aucun crédit. 6Sar, fui ^t&us dfnt , dit Salomon, qu'avez-^ous fait ? Ou qui s'é^ le90m €êrUre -vM^ jugement, en gw , en votre jjrétence^ défendra hê 4tê'*nnee iniques (Sag. 12)? l^n troisième lieu , la pénitence des^nriminels-ne servira plus de rien pour fl(^ebir le juge, coaime elle fait souvent dans Tétai de cctle vie, ainsi qu'il arriva aux MiEÎvites, qui,* parieur pénitence, obtiiirenl miséricorde deia part de Dieu, et au roi Ezéchias, qui, par ses larmes , fit changer l'arrêt de mort en un arrêt de vie ; parce que 4es Errêti de

S88 LA THÉOLOâlI AFFECTIYB,

Dieu, pendant le cours de cette vie, sont sous la condition que les criminels ne se convertissent pas ; mais Tarrèt du jugement est absolu et sans aucune condition. Si bien qu'encore que toos les coupables, en ce jugement, conçoivent des regrets indicibles de leurs fautes, ils leur seront inutiles et infructueux, et ils ne pourront en espérer aucun pardon. Lhomme étant mort^ dit le Sage, il n'y aura plui de pardon (Prov. il). En quatrième lieu, il n'y aura pas d'appel, ou de requête civile, qui fasse changer l'arrêt, car le juge est souverain, et, quoiqu'il juge en tant qu'homme, c'est un homme de qui la personne est divine, et qui a la suprême et la plus haute autorité, au-dessus de laquelle il n'y en a aucune à laquelle les condamnés puissent avoir recours pour représenter leurs griefs. Le Père a Uissé tout le jur gement au Fils, et il n'y a pas de tribunal plus haut que le sien. De plus, celui qui les juge est celui qui dit de soi-même: Je mis Dieuj et ne suis point changé^ et de qui l'apôtre saint Jacques dit : Chez qui il n'y a point de variationy ni aucun ombre de tndfsiiude (Jacob. 1). Ce qui lui a plu une fois d'ordonner, lui plaira toujours, et comme sa sagesse ne peut s'accroître et augmenteri il ne lui viendra jamais aucune nouvelle raison dans l'esprit, par laquelle il soit porté à faire le moindre changement du monde à son décret. Enfin les condamnés n'auront jamais payé la peine et fait la satisfaction qui est due à leurs crimes ; car cette -peine, à laquelle ils sont condamnés, est étemelle, et n'aura jamais de fin ; c'est pourquoi l'arrêt demeurera éternellement. // ne satisfera points dit David, la justice de DieUj et il ne Im donnera point le prix de la rédemption de son âme^ et ti sera puni éternellement (Ps. 48).

Entendez donc ces choses, vous qui oubliez Dieu (Ps. 49), qui avez mis en oubli et en arrière les affaires de votre conscience. Il est maintenant en votre pouvoir d'obtenir du juge souverain telle sentence que vous voudrez, ou de bénédiction, ou de malédiction ; car il laisse à votre liberté le jugement qu'il prononcera sur vous. Vous pouvez, en faisant pénitence, vous le rendre favorable, et vous pouvez , en continuant vos excès, amasser sur vos tètes les trésors de sa colère et de son indignation, pour ce jour. Le Seigneur, dit saint Ambroise(l), peut

(1)L. i. in Lueam.

DE LA RÊSUIIREGTIOM GtNÉRALB. 389

changer la sentence; si tu peux corriger ton délit. Il ne sera point temps alors, quand l'arrêt sera porté, à la mort, de prétendre de le faire changer ou casser. Usons donc prudemment, ô mon âme! de l'opportunité de cette vie, et de l'occasion présente ; allons, adorons notre Dieu, pleurons en sa présence , repentons-nous amèrement, prosternons-nous devant Jésus , le jugé des vivants et des morts, apaisons sa colère par les œuvres de pénitence et de mortification , acquérons-nous ses bonnesi grftees par une vie bien réglée, et par la pratique de toutes les saintes vertus qui lui sont agréables.

n. Considérez l'exécution de ce jugement, qui se fera sur le champ, sans délai et sans autre discussion. Les sentences prononcées , le jugement est fini ; Jésus-Christ, la sainte Vierge , tous les Saints et les Saintes, et tous les bons anges , s'élèveront dans les cieux avec joie, avec louanges, et avec triomphe. Les méchants les regarderont, saisis d'une grande confusion, et d'mie tristesse si démesurée, qu'ils demeureront muets, et ne pourront parler, ou pour se plaindre^ ou pour demander pardon à Jésus-Christ. Cependant , en se séparant d^eux , il leur laissera dans l'âme des impressions et des sentiments si grands de la grandeur de sa beauté, et du bonheur de tous les justes, qu'ils s'estimeront infiniment malheureux d'être privés de sa présence et de sa bienveillance, et de n'être pas du nombre de ceux qui le suivent dans le ciel. Au reste, à peine ils auront perdu la vue de ce beau spectacle de l'Eglise triomphante^ qu'ils sentiront la terre s'entrouvrir et se creuser sous leurs pieds, jusqu'aux abîmes des enfers, où ils se verront précipités pèle mêle avec les démons furieux et enragés, qui les entraîneront beaucoup plus vite par leurs violences, que la pesanteur de leurs corps ne les y pourrait naturellement porter. Il n'y aura pas de pitié pour un seul, ni de faveur pour qui que ce soit. Grands et petits, nobles et ignobles, dames et servantes , passeront par une même rigueur, qui ne fléchira jamais : Le zèle et la fureur de l'homme (Jésus-Christ juste juge) , ne pardonnera pa$ au jour de la vengeance, il n'acquiescera aux prières de per^ sonne y et n'acceptera aucuns dons pour rachat (Prov. 6), parce que le temps de cette vie présente est destiné à la miséricorde, eliquand elle sera passée, l'on n'agira plus que par les voies de la justice distributive et vindicative. Aussi, la Vierge, tous les

38» id

Sakits et tos anges m feroBl aucwM inalaaee k Hmm CMtk pat

pardonner à une setite ftme, ai alora eUe ae lro«¥« aaepaMi d'un seul péché mortel , au eoniraîre , Uhm eonêMierbal M af» prouveront, comme très-juste, rarrèl 4e aaalédkliMiélmdk^ foudroyé sur la tète des réprouvée par ce» parekt : AMm maudiiiy au feu àemelj qui m éid frépmré tm éÛUê ad é asa aa« ge$. (Uatlb^ 35). Que si eux-nénes , ouvrant la boaehtf ^ éteim à Jésu9-Ghrist : Hélas ! juste jugfOy que nous av^ena imiè fat nté offenses ^ si noaa sommes indignée de voWe Pandîa , «a aMÎaa permettez que nous soyons à vos piedapoar voua adetmrtjiaMUfc Non, leur dirait-il, alUi^ retirea-vousde aaei^ que jMi*itveitf ne paraissiea devant ma face^ Et s'il» disaîani : Atf BieMa», è liM* souverain Sonneur ! si nous devéns ètae teojaw» aéfiarés d» valnr présence, nous sonuoes vos pauvre» crtetunfs ^ pen# leofealll vous avez versé votre sang préeieui f denaea-aou» volvo béaè* diction avant cette lanentable séparatie» ^ il leur dîaaiis Hm^ je vous donne ma malédiction : ùik», mauHtêé El s'il» tëàA^ nuaient et disaient : Mais où irons-noos eharfé» de votre aMlé* diction? Au moÎM envoyez-nous en qaelque lien bâbhakto 3 il leur dirait : Non^ allez , mûudilê ^m feu. Que s'ils lui diaaieBt afeH core : Mais hélas I pour combie» de lem^ encdre ce feu? Qie ce ne soit que pour un any ou pour cent ànsf en que {N>«f «a octtUian d'années : il leur dirait : Non^ c'est pour jànaaî» : a/fex^ meiidilif ai feu éiem*:li Si après ces refus ils avaient l'assuraàee de lui dke en" core : Que celui qui sera sur nous en ce (eu éternel , île rtow soit pas un tyran cruel , il leur dirait : Nan^ ce sera le diaMOf le cruefl ennemi de votre nature : Aile^i tnattdftt , em fèkjéêerurif qm eit prépûré au diabléi Que si, enfin ^ ils le priaient qu'ib eussent parmi ces peines quelque douce compagnie qui letr dan* nàt quelque consolation^ il leur dirait : Non j vos compagaona et associés seront les démons^ les tratlres j les brigand»^ les Maa« phémateurs, les serpents et les dragons brûlants : AlUi, fmuè» dits , au feu éternel , qui est préparé au diable et à ses anges. Si bien qu'ils n'obtiendraient pas , par une mer de larmes , une petite goutte de grâce et de miséricorde. C'est pourquoi j sentant plus de douleur de la retraite de Jésus-Christ y si beau et éi triem» phant , que si on leur arrachait le cœur des entrailles ^ ils itona kront dans l'abîme, et la terre se refermera înceirtinMI imt mij et leur dtera toute espérance.

m LA atttiaiieGvioN ciiitiULE. 391

CrwMk 4mic t, 6 créatiur^ merWUo î qM tu m bms du Bomtee im HMiiditg, i^wque tu tes iuait.^ en taal d^actions de teiur lift, et 4tt9» peutrôire, tu as d«jà cownis plusieurs fois les jAkki» peur lesquels Us soal traités de la sorte. 0 Jésus ! sou^ YaraÎA juge de toutes les actîous buaaraiaes , eàl si maialenaal louiez Les âuies vous aimaient pour n'être point enveloppées inm Tarrét de mort éterg^le^ 0 Jésus I si les âmes renonçaieul mûoteuaBi i tout amour du siècle» pour «e vaquer qu'à votre MMur, et vous trouver miséricordieux eu ce dernier jour. Ce sera vous ^ ô Jésus l qui serez alors eoasidéri , et qui paraîtras tairihle et efCroyable , vous que les superbes oaépriseat maiiH teoaot, vous dott Us regardent les paroles comme riea, vous 4«i avez paru sur la terre comme un agpeau débottaairey vous taisant quand on vous a conduit à la boucherie , et ne disant mot quand on vous a cbai^i d'opiMrobres el d'insultes. Obi bommes mortels, si vous le méprisez dans Tétat dans lequel U est venu sur la t^rre pour sauver, que ne l'appréhendez-vous dans l'état dans lequel il y doit venir pour juger ? Le temps viendra où vous supporterez la juste fureur de celui de qui m^inlenant vous dédaignez la douceur. Que ferez-vous à l'aspeet de sa splendeur , qui obscurcira la clarté du soleil 9 Q mon ime 1 rentre donc en toi*méme sérieusement , et dispose telle"* ment ta vie et toutes tes œuvres , avec une couduite si bien réglée % et des intentions si épurées, et de si grandes précautions y contre tous les pécbés , que tu ne sois pas de la société des condamnés, mais de celle des justes, afin que tu t'élèves dans le ciel , en suivant ton aimable Rédempteur» pour chanter sa gloire dans toute l'éternité. Ainsi soit-U.

m. Considérez encore plus particulièrement que l'exécution de cet arrêt sera inévitable. Mon cameilsera êlaUe^ dit*il par Isaïe,el taïUê ma valonlé nera aixomplie (Isa. 46). Car U est le juge immortel, pour tenir éternellement la main à l'exécution de son arrêt , et il est tout-puissant pour abattre toutes les forces qui pourraient a'op« poser contre lui. Encore les aigles et les lions rompent quelquefois les cbaines et les cages par lesquelles on a pensé les arrêter; mais jamais les damnés n'échapperont des cbaines où ils se verront pris alors. La terre s'ouvrira premièrement sous leurs pieds pour les engloutir, et afin qu'ils n'aient pas le bonheur de jamais regarder la beauté du ciel , du soleil et des astres , elle se rejoindra et se

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refermera incontinent , et ils demeureront en ces caiemes soufrées et brûlantes poar une éternité. Les anges et les Saintt, dont le naturel est plein de douceur et de débonnaireté , auraient asses de disposition et de bonté pour les assister si c'étut la volonté de Dieu , mais connaissant bien que Dieu ne binera jamais à leur égard, et que c'est son dernier décret et n tolonté qu'ils demeurent en sa malédiction y ils ne s'emploieront aucunement pour eux ; et quoiqu'ils voient leurs peines et leon tourments , ils ne s'en affligeront pas , à cause de la confomdté de leur volonté avec celle de Dieu j disant seulement : Setgnmtry iH^tre jugemeni eit jmte (Ps. 118). La mère de miséricorde ellemÂme , la bienheureuse Vierge , de laquelle ils ont naéprisé h dévotion pendant leur vie , ne dira pas un mot en leur Saveur. De même les Personnes divines ne les délivreront pas , car ce n'est pas comme parmi les dieux des païens y qui épousaient divers partis y l'un combattant pour une ville y l'autre pour une autre. Le pécheur sera regardé des trois Personnes divines comme ua ennemi commun, et le Père ne sauvera pas celui que le Fils cmh damne, ni le Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils , ne donnera assistance à celui que le Père et le Fils ont pour jamais abandonné aux cruels démons : Cmr noire Dieu fCeiijmt comme kt iieus dm Gentils (Deut. 32), qui se combattaient les uns les autres. Enfin , il n'y aura ni astuce ni finesse qui puisse soustraire les coupables à cette exécution. La perspicacité du juge empêchera tout, préviendra tout^ dissipera tout. C'est pourquoi il les bravera , regardant du haut de son trône si quelqu'un se présente pour leur donner du secours , et n'en voyant aucun , il abaissera toute leur vertu dans le fond de la terre. J'ai le jour 4e In vtngtante à eœwr » dit-il par Isaîe , lom de ma rédempHon est tenn^ fm regardé tant à fentonr, H il a'y meokt pas de sttonrs: et foi fon4è ei ècrosé In pempies enn^farenr, jelesm enivrés em m^n ind gnation « et fm prtespité le^tr jwritt— ce sm fond des eHkmes ^Isa. tV)).

Ow» cVst donc thêot àerri<4f dt imnker entre les tmmns du Dieu nfmmt \\Uhs iOW 0 juste juf^e! que vous êtes à redou- IH'^ TOUS qui avei la puissance d'unir un esprit créé à son objet UMtiiiaut « et qui atei la puissance d'envoyer une âme et un OiNrps dans l<!vs^ brasiei^ de l>n£er. 0 ciel ! arrètei-voiis sur c* ;»l^eclAck funesl»! <5 laiK« tmuUe! nMr, époonnln-loi !

DE hk BÉSIttlECTIOIl GÉNÉBiLE. 305

lailres du ciel, e6inrr«i-Tous de devill 6 beau soleil î 6 lune «fODtme I éclipsei-YOus sur ce désastre de la nature humaine ! è rochers 1 6 montagnes! ô bâtes sauvages! déplorez Tinfortane des misérables damnés » de tant de princes, de tant de dues y de tant de comtes, de seigneurs, de tant de prêtres , de lant de juges , de tant de dames , de tant de princesses , de tant de demoiselles^ de tant de mariées, de tant de veuves^ de tant de femmes et de filles de toute sorte de condition, qui passeront, sans trouver aucun aide ou asile , par la rigueur de cet arrêt final et décisif. 0 Dieu souverain ! à la colère duquel penanne ne peut faire résistance ^ et de la tnain duquel per- Êùrnie ne peut se rdkrer (Job, 9 et 10), imprimez fortement dans nos cceurs l'appréhension de votre jugement; pénétrez nos chairs de votre crainte , qui nous maintienne en votre obéissance. Faites que nous tenions gravées dans notre mémoire les paroles d'un ancien et saint prêtre de la loi de Moïse : Si tnaintenant j'échappe aux supplices des hommes^ je ne ptmrrai , ni vif ni mort , échapper à la main du Dieu tout-puissant (il. Mach. 6).

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