CONTINUATION DE L ETAT DES BIENHEUREUX
I. Considérez qu'au plus haut du ciel, dans la terre des vivants, il y aura des cités magnifiques, des palais et des jardins, et autres lieux, servant à la récréation pure et innocente des bienheureux. Ce^te considération ne se propose pas comme un article de Foi et une vérilé indubitable, d'aulant que nous n'en connaissons rien de certain par les saintes Ecritures ; ces choses sont du nombre de celles dont a parlé saint Paul, qui y a été transporté : L'œil ne l'a pas vu, ni roreille entendu, et le cœur de l* homme n'a pas compris ce que Dieu a préparé à ceux qui raiment (i. Cor. 2). Ceci, donc, se propose seulement comme une chose probable, que plusieurs personnes sages ont assurée et tenue pour véritable. Car, qui pourrait penser que ces vastes espaces, qui sont d'une grandeur immense, et comme infinie dans V, 26
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le ciel, sont déserta, vides « cl sans aucun ornemeiit, et( les bienheureux sont, ou réunis ensemble» ou épari ci ^ ' ooiDOie des troupeaux dans une ^aste prairie'/ L'Eeritm sainte nous fait concevoir un autre sentiment ; car le Prophèl^ n ] royal s'écrie en cette sorte : Seigneur des vertusy qus vot dee sont ùimaVes (Ps. 83) ; et le prophète Baruch, dans la teroplation de la demeure du ciel : 0 Israël ! qtie to.tMnMs 4} grmKÈêy et qus grand est le lieu de ta possession (Bamch. 3);4| l'ange Gabriel disait à la sainte Vierge, en ranlretenattl de k I grandeur de son Fils : Il régnera dans la mmeon de Jaeei Êsnà^ 1 kmenty et ion royaume n'aura pas de fin (Luc, i). C'eat-i-4iit 1 & que le royaume du ciel ne sera borné ni par le temps, ni par II { lieu, car il n'y a aucune maison ou royaume sur la terre qi&l n*ait aes limites. Saint Jean , dans TApocalypse , confimie II | morne vérité, quand il nous représente la Cité céleste avec i portes, faites d'autant de perles, et les fondements de cette ^ Cité, remplis de toute sorte de pierres précieuses, et la grande ^ rue de la Cité, comme de Tor pur et un cristal brillant. Et, ensuite, il nous décrit un fleuve d'eau vive» bordé à Tune et rjeiutre rive d'arbres île vie, qui apportent chaque mois des fruits pour la santé des peuples. Ce que confirme encore la parole de TEvangile, où notre Seigneur dit : Il y a plusiestre habitations dans la maison de mon Père (Jean, U). Aussi, ces palais magnifiques fout du plaisir à voir et à habiter, et les sens humains en reçoivent de la délectation, comme les hommes dans Tétat d^innocenoe en eussent re^u de la demeure du Paradis terrestrt\ De plus, Jésus-Christ est en corps et en âme dans le ciel, comme la Vierge bienheureuse , et peut-être quelques-uns de ceux qui ressuscitèrent avec lui ; et après la résurrection généritle tous les justes doivent recevoir, des m9Îns de Dieu, une douMo rétribution, la gloire de Tàme et du corps. Or à cela les beaux prihis et les séjours de plaisance n^ont aucune repugnaiH'e. Qui empt^chera donc de les admettre en ce lieu, où tous les sens doivent ressentir la douceur d'un très-pur plaisir ? Car ils ne se nuinMU pas Tun à Tautre, ils seront transparais comme un clair cristal, et ne serrant pas à se munir contre les injure» de Pair, dv>nt ce lieu sera exempt à janais, ils servin>nt à la décoration du royaume céleste* et à faire admirer la gMv« de ranrhilecle H du eouvtfaki GréaUwr de ImI la
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aondei chacun y voyant les marques de sa puissance merTeil*i^ttce^ el de M magnificence incomparable.
J*âd«airerai donc ce lien céleste, comme autrefois le pfo-^ phètê Maim, ponsM par Tesprit de Dieu , admirait le camp dei IcriélHes délifrés de la servitude d*Egypte. 0 Jncob ! que tes /aierniefat $ant bemix, et tes pavillmê, ô Israël ! comme des valléet cmHftêi diiéoagei, eêmme déê jardiné arrosés d'eaux courantes, comme àm tmUê qm IH$U « étendues, semblables aux cèdres plantés près dèi etmas (Num. S4)« Je treseaillerai d'aise avec le prophète David : h m$ ms féjetJA 4$ ee qu'on m*a raconté, nous irons dans la maison de mm (Ps. iSl). Qu'il fant donc peu estimer les maisons de li terre, qoi ne sont au prix que de pauvres cabanes habitées par de pauvres pâtres, que des maisons de boue et de fange f
0 SeifiMirl quand verrons-nous ce Paradis céleste et le lieu de v#lre demeare ? Oh ! combien volontiers , quand notre havre fera venae, devrons-^nous quitter ces chétlves maisons de ta lerre pour ce grand palais que vous arve2 préparé â vos et&mii.
IL Considérez la diversité de ces (râlais , dont les uns se* reni plus riches, plud grands et plus délectables ; les uns pluâ éief é§y lés autres moins ; les uns plus proche de la demeure de JéM»4!liri6t, les antres m<rfns, tout étant disposé pour les élus, srion kiir condition, leur mérite et leur dignité. C*est pourquoi CM palais eeront innombrables, chacun des anges et des Saints
01 des 8ai»tes ayant le sien à part. Le mort de FËvangile siipâfie UM diversité : Dam la mtAêon de mon Père sont ptufàeurs SàbiisiAmM (Jean, i4). Paroles qui ne signifient pas seufement la multitude et le nombre, Mais encore la diversité, comme les
des Saints ont été inégales et de divers prix et mérites. M est-fie^ le propre de Dieu de garder de l'ordre et de U proporticd en toutes choses, selon qu'il est écrit dans la Sagesse r Yam âpe» iam êUfosé avec mesure, nombre et poidg (Sag. 11). Ce qm Mrs d^rvé pitre particulièrement dans le ciel, oft là variété M trouvé nvee une admirable jnstesse et proportion, d'où fèamUtn tin ccmctlrt et une beauté indicible, qui contentera éter- ■eileflMni les yem des éins. Aussi la beauté consiste prlncipale- BMiiidans: Me disposition bien ordonnée des différentes parties; il etNMM Tenfer sera horrible à voir dans le trouble et la confuiMi de toitae cheeec» n'y ayant aucun ordrc^ mais une horreur
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éteruellei comme en parle Job, ainsi le séjour de It félicité nelle sera au contraire indiciblement beau et agréable, parce la variété y sera dans un ordre excellent et digne de l'espritfini de Dieu, qui a mis là son chef-d'œuvre et le plus grand de sa sagesse, pour la plus grande satisfaction de ses élos.bl distinction des anges en diverses hiérarchies, et des hiérarcUtls] en divers chœurs, et encore des chœurs séparés en diverses itl'^',. très classes, selon ce qui en a été médité, confirme encore cettil '^^^ considération ; car cette distinction si grande des anges ne 8«i|-" pas seulement la conséquence de leur substance, de leur£* gnité ou de leur ministère, mais aussi de leurs lieux et de lem situations ; car il appartient à chaque créature d'avoir sa plici propre en rapport avec sa qualité, son mérite ou son ministère; . c'est pourquoi toutes les places et tous les quartiers assignés il ^ chaque ordre des anges seront différents : l'un sera dans un liei supérieur, l'autre dans un lieu inférieur, l'autre dans on autre« Et comme les royaumes et les empires sur la terre, qui n'est m^ qu'un point au prix du ciel, ont leur quartier à part sur la surface de cette terre ; ainsi les empires des anges et les demeures des divers ordres de Saints auront leur quartier dans le ciel, que Dieu, par sa sagesse et sa puissance, a formé pour la demeure, tant des anges que des hommes, dans une amplitude comme infinie , avec des marques qui les feront distinguer les uns des autres, les plus justes selon le degré de leur mérite étant placés dans un plus noble chœur des anges , et y tenant les places qui ont été laissées vides par la désertion des mauvais anges. Le cardinal Cajetan, le plus subtil interprète de saint Thomas, en parle de la sorte : La sagesse divine a dispose ur.o partie du ciel comme un trône plus élevé^ et les autres parties sui^^ritMires ou inférieures y sont toutes coordonnées. Ainsi Jôsus-r.hri>t, selon son humanité, habite la partie la plus élo\ée « et les autres créatures bienheureuses occupent çà et là dos lieu\ plus bas. Et un autre théologien, s'accommodant de celle pons*^e, .ajoutait que les bienheureux se visitent l'un l'aulrt\ s'enireiirunonl et passjor.i par les demeures les uns des auiivs « proiuiui pari au L^Miitour et à la consolation les uns des autivs^ 01 se pon;iui mutuoilouiem à la louange et à la béné- «aohon du Si^u\or.^in i.roatour« qui les a tirés de la poussière de lO moihlo loMo>u\\ pour los p«;uor si houreasemenl en ce monde
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céleste, ofl est Tabondance de la paix et la plénitude de tout bien, sans aucune indigence.
Admirant ce lieu et cette agréable variété, dites, au moins intérieurement : 0 Paradis ! que tu es beau , quand seronsnous à la fin de notre carrière pour nous rapprocher de toi? 0 Cité de Dieu! que Ton a raconté de toi des clioses merveilleuses! Eh! vraiment, mon Dieu, je ne dois pas faire le diflScile à le croire ; car , si dans celte terre , vous avez mis tant de diverses contrées si agréables pour ceux-là même qui ne cessent de vous offenser, que n'aurez-vous point préparé pour ceux qui vous aimeront en toute éternité ? Dites avec saint Bernard (1) : Tu es belle , ma patrie , tu es agréable , et il n'y a pas de tache en toi. Entrez dans le sentiment de saint Ignace : Oh ! que la terre me dégoûte quand j'envisage le ciel ! Pourquoi donc avoir une si grande attache h cette vie et à ce inonde immonde?
m. Considérez que , nonobstant le contentement que peuvent recevoir les bienheureux de cet appareil extérieur , ils n'en sont aucunement distraits de la contemplation et de la vision de l'essence divine , qui fait le fond solide de leur félicité. Car au milieu de cet état tout resplendissant et tout magnifique, Dieu est comme l'air très-pur dans lequel ils sont et respirent , goûtant incessamment sa douceur , comme étant à la source de la Théologie mystique très -accomplie, qui n'est que très-légèrement commencée ici-bas en quelques âmes d'élite , à qui Dieu veut se communiquer davantage; et cependant si ces âmes, qui avaient reçu ici-bas une goutte de cette rosée , se sentant excéder par la grandeur du plaisir , demandaient à Dieu qu'il arrêtât les flots de sa grâce qu'elles n'étaient point capables de les supporter, que sera-ce de cet état? C'est pourquoi Dieu, par un auti'e trait de bonté peu considéré des hommes , et par un bienfait qui leur est caché pour la plupart , faute d'y faire attention, avant que de mettre la créature en cet état, la fortifie par les qu^^tés glorieuses, et surtout par la lumière de gloire , afin qu'elte soit capable de soutenir la grandeur de la joie dont il la comble pour toute l'éternité ; comme autrefois on fortifiait les membres des lutteurs pour soutenir le com-
(i) Serai. 8, de 8. llarUno.
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bat j et comme si Ton fortifiait avec quelque liqueur lae jm d'une personne qu'on voudrait mettre dans une brillante li^ jnière. Cette force que Dieu leur donne rend les bienbeoieux capables de ressentir tout à la fois, sans diminution, la joie qui rejaillit sur eux de tous les objets de la béatitude , tant du premier et principal , qui est Dieu même toujours présent A leurs regards, que des autres objets secondaires. Il est vrai que, dans rétat de cette vie , plus le cœur est partagé entr^ une grande multitude d'objets , moins il est attentif i chacun d'em, parce que son infirmité no permet pas qu'il s'appliqua autant à plusieurs qu'à un seul ; mais dans Tétat de la glQÎre , Dieu relève et fortifie les puissances humaines» et fait que leur application aux beautés extérieures du Paradis ne diminue en rian celle qu'ils ont à la contemplation de l'humanité sacrée de Jésui- Christ et de sa divinité. Aussi les bienhaureui ne daigneraient pas jeter leurs regards sur aucune partie du Paradis , au préjudice le plus petit du monde de la vision de Jésua^rist. Voilà, didait un cœur qui lui était dévot, je contemplerai votre face très-joyeuse, et je ne détournerai pi|s pour un seul moment mes regards de vous , non pas même pour contempler la beauté des anges, car, ô très-élu Fils de Dieu , la bonne grAce de votre visage est ineffable, par elle tous les cœurs sont ravis et transportés. La blancheur delà neige ne lui sers pas comparée, et la sérénité du ciel ne sera rien auprès d'elle. Oh! quevolootiers , au prix de la mort , j'achèterais le bonheur de la voir une fois, afin que je brûlasse pour elle d'un amour étemel. Or, si la Charité de celte vie a enfanté ce souhait de ne pas vouloir regarder les beautés des anges , si pour cela il fallait perdre un seul regard de la beauté de Dieu , combien plus la Charité de l'autre vie souiTrirait^-elle moins de jeter la vue sur quoique ce soit, si Dieu en était moins regardé. Si bien que toutes ces magnificences du Paradis n'empêcheront pas les habitants de cette heureuse contrée de se rassasier sans fin du regard de Dieu même.
0 le rassasiement souhaitable! ô la vive présence du Dieu vivant, que n'êtes-vous ainsi toujours si forte en moi que la vue des choses visibles n'ait plus la force de m'en distmire? C'est pourquoi, pour l'amour de ce beau Paradis, j'ai fait un pacte avec mes yeux de ne plus penser à la félicité de ce inon4e,
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de peur qu'il ne me surprenne par ses flatteuses douceurs , comme par uu filet. J'irai par la force de mes désirs , et j'avancerai à grands pas par la multitude de mes affections vers la royale Jérusalem^ à cause de son roi très-désirable, par la suavité duquel mon âme est attirée. Qui me donnera la légèreté des cerfs et la vitesse de leurs pieds pour cette course, afin que j'arrive au plus tôt? Je m'enfoncerai dans l'abîme des délices de mon Dieu très-désiré. 0 paix ! ô repos que je recherche tant ! 0 Fils de Dieu ! Verbe éternel, non pareil en beauté, pourquoi, tandis que vous marchez si ardemment, suis-je si long, si tardif «t si lent? Abrégez pour moi le temps de cet exil, afin qu'au plus tôt mes yeux vous contemplent, vous après qui je soupire depuis si longtemps. Et cependant liez moi fortement des chaînes de votre amour, de peur que dans l'intervalle la beauté terrestre ne m'entraîne. Car, hélas! combien de bêtes malfaisantes ont environné mon âme de toutes parts? Combien de sortes de tentations ont conjuré ma ruine? Combien de fois mes sens m'ont-ils snggéré de leur accorder quelque moment de plaisir? Mais loin de moi de telles pensées ! loin de moi la conversation de ce monde ! 0 Dieu de mon cœur ! vers qui se portent mes gémissements, vous êtes seul mon unique et très-chaste plaisir; je ne veux point, mon Dieu, d'autre héritage <fue vous, que je désire Mal, pour qui je soupire,. que je recherche ici jour et nuit, tant que vous avez pour agréable de m'exercer par une si longue privation de votre amoureuse présence; car je me résigne à votre volonté, qui m'est plus chère que la vie.
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