‹ La théologie affectiveChapitre 49 sur 63 · QUATORZIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME MÉDITATION

CONTINUATION DE l'ÉTAT DES DAMNÉS.

I. Considérez diverses sortes de punitions dans les damnés; L car il est important de considérer plus profcmdément leur état, L pour l'avoir en horreur et le pouvoir éviter. C'est pourquoi le U

Sage disait : Qui fixera Ut tourments iam Ma pensée ? souhaitant de les considérer et de les appréhender, pour ne les pas éprouver après cette vie. Or la punition, pour en parler proprement, est une privation sensible d'un bien convenable à la créature raisonnable ou la présence sensible d'un mal qui lui répugne. Ici le mot aettôiàfe se prend pour ce qui se fait connaitre et apercevoir, quoique le sens extérieur n'y intervienne pas. Or, dans rétat de la damnation, il y a privation de deux espèces de \ biens convenables tous deux à la créature raisonnable : et il y a présence de deux sortes de maux qui lui sont contraires. Les deux biens convenables dont les damnés soufirent la privation, sont la béatitude et la Charité. La béatitude est le souverain bien do la créature raisomiable , comme étant son accomplissement tiiUiU et lo sonuuet de sa plus haute perfection. Et l'état de Charité est aussi son souverain bien. Or les damnés sont privés de ces doux hiens« ce qui constitue leurs deux premières et principaWs poiiios. Tune ai^pelèe la peine du dam ou damnation par VoU^i^uenieiit de la béatitude « et laulre appeUe le mal d'injuslùv ou \VM4)$titta(iou duiis le pcché» dans Isqiid ils seront

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nellement laissés. Quant aux maux contraires à la créa- ) raisonnable, par la présence et l'application desquels les unes sont punis, l'un est le feu dont ils sont enveloppés s pouvoir s'en séparer d'un seul pas, et l'autre est la pende ce feu , la contemplation de ces flammes dont ils ne ivent se distraire un seul instant. Ces deux maux sont con* ires à la créature raisonnable, dont le propre est de se mour çà et là, et de se transporter en divers lieux, comme le pre de l'entendement humain est de considérer divers ob- ;, dans la variété desquels il se délecte suavement. C'est irquoi la présence de ces deux maux forme deux autres eses de punition ; et ainsi il y a quatre sortes de punitions s remarquables, et lesquelles sont toutes justement ordons par la justice très-équitable de Dieu. Car pour ce qui rede la privation qu'ils ont de la Charité qui fait qu'ils sont aissés et abandonnés dans leur péché, sans que jamais Dieu" en retire plus, ce châtiment est juste, car celui qui a peréré dans le mal jusqu'à la fin, sans vouloir profiter des yens qui lui étaient offerts de sortir du péché , mérite de tre plus aidé et secouru. Et pour la privation étemelle de la ilitude et de la société des bienheureux, il est juste qu'étant i membres pourris, ils soient retranchés du corps de Jésusrist, et puisqu'ils sont en rébellion contre le roi pacifique la Cité céleste, il est juste qu'ils en soient séparés, et ainsi ils demeurent éloignés et de la béatitude, et du lieu où elle communique. Quant à la détentimi au milieu du feu infernal, H ne leur était encore plus convenable : car comme les bons it justement dans le lieu le plus noble, le plus délicieux du nde, qui est le séjour de Dieu et des anges fidèles, avec puisice de se transporter autre part, et de se mouvoir à leur , aussi est-il juste que les réprouvés soient placés en un 1 très-vil et très-odieux, comme le centre de la terré et le 1 du feu infernal sans pouvoir se mouvoir, étant si mal disses qu'ils useraient mal de cette faculté, à cause de la malice ie la corruption de leur volonté. En somme, s'il, est équitaque l'entendement des bienheureux soit déterminé à conipler l'objet le plus gracieux et le plus ravissant du monde, i est l'essence divine, et que par suite leur volonté s'y puisse ecter, sans perdre la liberté de coiind^r d'autres objets qui V. il

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ne sont point opposés à ce grand et sou?erain bien » pw son contraire » il est équitable que Ventendement de» réfiroviii soit contraint à considérer un objet très-désagréable, et quelav volonté a en extrême horreur, sans pouvoir considérer autre chm quelconque qui puisse amoindrir la peine de ce supplice. C*mI pourquoi toutes ces quatre punitions sont trèfr-biea infligiii par Tordre de la justice et de la sagesse divinei aux malbevron damnés.

Donc , 0 réprouvés , infiniment malheureux I Qui ponmil pleurer dignement votre malheur ? Qui est celui qui ne fré* mira pas en considérant ces choses? Qui, à cas pensées» nennoncera de bon cœur aux plaisirs, aux ambitions , et aux peisessions de la terre » pour entrer dans la voie étroite du salut? Qui ne regardera comme une grande folie, de s'exposer ii péril de tomber en ces abîmes , pour des intérêts de paille et de néant? Je me prosterne donc humblement, vous suppliant, ù Dieu infini ! par votre bonté et votre miséricorde infinie , déli* vrez mon esprit d'une si grande folie : donnez-moi la lumière et U prudence des justes, afin que je reconnaisse la grièveté di péché mortel, qui plonge les &mes dans un océan ioimense de misères , et que je conçoive un aussi grand désir de voos plaire , qu'il est raisonnable de le faire pour éviter de si grands uiauY.

II. Considérai que de ces quatre punitions se formeront quati^ tristesses dans les damnés. Car ils auront une grande tristesse de se voir dans Tétat d'obstination du péché , et dans la privation de la Charité sanctifiante ; ils regretteront înconsolablement d*étre souillés de la tache du péché commis durant leur vie « non qu'ils se repentent du péché , en tant qu'il est contraire à l^ii^u « mais seulement en tant qu'il les prive de leur vrai bien et de leur commodité ; c'est pourquoi cette tristesse les ailli^era sans cesse « et ce qui était doux pour enx dans le monde , sera ihanf^è en amertume horrible. Us auront aussi une «^raïute triste^<e de la privaiien de la béatitude , car, saohaul qu ils êiaient on^^ pour jouir d'un si grand bien qui leur ouu destine . et que rt clamait leur nature, et que, faute de le )Hv<s«ster, ils ser^Mit .î jamais iuipart'aiis , ils en ont un déplaisir qui les ,ibsorW d'ennuis . eomuie il arrive à rhérilier d*aB puis- Mul el ricW M)auuie« de seu veir Irvliê, el d'Mra eenlmat

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4ti vivf^ iiam lu disette et la pauvreté. Le tourment du feu ne linr tifit pi^ mom douloureux , car r/est contre leur naturt i*tlw »im capiiC» et emprisonnés » ^t privés de la liberté de se niPiivQtr, (Mire les niïf^m touriiients que leur cause son ardeur. 6^ U^H Itfur ^t pénible f et ils y sont fixés contre leur inclination. SJf eo e$Eet, quelqu'un vous plaçait dans un lit bien mollet , qt^'î) v^ipp fit ealeiMJire !ft plus harmonieuse musique , mais avec 0^H# çwAitiaa qu^ V4>us j demeureriez quarante ans sans en p^voif bouger, ne serait-ce pas une peine insupportable ? Comm^9A donc lOMfririeMrous d*ôtre éternellement enchaîné dans le llM de renf^f ? Qitell^ Uistesse ! Penses-y mûrement, ô lecteur I Q4}9e ! ^el diUr^me déplaisir pour ceux qui ne peuvent tenir en ptoç^ dan» cette vie! Mais, comme ils ne sont pas seulement dans c# fou «orporelleipent, et que leur entendement y est toujours i^Uaebé » sans pouvoir s'en détourner un seul moment , l'ayant iflMeMmment en leur pensée , ils ont une quatrième tristesse f d^airam se débarrasser de cette pensée , sans qu'il leur soit possible d'avoir la moindre trêve du monde. Ainsi donc leurs trietMses procèdent des privations qui allligent leur volonté , et de leur détenticm aussi contraire à leur volonté. Si nous ne coueerens pas assez la désolation des damnés en cet état , aidons noftiB esprit de quelque comparaison sensible \ imaginons-nous «ne feumaise très-ardente ^ et dans cette fournaise un homme u^ qui ne sera jamais délivré de ce tourment. Combien estimerions-naus que cet homme serait misérable? quel cri nejettenûl-il pas? quels horribles hurlements sortiraient de sa bouche? en quelle cimtenance se tiendrait-il? quelle pénétrante affliction hii déchirerait le coeur, peu^nt que jamais il n'aurait liberté d'échapper ? Pensons nous-mêmes , si l'on nous voulait jeter en eetlii fournaise y ou ai nous y étions jetés par quelqu'un sans eu pouvoiF sortir^ en quel état nous serions : et cependant la dam- QAtion au feu éternel est encore plus terrible et plus effroyable. CoBimeiit donc ne tremblons-nous pas, sachant que si peu ^ehappeat à ces tourments» et que nous les avons mérités par nos ^BBUêe$f sans être «saurés si nous avons été vraiment repentuils par une bonne contrition? Gomment sommes-nous si hardMiiae^de croi^r un seul moment dans l'état du péché, l'heure 4ê mÊtê nort étant incertaine, et pouvant être surpris par. un inÊfinii Qmmvs^ la joie et la vaine récréation du

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monde nous peut-elle si longtemps occuper^ et nous détonner des pensées de notre salut, se pouTant faire que ces punilicms et ces tristesses inconsolables fondent sur nous? 0 aveuglement des pécheurs ! 6 horrible charme qui empêche les âmes de rentrer soigneusement en elles-mêmes à la vue de si grands périls! Oh ! quelle folie , quelle extravagance , quelles ténèbres , qud asservissement, quelle dégradation du misérable cœur humain! III. Considérez que ces punitions et ces tristesses dureront pendant toute l'éternité dans les damnés. Et bien que cette éteniité ait déjà plusieurs fois été considérée, elle est pourtant de si grande importance, que le temps de la méditation ne peut être que très-utilement employé à ce sujet. Il suffirait, pour croire cette éternité de peines, que Dieu même, qui est la sooveraino vérité, et qui ne peut être trompé ou tromper personne, ait assuré qu'elle existait : Et ceux-ci iront au supplice éternel, tl les justen à la vie étemelle (Matth. 25). Mais, parce que les esprits aiment mieux les raisonnements , outre ceux qui ont été présentés en divers endroits de cette Théologie, il est important d'rn considérer encore quelques autres, pour confirmer d'autant plus- nos esprits dans la croyance solide de cette vérité. Car, premièrement, si cette éternité de peines n'était pas, mais que les danuiés, après quelques années de souffrance, dussent obtenir In fnvour d'une amnistie et d'une rémission générale et la félicité étrniello, comme les disciples d'Origène en ont été autrefois persuadés , il suivrait de cette proposition , que les plus méchants et les plus détestables hommes pourraient braver Diou jusqnes dans le dernier moment de leur vie, et nonobstant passor en son Paradis, après quelque temps limité dans les onH^rs : c^r rot ordre étant une fois établi, qu'après un certain Hai^ioo limité do pénitence et de satisfaction. Dieu serait obligé do los mottre au rang des Saints, les plus obstinés pécheurs so tioudraiont assurés de leur salut, quelque vie qu'ils menassent, ot los martyrs n\Mi$sent pas eu besoin, pour acquérir quelque jour lo oioK do souffrir tant de cruautés de la part des tyrans, puisquo. nonobstant leur lâcheté à s'éloigner de la religion, ils «ussont pu ontiu so rondre participants de la béatitude. Or, c'est uno choso quo tout homme s;ige jugera peu convenable. De plus, Kl corrt'spondanco qui doit être entre la coalpe et la peine, la lr;iu«$i>o»»iou ot la punition* fait asseï bte voir ipi'wia peina

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infinie était dne à la. créature raisonnable , qui a offensé son Créateur; e^hr rhomme, en péchant, détruit en lui-même un bien qui pouvait être éternel, ce bien est Dieu même, qui pou- Tait durer éternellement en Thomme. Or , saint Augustin dit bien que celui-là est digne d'un mal étemel, qui détruit en lui-même un bien qui pouvait être éternel (1). A quoi le Grand Albert ajoute que la racine du péché est le mépris de la grandeur de Dieu qui est infinie ; et partant, si la peine était finie, ce serait miséricorde, non justice. De plus, ]*homme qui pèche, sachant que de lui-même il ne peut sortir du péché, se met, autant qu'il est en lui, en état d'y demeurer éternellement, et ainsi une peine étemelle lui est due. Enfin, des causes toutes contraires doivent produire des effets immédiats tout contraires, ainsi qu'il paraît dans l'eau et le feu, dont l'un produit la chaleur et l'autre le froid. Or, l'effet de la vertu est la récompense étemelle ; donc Teffet du vice doit être la punition éternelle. L'effet de la vertu est une joie interminable ; donc l'effet du vice doit être au con- y traire une tristesse interminable. Ainsi, il y aune étemité de •' supplice justement ordonnée par la sagesse et la justice de Dieu. Ainsi que la lumière d'jjn flambeau, une fois éteinte, den>eure pour toujours éteinte, si on ne la rallume, de même la lumière de la grâce divine étant une fois éteinte en une âme, cette âme demeurera éternellement sans la lumière de gloire, et sans la splendeur des Saints, Dieu ne la rallumant plus après cette vie. Que si l'on oppose qu'une grande tristesse fait mourir l'homme, et qu'un corps ne peut durer vivant en une grande flamme, A cela on répond que Dieu ayant ressuscité le corps des damnés dans un état stable et permanent, il conservera leur tempérament de telle sorte, qu'il ne pourra être altéré ni par la tristesse, ni par le feu ; c'est pourquoi l'âme malgré elle demeurera éternellement unie à son corps, et ainsi les tourments ne pourront cesser par la mort.

Il est donc vrai, ô mon âme! il y a une étemité de supplices après cette vie. 0 éternité, que tu es peu considérée des esprits, que tu es peu redoutée durant le cours de cette vie ! Pour me représenter et m'imprimer plus fortement la crainte de cette éternité, je m'imaginerai, selon le conseil du Docteur

(i)L. SI, de GWit. g. 42.

4il lA fndiMti tffiMtn.

txtatiqiie (1) , «ne montagne dé Bibte aussi grtnde et Mi Taste que tout ee monde : eertainement si, au bout d'un milSori d'années, on en retirait un grain de sable, cette montagne, aprèi une durée de temps imaginable, serait épuisée... et cependant, après une semblable durée de temps , la peine des enfers ne serait pas plus proche de sa fin, que quand le premier grain de sable aurait été retiré; et si les damnés connaissaient qu'après une telle durée ils devraient être affranchis de leur peine, ce lenr serait une grande consolation. Mais la Providence de Dieu i voulu que cette éternité fût cachée aux hommes , parce que l'ili la pénétraient bien, le monde ne subsisterait plus. Les hommi» ne regarderaient plus le temps de leur vie qne eemtne un in»« tant, et une chose de moindre durée qu'un olin d'œil; e'eK pourquoi ils négligeraient tout ce qui est nécessaire i la vis, comme n'étant qu'un moment, ou bien ils demeureraient épeN dus et stupides d'étonnement à la vue de cette éternité inteN minable. Car, é éternité! comme tu es un bien souverain dans la ciel , tu es un mal souverain dans l'enfer. Quel malheur horrible de brûler un jour entier dans une fournaise ardente (... mais d'f brûler une année entière , et encore pjps d'y brûler eent ans , mille ans, cent mille ans!... Qu'est*-cé donc que d'y brûlerons éternité ? quel déluge de tristesse ne doit pas enfanter eette cou* sidération ? 0 Jésus ! c'est vous qui pouves me Sauver de cette horrible peine , je me convertis donc à vous , et je m'âtiatbe à vous , je ne me séparerai plus jamais de voué.

(1) Oionyd, Cafthtts. 4. NotIs. ftrt. SS.

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