‹ La théologie affectiveChapitre 50 sur 63 · QUINZIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

QUINZIÈME MÉDITATION

DBS TA0I8 PRINaPAUX VICES QUI RÈaNBNT DAtfS LES DAMNES.

I. Considérez qu'entre les vices qui régnent dans les damnés, la rancune et la colère y sont en premier lien : Ijê pécheur verrû^ et iltê tùurroucerû : il grincera des denté et ee desséchera ; le désir dis pécheurs pétira (Ps. 111). Cette colère sera en eux merveilleusement enflammée , et comme changée en rage et en fureur contre Dieu, contre eux-mêmes, contre les démons, et contre les hommes damnés. Premièrement, ils se courrouceront contre la toutepuissance de Dieu , par laquelle ils sont détenus fortement dans le lieu du supplice, et qui a préparé les flammes de l'enfer dès le commencement de la création du monde. Ils s'imagineront que Dieu ne les a pas jugés avec justice , qu'ils ne méritent pas la millième partie de ce châtiment, qu'il s^est comporté envers eux tyranniquement et impitoyablement, et sur ces fausses considérations qui leur occuperont l'esprit , ils entreront en courroux contre lui , le haïront , le maudiront , et désireront qu'il pût cesser d'être, et soit réduit au néant. Quand il aura faiffiy dit Isaïe, il se courroucera f et maudira son roi et son Dieu (Isa. 8). Secondement, ils se courrouceront contre eux-mêmes et contre leur propre misère , de ce qu'ayant pu autrefois éviter la transgression des lois divines , et ainsi se délivrer des enfers , ils ont négligé le temps , le lieu et le moyen qu'ils avaient de le faire , et ce , pour des intérêts frivoles et des raisons de néant ; et que pour ce sujet , ils sont en une extrême misère par leur propre faute et par leur imprudence. Par cette colère , ils se maudiront incessamment de se voir si misérables, de quelques côtés qu'ils se tournent. Troisièmement , ils se courrouceront contre les démons , qui leur sont assignés pour bourreaux, après leur avoir servi de tentateurs et de solliciteurs au péch?. Car ils ver-

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ront nettement comment Tenvie des anges damnés a été cause de la ruine du premier homme , Adam ; ils ▼errent sans obscurité aucune qu'une grande partie des péchés s'est commise par l'instigation de Satan, par ses ruses et des malignités toutes noires, et qu'il n'a cessé de porter les hommes de péché en péché jusqu'à la mort, comme il ne cessera de les tourmenter en toute éternité sans qu'il soit possible d'adoucir le moins du monde sa cruauté épouvantable. Cela les embrasera d'une grande colère contre tous les démons ie Tenfer, qui sera d'autant plus furieuse, que les démons se moqueront de la colère des hommes qu'ils auront alors en leur puissance. Quatrièmement, ils se courroac^ ront contrôles hommes damnés, parce que tous s'incommoderont les uns les autres diversement en ce lieu d'horreur, soit par leur pesanteur, soit par leurs cris et leurs hurlements , soit par les flammes qui s'élanceront de leurs corps. Mais, plus spécialement, ils se courrouceront contre ceux qui auront été pour eux occasion du péché , soit pour ne les avoir pas bien instruits et conduits, soit pour ne les avoir pas repris et corrigés , soit pour les avoir sollicités au mal, et avoir été complices avec eux. De là viendra qu'ils se déchireront les uns les autres comme des chiens enragés, et se reprocheront Tun à l'autre dans toute l'éternité, d'être les causes ou occasions de leur perpétuelle damnation. 0 colère insensée! ô rage furieuse! ô société abominable des damnés! Que c'est chose horrible de vous voir, et bien plus horrible encore de partager votre condition ! Qui ne s'efforcera d'éviter cet état malheureux ? 0 mon âme ! les damnés souffriront des tourments, à cause qu'ils n'ont pas ici bas bien réglé leur colère : car contre l'ordre divin, ils ont entretenu des haines et des inimitiés irréconciliables, et le désir de se venger les a souvent portés à des actions injustes au lieu de se courroucer contre eux-mêmes et contre leurs propres crimes, pour en tirer une sainte vengeance par une bonne pénitence et une satisfaction volontaire et condigne. C'est pourquoi ils seront punis par où ils ont péché. 0 Dieu suprême et juge redoutable ! faites-moi miséricorde, afin que je mortifie en celle vie toute passion de colère contre mes frères, et que j'exerce une sainte colère et vengeance contre mes propres offenses par une sévère pénitence, afin que je ne tombe pas dans la colère infernale.

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II. Considérez qu'on second lice qni régnera dans les damnés, sera une envie mortelle, dont ils seront comme dévorés contre Jésns-Ghrist, contre les bons anges et les Saints dn Paradis, et contre les petits enfants des limbes, qu'ils connai- Iront ne pas souffrir d'aussi grandes peines que celles qu'ils endurent. Pour entendre ce point, il faut présupposer ce qu'enseigne le séraphique Docteur , que les affections luxurieuses qui sont jointes à quelque délectation , demeurent tontes affaiblies et comme absorbées par la véhémence du tourment; mais au contraire, les affections pénales et qui sont jointes à quelque peine, sont renforcées encore en eux , comme l'impatience par la colère, et la malignité par l'envie. C'est pourquoi, il est dit du pécheur, il grincera des dents et se iesséehera (Ps. 111). Ils concevront donc une grande envie, premièrement contre Jésus-Christ leur juge souverain, qui les a dédaignés en son jugement, et leur a montré sa splendeur et sa magnificence incomparable, pour leur imprimer un sentiment immortel du mal de sa privation. Ds lui envieront pendant toute l'éternité le bonheur de son état, de sa royauté, de son empire, de sa domination dans son royaume, et de l'exaltation de son humanité par l'union personnelle avec le Verbe divin , voyant qu'ils sont frustrés pour jamais de toute part à ses bonnes grâces, et qu'ils n'auront aucune société avec ses élus, ils seront toujours contristés et affligés de son bonheur immortel. Ils voudraient que jamais les mystères de l'Incarnation, de la Rédemption et de la Résurrection, n'eussent existé. Mais comme celui qui est jaloux de la prospérité de quelqu'un, se porte contre ceux de sa famille, contre ses enfants et ses domestiques, qu'il reconnaît jouir de quelque félicité, il en sera donc de même des damnés : leur envie passera de Jésus^hrist aux bons anges, et à tous les Saints du ciel qui seront de la famille céleste ; ils leur envieront leur justice et leur sainteté, leurs victoires et leurs couronnes, leurs contentements et leurs richesses. Pour rassasier leur haine et leur sacrilège envie, ils souhaiteraient que tout le ciel fût changé en feu d'enfer, et qu'il n'y eût personne qui fut heureux, mais que tous fussent misera^ blés comme eux. Car, bien que, si ce désir était accompli, leur peine en fut augmentée par un plus grand nombre de damnés ; toutefois comme toutes leurs affections sont déréglées, ils souhai-

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lent c6 qui leur sertit le plus désatantageux. La coaipinàBoi l)| des bienheureux les remplit de conftesioQy et ik Tondraient ki L arracher du lieu de leur félicité ; ce leur ett un mal exlrème^et i un feu insupportable, de voir dans la gloire cenx qu'ils ont toi autrefois dans le mépris. Comme le mauvais riche, qui par qm j^ rage d'envie de voir le Lazare heureux au sein d* Abraham, priait Abraham de l'envoyer en son enfer, sous prétexte d'une m^ œuvre de miséricorde. Et si ce mauvais riche a témoigné ne pas ^ vouloir que ses frères Aissent damnés comme lui, à cause de l'affection naturelle qu'il avait pour eux , ce n'était pas le désir qu'il y eut d'autres fortunés et d'autres heureux. Car ils n'ont pis d'amour naturel, par lequel ils souhaitent la béatitude de qoi que ce soit, ils voudraient qu'il ne restât personne hors de li damnation. Troisièmement, ils auront encore de l'envie contre les petits enfants qui sont décédés avec le seul péché originel, qoi fera qu'ils seront privés de la vision intuitive de Dieu, sa» pourtant ressentir aucune peine positive de l'ardeur du fea, selon l'opinion la plus communément reçue. Ils seront irrités que ces innocents ne soient pas punis d'un supplice semblable au leur, et qu'ils ne ressentent pas la peine du sens, aussi bien que celle du dam. Même quelque'S-uns ajoutent qu'ils porteroat envie aux démons, de ce qu'ils ne sont pas encore mille fois plus tourmentés. Si bien que tout leur déplaira, et ajoutera à leur douleur et à leur ailliction.

Détestez le péché d'envie qui est une partie de la damnation ! 6 damnation déplorable ! ô déplorables damnés I pourquoi aveivous jamais été conçus, et portés entre les bras d'une femme, et allaités de ses mamelles ? que n'avez-vous péri en naissant? 6 détestable envie, et péché infernal ! tu serviras donc de feu et de tourment aux misérables damnés, parce qu'ils ont vécu en cette vie sans la vraie Charité ? Hélas ! tant de motifs les excitaient ici bas à aimer Jésus-Christ et leurs frères rachetés de son sang précieux : mais ils se sont endurcis, et sont morts sans le légitime amour; c'est pourquoi en punition ils seront éternellement privés de la Charité, et en sa place une cruelle envie les dévorera sans fin jusqu'au centre du cœur. 0 Dieu immense ! Juge très-équitable des vivants et des morts, si vous punissez ainsi les âmes qui vivent sans amour et sans Charité, donnei-moi votre grâce, et daignez me favoriser de l'infusion de

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li Oiaiflé dirétlefioê, at c>ti sera «Me» ponr éirtiéf l'horretir des flimmes étemelles.

m. Co»idérez qu'on troisième vice qui régnera encore merveilleusement dans les damnés, sera la superbe. Car ainsi en parle * David : La mperbe de ceux qui vom haiMent monte tonjeun (Ps. 73), pour nous représenter que les démons et les damnés ne s*humilieront pas pour être placés au plus bas lieu, et au plus ignominieux endroit de tout le monde. Ih sont descendus m enfer avec leurs arme* (Ëxech. 31), dit le Prophète, c'est-à-dire avec leur arrogance et leur esprit de superbe, par laquelle ils s'élevaient contre les lois de Dieu. Cette superbe paraîtra en trois ehetb plus spécialement. Le premier, ^n ce qu'il leur dél^lAira d'être assujettis au domaine tout-puissant de Dieu : car ils s*éléveront contre lui autant qu'ils pourront ; ils désireront jii'il ne fût pas le Créateur universel, et le mattre de tout le monde, sous qui toutes choses plient ; ils voudraient que celui qui leur a donné l'être et la vie, fût privé totalement d'être et de vie, ai qu'il n'eût aucun pouvoir. Et parce qu'ils ne pourront Jamais gecouer le Joug et se mettre en liberté, ils seront dans une gêné continuelle, comme ceux qui sont sous un mattre ou un supérieur qitl les moleste grandement. Le second chef de la superbe est, en ce qu'ils voudront avec un désir furieux faire leur propre volonté, qui est le vrai caractère de la superbe ; car ils auront des désirs contraires aux désirs de Dieu. Ils voudront étemel-* lement ce qui ne sera jamais , et ils ne voudront jamais ce qui sera éternellement* Ils désireront des millions de fois d'être délivrés et de sortir des enfers ; ils désireront être encore sur la terre. Ils s'écrieront un million de fois : Oh ! si j'étais hors de ce lien ! oh t si le feu cruel ne me brûlait pas ! oh ! si je ne voyais pas ces dragons I Ih auront faim comme des chiens^ et enîo^renmt la cité (Ps. 58) céleste par une multitude de vains désirs, dont un seul ne sera jamais accompli. Enfin, le troisième Chef de leur superbe sera, qu'ils ne s'humilieront jamais sous la puissante main de Dieu, pour reconnaître sincèrement qu'ils eut offensé sa bontés et lui en faire aucune satisfaction : car quoiqu'ils ressentent leurs péchés en tant qu'ils sont la cause éè leurs peines, Us ne les reconnaissent pas en tant qu'ils sont ewtraires et opposés à la bonté du Dieu souverain, et ils ne jlbfOfit Jafliaii une tértiable converuon et pénitence^ par laquelle

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ils se proposent de demeurer absolument sujets à la volonté la Dieu. Aussi l'enfer est cette terre ténébreuse, où, dit le saiot prophète Job, il n'y a aucun ordre^ mais où une horreur éternelle habite (Job, iO). Or, ce serait un ordre bien réglé, que la volonté créée filt humiliée et assujettie à Dieu. Qui vous confeueta dam l'enfer (Ps. 6)? C'est-à-dire, qui vous donnera des louanges et ijjt reconnaîtra votre grandeur? personne. L'impie, dit Saloroon, quand il sera venu au profond de l'enfer, méprisera (Prov. 18). Aussi les damnés ne sont plus capables de faire aucun bien, tant à cause de la fragilité de la créature humaine destituée et dépourvue de tout secours de grâce suffisante , que de Textréme misère de leur état et de leur condition, qui ne leur permet pas d'aspirer à aucun bien. C'est pourquoi, comme k la vision de Dieu fait que les bienheureux sont très-confirmés « en son amour, et dans une sujétion très-parfaite à son égarl, ^ aussi la considération d'un état de tout point misérable , fût i que les damnés sont dans une haine irréconciliable, et dans one c^ rébellion très-obstinée contre Dieu, lui résistant autant qu'ils iQ peuvent dans la vue de ce qui leur cause un mal souverain. )^ Oh ! qu'amers donc sont les fruits de la rébellion des âmes (( contre les ordres de la volonté divine ! Comme les méchanb ont vécu sur la terre sans soumission aux commandements de Dieu, auxquels ils se sont soustraits par amour de leur propre volonté, qu'ils ont injustement préférée à la volonté divine, ils trouveront leur punition étemelle dans cette arrogance là même, et dans la rébellion aux volontés divines. 0 Dieu étemel ! vos Saints ont suivi une autre route sur la terre. Ils ont désiré passionnément de demeurer humblement soumis à toutes vos volontés. Ils y étaient résolus jusqu'à se renfermer toute leur vie dans un sépulcre, jusqu^à être toujours privés de la lumière, s'il leur eat paru que telle était votre volonté. Ils n ont rien désiré que son accomplissement sur la terre comme au ciel. Us eussent couru au travers des tlauimes pour rechen^her ce qui vous pourrait plaire davantapt^. iVt'tait le sujet de leurs vœux, et de leurs ardentes prii^res. Oh ! donnei-moi la grâce de les suivre, et de vous aimer $i tendnemeut. tant que durera le temps de cMit vie, que je ne me rt'volte jamais ct^ntre vous. Poissiê^^ aimer passioiméiiient que xxaf>(' ^^^lonlé soit iaite, v{^ commandemeals exécutés» vos défenses n^^piMe$« n^ c<MK«its Immi^

])£ LA BÉSURIiE€TION GÉNÉRALE. 439

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