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DIX-HUITIÈME MÉDITATION

DU RETOUR DB JÉSUS-CHRIST AU CIEL APRES LA SENTENCE DU JUGEMENT DERNIER.

I. Considérez que Tarrèt du jugement étant prononcé et en parti exécuté contre les réprouvés, sous les pieds desquels la terre s'ouvrira pour les engloutir, Jésos-Chrisl victorienl et triomphant s*élèvera derechef dans le ciel , avec non moins de gloire et de magnificence qu'il en était descendu. Cette considération a une vérité toute certaine, parce que le liea destiné à la demeure des corps glorieux est le Paradis. Cest pourquoi Jésus-Christ étant glorieux et le prince des bienheareux, il doit avoir sa résidence étemelle dans le ciel : et dès lors le jugement pour lequel il était descendu étant fini, pendant que les méchants seront poursuivis et se précipiteront confusément dans les gouffres des enfers, il v remontera ; et afin d'exécuter larrét prononcé en faveur des justes, il les élèvera tous alors avec lui« selon qu^il les v a invités par ces paroles : Yifiurz ItTf tèirù lie mim /Vnr « pas$inùr le nyoKme çan v#ars est jMrt|WY (Matth, :£^>. Car ce premier mot de la sentence est une douce pan>le et une amoureuse invitation, par laquelle il leur ordonne de le suivre, et de raccompagner à son retour au cieL IV«<^:^ mes enfanta, séparez-vous de ces troupes maudites de réprouvas, soyez à ma suite et en ma compagnie. C'est ce ^ue saint Paul donne encore à enteflkire\ lorsque, décrÎTint ce jii^eaftettt ^Wmier. il dit : Xra» «nn» rarà en» lo ■■» mwer etx

ions Tair, et ainsi toujours twits serons avec le Seigneur (i. Thés. 4). Et Jésus-Christ même témoigne assez que les Saints demeureront alors réunis autour de lui, quand il dit, que comme réclair iort de rOrient et paraît jusqnes en rOccldent, qu'il en sera de même de Vavènement du Fils de Vhomme , et que là où le corps sera^ les aigles s'y assembleront (Matth. 24) : c'est-à-dire les Saints, qui comme des aigles pleins de force et d'agilité , prendront leur essor, et s'élèveront au ciel avec le corps de son humanité triomphante. Jamais entrée d'empereurs triomphants après la défaite des ennemis vaincus, ne fut plus magnifique et plus glorieuse : car, tout ce qui s'y est rencontré de plus considérable pour illustrer leur triomphe, se retrouve avec des avantages indicibles dans ce retour glorieux de Jésus-Christ au ciel. Premièrement, la victoire sur de nombreux ennemis rendait ces triomphes plus beaux : car plus ils avaient subjugué dp peuples et vaincu d'ennemis, plus leur triomphe était grand et signalé. Or, Jésus-Christ sera ce triomphateur après la défaite totale de tous ses ennemis, qu'il aura foudroyés en son jugement, et abaissés avec tous les démons jusqu'à la profondeur des enfers, sans qu'ils puissent plus jamais se révolter contre ses ordres. Secondement, les triomphes étaient d'autant plus illustres que le vainqueur était accompagné d'une plus grande multitude de captifs ou de combattants. Or, alors Jésus-Christ sera accompagné de tous les neuf Chœurs des anges qui ont combattu avec lui contre les méchants pour les terrasser aux enfers, et de toutes les âmes des Saints, qui s'élèveront tous avec lui sur des nues très-resplendissantes , et rempliront tout l'univers d'une admirable beauté. Enfin le lieu et la noblesse de la cité, où se faisait l'entrée triomphante, ajoutait beaucoup à la magnificence, comme si le triomphe se faisait à Rome ou à Constantinople : c'est pourquoi , on ne peut s'imaginer combien glorieuse sera cette Ascension de Jésus-Christ dans la Jérusalem céleste, de laquelle les richesses merveilleuses sont décrites dans l'Apocalypse de saint Jean, dans plusieurs chapitres.

0 Jésus! qu'il est doux pour moi de penser à ce retour glorieux! 0 Fils du Très-Haut! exaltez-vous au-dessus de tous les cieux, dans la compagnie de ces armées nombreuses de Saints et de Saintes qui auront vaincu le monde et la mort, et seront ravis dans l'air à votre suite , pénétrant les cieux avec

une telle majesté et une gloire si sublime, que mon âme soupirant après eux ! 0 suprême victoire , et joie très-intinM des cœurs , qui pourrait vous représenter suffisamment! Oh ! q«e les tabernacles de Jacob sont beaux! que beaux sont les pivillons d'Israël ! Oh ! quelle sera, Dieu très-suave de mon cœur, cette ascension triomphante, et ce retour que Dieu le Père vous i accordé , quand le jugement étant achevé , une multitude de Saints s'élèveront après vous avec des corps plus brillants qoê le soleil , entonnant à Tenvi le cantique de tes miséricordM éternelles ! 0 Seigneur, que bienheureux Ceux qui vous ont serti constamment ! Qui fera , 6 irès-aimable gardien et Rédempteur des hommes ! que je me vole un jour parmi ces armto victorieuses, ayant l'assurance de ne vous perdre jamais?

n. Considérez que cette seconde Ascension de Jésus -Christ au ciel après le jugement, sera plus glorieuse que ift premièn Ascension, par laquelle après sa résurrection il s'éleva au cid. Car, quoique après la première Ascension il semble qu'il soit parvenu au comble de sa gloire, son humanité ayant été élevée pnr-dessus tous les cieux sur son trône et à sa place naturelle, à la droite du Père, jouissant de tous ses droits , et élevée I rhonneur le plus grand qui puisse être communiqué à aucmie créature, néanmoins il lui restait encore beeucoup de choses, qui ne s'accompliront qu'en cette seconde Ascension. Car montant au ciel après sa mort, il n'est accompagné que des deux troupes de Saints, qui avaient vécu dans la loi de nature et sous la loi de Moïse, qu'il avait délivrés des limbes, pour les rendre participants de sa félicité : il n'emmenait pas avec lui les âmes qui lui étaient les plus chères, comme celle de la bienheureuse Vierge, de ses Disciples et de ses Apôtres, et d'une multitude innombrable de Saints et de Saintes , qui ont déjà paru dans TKglise , et qui y paraîtront jusqu*îi la fin du monde , en une saînietô hiToïque. 11 les laissait sur la terre au milieu des ennemis ot des combats, dans Taniroisse des souffrances et des calamités qui accompagnent Tôtat de cette vie; mais en cette seconde Ascension, il doit prendre avec lui toute la multitude des Saints et des Saintes, dont il sera accompagné, et il ne laissera aucun de ses amis sur Ui terre ou dans les souffrances. H aura sa maison entièi^ et son train tout parfait, afin qu'il règne dans la maison de Jacob étemeUement, et il les inra tons dans

DE LA RtfltJRllECnÔN tStMiRALE. iVI

l'état de la plus hùute perfection qtii leuf puisse eonvetiir, le« voyant tous très-heureux et très - contents , sans pleurs , satis latines , ëans privation , sans gémissement , sans crainte , sans pauvreté, sans douleur. Le charriât de Dieu, chante le Prophète, est environné de milHons film, qui se réjouissent : te Seigneur eH en eux, tur le Sifiaï, au saint lieu (Ps. 67). Eft second lien, après sa première Ascension au ciel , il ne règne pas encore partout paisibleiùent; car si les anges et les Saints du ciel le reconnaissent et s'assujettissent ft lui, pourtant jusqb'à la fin du monde son royaume sur la terre est dans les troubles, dans les rébellions, dans lés infidélités, et dans les combats perpétuels. On lui conteste sa gloire et sa couronne, on soutient qu'il n*est pas le fils de Dieu, et le chef des anges et dès hommes ; la plupart lui refusent le culte qtii lui est dû, et il n'y a qu'un petit nombre de fidèles chrétiens, qui soutiennent fidèlement son parti. Hais après cette geconde Ascension, il entre paisiblement dans tous les droits de son domaine, et règne partout ; tout genou fléchit devant lui au ciel, et dans les enfers, qui ont reconnu son autorité et sa grandeur au Jugement. Son Eglise n'est plus militante, elle est transformée en triomphante. Il n'a plus de guerre, plus de rébellion, il est maître et seigneur de tout. Et alors il est vrai de dire absolument : Le Seigneur a régné, il s'est reifêtH <fe beauté, il s^est revêtu et environné de force, car il a afermi la terre qm ne s^ébranlera plus (Ps. 92). En troisième lieu, après sa première Asc^sion au ciel, il be dontie encore à ses élus que la béatitude de Tâme seulement : 6ar cependant leurs corps demeurent dans la cendre et dans l'abjection de la poussière , et le contentemeht de ces àïnes qui souhàilent la réunion de leurs corps, n'est point complet. Tous les travaiux des Saints ne soht point encore pleinement récompensés, et la fêle du ciel tfeàt point tout accomplie : mais, après cette seconde Ascension an ciel, les âmes ont reçu leurs corps, et leurs corps comme leurs âmes reçoivent leur récompense de Jésus-Christ. Il n'y a plus rien à désirer, la joie est entière, la fêle est universelle, et ce retour au ciel contient la fin et la conclusion de tous les travaux, de tous les mérites ûe^ justes, et de tous les autres mystères î c'est la grande fête du ciel, qui reçoit le plus riche tréWr qu'il pût jatnaîs reetdvoir, qui est Jésus-Christ, et toute l'Eglise trfofxr<phantê, là il Ui*y a Yfa^iSe vil tsi de bas : tout y tdst grand, imitt

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est céleste^ toat y est 4iTiii : et les Saints régneront en tout k\^^ ûèeles des siècles.

Que je me réjouisse donc de toutes les forces de mon ftme, dam la pensée de ce retour I 0 Jésus ! si nous vous aimions, que nom aurions de pressants désirs de voir cette grande solennité, par laquelle vous entrez en possession entière de votre empire , el de tous vos droits très-sublimes , car vous serez alors le chef de ' tous les justes, montant au ciel à la possession de votre royaume pacifique, et tous vous glorifieront pour la fidélité de vos miséricordes , et pour la récompense trop grande de leurs travaux passés. 0 Eglise glorieuse! que ta félicité est merveilleuse, ai prix d'elle toutes les consolations de ce monde ne sont rien. Cest pourquoi mon ftme est tout embrasée de désirs pour la participation de ce bonheur. Allez donc , noble Jésus , prenez possession entière de votre royaume. Fuyez ^ mon bien-aimé, setnblabk à la biche et au faon des cerfs ^ sur le mont des parfums (Gant. 8); sortez de ce monde visible pour n'y jamais retourner. Fuyez, non comme vaincu, mais comme -vainqueur, laissant le lieu du combat, pour aller vite en votre cité toujours triomphante , jouir du fruit de vos victoires. Retirez-voQS aux montagnes odorantes, aux lieux où vos Saints sont élevés en grandeur, et répandent de toutes parts l'odeur de leurs grâces et de leurs vertus, qui vous combleront sans fin de louanges et de bénédictions; allez aux montagnes des anges sublimes, au plus haut ciel empirée, menant après vous les créatures délivrées de la mort par votre sang précieux. 0 retour triomphant I Oh ! heureux qui vous accompagnera ! Oh ! je vous supplie donc, Verbe incamé, Fils de Dieu, Jésus très-doux, de qui les miséricordes sont ineffables, qu'après les peines et les fatigues de cette vie, je monte avec vous, avec votre peuple prédestiné vers la terre des vivants, vers la céleste Sion, où je me repose dans la contemplation de votre face.

III. Considérez le contentement ineffable que recevront alors tous les justes, à leur entrée dans le ciel, dans la compagnie de Jésus-Christ. Quel transport de joie, quand, en un moment, la beauté infinie du Paradis, la beauté spirituelle, et la beauté corporelle, paraîtront aux yeux de leurs âmes, et aux yeux de leurs corps glorieux ! Mais ceci surpasse tous les esprits, et, ce bien, personne ne peut rentendre^ que celui seul qui le pos-

sède et qui en a la jouissance. Et néanmoins il ne s*en faut point taire tout à fait. Pour peu- que Ton en puisse entendre et concevoir, c'est chose plus utile et plus profitable, que la science de tous les secrets de la nature. Pour en concevoir donc quelque idée, représentez-vous ce que les justes diront alors à Jésus- Christ ou à Dieu, ce que Dieu leur dira, et ce qu'ils pourront se dire Tun à Tautre en entrant dans cette cité, et en prenant pos* session entière du Paradis. 0 Dieu bon ! c'est donc maintenant que nous possédons le bien si ardemment désiré, et acquis par tant de travaux. Je ne voua quitterai jamais. Oh ! le ravis* sèment merveilleux 1 ô Dieu suprême, vous êtes ma douceur 6t ma très-douce vie I je n'ai donc plus de maux à craindre, puisque je vous possède, vous qui êtes la fin et le but de tous mes ardents désirs. 0 Seigneur! qu'il est bon que nous soyons m (Matth. 17). Mais qui pourrait exprimer de quelles suaves paroles, Dieu, réciproquement, recevra son épouse et son Eglise triomphante , et avec combien de blandices amoureuses il «e communiquera à chacun des justes, leur disant : Réjouissez«vous maintenant, ô mes très-chers enfants ! réjouissez-vous sans aucune crainte de perdre le souverain bien que vous avez tant souhaité. Possédez-moi tout entier, je me donne tout entier à vous ; réjouissez-vous cordialement, jouissez de ma bonté infinie, et de tous les fruits innombrables de ce beau Paradis. Mangez, fnesamisy buvez etenivrezr-vouSy mes bien-aimés (Cani. 5). Rassasiezvous pleinement de l'abondance de cette terre bénie. Mais , si étant incapables d'exprimer convenablement la moindre partie de celte joie, now^ passons à ce que les justes se diront l'un à l'autre, oh ! que d'applaudissements et de congratulations réciproques ! oh ! quelle odeur suave de Charité réciproque se répandra dans cette sainte cité ! que de chastes embrassements, que de tendres salutations, que de louanges de part et d'autre , pour leurs victoires contre le monde et toutes ses puissances. Qu'ils se féliciteront l'un l'autre de l'état où ils sont ! Et qu'ils se prO' voqueront l'un l'autre incessamment à reconnaître leur bon Créateur, qui les a élevés à une condition si illustre ! Alléluia ; car notre Dieu, le Seigneur tout^puissant, a régné; réjouissons^nous, diront-ils, et donnons4ui gloire en tous les siècles des siècles (Apec. 19). Chantons notre bon Jésus, notre chef et notre Rédempteur trèsaimable, avec une même allégresse, ce que nous avons cru sur v. Î9

4KÛ LA THtOLÛGie AFFEGTIYK.

1» terre. Et son royaume n'aura pas de fin, Jésus régnera toujours. 0 Roi des rois 1 ô Souverain des monarques, vous êtes digne de Tempire de Vunivers. Et son royaume n'aura pas de fin ; 6 royaume sans fin I vous lui appartenes très-bien et justement. 0 Jésus I vivez donc toujours en gloire, en grandeur, en souveraineté et en félicité. Car enfin, votre royaume est venu, et il n'aura pas de fin.

. 0 mon Dieu! que bienheureux donc sont ceux qui ont méprisé les vanités du monde , et qui n'ont point fait état d'une vie périssable, afin de prendre part à cette vie étemelle ! Oh ! bienheureux ceux ou celles qui ont mortifié leurs membres et assuj^tti leurs passions, sous le joug suave de votre loi immaculée! Ob I bienheureux ceux qui ont aimé la pénitence, qui ont pratiqué fidèlement les saintes œuvres , et qui persévèrent jusqu'à la mort dans l'accomplissement de vos saintes volontés! Eh! Seigneur immortel , Dieu tout-puissant , infini , quel horrible charme , quel aveuglement dans les enfants d'Adam de ne point désirer une telle félicité , qui mériterait que l'on souffrit tous les martyres du monde , pour la pouvoir acquérir ? Hélas ! qu'ai-je encore fait qui mérite d'être considéré, pour un bonheur si sublime ? 0 Seigneur immortel I dont le royaume n'aura pas de fin, faites que je vous serve mieux. Faites pareille ^âceà tous mes frères; car, à quoi penses-tu, misérable créature, qui , t' oubliant toi-même , t'épanclies sur les vanités et les voluptés du siècle ? t/t/sçwes à quand , fille vagabonde et errante, seras-tu dans la dissolution de ces délices (Jérém. 31) ? Retourne, prévaricateur, à ton cœur, rentre en toi même, avant que ton Seigneur vienne à toi pour te juger, et dispose tellement ta vie, que ton esprit retourne un jour à celui qui te l'a domiée, et qu'il t'assigne une place de gloire et de repos parmi les Saints, pour régner avec le Père , le Fils et le Saint-Esprit, en toute éternité.

DlX-rsEUVIÈME MÉDITATION.

CONCLUSION DE CETTE TROISIÈME PARTIE; DE L'ÉTAT DE JÉSUS-CHRIST APRÈS LE JUGEMENT.

I. Considérez trois choses très-remarquables , que saint Paul met en avant, de Jésus-Christ , après la consommation du jugement. La première est qu'il doit présenter toute l'Eglise à Dieu le Père : i4;wés la /în, quand H aura livré le royaume à Dieu le Père (i. Cor. 15). Cette présentation se fera à son entrée triomphante dans le ciel , dans lequel il retournera après la sentence du jugement, et il est probable qu'elle sera d'une voix sensible, el qui sera entendue de chacun des Saints , et qu'il remerciera Dieu son Père, et le louera de la miséricorde et des grâces qu'il a données aux élus par son moyen, de ce qu'il s'est servi de son humanité sainte pour retirer de la servitude du péché et des voies de l'enfer, tant de créatures, et les conduire par tant de voies admirables , au terme de leur salut. Puis il dira à son Père : Ils sont à vous, ô mon Père, votre grâce les a délivrés des misères du péché. Je vous les offre pour vous glorifier en toute éternité. Si bien que Jésus-Christ en tant qu'homme, s'étsmt acquis un royaume tout adiftirable, qui n'est pas composé d'hommes mortels et misérables, comme les empires les plus florissants de la terre, mais de toutes les créatures bienheureuses qui abondent en toutes sortes de biens et de grandeurs, il ne s'attribuera pas l'honneur et la gloire de cette conquête, et ne dira pas que ça été la vertu et la puissance de son humanité, qui lui aura assujetti tant de nobles et excellentes créatures, dont plusieurs avaient été autrefois rebelles et ses ennemies durant leur péché. Il ne fera pas comme ces rois de la terre, qui attribuent à leur valeur, et se glorifient en leur vertu, de s'être soumis des peuples et des cités, ainsi que faisait l'orgueilleux Nabuchodonosor, contemplant sa superbe Babylone : N'est-ce pas là,

disait-il, celle Babylme que j'ai élevée pour une maison royale, dans la force de ma puissance, et dans la splendeur de ma gloire (Dan. 4) ? Et comme fait encore aujourd'hui le redoutable prince d'Orient, qui dit avoir conquis, par son invincible lance, tous les empires et toutes les régions, dont il se qualifie seigneur. Jésus-Christ reconnaîtra Dieu, son Père, pour l'auteur de ses victoires sur les âmes, et il lui donnera toute la gloire et Tbonneur du royaume de son Eglise triomphante, qu'il a amenée au point de bonheur où elle se. trouvera alors ; et c'est encore en ce sens que saint Paul dit : Après la fin^ quand il aura livré son royaume à Dieu le Pèrey lui cédant tout l'honneur, et le remerciant de ses miséricordes envers tous ceux qui le composent.

Oh ! heureux ceux que Jésus-Christ présentera alors à son Père éternel ! 0 Eglise glorieuse, sans tache et sdns souillure, et sans aucun défaut ! ô souhaitable présentation ! Oh ! quelle allégresse indicible en toutes ces âmes! Oh 1 faites, ô Jésus! mon Rédempteur, que je vive de telle sorte, que je sois du nombre de ces bienheureux , et cependant , qu'à votre exemple , je réfère toutes mes œuvres à la sainte Trinité , lui en attribuant toute la gloire, et lui en rendant de très-humbles actions de grâces.

II. Considérez que saint Paul dit encore que Jésus-Christ abolira toute principauté et toute domination, afin que tout soit assujetti à Dieu, auquel lui-même, selon son humanité, sera alors soumis : Quand taules choses lui seront assujetties, alors le Fils même sera aussi sujet à celui qui lui a tout assujetti (i. Cor. 15). Saint Paul veut dire, par ces paroles, qu'après le jugement, il n'y aura plus, dans les élus , d'actions hiérarchiques, dans lesquelles les uns dépendent des autres pour être régis, dirigés, instruits et perfectionnés ; mais tous seront immédiatement unis à Dieu, qui les illuminera et les perfectionnera lui-même par la lumière de gloire. Jésus- Christ même, en tant qu'homme, ne fera pas les fonctions d'avocat et de médiateur, ni de chef de milice spirituelle, contre les puissances de l'enfer, qui seront alors ruinées. 11 régnera par la sublimité et la prééminence de sa gloire, et non plus en commandant et en répandant ses grâces, et en se servant du ministère des anges et des pasteurs pour assister les âmes. Il ne vaquera lui-même à autre chose qu'à honorer et à glorifier Dieu avec les bienheureux^ et eu cette ma-

DE LA RÉSUmiECTIO?î GÉNft!\ALE. 485

nière il lui sera alors sujet et soumis, ne s'employant plus que pour lui seul, sans exercer aucune administration, de laquelle les âmes n'auront plus besoin. Si bien que pour ce sujet saint Bernard dit (1), que les bienheureux ne s'emploieront pas à se louer le» uns les autres, parce qu'ils s'adonneront entièrement et uniquement à louer Dieu, afin que s'accomplisse ce que dit Isaïe : En ce jour^ le Setgtieur seul sera exalté (Isa. 2). Enfin, Jésus-Christ sera encore alors sujet à son Père, selon son corps mystique, qui est l'Eglise de ses élus, qui jouiront d'une paix entière dans le service qu'ils rendront à Dieu ; et les démons, les méchants étant renfermés dans l'enfer , ils n'auront plus de troubles et d'empêchements , qui les détournent de donner gloire à Dieu, et ils ne commettront plus aucune offense, non pas même vénielle, qui empêchait, dans l'état de la vie mortelle, leur parfaite soumission à Dieu. Il n'y aura plus de schisme, plus d'hérésie, il n'y aura plus de désobéissances et de rébellions, tout sera tranquille, tout sera pacifique, et tout conspirera, sous l'humanité glorieuse de Jésus-Christ, à exalter sans fin la sainte Trinité. Tel sera l'état de la Jérusalem bienheureuse, de laquelle la paix sera assurée pour toute l'éternité, et en laquelle Jésus-Christ sera arrivé à son but, qui a toujours été que Dieu fût exalté et glorifié par des créatures innombrables, éloignées de tout mal, comblées de tout honneur.

0 Jérusalem céleste ! que l'abondance de ta paix, assurée pour jamais, est grande ! car l'hiver est passé et ne viendra plus; et ton époux très-aimable a essuyé toutes tes larmes, il a éloigné de toi tous les sujets de déplaisir et de tristesse. Réjouis-toi donc, sainte cité des vivants , car tu vivras sans fin dans la tranquillité et la jouissance d'un plaisir immense, pour l'amour que t'a porté celui qui régnera en toi éternellement, et au delà. 0 Cité très-riche et très-opulente! si une parcelle de tes biens apparaissait aux yeux des misérables mortels, ou ta concorde très-suave, ou ta sagesse très-élevée, ou ta beauté très-accomplie, ou ta bonne grâce indicible, ou ta joie et ta réjouissance très- parfaite , quel effet n'aurait pas ce regard sur les cœurs insensés des hommes ? de quel ardent et embrasé désir ne te convoiteraient-ils pas ? que ne feraient-ils pas, que

(i)Senn. 5. de omnibus Sanctis.

45^1 LA THÉOLOGIE AFFCCTIVE.

ne quitteraient-ils pas, que ne donneraient-ils pas, qne ne sonf- t friraient-ils pas, pour avoir part à la gloire et au conteato- a ment que tu possèdes sans relâche à la vue de ton roi immortel? Dites, dites, ù heureux élus i qui avez autrefois , sur la terre, souffert et travaillé, que sont devenues vos peines el les rigueurs de vos pénitences ? Tout est passé, et pour un peu de souffrance, une allégresse infinie vous console, et pour un peu de nuage et d'obscurité, le beau jour du ciel est levé pour vous, et ce beau jour durera toujours, et votre gloire n'aura plus de fin. Pour cette raison, je suis rempli d'étonnement, et ne sais plus que penser, de ce que les habitants de la contrée d'ici-bas vont et courent, à toute haleine, après les biens d'un moment, qui ne sont qu'une ombre fugitive, et trouvent la perdition éternelle pour prix de tant de soins et de si pénibles, travaux. Et toi, 6 noble et belle épouse de Dieu ! qui es amie de Timmortalité, ils ne veulent pas, pour te posséder, se résoudre à la moindre austérité et à la plus petite mortification, qui leur est en horreur. Qu'est-ce donc, ô Jérusalem très-agréable , couronnée de splendeurs étemelles, exaltée jusqu'au voisinage de la divinité ? Un seul jour en tes palais ne vaut-il pas mieux que tout ce qu'il y a d'aimable sur la terre? 0 Roi pacifique du royaume étemel! qui ne condamnera cette résolution, de ne pas vouloir se mettre en peine, ni faire aucun sacrifice, pour une acquisition si riche et si merveilleuse ? Hélas ! ils vous ont mis en oubli, et ce qu'ils donnent, font ou endurent pour vous, s'ils y pensent quelquefois, n'est digne d'aucun prix. J'abhorrerai donc la prudence du monde, et le conseil de la chair; les tourments de cette vie, et les travaux pour arriver à ce bien, me seront pleins de douceur ; je ne me plaindrai plus de rien pour avoir part à ce repos plein de délices, et, dans cette espérance, qui demeurera gravée au fond de mon cœur, tout retardement me sera long, jusqu'à ce que m'apparaisse votre gloire, ô Jésus! 0 mon Jésus, qui me rassasiera ?

III. Considérez que ces choses arriveront de la sorte, afin^ dit le même saint Paul, que Dieu soit toutes choses en tous (i. Cor. 15). C'est-à-dire qu'il serve et tienne lieu de tout à chacun, de salut, de gloire, de joie, de richesses, de nourriture, de breuvage, de vêtement, de pensée, de mouvement, d'aliment, de conducteur, de trésor, de lumière, de sanctificateur, do glorificaleur,

DE LA RÉSUaRECTION GÉNÉRALE. 4S8

et de toutes sortes de biens, pour rassasier pleinement tous les désirs, tous les appétits et toutes les avidités des Saints, et qu'eh lui seul on trouve tout, que Ton soit entièrement satisfait et heureux , et que, par ce moyen, on n'ait plus besoin de rien hors de Jhii, mais que chacun lui puisse dire , comme saidt François lui disait ici-bas : Mon Dieu, mon tout. Si bien que c'est la fin de rincarnation, de tous les mystères, de toutes les souffrances et de toute la vie de Jésus-Christ, que Dieu soit le tout et le bien accompli de chacun, après avoir passé Tétat de cette mortalité, en sorte que tous les bienheureux, ayant, dans la possession et la jouissance de son infinité, toute leur gloire et tout leur contentement, le glorifient éternellement, et ne désirent autre chose que lui, rencontrant en lui seul tout bien, et leur dernière fin, et la fin de toutes les fins, comme Jésus, en son humanité, est le moyen de tous les moyens, qui unit les bienheureux à leur bien souverain. Car nous reconnaissons deux principes bien opposés et bien contraires, mais cependant bien unis ensemble, et tous deux principes de toute grâce et de tout bien spirituel, l'un. Dieu invisible, l'autre, visible, qui est l'Homme- Dieu, Jésus. Ainsi il y a deux fins, dont l'une est subordonnée à l'autre, la divinité infinie, et l'humanité jointe au Verbe , et comme toutes choses sont pour cette humanité, ainsi cette humanité est pour Dieu, qui est la fin de toute fin, et par son moyen tout esprit béatifié demeure finalement en Dieu, comme en sa fin dernière et consommante. Par ce procédé , toutes choses sont pour les élus, et les élus sont pour Jésus-Christ, et Jésus-Christ est pour Dieu, comme parle saint Paul : Toutes choses sont pour voiis, vous êtes à Jésus-Christ, et Jésus-Christ est à Dieu (i. Cor. 3). Et Jésus-Christ est le moyen et la fin, et le moyen qui renferme cette fin, car il est la voie, la vérité et la vie (Jean, 14).

0 Dieu invisible ! ô Dieu visible ! ô fin de toute fin ! ô paix ! ô béatitude ! ô rassasiement ! ô joie inénarrable qui est toute en Dieu, et toute de Dieu seul ! ô ma bienheureuse patrie ! quand verrai-je cet état? Oh! que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est pour la gloire de Dieu, le Père (Philip. 2); et que tous ses états, tant en sa vie souffrante qu'en sa vie bienheureuse, ne sont que pour glorifier la divinité suprême ! 0 Voie ! ô Vérité ! ô Vie ! ô grand Jésus ! faites que je contribue à celte gloire, car je me lie à vous, je concours à votre dessein, je n'en

456 LA THÉOLOGIE AFrBCnVB.

veux pas d*aQlre> en ma vie, que de seconder vos nobles intentions de glorifier souverainement la divinité. 0 Dieu suprême! 6 Roi du Paradis ! 6 Monarque du monde ! toute la gloire, toute la sainteté, tout le contentement et la béatitude du ciel ! Oh! faites-moi miséricorde ! soyez-moi enfin toutes choses!

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