FIN DU CINQUIEME ET DERNIER VOLUME
OBSERTATIONS SVR l'dSAGE DE CES MÉDITATIONS (1).
Plusieurs ecclésiastiques, tout en nous témoignant leur satisfaction de la réimpression de cet ouvrage, nous ont lussi plus d'une fois exprimé le regret de ne pas trouver à a fin de la Théologie Affective une table plus détaillée des nalières, ou du moins un plan général d'instructions à lonner aux fidèles durant le cours de l'année, avec l'indication des Méditations correspondantes, telles qu'elles se encontrent dans les différents Traités de l'ouvrage de Bail. )ès le principe, nous avions nous-méme parfaitement compris l'utilité de ce travail, pour les prêtres chargés du milistère paroissial, et nous avions eu la pensée de l'entreprendre avec des développements, qui en auraient pour linsi dire fait un ouvrage à part. Mais plus nous approfoniissions cette pensée, plus nous y rencontrions de difficultés ouchant l'ordre à suivre dans un cours annuel d'instructions, I raison des besoins si divers des fidèles, et de mille circonsances qui forcent le prêtre chargé d'instruire dans une paroisse, a intervertir un ordre qu'il aurait d'abord adopté. Tantôt, nous étions frappé de la nécessité de coordonner un cours l'instructions pour plusieurs années, de telle sorle qu'elles ne rentrassent pas l'une dans l'autre et n'eussent pas l'inconvénient de se répéter; tantôt, a ce cours régulier et méthodique nous eussions voulu joindre une suite d'instructions sur les différentes fptes de l'année. Mais plus nous réfléchissions sur ces développemens, plus notre travail
(1) Ces observations sont extraites en partie de Tanleur.
s'étendait, et plus il nous présentait de difficultés d'exécntion. Enfin, dans l'impossibilité d'exécuter un plan ausâ développé , k cause du peu de temps qui nous était donné jusqu'à l'impression du dernier volume, nous avons été forcé de nous borner à réimprimer tout simplement une table donnée par Bail lui-même pour un cours annuel de Méditations, lesquelles peuvent senir au besoin de sujets d'instruction.
Tout restreint qu'il soit , nous croyons cependant que ce travail pourra venir en aide à ceux qui sont chargés du ministère de la parole dans les paroisses. Noos savons en effet, par notre propre expérience, que le choix d'an sujet, le point de vue sous lequel il doit être envisagé, les divisions et les développements qu'il comporte demandent souvent plus de temps que la composition elle-même. Ajoutez qu'un plan quelconque , même lorsqu'on ne l'adopterait pas tout entier^ aiderait encore à mettre sur la voie, et à faire naitre des idées souvent meilleures, et de nonveaux points de Mie, qui, sans cela, n'eussent pas si vite apparu à l'esprit.
Or, parmi les différentes méthodes que l'on peut adopter pour un cours annuel d'instructions, il en est une qui se présente naturellement, c'est Tordre de l'année ecclésiastique elle-même, qui commence à l'Avent et se termine au dernier dimanche de la Pentecôte.
L'Avent nous rappelle les temps qui ont précédé la venue du Sauveur, ce^t le temps de la Préparation évangclique. A cette époque de Tannée viendraient très-naturellemont s*ailapter les instructions sur la création, la chute, la promesse d'un RédewplMLfc^ JMte . à Adam d'abord, con-
servée par les Patriarches anti-diluviens, resserrée dans It fiaimille de Noé^ rappelée d'une manière si louchante k Abraham, et consignée en mille traits éclatants dans la Loi mosaïque, par l'élection d'un peuple privilégié, par la loi toute figurative de ce peuple, par ses Prophètes, par ses sacrifices
Viendrait ensuite ce qu'on a appelé, dans le langage ecclésiastique, la Démonstration évangélique, c'est-à-dire, la réalisation des promesses par l'Evangile. Là, quelques instructions, au temps de Noël, sur la naissance, l'enfance du Messie, et plus tard sur sa vie privée, publique, évangé- Hque, sur sa prédication, ses miracles, ses travaux, ses
souffrances et sa mort : tout cela prédit exactement
par les Prophètes de l'ancienne Loi ; et , pour couronner cette suite d'instructions , la Résurrection de Notre-Seigneur , ses apparitions à ses Apôtres , leur mission , les pouvoirs qu'il leur confère , et , enfin , son Ascension glorieuse, feraient le sujet des instructions données jusqu'à la fête de ce mystère.
Depuis l'Ascension jusqu'à la Pentecôte, le mystère de la Sainte Trinité, le Saint-Esprit, l'établissement de l'Eglise ; l'histoire des premiers chrétiens, toujours en rappelant les prophéties, surtout celles qui concernent l'Eglise de Jésus-Christ, et en montrant leur réalisation. Depuis la Pentecôte les vertus théologales, cardinales, devoirs d'état, commandements de Dieu et de l'Eglise, etc.
L'on ne dérogerait à ce plan que pendant l'Avent et le Carême, où l'on pourrait choisir une matière spéciale, pour la traiter dans son ensemble, comme préparation aux grandes solennités de Pâques et de Noël.
Des instructions sur les fêtes viendraient s'intercaler dans cette suite de sujets.
Mais, dans l'impossibilité d'épuiser la matière dès la première année, on pourrait se borner à certains développements une première fois, se réservant pour les années suivantes de
oompléter les lacunes laissées à dessein dans une première instruction. Ainsi une année compléterait Taotre , son tout si l'on avait soin de rappeler en qoelqoes mots la substance des principes développés précédenunent ; et, après un laps de temps assez court , l'on aurait donné un enseignement complet de la Religion dans une paroisse : enseignement analysé dans quelques-unes de ses parties , une première année , plus développé les années suivantes dans ce qui n'aurait été qu'analysé d'abord. Et bientôt on aurait ainsi exposé toute la Religion dans ses dogmes, dans sa morale, dans sa liturgie, avec plus ou moins de profondeur et d'étendue, selon les exigences et la diversité des auditoires.
Pour se faire une idée de ce cours, il suffirait de lire le plan que donne Bail lui-même , dans son cours annuel de Méditations qui, traitées avec une étendue convenable, deviendraient de bonnes instructions paroissiales.
Une autre méthode qui rentre bien un peu dans celle dont nous venons de parler, consisterait a suivre tout simplement Tordre des Evangiles pour chaque dimanche de l'année. C'est la méthode de nos sermonnaires, de nos cours d'instructions familières , dans leurs Avents, Carêmes ou Dominicales. Ici la voie étant toute tracée, il y a moins de difficultés pour rexécution , k raison du nombre d'auteurs qui peuvent servir de guides et de modèles.
C'est la pensée qui a inspiré l'auteur de ^a Théologie Affective, quand il a tracé la table des Méditations pour tous les dimanches, fêtes de Tannée, et que nous donnons plus lohi. Dans cette méthode, il arrivera, sans doute, que plusieurs sujets conviendront au même évangile ; mais cette surabondance, loin de devenir un embarras, ne fera qu'ajouter k la liberté du choix et aider par Ik même k éviter la répétition des mêmes sujets.
Je ne sais si c'est une illusion, mais il nous a toujours semblé que la Religion ainsi étudiée, ainsi enseignée, avec
méthode , avec suite, offrirait beaucoup plus d'intérêt au fidèle et au prêtre. Toutes les études de ce dernier aor raient alors pins de suite, elles seraient plus méthodiques et auraient un but pratique plus immédiat pour lui.
Voilà pourquoi nous avons cru devoir réimprimer tous les travaux de ce genre, dont l'auteur ou les éditeurs de la Théologie Affective ont enrichi leur dernière édition.
Ainsi on trouve dans les éditions que nous avons sous les yeux plusieurs plans de retraites de dix jours, selon les différents états de l'âme; plus, un cours de Méditations appropriées aux différentes époques de l'année ecclésiastique. Nous les reproduisons fldèlement. Puissent tous ces efforts pour rendre cet ouvrage plus pratique et plus profitable atteindre leur but! puissent-ils aider les ministres du sanctuaire dans l'art si difficile de se sanctifier euxmêmes, et de sanctifier les autres !
La Théologie Affective suit, en effet, à peu près, l'ordre suivi par saint Thomas lui-même, dans la Somme Théologique. Qui empêcherait donc un prêtre désireux de s'instruire, qui l'empêcherait, à mesure qu'il lirait les Méditations de Bail, de suivre et d'étudier les questions parallèles, dans ce grand maître de la Théologie, si justement appelé VAnge de VEcole^ ou même dans nos Théologiens Scholastiques qui ne sont que les commentateurs de saint Thomas lui-même ?
Alors ils verraient bientôt leur horizon s'étendre, leur esprit s'enrichir , et leur cœur s'éprendre d'une sainte ardeur pour l'étude de ces vérités religieuses, qui tiennent à toutes les sciences, jettent sur tous les problèmes les plus profonds de ce monde une si vive lumière, et élèvent le cœur bien au-dessus des passions terrestres et presque toujours grossières de cette misérable vie , en lui donnant comme un avant-goût du bonheur des Elus, qui contemplent face à face et possèdent, sans craindre de jamais la perdre, lavéritéinfinie que nous ne faisons qu'entrevoir ici-bas.
Rien, en effet, ne fortifle, rien ne purifie, rien ne dilale le cœur et n'affermit la volonté, comme ces grandes vues, que Ton puise dans Tétude et la méditation des vérités révélées. Lex Domini immackUala^ eanvertens tmir mas, iestimonium Domini (idele sapientiam prœstans farvulis.
Mais comme la Théologie ne s'apprend pas en un jour, ces Traités doivent être lus plusieurs fois , et souvent on concevra k la seconde lecture, ce que l'on n'entendait pas k la première.
Après avoir lu et médité le Traité de la Béatitude, pour y apprendre et y aimer sa dernière fin, on pourra lire les Traités qui appartiennent plus spécialement k la vie purgative ; c'est-k-dire les Traités des Actes Humains, les méditaT tiens de la Pénitence, aux Traités des Sacrements, avec le Traité de la Résurrection générale. De Ik on passera aux Traités qui appartiennent k la vie illuminative; savoir^ le Traité des Anges, des Vertus Cardinales, de l'Incarnation et de la sainte Vierge. Et puis, on viendra aux Traités de la vie unitive, comme sont le Traité de l'Etat de perfection, les Méditations de la Charité , aux Traités des Vertus Théologales ; comme aussi les Traités des Attributs, et de la sainte Trinité.
Ou bien, pour s'accommoder aux divers temps de l'année chrétienne :
Depuis le commencement de l'Avent jusqu'k l'octave des Rois, on peut lire le Traité de Tlncarnation jusqu'à la Méditation trentième.
Depuis l'octave des Rois jusqu'au Carême , on pourra Kre le Traité de l'OEuvre des Six Jours, et d'Adam.
Depuis le commencement du Carême jusqu'au dimandie
la Passion, on poorra lii*e le Traité de la Résurreetion aérale, avec les Méditations de la Pénitence. Depuis le dimanche de la Passion jusqu'à Pâques , les édîtations qui resteront du Traité de l'Incarnation, résermt les trois deraiëres pour le temps de l'Ascension. ^Depuis Pâques jusqu'à l'octave de l'Ascension, le Traité tes Vertus en général, et des trois Vertus Théologales.
Depuis l'octave de l'Ascension jusqu'au Saint-Sacrement, le Traité de la sainte Trinité.
Durant l'octave du Saint-Sacrement, les Méditations de la sainte Eucharistie.
Depuis l'octave du Saint-Sacrement jusqu'à l'Assomption de Notre-Dame, le Traité des Attributs et des quatre Vertus Cardinales, et de l'Etat de la perfection.
Depuis la fête de l'Assomption jusqu'à la Nativité de la sainte Vierge, le Traité de la sainte Vierge.
Il sera très-utile, avant de lire un Traité entier, d'en lire la table et le sommaire, pour concevoir l'idée et le dessein du Traité entier.
Que si l'on veut, pour méditer ou faire l'oraison mentale sur ces sujets, supposé que l'on en ait l'esprit capable, et les conditions requises, comme le temps, le lieu, la vigueur de l'esprit, et la pureté de l'âme , il faut observer ce que recommandent les maîtres de la vie spirituelle, devant, pendant et après l'oraison.
Avant d'entrer en oraison, il faut étudier les points de la méditation, et voir quelles bonnes affections on en pourra conclure : autrement on se met en danger de ne rien faire en l'oraison, et on ressemble à celui qui se met à une table où il n'y a rien de servi pour le repas.
Il se faut mettre en la présence de Dieu, ce qui s'appelle la préparation, et l'accompagner d'actes de Foi, d'Espérance, de Charité et d'adoration. Puis, on fait la représentation, qui est une vue sur le point de la considération : on
fait aussi l'iovocaiioD, par laquelle on demande des grâces à Dieu pour bien faire oraison.
Durant Toraison il ne faut point passer une considératioD, sans y remarquer quelque vérité.
En cas que les affections se présentent d'abord, la plupart des auteurs spirituels conseillent de s'y appliquer entièrement aussitôt , laissant là toutes les considérations. Quelques-uns pourtant ne sont point de cet avis, an moins pour l'ordinaire, car l'on fait l'oraison mentale à dessein d'être porté au bien par les voies ordinaires des bonnes considérations, et souvent ceux qui agissent tout d'abord avec chaleur ne cheminent pas longuement.
Quand on est aux affections, il faut les amplifier et les étendre, et particulièrement s'en appliquer quelques-unes à soi-même, qui regardent la perfection de ses propres mœurs, Tamendement de ses propres défauts, et l'accomplissement de quelques pieux exercices pour lé jour même de Foraison, ou peu après.
Le moyen général de faire le colloque à la fin de l'oraison, soit avec Dieu, soit ave^les Saints, selon la diversité des sujets, est d'employer des actes d'adoration, de louange ou de révérence, des actes d'offrande de son oraison en satisfaction de ses fautes, et des actes de demande, pour obtenir de Dieu la grâce d'exécuter ses résolutions.
Après Toraison, on peut, si Ton a le temps, examiner si l'on a observé ce que nous venons de dire. Le principal est d'exécuter les bonnes résolutions que l'on y a formées ; car quoi qu'il arrive de tontes les choses qne l'on conseille d'y obsenen die sera très-utile si l'on en sort plos hnmble, plus patient, plus doux, plus obéissant*, plus mortifié, et plus enflammé de 1 amour de Dieu et du prochain.
On peut encore se servir de ces Méditations ponr taire ce qu'on appelle les Exercices spirituels, ou des retraites, qui peuvent éti*e de dix jours, ou de cinq jours, ou de moins longue durée.
Par le nom d'Exercices spirituels, on entend toute manière d'examiner sa propre conscience , comme aussi de méditer, contempler et prier tant mentalement que vocalement, et, en somme, de traiter toutes les autres opérations spirituelles. Ainsi en parle saint Ignace en ses avis, au livre très-renommé qu'il a dressé des Exercices spirituels, et qu'il a pratiqués et fait pratiquer k plusieurs avec un fruit indicible. Car tout ainsi, dit-iU'^que marcher, voyager, courir, sont exercices corporels, ainsi préparer et disposer l'âme k se décharger de toutes sortes d'affections et attaches mal ordonnées, et à chercher ensuite et k trouver la volonté de Dieu, conformément k l'institution de notre vie et au salut de notre âme, s'appellent exercices spirituels. D'autres les appellent la récollection annuelle, d'autres l'appellent retraite, solitude, désert, et lui donnent quelques autres noms qui donnent assez k connaître ce que c'est.
On peut dire que c'est un genre de vie spirituelle auquel on s'assujettit pour quelques journées contre les répugnances de la partie inférieure, pour vaquer plus spécialement k la grande affaire de son salut par des méditations, des lectures saintes, des examens de conscience, par la pénitence, la mortification, les conférences spirituelles, fermant ses sens et son imagination, autant que l'on peut, k tout objet qui pourrait détourner des saintes pensées et des affeciions et moyens de se corriger de ses manquements, de se redresser en la voie de l'éternité bienheureuse, et de se fortifier en la pureté du service et de l'amour de Dieu. En cette description sont contenues plusieurs choses importantes et remarv. . • 30
qaables, qui fourniraient la matière d'un ample discoure, quoiqu'il soit aisé de les comprendre.
La direction des Exercices spirituels et de la récollection annuelle doit être attribuée au Saint-Esprit, conformément aux paroles du prophète Osée, chap. 2. Ecce ego laclabo eam^ et ducam in soliiudinem et loquar ad cor ejus : Voilà que je Tallaiterai et la mènerai en solitude, et lui parlerai au cœur; car c'est en la pratique de ces exercices, faits k l'écart et dehors du tumulte de la multitude, que Dieu donne k une âme de son lait spirituel, par les lumières, les inspirations, les consolations et les résolutions qu'il y envoie. Après Dieu il en faut attribuer la cause au zèle et au grand désir d'arriver à la tin bienheureuse de sa création, qui se trouve dans des hommes de la plus haute perfection, qui considérant les divertissements que l'on trouve dans la conversation et l'intrigue des affaires du monde, ont jugé qu'il s'en fallait dégager, au moins pour quelque espace de temps, sans s'embarrasser dans mille autres choses étrangères qui ne seraient point celles de son âme. La retraite de Jésus- Christ au désert, Tespace de quarante jours, y a servi d'exemple ; c*est pourquoi les [rius anciens solitaires et religieux n*out point manqué k ces Exercices, et quoique toute leur vie put mériter ce titre d Exercices spirituels, toutefois ils ont trouvé le moyen, comme des gens de guerre, de faire de doubles retranchements. Après tout, le grand rvnovatiur do ces Exercices est saint Ignace, dans un livre qui a mtriiê TapproUliou du souverain pontife Paul III, Tau ir>18. ol saint Charles Borromêe, cardinal-archevêque de Milan^ en un de ses c\>nciles |^u\niuciaux, en recommande la pratique ^ tous les ecciesia;sùques prétendant aux ordres saer<^ Cvmuno ausc^i aux j^èirvs plus anciejis pour se préjvir^r ^ la mort. lVi*uU ce îemj^. la pratique en a été irèsci>mmune.
La uialièrtL^ 4e cesi Exerace^ esl 1^ sujet que fon doit
>riikiaire ea&celftî de saini Ignace, qui se réduit à méditer la fia d»i:sa.ccëatioft, l'hoirreur du pécbé par leifoel on s'est êçaBié dei.'Cette> fin, le bien de la pénitence pour se corriger et s! amender; «oisuite la méditation des deux étendards , celuide*Jésus«Gl)pisi et de Lucifer, pour détester Tun et se ranger kJ-a litre qqi est de Jésus-Christ, s'adonnant k imiter seftr.yeritts dans. la. vie illuminative, et k contempler ses mys^ tèresv pour y trouver des motifs de se fortifier contre la faiblesse et la mutabilité ordinaire aux hommes. C'est ce qu'oftt expliqué plusieurs Pères de sa société, le P. Saint* Jure, le P. Suffren, le P^ Legodière, et plusieurs antres qui ont suivi les vestiges et marché sur les pas de leur saint instituteur. A quoi reviennent les tables que nous donnons ici.
Muis.^eomme l'esprit de Dieu Jbt abondant, et que l'homme SQ. lasse ou se dégoûte^ si on ne diversifie parfois ses ali-' nwnts^ tant spirituels que corporels, les directeurs ont trouvé d'autre» matières pour ces récollections, qui sont aussi de' gpandecutffité^ et en certains cas plus utiles, eu égard aux' personne.
La parabole dé l'enfant prodigue de l'Evangile est une beHe matière- pour dés personnes engagées dans le grand monde et qui s'en veulent retirer, comme les traits qui sé' peuvent remarquer dans l'hij^oire de la conversion de sainte Marie-Madeleine, est propre aux '^sonnes du sexe qui se reconnaissent. Il faut avouer > que le révérend Père Soyer, cordeUer,. docteur en la Faeulté de Théologie de Paris^ et célèbre prédicateur, a heureusement réussi en cette, matière, marquant en <six volumes, que nous avons approuvés, une belle et sainte di visité pour ex^cer ^ les personnes, tant religieuses que séculières, qui veident redresser leur vie^ Vous y trouvez, .enlr'autres, l'échelle de lumière et de feu qui fournit, des sujets sur les attributs de Dieu, pour faire connaître k . une âme les qualités du maître qu'elle* doit ser^v; WvaulJte sii}e.t de l'orgueil abattu par Jésus hwtiîliév
qui tend k faire corriger le péché d'orgueil ; un autre sejeil appelé la retraite de Jésus au désert, où il donne matière \ l'àme de s'entretenir sur ce qui arrive à Jésus-Christ en ce désert où il va, qui le conduit, qu'en a-t-il k faire, à quoi il pense, à quoi il s'occupe, ses tentations, et qnelle en est l'issue ; un autre sujet, appelé le miroir k deux faces, sur les répugnances qu'on a aux choses de son salut; un autre, l'école d'humilité; un autre, la pratique de la douceur; un autre, le mépris des jugements humains; un autre, Jésus au Thabor ou le miroir des supérieurs; un autre encore, Jésus humilié dans l'Eucharistie.
Quant k la forme de ces Exercices, elle n'est autre que Tordre et la méthode que Ton y garde en réglant tout k certaines heures et k certaine façon de se comporter. La fin que l'on y doit prétendre e^de se sanctifier, de sortir de la captivité et des jnéges de Satan, si l'on en était retenu; de refaire sa paix avec Dieu et de rentrer en grâce avec lui , sinon de se fortifier en ses bonnes pratiques, les purifier de leurs défauts et de leurs plus notables imperfections, de rechercher sa volonté et sa vocation, de monter plus haut en la vie spirituelle^ et en somme, se disposer à une bonne et sainte mort, toutes choses qui reviennent au même, on à peu près.
Pour le troisième point, qui regarde les efiets de ces Exercices, il serait difficUe d'en faire un entier dénombrement. Ou y apprend k vivre en homme et k se conformer k la raison, k y vivre en chrétien et selon les maximes de la Foi et de TEvangile, k y vivre sdon la perfection de son état particulier. Cest pourquoi les laïques y deviennent bous laïques, les ecclésiastiques bons ecclésiastiques, le sujet bon styot. le supérieur bon supérieur. Chacun en sort plus réformé en sa vie inlérieurt^ et extérienre, armé de protestations et do solutions d^aimer Weo, de se sauver, de rtf^Hnuer sa vie, de refréner ses passions, de s'acquitter de »Mi obUiEalioM en^ms Dieu, envers sotHniéaie et envers le
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prochaio, et d'y ajouler encore par-dessus ; et on peut attribuer ce qu'il y a de plus saint et de plus grande perfection en l'Eglise à ces retraites spirituelles. C'est ce qui fait le plus fleurir les monastères, et ce qui est le plus désintéressé dans la hiérarchie ecclésiastique. C'est pourquoi le saint évéque de Genève, au livre 12 de l'Amour divin, chap. 8, en parle avantageusement; car énumérant ceux sur lesquels le motif de la divine Charité répand une influence de perfection particulière pour servir Dieu a jamais, il y met finalement ceux qui, à dessein de se former de profondes et de puissantes résolutions de suivre la volonté de Dieu, font pour cela des retraites de quelques Jours, afin d'exciter leurs âmes, par divers exercices spirituels, à l'entière réformation de leur vie. Méthode sainte, dit-il, familière aux anciens chrétiens ; mais depuis presque tout-k-fait délaissée, jusqu'à ce que le grand serviteur de Dieu, Ignace <}e Loyola, la remit en usage du temps de nos ancêtres.
On peut dire avec vérité, dit un directeur savant et expérimenté, qu'il n'appartient qu'a ces saintes retraites d'étouifer entièrement les habitudes du mal et de faire naître les inclinations pour le bien ; d'arracher du fond du cœur des chrétiens les plus profondes racines du vice ; de leur inspirer les plus beaux sentiments de la vertu, et de les porter bientôt a la perfection.
Tel se croit riche dans la vie spirituelle, qui n'est qu'un pauvre malheureux, et tel croit posséder une vertu achevée, qui est tout rempli d'imperfections. Pour dissiper cette fatale illusion, il n'est point de moyen plus infaillible que celui d'une retraite, où loin du bruit et de l'embarras, on tâche d'attirer les lumières du ciel et de discerner ce qu'il y a de plus caché dans les plus secrets replis de nos cœurs.
Il y a si longtemps, ô mon Dieu ! que je ne fais que languir dans tous les exercices de ma profession, je n'y ressens que de la peine et de l'ennui. Ah ! que le temps de la retraite m'est nécessaire et qu'il m'est favorable pour guérir
mon ftme de toutes «es Unguenrs. Je considère' oespiéewiix moments comme les plas belles jownées de ma ^e, d'oà dépend mon salut et tout mon bonheur. Yoos .n'avez qu'il m'inspîrcr vos volontés dans ces saints exercices. Que vous plait-il que je fasse, faites-'lc connaître k mon cœor, il est tout prêt à vous obéir : Paratum cor meum^ Deus^ paratum cor meum.
Hélas! qui sait si le temps de cette retraite n'est tpoint le dernier que Dieu a destiné pour mon salut, et le dernier appareil qu'ii a réservé pour ma guérison. De sorte que si je laisse échapper cette occasion, c'en est peut-'étre fait pour jamais !
Il n'est plus temps de délibérer, il faut se convertir, il faut être tout à Dieu. Résolument je veux devenir tout autre que je ne suis.
'J'ai assez travaillé à ma satisfaction, il faut désormais penser à mon salut; n'est-il pas juste de consacrer le reste de mes soins à l'éternité ? Et qu'aî-je gagné d'avoir tant différé, que mille habitudes mauvaises me font aujourd%ai une si rude peine? Que je serais donc coupable de négliger cette occasion ! Il faut donc mettre la cognée à la racine de farbre et extirper ces mauvaises habitudes pour mourir h moi-même et à mes inclinations, et vivre à Jésus-C3irist par lui et pour lui.
J'examinerai donc avec grande attention mes paroles, mes pensées et mes oeuvres, si elles ont rapport k ma dernière fin et aux devoirs de ma profession. Je dirai k tout ce qui m'en peut détourner : Retirez-vous loin de moi, je ne suis pas pour vous, j'espère un plus grand bien, et j'ai un plus grand maître que je ne puis abandonner. Je lui dirai chaque jour : Et vide si via iniquitatis in me est^ et dednc me in via œternâ. 0 Dieu ! voyez si la voie d'iniquité est en moi, conduisez-moi et dirigez-moi dans les sentiers de votre éternité.
Si ces biens ne vous semblent pas assez grands, il en reste
encore un h vous découvrir, qui est que vou9 entrerez par ces exercices dans la classe des meilleurs serviteurs et amis de Dieu; car, Dieu parlant k ses Saints qui ^environnaient, comme il fut révélé à une grande Sainte, leur dit qu'il avait eu trois amis au monde : le premier qui l*avait aimé, parce qu'il l'avait senti ; le second qui l'avait aimé, parce qu'il l'avait senti et vu ; le troisième, parce qu'il l'avait senti, vu et bien entendu, après l'avoir ihédité. Le premier de ces trois amis représente ceux qui servent Dieu, parce qu'il leur donne les fruits de la terre et des arbres avec des poissons de la mer, et l'âme et le corps, et ce qui est nécessaire à leur entretien. Tels sont les bons laïques qui ont du sentiment de ces bienfaits de Dieu et l'aiment pour ce sujet et le servent. Les seconds sont les gens de lettres, qui non-seulement ont ce sentiment des bienfaits dé Dieu, mais aussi voient, dans les Ecritures et la vie des Saints, comment ils doivent régler leur vie ; c'est pourquoi ils me servent et me portent affection et excitent même les autres k me servir et affectionner. Mais les troisièmes amis sont ceux qui nonseulement sentent et voient, mais aussi considèrent profondément combien grande a été ma charité a leur égard. C'est pourquoi ayant considéré trois choses, ils se sont affligés en trois manières. Ayant considéré ma pauvreté, ils ont renoncé aux biens du monde, et l'ont cherchée dans la retraite. Ils ont considéré la patience que j'ai eue en la tribulation , et ils ont aimé l'abstinence ; ils ont considéré mon obéissance jusqu'à la mort de la croix, et pour cela ils ont remis leur volonté en la main d'autrui. Voi(à ce qu'apportent les exercices ; ils vous feront entrer en l'ordre des troisièmes amis de Dieu qui lui sont les plus chers. Vous le servirez et l'aimerez, nop-seulement pour l'avoir senti et regardé, mais encore pour l'avoir bien entendu par de bonnes considérations. Jouissez de ce bonheur, il n'y a rien de plus avantageux.
Pour faire ces retraites, il faut choisir un temps pendant
— 47â — lequel on soit hors des affaires. Il faut se lever à une mtaine heure précise, et destiner toutes les heures de la journée k leurs exercices ; il faut, les premiers jours, s'adonner k l'examen de ses péchés, de ses habitudes et inclinations vicieuses du passé, sur les derniers jours k l'examen de ses inclinations présentes.
Il faut faire ces trois Méditations chaque jour, dans l'ordre ici désigné : La première, le malin étant levé, la seconde, avant diner, et la troisième avant le souper. Ceux ou celles qui ne sont pas propres k la méditation, se contenteront de les lire posément, et de peser davantage sur ot qui les touche. L'on y peut ajouter la pratique de l'horloge de la Passion k chaque heure du jour, comme elle est enseignée dans la Philosophie Affective^ et entendre la messe selon la méthode qui est dans Y Ornement intérietir(\), qui fait partie de la même Philosophie, et chaque jour, au soir, faire l'exercice des mourants, qui est dans le même Oriiewcii/, parce que le fruit de ces retraites est de se bien préparer k la mort, et de se mettre en état de comparaître devant Dieu. Le directeur vous dira le reste, et VAnnée Chrélienne du P. Suffren, tom. i, part. 2, vous justifiera cette soriede méditations où Ton mêle les considérations de reutendement, avec les affections de la volonté.
rRF.Mlf:flF. RETKAITE DE DIX JOURS.
lui première jouniée sera de la réprobation, qui est do premier Traite la Minlitation XXXL avec les deux suivantes.
La deu\i<^me journée, la première Méditation sera du p<yhe dWdauu les autres seront les Méditations XMIL XXIW XXVII du quatrième Traité.
1^ trx^lsièwo j^nimèe, du pêdiê des anges et de lenr po-
nitioo, au Traité troisième, Méditation XVII, la XIX et la XX.
La quatrième journée, des vertus particulières de tous les neuf chœurs des anges. Méditations Xllf, XIY et XV, au même Traité troisième. -^
La cinquième journée, de la volonté de Dieu, au premier Traité, Méditations XX, XXI et XXJI.
La sixième journée, de la providence de Dieu, au premier Traité encore, la Méditation XXYIII, et les deux suivantes.
La septième journée, du mystère de la sainte Trinité, au Traité deuxième, Méditations II, III, et la VII.
La huitième journée, vous prendrez au premier Traité la Méditation I^e , les Méditations IV et V, des perfections de Dieu.
La neuvième journée, au même premier Traité, les Méditations VI, VII et VIII.
. La dixième journée, vous prendrez au même premier Traité, la Méditation XI, qui est de la pureté^ sainteté et beauté de Dieu, la XII, qui est de la paix et du silence de Dieu, et la XXXI, de sa béatitude ; et ainsi vouft finirez dans des sentiments de respect et d'anéantissement, et aussi de charité en vue des perfections de Dieu, pour y demeurer uni, appliqué et consacré le reste de vos jours.
Cette retraite doit se faire pour réparer les fautes de la vie passée, pour concevoir de nouvelles ardeurs k servir Dieu, pour imiter et honorer les retraites de Jésus-Christ, soit au désert k Nazareth, pendant sa vie cachée, soit sur les montagnes ou autres lieux. Il faut aussi employer ce temps avec autant de pureté et de sainteté que si c'était le dernier temps de notre vie, et qu'après cela nous dussions mourir.