‹ La théologie affective: ou, Saint Thomas en méditationChapitre 11 sur 45 · DE LA MORTIFICATION DES PASSIONS · texte numérisé non relu

DE LA MORTIFICATION DES PASSIONS

I. Considérez qu'il est nécessaire de mortifier les passions intérieures de l'appétit sensitif, ne permettant pas qu'elles s'é* meuvent hors de saison, ou bien qu'elles se portent à des objets mauvais, ou à ceux qui sont bons, mais d'une façon immodérée. Car, puisqu'elles sont les sources du péché et la ruine de l'état intérieur de l'homme, qu'elles le mettent e^i péril de déchoir de la félicité étemeUe, il est tout évident que s'il veut avancer dans la vie spirituelle, il doit employer ses soins à les régler, n'aimant et ne haïssant quç ce qu'il faut, n'espérant et ne craignant qu'autant qu'il est juste et raisonnable , bref, contenant toutes les onze passions dans le devoir et la justice. Sans cette étude, il travaille en vain à la perfection, et quoi qu'il fasse sa^ cela, il se ti*ouvera à la fin qu'il n'est qu'un mcivil, un barbare et un brutal, qui fait tout par humeur et fantaisie; il se trouvera sans repos et sans âme, et dans des troubles perpétuels que lui causeront ses affections sensuelles, auxquelles il aura donné le domaine et l'empire de ses affaires, qu'elles ne^nt pas capables de bien gouverner.

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Le divin Platon (1) comparait un tel homme à une chimère, ou à un monstre qui aurait plusieurs tètes de bètes, avec une tête d'homme au-dessus, toutes entées sur un corps , couv^ d*un habit d'homme. Que servirait à ce monstre de bien repaître toutes ces tètes de bètes, et de laisser languir et mourir de faim celle de l'homme, si bien qu'à cause de sa faiblesse, elle fut menée et tirée par toutes les autres, sans pouvoir même les empêcher de s'entremordre et de se déchirer l'une l'autre. C'est là l'image de l'homme immortifié ; il a la partie supérieure de la raison comme une tête d'homme, et les passions comme autant de bètes brutes , qu'il fomente et entretient , laissant à jeun la partie supérieure de la raison , qui n'a pas son aliment convenable ; c'est pourquoi elle en reste tout affaiblie , et est emportée au gré de ses passions brutales, par lesquelles il est horriblement déchiré et tourmenté. Saint Augustin confirme cette digne pensée (2), lorsqu'après avoir exposé les plus grands crimes, il dit que l'homme vient au monde avec une si grande ignorance de la vérité, et une si grande abondance de cupidités, que si on le laissait vivre selon ses humeurs , il commettrait tous les crimes. C'est pourquoi les anciens l'ont comparé à un champ, lequel n'étant pas défriché et cultivé, produit toutes sortes de mauvaises herbes, comme il ferait toutes sortes de vices. C'est ce qui est apparu dans les premiers hommes, qui vivaient avant que les cités fussent bâties et policées par de bonnes lois qui tiennent en bride les passions. On raconte qu'ils vivaient en bêtes brutes, se tuant, se mangeant l'un l'autre, et faussant tout droit, toute équité. Si bien qu'il est vrai que sans la retenue des passions , non-seulement le chrétien ne mérite pas le nom de chrétien; mais il ne mérite mêm^ pas d'être appelé homme. Au reste, comme la rose n'est pas sans épines, aussi la vertu ne s'acquiert pas sans mortification. Comme le malade n'a point de repos et de santé, qu'il n'ait avalé la potion amère de la médecine , contre laquelle sa nature résiste; ainsi, l'homme ne peut avoir de tranquillité en son âme, et aucune douceur de la vie, qu'il n'ait avalé le calice de la mortification. Par elle son esprit s'éclaircit et devient propre à méditer les plus hautes vérités, et les mystères les plus

(1) De Ropub. 1. 9. —(2) Li. 23, de Givit. c. 22.

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dhios ; car les pasnons indomptées sont comme un nuage grosûer et obscur^ qui empêche la netteté de ses rayons. Le cristal de Tesprit est noirci par les fumées et les épaisses vapeurs qu'exhalent le bourbier des voluptés, et les sales plaisirs qui Tattirent à eux, et Tabratissent. Mais la mortification et le rude traitement de soi-même le recueille, excite ses puissances, et le rend plus actif et plus pénétrant. Enfin, par cet exercice, Thomme s'endurcit aux travaux et aux fatigues, et se rend capable d'endurer et de souffrir toute sorte d'événements, une ^lité d'esprit qui conserve sa paix et son bonheur au milieu des adversités. Il est vrai que cette retenue des passions est une espèce de mort) parce qu'elle prive l'appétit de ses propres mouvements et de ses actions, qui sont sa vie; c'est pourquoi die s'appdle mortification ; mais cette mort est bonne, par laquelle nous mourons au péché pour vivre à la justice; c'est une mort qui n'ôte pas la vie, mais la change en mieux, et de laquelle il fait bon mourir présentement, afin de ne pas en mourir éternel-

Je formerai donc de fortes résolutions de veiller sur tous les mouvements de mon appétit sensuel. Je dirai après un grand cont^npiatif (i) : Ces passions sont comme des bétes cruelles qui me dédiirent le coeur; cessent des vents tempétueux qui agitent la nacelle de mon âme çà et là, et la mettent en péril de naufrage; ce sont des chevaux indomptés qui me portent dans le précipice. Qu'y a-t-il donc de plus sage et de plus utile puisque j'en ai le pouvoir par la grâce de Dieu , que d'apprivoiser ces bêtes, d'apaiser ces vents, et de retenir ces chevaux par le frein de la mortification, afin qu'ils ne me jettent pas dans le péché. Par les passions, je suis poussé dans le péché, quand j'aime ce qui n'est pas aimable, quand je hais ce qui n'est pas à haïr, quand je désire ce qu'il faut fuir, et fuis ce qui est à désirer; quand je me délecte trop dans les choses terrestres, et que je m'attriste pour des sujets de néant ; quand je conçois de vaines espérances , quand je désespère de la grâce avec laquelle je me puis vaincre moi-môme ; quand je suis hardi pour les entreprises du monde, et timide pour les spirituelles, et quand je me courrouce immodérément. Les passions sont donc

(i) Alvar. Med. Sacr. p, 2, c. 7. Mcd . 8.

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les sources du péché^ ce sont des armes que je d«nne de plein Qvé à mon ennemi, avec ksquelles il me ierrasse et m'abat. Je les dois donc réprimer par la mortification, et comme les fermer, ces sources de tout mal, afin que les péchés n'en sortent pas; et par une abnégation continuelle, les retirer des mains de mes adversaires. Et puisqu'il est certain que ce n'est pas notre propre industrie, mais la grâce de Dieu par Jésus« Christ, qui nous défend de leurs efforts, demandons-la humblement et instamment.

II. Considérez en quoi consiste la mortification de l'appétit sensitif, et comment elle s'exerce, soit en mortifiant quelques mouvements déréglés, soit en vivifiant les meilleurs, et s'y excitant. Car il y a deux choses en quoi cet appétit est mortifié; la première est quand on lui retranche une action à laquelle il est porté, la trouvant joyeuse et délectable ; comme , par exemple, il sera porté à désirer un bien terrestre, quelque viande, quelque habit, quelque condition; il sera aussi porté à s'y réjouir, s'il en a la paisible possession ; le premier trait de la mortification consiste à le sevrer de ce désir« ou de cette joie, s'abstenant d'en former des actes délibérés. La seconde chose en quoi consiste cette mortification, est de se porter à des actions autres que celles qu'il désire, et contre lesquelles il a de la répugnance : comme, par exemple, si l'âme s'emploie de toutes ses forces à la prière, â la méditation, et à des œuvres extérieures , qui ne sont point conformes à la sensualité , ce sera un second trait de mortification; parce que s'employant de grand courage à ces actions, l'appétit sensitif est contraint d'y contribuer, selon qu'il en est capable, et souffre une certaine violence contre sa première inclination naturelle. Or, il n'est pas toujours aisé de donner cette double mortification à l'appétit, l'homme a besoin de moyens qui lui en facilitent l'exercice. Quelques-uns croient que le meilleur expédient est de châtier le corps, de l'amaigrir dans l'abstinence, de le fatiguer par le travail, et de le hérisser de cilices ou de haires ; car par ce rude traitement il est débilité, et l'âme en fait mieux ce qu'elle veut, comme d'un ennemi abattu et désarmé ; c'est pourquoi la plupart des saints ont rudoyé leurs corps diversement| pour rendre l'âme plus forte par sa faiblesse, et le corps moins rebelle et moms réfractaire' aux décrets de leur raison. De là

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sont venues les austérités des religionsi et ces inventions crucifiantes qui cbfttient sévèrement l'insolence des appétits du corps, et le tiennent dans les fers et les chaînes pour le rendre esclave de Tesprit ; ce que saint Paul semble approuver, lorsqu'il dit : Ceux qui sont du parti de Jétus-Christ , ont crucifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences (Gai. 5). Au reste , d'autres, sans improuver la mortification du corps, sans démentir l'antiquité, sans détacher Jésus-Christ de sa croir, et l'étendre sur le duvet, sans ne vouloir que des haires et des disciplines spirituelles, comme on le leur impute à tort, jugent que ce n'est pas assez de dompter l'esprit par le corps; mais qu'il faut aussi dompter le corps par l'esprit, qui peut gourmânder toutes les passions sans réserve. Ils disent que, quand l'homme commet quelque péché, la chair n'est pas toujours la criminelle, pour être battue à grands coups, comme une béte de somme; et que dès lors, il est plus expédient de mortifier les passions par la partie supérieure de la raison et de l'esprit, lequel venant à considérer ce qui est utile ou nuisible pour son salut, forme de généreuses résolutions de s'abstenir de quelques actions , et de s'adonner à d'autres auxquelles se portant avec grande vertu, il emporte l'appétit sensitif après soi, et le contraint de se désister de ses poursuites et de ses inclinations, pour être employé à son gré. Par exemple, l'homme faisant réflexion sur les mouvements de l'appétit sensitif, et le voyant engagé dans des désirs superflus, ou troublé de colère pour quelque disgrâce, il improuvera cette conduite, et se fera des réprimandes intérieures. Il ne nous est pas bienséant, puisque nous sommes créés pour le Paradis, de désirer les biens terrestres; souhaitons plutôt les biens étemels. Il n'est pas à propos, ô mon cœur, de nous troubler si fort pour les affaires périssables de ce monde, demeurons paisibles et tranquilles au milieu de ces événements. Après ces vues, et ces réprimandes intérieures de la partie supérieure, si l'âme forme la résolution ferme de désirer des biens spirituels, et s'efforce de demeurer en paix et en silence, elle attire après soi l'appétit sensitif, et régit raisonnablement ses passions, au moins tant qu'elle persévérera dans ces dispositions. Cette méthode est plus douce, plus humaine et plus générale, elle réussit plus aisément ; néanmoins, cette controverse entre les spirituels n'est pas

de petite importance, pour être si brièvement traitée. Poser pour maiime que c'est assez de mortifier le corps par Fesprit, est une illusion qui va malicieusement à détruire toutes les austérités du corps, et à flatter la chair» Mais aussi donner tout à la mortification ou macération de la chair , et en faire le gr$md point de la vie spirituelle, sans égards aux personnes, à leurs tempéraments et à leur vie passée ou présente , c'est un autre excès à éviter. U faut marcher entre ces deux extrêmes avec une juste modération. Les personnes d'une santé robuste, dont la vie a été souillée de crimes, et qui se trouvent encore sollicitées au mal par la violence de leurs passions,, doivent appréhender de paraître devant la justice divine, sans lui avoir M quelque satisfaction C'est pourquoi, il est bon que ces sortes de personnes se soumettent aux austérités, et que le compUce de leur esprit paie quelque chose de son fonds à cette justice rigoureuse. Il faut penser autrement d'une personne dont la vie a été plus innocente, ou qui n'a que peu de force ou de saoté , ou que Dieu visite lui-même par diverses infirmités ; il sera plus expédient qu'elle suive la seconde méthode que la première, et qu'elle n'use de sévérité contre soi-même qu'autant qu'il sera nécessaire pour se conserver dans la ferveur d'esprit, ou attirer sur elle les consolations divines, que Dieu donne souvent à proportion qu'on se prive davantage des mondaines et des terrestres, comme il les refuse à ceux qui ne soupirent qu'après une vie lâche, selon ce qu'en dit le saint Prophète : Selon la multitude des souffrances de mon cœur y ses consolations ont réjoui mon âme (Ps. 93). Et encore : Mon âme a refusé d'être consolée (Ps. 76) dans la voie large du siècle corrompu. Je me suis souvenu de Dieu, et fai été consolé (Ps. 76). n faut donc que chacun se connaisse soi-même, et qu'en certaines circonstances, il use tantôt de sévérité contre soi, craignant qu'autrement il ne suive la prudence de la chair, et une science terrestre, animale et diabolique, comme l'appelle un saint abbé qui florissait il y a quelques siècles, science qui anéantit la croix de Jésus-Christ , laquelle n'a rien de doux , de tendre, de mou et de délicat pour la chair, mais renverse au contraire toute cette école de délicatesse, qui est combattue par les clous fixés dans les membres sacrés de Jésus-Christ, et qui est domptée et vaincue par cette lancOi dont la pomte lui pé-

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nétra eC hd ourrlt le cAté. Dans quelques circonstances donc, et en certams cai , il fiuit réprimer les passions par Texercice des anstàriléf &a corps, et, en d'autres circonstances, se contenter de la seconde méthode. Ainsi, on se reprendra 'quelquefois soimême, et parmi le bruit et le tumulte des passions qui portent au mal, on se portera à des actions plus convenables. ïï ne t'est pas bienséant d'affectionner ce bien terrestre, élève plutôt Tes vœux, 6 mon âmel vers les véritables biens spirituels. Tu TaFfliges mon âme! pour une affaire de ce monde qui ne te réussit pas, il est bien plus raisonnable de t'alffiger pour tes offenses, qui te peuvent faire perdre les biens de Téternité. Quoi, mon cœur! tu t'emportes, et tu veux le venger d'un mépris dont fa as été l'objet! Ce n'est point la raison ni le devoir d*un chrétien; imitons plutôt la douceur et la bénignité du Fils de Dieu. Mais pour ces exercices, il faut que l'âme veille et soit attentive à plusieurs bonnes considérations, selon la diversité des passions, et surtout que la volonté soit constante et résolue. Je demanderai l'un et Fautre à Dieu, ce Seigneur qui mortifie et vivifie (l. Rois, 2), afin que ce qui est trop vif en ma nature corrompue , soit mortifié, et, que ce qui est trop mourant et trop languissant pour le spirituel, soit vivifié.

m. Considérez qu'il faut une grande prudence et une grande discrétion dans Fexercice dé cette mortification, soit pour châtier le corps, soit pour réprimer les passions par les actes spirituels de la partie supérieure; car les austérités exercées contre le corps ne doivent pas être excessives et immodérées. Les veilles déraisonnables, dit Cassien (1), ont abattu ceux que le sommeil n'avait pu abattre. Aussi la chair molle et délicate n'est pas seulement l'indice d'un bon esprit, mais elle lui sert souvent d'organe et d'instrument pour ses plus belles actions, tes bonnes qualités même des viandes donnent plus d^agilité et de pureté au sang , et Tentendement agit avec plus de pénétration et de vivacité dans ses contemplations. Au contraire, les mauvaises qualités des aliments émoussent la pointe de Fesprit, appesantissent l'âme, et l'engourdissent dans ses opérations. Ainsi les peuples barbares, dont la nourriture ne se distingue pas de celle des bêtes, n'ont pas été moins esclaves de leurs passions.

(1) Col. 2. c. 6.

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Eofia, il arme Boawok que pour trop charger une bMe de somme ^ on la tue ; et que Ton eet eontnasl de traiter b ehtir aussi moUemeNl qu'on la trateit sévèrement auparavant; e'est pourquoi la règle de saint Auguslki veut , que l'on donpte la chair par des jeânes et par l'abstinence de la viande , el d« breuvage, autaat que la santé le permet (i). S'il cet ajevié, aalMl cpft» la santé le permel , c'est pour recommanda la vertu de ikcfèÛDu , éà Hugues de Saint-Yictor; car le bien, qui ne se Sût pas anee diacrélieA, se gâte. Chacun doit <k>mpt« sa chair par l'abstmoiee, autant que la santé le permet à la nature. Qui afflige sa chair outre mesure, tue son esclave; qui la nourrit plus qu'il ne Jbmt, ravitaille son ennemi; il la fliut donc teUemeat nourrir qu'elle paisse servir, et si bien la dompter, qu'elle ne s'enorgueillisse pas; et en toute abstiofence, il feut toujours, s'efforcer de ruiner les vices, mais non pas le corps. Et pour ce qui est de l'autre voie plus sublime, de mortifier par l'efi^rit les mouvements de l'appétit sensuel , c'est encore un point où la discrétion parait merveilleuse, quand elle n'entreprend de mortiftev, que par une juste règle et une sage mesure. C'est pourquoi il est bon de considérer ces règles que Gerson veut qu'on y suive (3). La discrétion, dit-il, permet souvent que quelques passions vicieuses s'accroissent pendant qu'elle s'occupe à planter les vertus ; car la parabole évangélique lui enseigne de ne point extirper toute l'ivraie , dans la crainte d'arracher en même temps les bons épis de froment; car rarement, ou jamais, le froment de la vertu vient en nous sans l'ivraie ou la paille de quelque vanité, vu principalement que, selon l'Apôtre, il est nécessaire que ce qui est animal devance le spirituel. Voyez donc ciHnbien ce serait indiscret pour ceux qui instruisent les enfants, ou des hommes sensuels, qui diffèrent peu des enfants, de vouloir les dépouiller dès le commencement, de toute passion vicieuse, et de s'efforcer de les élever tout d'un coup à une vieillesse spirituelle, et par un zèle sans science, et une fureur implacable, sans ordre et hors de temps, de persécuter toute passion vicieuse. De plus , la discrétion permet que quelques passions vicieuses pullulent et s'accroissent , non qu'elles soient belles ou bonnes, mais pour empêcher que d'autres plus mau-

(1) In Regul. D. Âug. ad c. 5. ^ (2) De Passion, animœ conskl. 2S, I, 8.

valses ne se fortifient; car, comme il arrive qu'un clou pousse un autre clou , et qa'une maladie est la guérison d'une autre, de même, l'amour de la louange humaine, ou la crainte de l'infamie, empêche les adultères et les l'apines. Ainsi, il vaut mieux permettre quelque division et quelque inimitié entre certaines personnes, qu'une amitié impure et honteuse. Ainsi, il sert aux enfants qui étudient d'avoir quelque envie et de l'émulation, quoiqu'elle soit vicieuse , afin qu'ils se surpassent l'un l'autre dans l'étude des lettres. De plus, comme la discrétion tolère quelques passsions blâmables , aussi elle s'abstient d'en fomenter de louables, si elle en prévoit, une mauvaise issue, comme serait la rébellion et la désobéissance, car la discrétion ne se contente pas de considérer seulement les choses présentes, mais aussi elle regarde l'avenir. Enfin, une ftine sobre et modeste aime la discrétion, si toutefois elle est soigneuse de marcher en la présence de Dieu par l'observance de ses commandements, et cela dans le grand chemin frayé et battu par les anciens Pères.

Je remarquerai ces règles de discrétion, prescrites par un grand maître de la vie spirituelle. Et, parce que cette vertu est un don particulier du Saint-Esprit, j'implorerai son assistance pour l'obtenir. Esprit sacré, source de tout bien, et fournaise d'ardeur et d'amour , de qui provient le zèle et le courage à combattre les vices et les passions! donnez nous, avec l'ardeur d'assaillir nos passions, la science et la discrétion, afin que nous ne soyons pas précipités par l'impétuosité de leurs eSbrts dans la chute et la ruine du péché; faites que nous suivions la doctrine des sages , de peur qu'en pensant gagner quelque chose d'un côté, nous ne perdions le tout et le plus important, par notre indiscrétion. Mais que -notre ardeur dans ce combat spirituel, soit tempérée par la prudence, afin de remporter la victoire et le triomphe éternel.

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SIXIÈME MÉDITATION

DES TROIS PREIŒRES PASSIONS DE L APPETIT GONGUPISGIBLE, ET DE LEUR MORTIFICATION.

I. Considérez qu'entre toutes les passions, il faut mortifier spécialement celle de l'amour, quand il est pervers et mauvais; car, c'est la première passion de l'appétit concupiscible, et elle est la cause de toutes les autres. En effet, personne n'a la concupiscence des honneurs, des richesses et des plaisirs que celui qui les aime ; personne n'a aussi de la joie en les possédant, que celui qui les a aimés , la jouissance de ce qui n'est pas aimé n'excitant pas de joie. Pareillement la haine , la fuite et la tristesse que l'on a pour une chose estimée mauvaise , ne procède que de l'amour du bien qui lui est contraire; car il n'appartient qu'à celui qui aime quelque bien, de se ressentir du mal qui lui est opposé, si bien que là où est l'amour, là est aussi la douleur. L'amour excite l'espérance et le désespoir; car la volonté ne s'élève vers quelque bien difficile qu'elle attend par l'espérance , et ne se laisse abattre par le désespoir , que lorsqu'il s'agit d'un bien qu'elle aime et qu'elle chérit. Enfin , l'homme n'a de crainte d'un mal , et de courage pour le surmonter, et de courroux pour se venger, qu'autant que ce mal traverse son amour et ses désirs; l'amour est donc le principe et l'origine de toutes les passions, c'est pourquoi c'est les mortifier dans leur source que de le mortiÎBer, et il n'y a point de victoire si avantageuse que de vaincre cette passion , car c'est ruiner toutes les autres , comme il arrive en une armée, quand le chef est tué et mis à mort. Or, cet amour doit être mortiflé surtout quand il se porte à un bien corporel, qu'il n'est pas loisible ou bienséant de posséder comme jsont les viandes superflues ou défendues , les honneurs non mérités , les vêtements plus riches et plus précieux que le prdprc état ne II. 7

fiB LA SmtMi^C» MJmCSïVE

demande 9 et tous les plaisirs illégitimes; car si on ne le réprtnie de -bonne iieore, -H n'y a péché , mme, sacrilège et abomination qui n'en dérive, comme d'une source empestée. Ces considérations ont porlélM tàkieém 4sp\Almûs ées maladies de l'àme, à y apporter divers remèdes. Le premier est de détourner la vue» les sens^ l'imagination et Ja jiensée de Tol^et wixné ; ^r, c'est chose remarquahlfii ^ ies deux ju^emiers amours pervers dans la créature humaine, ont commencé par la vue; et il est dit d'Eve qui eut une passion d'amour pour le firuit d(^fendu : La femme vit donc que Varbre était bon à manger , beau aux yeux , et délectable à la vue , et elle cueillit son fruit et en mangea (GfNi. 3). U eirt âDCore écrk des ^6m\» de Seth, qu'ils vivaient saiaiameot sur la ieme cyftoune ;<des anges dans le Qel ; ma%$ la ^ants de Ueu voymt (fue les /illes ^des kimmes étaient bdles^ en prirent à femmes (Gesu 6). Le second remède sera de Ueo ,peser le {^ ^ bien , et la multitude de misères qui fiocomp^gneat souvent Im créatures qui servent d'obj^'t à la pas^ sîon d'amour; car il d'j en a pas «ine, -qui n'ait ^iis de délauts, de/vices et d'iafirmités» cpie àa Ums et àè perfections : c'est pourquoi l'baauna qm isiinsidér<era qu'il est se pour h veriu et riuMtfiôtelé, et sactusefout las bieus sfûribiels 4u ^Paradis, ne trouvera que Icop 4e sujate de s'ahateair de ramoar.» ^ de xé^ jrimer la canct^pscaoee îles bians f^énsiAlfis, ^ ani ir^ peu de noblesse pour occuper iine Ane aussi. relevée ^jy^e la aieaae. Le troittème remède, et gui ast estimé le fhm coniieiiable, est de spiritualiser son aaaaur^ et, par ua échange qwi lai sera fHêèH^ ble, de le icaosporior à des biens aHâlle«m, oavme isant las cboses étacoellas, Diau le paemîar» qui par 4e0sua tout aat digne d'âtre aimé^; ^»r H n'ast ^s paskble à l'iKNnaie 4'étiia .9m& aimer qudque «chose ; c'asl pourquoi ae i jpouvaat âtans piiaé :de «tout amour^ l'impartant est qu'il se doone à un maenr laiiit ei honnête, qui remplisse la place de l'aedour pervers, et ne le laisse point entrer dans le coeur. Cela se lait quand la VDlonté se porte lermemeat è Tanour de Dieu 4 car dans l'ap^ petit sensitif iCSt emporté par soa aiouvement, et contcaÎDt de contribuer à ses élans, pour ne plus vaqoer à l'amow* vicieux.

Je veillerai donc sur ce premier pas et ce premier laouv^meot de mon appétit rseusiitiCj et je réprimerai sao amour {viiâauK de

9£6 i€T£6 ttUMAINS. 99

tout mon ^^voir ; %uml ^ me sentirai touché de icelle p^issiou, ^ détottraorai ami vue de la vaoilé des créatures, ^i je n'applir puerai pluB ,ine9 {MBoaée^ «t ines jm^ginalioos à leur ù^ompeu^ie apparaBoa. lato âme I puisque tu es créée pour posséder les rii^heaaes du Ciel » lu (0 fais injure d'aimer des biens extrémemeot vik aï mépriaaWaa. Tous les bieus du monde ensemble n^ sont pas plus ton ^uverain bien, qu'un grain de sable ; ainsi, tu es aussi trompée en les affectionnant tous, que si tu n'avais de soupirs et de sotthaits que pour un grain de poussière. Âhl il est bien phia digne ei plu3 juste d'aimer le Souverain de tous les biens. mon Dieu! qui êtes digne d'un amour inûni, ne permettez donc pas que je fasse ce tort à vos perfections infinies» que d'aimer à leur place les misérables intérêts de mes sens. Seigneur très-admirable I je suis résolu de n'aimer que vous seul Puisse la beauté des créatures me paraîtra difibrme, et kur douceur , amertume et rude^sse, afin que rien ne me plaise ^et ne me délecte qi^e vous seul^ 6 nu^i Diaa!

n. ConsiflUrez la Sâc^e passion de l'apj^tit £onc^)j«cJUa, qui s'^appelle jconcupiscence , convoitise, jOîu bien la paj&çion d^ désir. Elle diffère de Ja première, qui est l'amour, parce que l'amour n'est au^ ebose qu'un certain agréaient ou complaisance an quelque objet que l'on se figure être bon ou beavi; maïs la 4»ocupisceiiae y «ajoute un mouvement de l'appétit, pour der à «et oli^t, afin de le posséder. C'est pourquoi celte pasmn est «n 4^ogrès et un avancement de h première, qui est l'amour, et en est le fikt premier-né. Or, si jamais les âmes qui aspoent à la vertu, ont besoin de prendre en main le glaise de J la mortification, c'est priocipalem^t pojir reti:asacher cette pas- «on, qui est le plus souvent déraisonnable, jQt emporte l'âme à 1 une multitude d'afft^ctions, qui ruinent aotièrement l'amour de k Dieu, et étouffent la sainte charité et tous ses exercices. Si jamais ^ ^les qui ne s'étudient pas à mortifier leurs passions, doivent 9 appréhôidi^ les malédictions de Dieu, c'est quand elles se rendent négligentes a tenir la bride à leurs désirs et à leurs concupiscences pour les lionneurs, les richesses, ou les plaisirs du corps, qui font que les pédués de toute espèce se multiplient d'heure en beuee; car que ne fait pas ain homme qui est passionné pour Vhofomr itt four ^fUAlqoe grandeur de la terr^? En quoilef tea^

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talions, en quels pièges de Satan ne tombe pas un a^are) qui n'a jamais réprimé son désir de posséder? Par quelles brutalités ne se dégradent pas les gourmands et les luxurieux, qui sont affamés des plaisirs du ventre et de la chair? Certes, le diable n'a pas de plus fortes armes pour faire la guerre aux âmes, que les trois espèces de concupiscences, par lesquelles il continue sa tyrannie dans le monde, et tient en servitude la plupart des mortels, qu'elles lui ont asservis. Si bien que saint Jean dii avec raison : Tout ce qui est au monde est concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie (i. Jean, 2), entendant par le monde, les méchants étales ennemis de Dieu, qui fomentant leurs passions, et se laissant gouverner par leurs instincts, conunettent les injustices, les perfidies, les maléfices, les meurtres, les débauches, et une mfinité de crimes trèsatroces, pour lesquels leur vie est abominable devant Dieu. Mais le moyen de mortifier cette passion? Ne fout-il donc rien désirer dans le monde? ce serait mettre les cœurs à de rudes épreuves ; car on peut honnêtement souhaiter plusieurs biens temporels , que la loi de Dieu ne défend pas , que la raison n'improuve pas , et que le prochain n'a pas droit d'^mpécher. Il est' donc loisible de désirer quelque bien temporel, pourvu que Ton y garde l'ordre de la loi, le nombre, le poids et la mesure, et que personne n'y soit offensé, et que ce soit par des moyens irrépréhensibles et pour une bonne fin. C'est pourquoi la vraie mortification de ce mouvement de l'appétit, ne consiste pas à le tuer entièrement, mais à l'estropier ; elle ne consiste pas à le faire mourir, mais à le faire languir, ni à l'arracher jusqu'aux racines, mais à lui retrancher quantités de branches mauvaises, superflues ou inutiles. La pratique du bienheureux François de ^ Sales était excellente en ce sujet, pour reprendre ceux qui veulent tout ce qu'ils veulent, c'est-à-dire avec attache, opiniâtreté, ) et à la façon des bétes brutes. Il disait qu'il désirait peu de chose, et que ce qu'il désirait, il le désirait fort peu. Il nous sera utile, pour imiter cette vertu, de repasser souxent dans notre esprit, les sentences suivantes, qui font partie o^ méditations d'un grand homme de la Chartreuse : 1. Le chemin à Dieu est aisé ; car on y va en se déchargeant. Décharge-toi donc en telle sorte, qu'ayant tout quitté, tu te renonces toi-même. 2. Quiconque reconnaît sa bassesse, entend les blâmes, comme ses pro-

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près avis, tranquille et humble, et rejette les louanges , comme des opinions contraires aux siennes. 3. Si rien n*est amendé, qa'il n'ait été premièrement blâmé, qui ne veut êlre blâmé, ne veut devenir meilleur. 4. Rien ne t'est plus pénible que de te mettre hors de peine, c'est-à-dire, de mépriser les choses passagères, d*où naissent toutes les peines. 5. Regarde combien de personnes ont travaillé pour le monde, et non-seulement, ils ne lent pas acquis, mais ils se sont perdus eux-mêmes; mais toi, si tu veux bien f étudier , tu acquerras plus sans comparaison , que ce pour quoi tant de monde travaille, et a déjà travaillé. 6. Si celui-ci ou celui-là travaillait autant pour Dieu qu'il fait pour le monde, on ferait sa fêle comme d'un martyr. 7. Les martyrs disent à Dieu : Pour Vamour de vous, nous sommes mortifiés tout le jour (Rom. 8). Toi, tu dis à chaque vile et basse créature : Pour l'amour de vous , je suis troublé tout le jour.

8. Tant que dure l'amour de ce monde, aussi longtemps demeure l'inimitié entre Dieu et l'homme. Quand donc tu veux être aimé des hommes, tu veux qu'ils soient ennemis de Dieu.

9. C'est le comble de la dépravation humaine, que de délaisser les choses meilleures, c'est-à-dire Dieu, pour s'adonner aux moindres , et s'y arrêter, c'est-à-dire , aux choses temporelles. iO. L'escarbot, voltigeant ça et là, ne choisit rien de beau et de pur pour s'y arrêter , mais il s'arrête à de puantes ordures , méprisant toutes les choses belles : ainsi ton esprit parcourant les cieux et la terre, et passant toutes les choses précieuses , s'adonne volontairement à plusieurs choses viles et sales , qui lui viennent en la pensée : rougis-en de honte (1).

Je déplorerai sur ce point la misère des âmes, qui gémissent ^ opprimées sous la tyrannie de leurs concupiscences désordonnées et sans frein. nobles âmes! images de Dieu, vous méconnais- ^ sez votre noblesse , en vous prostituant à l'amour des choses basses et mortelles! cœurs humains, cœurs créés pour aimer Dieu, n'aimerez-vous donc jamais en votre vie le seul bien qui est digne de vous , et qu'il vous est convenable d'aimer ! Enfants des hommes , jusqu'à quand aures^vous le cœur appesanti , pourquoi aimez -vous la vanité ^ et cherchez- vous le mensonge (Ps. 4)? maudites concupiscences, que vous faites de tort à

(1) Gnido Carthns. Med.

i02 LA tlttOLÔGIB AfyEÉfftE.

Dieu, que ionn lui nm9ti de cœwfêt mon Sisiigkieiir, nwm Dieu, qoi m'avei tréé pour YOtis conftatlre et vcnis ériMêr, aye« pitié de moi, et délivrez mon âmé des Hens de» c(WivoH}ses ter* feslres et mondaines, afin que par efles je «te sois pâ» détourné de vous aimer comme mon bien souYérraîn , *t de vous recfcer* cher comme ma fin dernière ? tfron Dieu ? que je rompe ay«c toutes les créatures, et qire je votts désire tin6 foi* avec pureté de cœut, et un désir constant , qtri fie tâHe ci Aé chdffjfe^ jamais.

III. Considérez la passion dé I« Joié,- otf plotél ië Id délectation, Is^u^e s'élève dans l'appétit, lorsqu'il à aéqiri» le 6ieff qu'il désifaîf. Et quoique cette passion sôH h trdhîème, elle es! pourlsftit la pretfrière selon Finténtîoït ; et eflte esi! Attsisi la tm^e ies autres, caf la délectation oir la joie que Yùtt ctiertehé, *fànlé famour él le désir. Si bien qtré, éoftrtne FAsboiâr pféfeèdé lés autres iSelon Tordre de Pexécfution, ainsi la jofé, Sfèldn Fordré de l'intention. Mais laissatrt 1* ce ccrftïbàt de tes *oits hon<»*^ flques, considérez ici <ftie la délééfatiom n*éi«t pafs toojotn^ mfatp taise, ni toujours bonne, rnèfl^ elle sait la maliee et la Mù\è de Faction d'ôfr elle résulte, et elle en feçoit sies différence».- C'csi pourquoi la délectation est bonne et licite, 4l elle pfôviefif d*ttne action bonne et vertueuse , et elle est nMravaise j ii fikè tè^ isuïté d'une action vicieuse et désôrdofroée. Telle est la délectation dès méchants, dont écrit îSalothoW : tli sbhl danà te jiftë^ quand ik ont fait lé tndtj et ih Ée déleétent dans leg chôèéi trh-^ méchante^ j et leurs voies sont petvetsés ^ et leUfS défnafàhes infâmes (Prov. 2). Partant, il est bien aisé de juger, que cette délectation provenant d'une action niàtivértse, doit ètfe entièrement retranchée. Mais eèl-il posrfHe d'&ccepter celle (fai provient d'une action qui est permise, oft &iithe nouvelle acquisition légitime de quelque bien temporel et terrestre? à quoi il fiWt répondre que cette délectation é^ tôlérâHe èrt ceux qril n'ont pas de plus grand dèséein, que d'éviter le péché et l'offense de Dieu en ce nïoride; tnals non pâS ett cëto qtrl aspirent à url degré pliis relevé et plus éirtîttent de peN fectîon ; car leur plus grand contentement gérait de n'ôft pas rcf^senlir du tout dans Fusage des choyés cféééS, àinhS qu'il e^t rapporté d'une sainte vierge, qui prenant un jour un peu trop de goût à m morceau de viande, elle se Fôta fle ]h IrtWfchc pom* se

sé»r«r ite ce pteisir, et' qwi ou conlraire-, prenant des raééfrciftes amère», les tenait longtemps dans la boueke, arant que ée les avaler, pour wieut ressentir l'amertame d» fie( et du Tiaaîgre , qei fat présenté au FUs de Dîeti ÛÊm sa Passion. CTesl là «ne siiMime mortifeatHm , par h pratiifae de ktqueHe les pfos spfritf»^ onl mérité de reee^oir les doiKeurs eC tes consotafkHis célestes* dès cefte tre, en renonçant aux terrestres, arotant qu'if !eur a été possible. Ces! pornijnoi ib oit dit comme David : Mùn âme a refusé éTêtre œnètfUe^ je me mr retmtvemL êe Bien, et j'ai élé ékm h joie (Ps. lé); parte que Dieu verse plus libéralement les joies du Gief, M oA celles de la terre manquent; ainsi qu*au défaut de la farine d'Egypte, il fit pleuvoir la manne, et fit tomber du ciel le pain des anges, qui avait toute sorte de goût et de saveur pour les bons Israélites. Et ce n'est pas sans sujet qui! attend que le pain de la terre manque, pour donner celui du ciel, parce qu'un cœur n'est point capable de ressentir tout à la fois le$ joies du monde et celles du Ciel ; car les consolations divines sont délicates et ne peuvent compatir avec les délectations de la terre. C'est pourquoi, entre les créatures passagères, celles qui délectent le plus , sont les plus funestes ; et saint Bernard dit : Celui-là se trompe tout à fait, qui pense que cette douceur céleste se méte avec cette cendre, ce baume dirin avec ce venin, ces grâces et ces caresses du Saiat^Espril avec ces blandices et ces appas de la terre (1).

Heureuses donc les âmes, qui non-seulement se privent de toute délectation provenant de l'usage et de la possesfon illicite des créatures , mais aussi qui s'efforcent de retirer leur affection de celle qui provient de Fusage le plus innocent qui puisse être. Oh ! qui fera donc que tout sentiment de plaisir me soit à contre cœur?0 mon Dieu! si par votre providence, quelque bien terrestre flatte mon appétit, je désire n'en tirw aucune délectation. Puissent, Seigneur, toutes les créatures me devenir amères et fâcheuses, afin que je n'en use que pour votre amour. Puisse le miel du monde être changé en fiel, afin que rien ne me semble doux, hors de vous. mon souvierain bien, iésus-Christ, qui êtes la joie des anges et l'^amour de tous les

(!) Scrm. 6, fn Aseea. Dotd

saints, que le regard de votre face comble de joie et d'une félicité inénarrable, qui voulez que tous les esprits se réjouissent en vous, et que ni les prospérités , ni les adversités de cette vie n*enipéchent vos serviteurs de recevoir de l'allégresse de votre part, rendez-nous suspectes toutes les délectations de la terre, afin que nous ne les ressentions jamais avec aucune attache. Découvrez*nous la veine très abondante des plaisirs célestes, qui découlent de votre miséricorde, et combien nous avons de motifs de nous réjouir en vous seul, et d'abhorrer tout autre contentement, parce que vous êtes la source de tout bien, et toute la douceur de notre vie.

SEPTIÈME MÉDITATION

DE TROIS AUTRES PASSIONS DE L APPETIT CONCUPISCIBLE , ET DE LEUR MORTIFICATION.

I. Considérez que l'appétit concupisdble s'élève contre le mal, représenté dans l'imaginatioii par trois sortes de mouvements, dont le premier s'appelle la haine , qui est un mouvement d'aversion contraire à l'amour » par lequel l'appétit concupiscible a du déplaisir de tout ce qui est contraire à ses sentiments, à ses satisfactions, à ses propres intérêts. Or, quoique ce mouvement de haine et d'aversion soit souvent utile à l'homme, pour se préserver de ce qui lui pourrait être nuisible, et ainsi conserver sa vie ; néanmoins, le dérèglement de cette passion lui cause de t^ès-grands dommages, et un des grands obstacles qu'il ait pour s'avancer dans la vie spirituelle provient de cette haine et de cette aversion , parce que l'âme qui s'en laisse saisir et maîtriser , ne s'adonne pas aux œuvres de pénitence , qui contrarient ses sens, n'entreprend rien de grand et de généreux, par crainte de la souffrance ; quelque belle que soit une entreprise, elle s'en dégoûte aussitôt qu'elle y aperçoit des souffrances, des difficultés et des contradictions. Enfin,

BS6 A€TES HUMAINS. 105

comme les premiers pas de la perfection sont Tabnégation inténeure, par laquelle on se renonce soi-même, en s'abstenant, autant qu'il est possible, de tout bien sensuel, et la sainte haine de soi-même , par laquelle on se traite soi-même rudement , et comme un ennemi, cette crainte de la peine empêche Tabnégalion, arrête Tâme tout court à l'entrée de la perfection, et la laisse dans une fainéantise et une délicatesse d'amour propre, qui ne se conduit que par les règles de la prudence de la chair. Après quoi il ne faut pas s'attendre de voir jamais la sainteté et la solide vertu dans une telle âme, parce que la sainteté ne croit que parmi les mortifications, les croix et les austérités de la pénitence, ainsi qu'un lys parmi les épines. Il est donc extrêmement important pour quiconque veut faire des progrès dans la vertu, ou satisfaire à Dieu pour ses péchés avant la mort, de réprimer cette {mssion de haine et d'aversion pour la peine, que l'on s'imagine devoir préjudicier à son propre bien corporel. L'on en vient à bout par les exercices de l'abnégation intérieure et la sainte haine de soi-même, tant recommandées par le Fils de Dieu dans l'Evangile : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce soi-même^ qu'il prenne sa croix et me suive (Hatth. 16) : Et, Celui qui hait son âme dans celte vie, la conserve pour la vie étemelle (Jean, 12). Par ces paroles, le Fils de Dieu nous témoigne le dessem qu'il a de nous élever à une sublime perfection, en nous mettant en main un glaive acéré pour couper net tous les empêchements que nous y pourrions mettre, et en nous armant comme de la foudre, pour briser et réduire en poudre tous les ennemis de la vie spirituelle. Car celui qui se renonce et se hait soi-même de cette sainte haine, ne fait point de réflexion sur les maux qu'il faut endurer pour être fidèle à Dieu, et s'avancer dans la vertu. Il chemine tète baissée au milieu des ronces et des épines, sans se plaindre, et sans murmurer de leurs piqûres, n avale indifiéremment le fiel des adversités et des désolations, avec le miel des prospérités et des consolations. Il n'y a point de pénitence trop rigoureuse pour lui, le mauvais temps ne l'empêche point de partir et de gagner du chemin, et ce qui trouble et met en désordre les esprits mous et efiéminés de délicatesse, lui est un sujet de repos et de joie, parce qu'il tient alors ce qu'il désire, c'est à savoir la souffrance. Aussi toutes les choses que l'on appelle du nom d'adversité, ne sont adversité que pour

408 LA THÉOLOôre AFfE^flVE.

les méchmHs , qtii sont eaux qui aiment la eréatiire é la place éa Créateur. De Hf tient qne Tesprit général d« tout les saints, a été (Taimer les croix en cette tie, et de les tenir pour des fkveurs du Ciet. Il ftmt, disait un grand dévot (i), qne toes lès amis de Dtetf aient l'âme tonte pteine de Dies, et le eerps lo«(t plein de donlears et de toarment» : on souffrir, e« mourir, disait une sainte (S). Et une autre ne souhaitait pas sitôt le Paradis, mais eftt désiré, n c'eftt été la volonté ik Dieu, de pouvoir titre jusqu'^au jour dn jugement, afin que' par ses longues souffrances elle rendit tm plus ample témoignage ék son amour; parce que, disait-elle, dans le Pafradis il n'y a pas de croit, î! n'y a rien à cndorer. H fiint bien dire, que ee» âmes généreii(^e$ stalénf de font point moftiflé cette passieif ie hajne, contre tout ce que Pon se figpre être mal et incommode M torpsy et qu'elles avaient rcttonnu' la vérité de cette gratte sentence r Si tti ddâ haïr qtrélqn'un, ta ne dois haïr personne tant que toi-même; caf persoime ne t'a causé mitant de dot&mMçes qae toi (g).

Ohî qui me donnera donc de répfrimefr de hr i^orte par les sainfs etérdceg de rdbrïégation et de la sa&rte hahie de moiméitfe, dette haine et de dégoût pour tout ce que f Imagination me fait paraître comme redoutable à moi-même. Oh ! qui fbra que les noms de péniiefice, d'âustérité, de jeûne et de ciMce, de calomniés et de persécution!?, de pauvreté et de solitude, de sécihefesàe et dé désolation, dé maladie et de mort, ne me soient pas plus durs et plus fSicheux à entendre, qné le$ noms de joie ef dé éonfentement , de louange et d'applaudissement, d'abondance et de satisfaction, de douceur et dé consolation, de santé et de vie! sauveur du mondé, divin Jésus! qui, en entrant au monde, n'avez éprouvé que des choses dures et âpres, le rebut, la pauvreté et la rigueur du froid; qui, conversant parmi les hommes, y avez ressenti tes souffrances de Ta faim et de la soif, et la dureté de mille adversités; qui, en sortant de ce monde , avez été couché sur le dur bois de ta croix , n'étant chargé que d'épines et de plaies três-cruelles( en tout Votre corps; délivrez -nous de cet amour excessif de nous-mêmes,

(1) Tbauler, Serm. Dominic 8. Qu^drag, ^ {%) S. Thérèse» — (8) Guklo Carthusta. Médit, c. i

m» ACTES mmàMm. i07

et de éétte hame de nos incoroifiodités. Donnez^fiom un courage ferme et réeolv pour tout ce qui se préseniera de fâcheux à la nature âseas l'exercice de la vertu. Doimoez - nous rabnégalien mtérieBre el la sainte haine de noas-^émes, afin qu'ajant renoncé 'whhB9 aw douceurs éensuélles, noua trouvions celés du Pa^ radia; et que nous étant hais saintemenC, nous conserviona noa Imes pm^ h vie étemelle.

H. Considérez h ftnte, ou l'abomination, qui est «fte passion de Fappéfit eeiieopiscibie opposée à la passion du désir oo de cooeopiscenee , et par laquelle noua hnaginant quelque amt en MDt qui pec^aft tomrber sur noua, notis le prenons en hor^' reor, pour le fàir et Téloigner de nous, et nous de kn. Cette passion a beaucoap de ressethbhmce avtc^ celle dé la haine ; c'est ponrqlMv il Ae serait pas nécessaire d'en ftrire des aoédita* tioDa particalièr^, si ce n'est qk'il est très* utile de s'attéter ptos lô«g-temp» à l'entretien àê» ptasslon^^ pôirr cetinattre leura pfopriétéâf èC le moyeft de se préserver de leur tm\ke. Cette paskefi dene est seulettïent ditféreflte de hl hline^ en ée que la haine tfè âH aortre chose (fa^m simple dégoAt et un( dépIciMr dtÉ Mrt lÉM^rfé) maie ceilchci dit aussi m mouvement et un effisn p<Mfr s'eif d^arrasser; è^est peufquoi elle s^appeBe onfl^ liah'einent Ift fuite, lion que l'homme change teujo^ra de Heu fât cette passion, comme font lès soldats qui fuient l'ennemi^ mais parce qu'elle en détourne son désir. Elle fait les mêmes torts que la haine, et se mortifie par les mêmes pratiques de rabné^ltotï intérieure, de la sainte haine de sol^^métne et de Patnour de la croîK. Ajoutons seulement une chose, c'est que^ pour bien fégier cette passion, il ne faut pas croire l^érement à tout te qui se dit des choses horribles et fâcheuses; car c'est l'ordliiaire des hommes de faire tin grand mal d'un petit, et d'exagérer flierveilleusement les difficultés de la vertu, ainsi que firent ces espions qui allèrent visiter là Palestine, et /apportèrent que les hommes y étaient pnisssints comme des géants, et que (fêtait tme terre qui dévorait ses habitants, en représentant la conqtiéte (lltts difficile qu'elle n'était, tl en est de même de^ hommes, ils décrient autant qu'il est possible les mohtdrcfô adf^Hë^ de cette tie, et les font passer pour dés maux insup'» portables. Mais, sans parler des autres, notre propre imagination à laquelle nous sommes trop crédules, noift tt*aiiît aOuVeni à ce

108 LA TflÉOLOGlB AFFECTITE.

sujet, et nous figure des monstres, des rochers inaccessibles et des précipices dans une terre de bénédiction, qui est chérie et favorisée du Ciel. Regarde , dit le grand Contemplatif (1), combien tu te méconnais toi-même : il n'y a pas de nation si éloignée et si inconnue au sage, de laquelle tu ne crusses plus aisément à celui qui t'en raconterait des faussetés, que tu te crois à toi-même en des choses fausses. En effet, s'il faut croire à chacun dans son art, les plus expérimentés dans la vie dévote nous disent, qu'il y a des consolations incroyables à souffrir patiemment des choses fâcheuses pour l'amour de Dieu ; parce que si Dieu présente d'une main le calice de sa Passion è une âme, pour en prendre quelque goutte, il lui présente de l'autre la coupe entière de caresses et de bénédictions, où elle peut boire à longs traits, et s'enivrer de douceur. La confér^ce spirituelle de six docteurs disant leur avis sur ce sujet, nous servira de preuve. Le premier disait que s'il y avait quelque chose de plus noble et de plus séant à la nature humaine que la tribulation, il en eut fait part à son fils; pourtant il lui donna plus à souffrir en cette vie, qu'il n'a jamais donné .et ne donnera à personne. Le second disait que si quelqu'un était sans péché comme Dieu y et pouvait même vivre trente ans sans boire et sans manger, et parler avec les anges, comme Marie-Magdeldne, celui-là ne mériterait point autant en toutes ces choses, qu'une personne par une petite adversité soufferte patiemment pour l'amour de Dieu. Le troisième disait que si tous les saints priaient ensemble pour quelqu'un, que ces prières ne lui acquerraient point autant de mérites, qu'il en pourrait avoir par un seul acte de patience dans l'adversité. Le quatrième disait : Nous adorons la croix, parce que notre Sauveur Jésus-Christ y a été attaché une demi-journée ; mais je dis avec combien plus forte raison devons-nous adorer la tribulation, parce que notre Seigneur Jésus-Christ l'a pgrtée plus de trente ans? Le cinquième disait: Les samts renonceraient plutôt à la vision de Dieu jusqu'au jour du jugement, qu'à la plus petite récompense acquise par l'affliction, qu'ils ont endurée patiemment. Le sixième demandait pourquoi nous souffrions avec tant de contre cœur ; auquel il fut répliqué que c'était pour trois causes : la première,

(1) Guido Gartfauft. Bfedit. c. 11.

parce que nous avons peu d'amour pour Jésug-Christ ; la seconde, parce que nous pensons fort peu à la récompense que Dieu nous veut donner ; la troisième, parce que nous avons peu de reconnaissance des douleurs souffertes pour nous par notre Seigneur.

Je tirerai les mêmes affections de ce point que du précédent, et de plus je m'efforcerai de perdre la mauvaise opinion que j'ai toujours eue des austérités, des difficultés de la vie spirituelle, et de toute adversité présente, puisqu'il y a tant de douceur et d'avantages en toutes ces choses. Un payen disait bien, quand on lui appliqua aux c6tes des torches allamées : Douleur, tu ne fais rien, quoi que tu fasses, jamais je ne confesserai que tu es un mal. Pourquoi donc un homme de vertu n'en dira-t-il pas autant des contradictions de cette vie ? Elles ne font de mal qu'à ceux qui ea abusent : Pour les bons, toutes choses tournent à bien (Rom. 8). Je ne veux donc plus me plaindre des adversités ; mais je veux me plaindre de moi-même, qui en fais mauvais usage. Il ne faut donc plus, 6 mon âme I faire tant la délicate aux approches des choses pénibles dans la dévotion, dans les fièvres et les maladies. Le soldat qui fuit toujours la rencontre de l'ennemi, ne fait rien de grand et de généreux. Si nous fuyons toujours, nous ne gagnerons pas de bataille, et ne triompherons jamais. Aide^moi donc, Sauveur du monde ! qui avez eu le courage d'allé audevant de vos ennemis, qui devaient vous crucifier ; aidez-moi du secours de vos grâces, afin que je ne croie plus aux hommes mondains, et à ma folle imagination , qui veut me faire prendre les choses douces pour amères ; remplissez ma volonté de votre amour, mon esprit de la pensée du Paradis, et ma mémoire du ressouvenir de votre amëre Passion , afin que vous considérant crucifié pour moi, je trouve les choses amères pour le monde, douces à mon palais spirituel, et que votre croix ne me soit plus en horreur.

m. Considérez la passion de tristesse , qui est un mouvement de l'appétit affligé de quelque mal présent qui lui déplait. Le Sage nous invite à la mortifier : Chasse loin de toi la tristesse^ car elle en a fait mourir plusieurs , et elle n'a aucune utilité (Eccl. 30). Les médecins la jugent très-nuisible à la santé du corps, parce qu'étant immodérée, elle dessèche peu à peu, et consomme sa chaleur, d'où il s'ensuit que plusieurs perdent la vie,

4M LA tntouiGa àWïïEexofK.

«ecaUés de k ^Mitegse, à laquirile ils ne m s«i( pai «ppoik Elle it'^ fM moins dangertuse à FàiM, et mx tee tioM 4ie fesprit et de k raison ; c'est posrqudi tm e remarqué que de signalée pdMonnaffw ont dékksé leurs ^des et fauns tettiK trar vaux, pour s'être laissé maîtriser par cette humeur. Le graHt.aaÎBt Grégoire , 9ceah\é d'ennui à eause des misAms de soft temps , n'acheva pas rinterprétatien qu'il avait conameneée sur le ProphAk Esédiid, aHéguant qu'on ne le requit pins d'étediar l'Ëcàtare sainte, qne sa harpe était iàmi§ée en demi, et amMêh en mÊÉrêmuÊt de plettrs <Jeb. 3^. Ce qui arriva semblaUement à mîtà JérAme, qui cessa pe»r tm temps d'interpréter le même Projeta, â^ eause de la grande douleur qui le saisit i la nouvelle de la prise de Rome , parce que Vest le propre de cette funeste passion, d'en*gourdir fesprit, comme un froid qui le resserre <et débilite ses actions. C'est pourquoi il ne faut point espérer aucune bonae méditation , ni rien de généreux dans k verfu, pendant ^'une âme est en cet état, non plus qu'il ne ftut peiat atteodre de boMS fruits d'un arbre durant l'hiver. C'est «e qui a âiit dfre A aaiat Bernard (1), citant saint Atbanase, qu'un faomoié Ikkle ne panse qu'à la naaiice , et qu'il contriste le SaintrEsprii ipii lui a été donné. Aii9«, earnui^ la tdgne , dit Sakflspn , mtit m féUmmt et le ifêfau M$^ etnsi ft^ la tnUeœ «« eamr (Jfms* 35)^ fit comme le vét^nent rongé par k teigne , et le b<»e .lerauMiki, ne sent propres à aucun «sage utile, eiasi l'esprit ^ncàakyé par k trietesse, ne peut s'élever et e'^ivancer A rian àt èaiit et de lenabk. Ce qu'il fa«Kt entendra de la mauvaise Iriskaae, ifne l'on cençoit peur autre diose 4}ue pour ses péchés, paur k fMBu.de progrès qtte f en fait en la vertu , pu bien pewr la JRasskn de lésus-Gbrist, et k retardement du Paradk, qui font qualre obiets d'une bonne et légitime tristesse. Hors de k, k tiiaksaa a^t j^ipdée k p^ne du nèck, qm opère Ui mori, mi teraMs de saint JPeul (il. Cor. 7). Dès lors il faut bien dompter cette bête noiee, et ^ecnplojer pkisieufiB namëdes icoQtre ceUe langueur, dont peu de personnes sont exemptes, tant son règne est puimant ^et /étendu. Le premier, et qui est de grande efficace, est de fu&r l'oisiveté et la sditude, où cette passion se fomente et s'entretient aisément. Comme un dou chasse un autre clo^, ainsi une peina en jcbasse

<4) ne IMo iMpe^viiMidi. Siéra, il.

ua^ avti^i x'-est pourguoi cdai^ui s'occupera i quelque exercice hoQuèie et JalH)i;ieia» iiA0urn«ca iM3$^ensée$ de l'objet qui l'atlrisii^ et ^ iieolica soulqg^é. Que «'il ne peut U^omper sa douleur, et J'é^ dNiger a^i^ec une tutce, du lUûius qu'il considère qu'il n'y a de :vcaia iojua au fnoode fue le féobé^ et ce qui s'^eosuit^ que »evi il ittérJite qu'iip xtràiee eue toucmente ; pour le rasle^ c'^t se fiooipofller ^uJAt par fif^^igé , que per un solide seutiment, car fpès tmAy JAoe âuw qui est 4i«iJa .gjcioe, au milieu âe «eo af- Hiftlioiia las .pif23 p^asiaotes^ possède Dieu en jsoi-méjue , celui ipî ^t-ctapaUe de Uû donner ua Uésor d'aU^resse, Jii 41e veut ^ea estimer «on bouhe«r. Saint Jean Chrysosiôuîe prêchait dij^emeut sur ce sujet (1)^ cya disant que Dieu ne nous avait donné la tristesse que pour le péché» et que rexpérience le prouve assez. Cdr lorsque aous nous aiUigeons de JU perte des hiens, de nos maladies » de la mort ^t d'autres détresses , xu>n-seuleKaeat nous se rejoevons pas de consolation » mais môioe nous augmentons uoU*e misère; mais jsi nous nous coutristoBS du péché, nous eu diminuons la grandeir, ce qui est grand devient petit, et souvent nous Teffaçons entièrement. Et si ces remèdes ne suflGsent pas, servons-nous de celui que donne l'Apôtre saint Jacques : Quelqutin de vous est-il triste, qu'il prie (Ep. Can. C. 5), c'est-à-dire, qu'il ait recours ^ Biea , qui est le père de toute consolation. homme , dit un célèbre Contemplatif (2) , tu endures de la douleur, veux-iu l'adoucir? Je le veux. Est-ce pour l'éternité, ou pour un temps seulement que tu la veux adoucir? Pour une éternité. Cherche donc un Uniment éternel ; c'est-à-dire, désire Dieu, car il fa frappé pour ce dessein, afin que tu l'aimes et non pas les remèdes humains.

Je déclarerai donc une guerre sainte à la tristesse du siècle, qui saisit nos leoeure parce que les biens ide ^cetie vie nous auwqiient, ou parce que les maux nous accueillent* Puisque cette Insiesse est inutile , dangereuse ei nuisible , je m'animerai contre eUe, pour la secouer et me dé&ire de son pesant iarde^Na. Je m'exercerai donc au travail, pour dissiper cette humeur. Que si je n'en viens point à mon honneur par ce remède., du moins, je reconnaîtrai que ma tristesse est injuste, qu'il n'appsHrtient pas à une ftme céleste et immortelle^ qui est dans les attentes du

(1) Bml 7, ià^ù^. AitMi. ^ (t) (kàào Cartli. HfàdiL «. i4.

Paradis, de se ressentir si vivenrent des inconvénients' passagers de ce monde changeant. Je confesserai hautement que ma tristesse serait bien mieux employée à pleurer sur mes péchés et mes manquements spirituels, sur la mort de mon Sauveur crucifié, et le délai de mon entrée au Ciel. Que n'ai-je de la tristesse pour ces motifs! Oh! Seigneur, s'il vous est agréable, que je passe le reste de ma vie dans les pleurs et les ennuis, que ce soit parce qu'étant ce que vous êtes, infiniment aimable, vous n'êtes pas aimé. Que ce soit parce que vous êtes offensé, et que vos créa-tures ne vous servent pas fidèlement. Que ce soit dans le ressour venir de la croix, et dans la pensée de mon exil, hors de la région des vivants, après laquelle je soupire. Je ne veux donc plus me contrister pour les adversités de cette vie, je ne veux plus que le repos de mon ftme dépende des créatures. Je ne leur donnerai point tant de pouvoir et de prise sur mon âme, qu'elle reçoive du trouble à leur occasion : Pourquoi te trotibler, ô mon âme? Pourquoi gémir î Attends le Seigneur , je veux le louer encore ! le salut vient de son regard (Ps. 41).

HUITIÈME MÉDITATION

DES CINQ PASSIONS DE l' APPÉTIT IRASCIBLE, ET DE LEUR MORTIFICATION.

I. Considérez premièrement l'espérance et l'audace , qui sont deux passions liées ordinairement ensemble; la seconde n'étant que le progrès et comme l'extension ou l'acroissement de la première; car, ici, par l'espérance, il faut entendre un mouvement de l'appétit, et un certain effort pour obtenir un bien difficile à acquérir , parce qu'il est grand et excellent , ou que les moyens pour y atteindre sont sublimes et exquis. Que si ce bien est difficile à acquérir, non simplement à cause de son excellence, ou de ses moyens, mais à cause de quelque grande peine, par laquelle il faut passer pour y arriver, ou qu'il faut supporter pour

DES ACTES HUMAINS. ilS

en jouir; alors, le mouvement, Teffort de Tappétit qui se porte vers ce bien, nonobstant les grandes peines et les difficultés qui s'y rencontrent, s'appelle la passion d'audace. Ainsi, un jeune bomme se proposant de parvenir à quelque beau parti, ne considérant autre chose que la grandeur de cet état, ou de ce parti, et la grandeur des moyens qu'il y faut employer, s'il le désire efficacement, en sorte qu'il se mette en devoir et fasse quelque effort pour y arriver, c'est proprement l'espérance. Que si ensuite il vient à s'imaginer les obstacles et les grandes difBcultés qu'il rencontrera en ce dessein, et que cependant il se porte à les surmonter, à les supporter pour avoir cet état ou ce parti , alors il passe de l'espérance à l'audace. D'où il paraît que ces deux passions sont comme les deux bras de la passion de désir ou de concupiscence, et qu'elles servent à l'appétit conr cupiscible, pour le mettre en jouissance du bien qu'il convoite, lorsqu'il est relevé et de difficile acquisition. En effet, ces deux passions sont enfantées par le désir; car qui ne désire et ne convoite rien, n'a point d'espérance ni d'audace ; c'est pourquoi, lorsqu'elles sont déraisonnables, elles continuent et augmentent les désordres et les dérèglements , qui sont causés par la passion du désir. Et comme les jeunes hommes, faute d'expérience et de réflexion, sont plus susceptibles de ces deux passions, ils en ressentent assez souvent les dommages, se précipitant en de folles entreprises , et se jetant en plusieurs péchés, dont la fin n'est que confusion pour cette vie présente, et souvent damnation pour celle qui est à venir. C'est pourquoi si l'on ôtait du monde le dérèglement de ces deux passions très-entreprenantes l'on retrancherait la source d'une infinité de misères et de calamités. Cela se peut faire en quelque façon, en ne leur lâchant la bride, et en ne leur permettant d'agir, que pour acquérir des biens légitimes, qui n'excèdent pas la portée de nos forces, et qui n'ont pas plus de difficultés que nous n'en pouvons soutenir ou repousser. Que si nous étions détachés des créatures, et si affectionnés à Dieu, que nous ne voulussions espérer que lui et en lui, et n'être hardis que pour vaincre les tentations et les empêchements de notre salut, ou nous soumettre à la règle de ses commandements et de ses conseils, n'espérant et n'étant hardis qu'autant qu'il nous le permet, nous les aurions parfaitement mortifiées. Mais pour ce sujet) il faut au II. 8

114 U TUtOLOGIE AFFECTIVE.

préalable que le désir d*oû elles procèdent lui soit enUèrement soumis, et que nous ne désirions que saintement et justement; car la source ^ant pure, les ruisseaux qui en découlent le seront aussi.

Je déplorerai les misères qui arrivent aux âmes pour km folles espérances et leur audace aveugle. ^Mon Dieu , que de ravages et de saccagements , que de destructions et d'incen* dies ont causés aux royaumes^ aux provinces les gonree suscitées par rinstinet d'une espérance et d'une audace mal con* duitesl Mon Dieu! que de pauvres filles ont perdu leur chasteté, ponr avoir espéré inconsidérément des mariages I que de jeunes hommes se sont perdus misérablement , quant à Tàme et quant au corps y pour avoir été audacieux outre mesure! Abhorrant l'excès de ces passions dans les autres, je l'abhorrerai aussi en moi-même, eA je tâcherai de le modérer* Que veax4u espérer, 6 mon àme! dans les créatures de ce monde? Que veux^u entreprendre, appétit indompté? est-ce une chose digne du ffls d'un roi, d'employer son espérance et sa hardiesse, pour la possession d'une chétive cabane? Mon âme I n'est-tu pas la fille et rhériCière dé Dieu , créée pour le royaume étemel ? Âh ! c'est après les véritables biens qu'il but soupirer, c'est pour vaincre les ennemis de ten salut que ta dois être hardie et entreprenante, et non pour loi faire la guerre et résister à ses volontés. Car, hélas ! quelle har* dtesse plus criminelle, que celle du pécheur contre Keu, pour s'opposer à ses volontés? mon Dieu! assistez^moi doue de vos grâces, pour régler mes espérances et ma hardiesse, d>près la règle de vos saintes volontés.

II. Considérez deux autres passions du même appétit h^eiMe, le désespoir ^ la crainte, lesquelles nous joignons ensemble, parce que la comparaison de l'une avec l'autre sert à leur donner du jour et des édaffcissemefits. Or, le désespoir considéré comme passion est un désistement de l'appétit, qui se détourne de la poursuite de quelque biesi mondain, se l'imaginant impossible ; et la crainte est comme un certain abattement de l'appétit à l'approche des peines et des maux qui ne se peuvent surmonter ou sup-* porter que difficilement; en sorte que pour ce sujet, l'appétit fuit, abhorre des choses où se rencontrent ces peines et ces maux. De ces deux passions, le désespoir des biens terrestres cause te moins de dommages des» la vie spirituelle. Il ifm est pes comme du

MB ACTES HtHAIXS 115

MWfKiir du salut et de la grftce de Dieu, qui est opposé à TesptflMé théologale. Comme cette vertu est trës-excellenle et trèstitMaib^ atissl le pédié de désespoir qui la combat est trës-periâciei»« ka c<mtraire, la passion de l'espérance pour les biens de h natnfe M fort peu importante dans la vie de la grâce, d'où il résulte que le désespoir qui lui est contraire importe fort peu; (est pourquoi nous jugeons cette passion la moins dommageable, et rarement nous blâmerons une personne qui a perdu Tespé-' rance dés biend de cette vie, pourvu qu'elle la retienne pour les Métis du Ciel, et qu'elfe conserve les sentiments qu'elle doit avoir dé la providence divine. Tel était te saint désespoir de Job, qui se détachait de la poursuite des biens de ce monde, en disant : J'ai iémpéré^ je ftë ifivfai plus désormais (Job. 7). Car il ne désespérait p^S de Dieu, mais des créatures et de la faiblesse de cette yie. La pasèlon de la crainte est bien préjudiciable d'une autre softé pour l'étude et pour l'acquisition des choses humaines , à la ^Upârt des hommes, qui appréhendent la rencontre des CôUa et des tigres dans le chemin qu'il faut tenir pour y arriver; (fesf pourquoi bien souvent ils ne s'y engagent pas. Cette passion engourdit la nature par la paresse, et affaiblit les puissances et les fecultéâ, comme une paralysie, qui les prive de leurs propres fonctions ; elle remplit l'âme de soupçons et de défiances, et apporte des inquiétudes, avec lesquelles la dévotion ne peut subsister. Aussi l'Écriture blâme le vice dé cette passion : Ik ont tremblé de péuf^ là où il n'y avait point de danger (Ps. 13), et les médecins des âmes ont apporté plusieurs remèdes contre cette fièvre dangereuse. Le premier est de guérir l'imagination que Vùû a de la ^andeUr du mal ; les vaines apparences et les visages masiJUés nous épouvantant Souvent, comme si nous étions des enfonts ; nôus prenons ombrage de toutes choses , parmi lesquelles, dit le pbitosophé moral, 11 y en a plus d'imaginaires qUe de réelles : nous Sommés plus souvent frappés par Timagination que par la réafité. Ne sois' pas misérable avant le temps ; les choses que tu redoutes, côMfAe si elfes allaient fondre incontinent sur ta tête, n'arriveront péuf-étrê jamais. De vrai, elles ne sont pas encore arrivées ; car certaines choses nôus affligent bien plus qu'elles ne devraient, et d^aufréâ plus tôt qu'elles ne devraient et d'autres encore qui ne devraient jamais nous affliger. Le second remède est de quitter la trop grande affection poctr tea biens et les cotsmodif es de cette vie ;

cor ainsi que du froid vient la glace, de même de Tamour des biens temporels procède la crainte. Eloigne de toi toutes les choses qui sont pour toi occasion de crainte, comme tu fais pour celles qui te sont occasion de froid : éloigne-les , non, quant au lieu, mais quant à Taflection; car il ne faut rien craindre, que ce qu'il est possible et expédient d'éviter ; c'est-à-dire le péché (1). Le troisième remède est de se mettre bien avec Dieu par les exercices de la charité, et par une ferme et étroite union avec lui, se confiant en sa providence et en sa miséricorde. Le prince des philosophes a sur ce sujet une sentence dorée, qui est, que ceux qui sont bien portés et affectionnés aux choses divines, sont les plus hardis, comme sont aussi ceux qui n'ont pas fait injure à autrui, mais plutôt qui l'ont reçue, parce que c'est une croyance commune, que Dieu assiste ceux qui sont opprimés et qui souffrent injustement des violences (3). Enfin, il faut s'efforcer de retirer ses pensées du mal dont la vue trouble et inquiète, pour les appliquer à des objets plus consolants, par exemple, à cette parole du Psalmisle : Le Seigneur est le protecteur de ma vir, de qui aurai-je peur (Ps. 26)? ou bien à la considération de la vie bienheureuse, qui nous est promise, après tous les travaux de ce monde. Jésus-Christ est mort pour ce dessein, et veut que nous espérions la grandeur de ce bien par les mérites de sa sainte Passion. Je combattrai donc la passion de crainte qui me détourne de la vertu à cause du travail et du labeur qui s'y rencontre. Je relèverai mon courage par une sainte hardiesse, afin de ne point manquer à mon devoir, pour les peines et les difficultés qui s'y présenteront. Dieu est ma lumière et ma défense, Jésus-Christ est mon Sauveur et mon espérance ; que crains-tu donc , ô ma petite âme ! dans les rencontres périlleuses de cette vie ? Pourquoi trembles- tu, s'il faut souffrir quelque disgrâce de la part des hommes ? cesse d'aimer ton corps et les biens de la terre, et tu ne craindras pas tant le péril de les perdre. Tu es immortelle, ô mon âme ! et les biens qui t'attendent, ne peuvent périr. Si tu es en grâce, tu es en la main de ton Sauveur, de laquelle personne ne te pourra ravir. Rassure-toi donc en ces pensées, et ne fais pas cette injure â ton Dieu, que de trembler sous l'aile de sa protection.

(i} Gttido Carthos, Médit. «. 4. — (2) Aristot. 2. Hhetor. c. 5.

BES ACTES HUMAINS. il7

in. Considérez que la colère immodérée doit être encore trèssoigneusement réprimée ; parce que c'est la passion la plus farouche, qui trouble le plus la raison, et qui renverse et précipite l'esprit, tandis que les autres passions ne font que Tébranler; si bien que quand elle est un peu échauffée, Thomme est hors de soi-même, il n^est plus à soi et ne se possède plus. Rien ne ressemble mieux à la folie, elle pousse indiscrètement Thomme à la vengeance, lui faisant estimer le mal d'aulrui comme son propre bien, et regarder comme indigne de la miséricorde d'un homme celui à qui Dieu fait à tous moments des miséricordes indicibles. Et comme Ton reconnaît les maladies les plus dangereuses au plus grand changement qu'elles font dans le visage; ainsi, peut -on reconnaître combien grande est la maladie de la colère, qui bouleverse davantage le visage de l'homme, et fait paraître le désordre de son âme sur son front; car les yeux étincellent, la face pâlit ou s'enflamme de rougeur, les lèvres tremblent, et se ternissent, la voix s'entrecoupe, si bien que ceux qui se regardent en un miroir pendant le misérable règne de cette brutale passion , se méconnaissent eux-mêmes , et ont regret de leur changement. Mais elle ne trouble pas seulement celui qui en est le sujet, elle trouble aussi tous ceux qui le fréquentent et conversent avec lui. Uhomme colère, dit Salomon, ex(Àt€ les querelles (Prov. 15). // vaut mieux, dit-il encore, habiter une terre déserte et dépourvue de toute commodité, qu'avec une femme querelleuse et colère (Prov. 21). Car rien n'est plus insupportable, et c'est la plus grande misère qui puisse arriver, que d'être obligé de vivre dans la compagnie de ces esprits colères, qui troublent le repos des sociétés, qui mériteraient d'être exilés et envoyés parmi des sauvages, et parmi des bêtes féroces, à qui ils sont plus semblables, qu'à des hommes, à qui la douceur et la débonnaireté doit être naturelle. Aussi, les grands personnages se sont étudiés à apporter divers remèdes pour guérir un si grand mal. Le philosophe Sénèque dit que pour n'être point colère, il ne faut pas être curieux. Il n'est pas expédient, dit-il, de tout voir, et de tout ouïr. Quand plusieurs injures nous sont faites, c'est ne pas les recevoir que de les ignorer. Veux-tu n'être point colère, ne sois pas curieux, celui qui s'informe de ce qu'on a dit de lui, et qui met au jour, les mauvais propos qu'on a tenus de lui en secret, se

118 LA TB£OLOGie AFFECTIVE.

trouble en soi-méiqe. La raison en est qu'après cett^ tnquéte, rbomme qui est un peu délicat ie sa natup^^ $e tfQUve bl^ de choses de peq d'importance, qu'il vi^nt» par av^ugloment ou témérité d'esprit, à réputer pour de grandes injures. Noms en pardonnerons plusieurs, dit le même philosophe > si nous commençons par juger avant de nous courroucer; mais pous suivons notre première boutade, et encore que nous ayons été émus pour des choses vaines, nous poursuivons tQpjourS} a0n qu'il ne semble pas que nous ayons çon^mencé à tort» Il ajoute: Ce que tu vois arriver dans les bêtes brutes, tu le remarqueras dans l'hoinme ; nous ^omn^es troublés par des choses frivolf^ et de néant. Le rpuge met le taureau en furie; l'aspic se courrouce en voyant de l'ombre, une nappe fait enrager les ours et les lions; toutes les bêtes fiëres et enragées de leur nature, §'é^ meuvent par les petites choses; il en arrive autant aui( ^prits turbulents, ils sont blessés par le soupçon» en sorte qu'ils appellent quelquefois iîyures les petits bienfaits (1), Saint Bernard dit que le silence est le remède de la colère, Ne sois pas si hardi, dit-il (2), que d§ transpercer d'uni? parole piquante, sous l'apparence de correction , une âme pour laquelle Jésus- Cbrist a daigné ê|re attaché à la croix, ni de gronder, ni de murmurer entre les dents, ni de froncer les narines qi de rire démesurément comme en te moquant, ni de te renfrogner en blâmant ou en menaçant, afm que tu puisses dire comme le Prophète : J'ai été irouhlé^ et me iuis iu (Ps. 76). Que si la discrétion nous oblige à parler h pelui qui nous fait tort, notre parole doit être tranquille : car le Sage dit que réponde dotLce brUe h colèrç (Prov. 15). Saint Jean Chrysosldme, grand docteur dans la science de la mortification , donne un troisième remède, en disant (3) : que comme il sert beaucoup à ceux qui ont mal unx yeux, de regarder quelque suave couleur qui allège leur tourment, ainsi ceux qui mettent devant leurs yeux Timage (lu roi David, et des autres hommes remarquables par leur douceur, rentrent d»ns la pure philosophie et la tranquijiité d'esprit. Ce remède est propre au chrétien auquel Jésus*Christ est donné comme un modèle très-parfait de toutes sortes de

(1) L. 8, lie Ira. C. 11. C. Î9. C. »0. ^ (î) Scrm. », in CmU ^ (S) fiom. S, de David et Bnuli*.

DES ACTES HUIUINS. 440

vertus, et principalement de la douceur et de la mansuétude; car il est dit de lui. // ne sera pa$ triste et turbulent (Is. 42). // s'est tu comme un agneau devant c$lm qui le tond y et n'a point ouvert la bouche (h. 53).

Je me rejouirai d'apprendre ces remèdes contre une passion si mauvaise et si ruineuse, et de laquelle tant de personnes sont possédées dans le monde. Je les mettrai iSdèlement en pratique dans les occasions. Que jamais donc, Seigneur très«clément, je ne vienne à faire des enquêtes curieuses de ce que l'on aura dit à mon mépris , ou d'user de paroles rudes qui provo^ quent un plus grand courroux. Jésus très-débonnaire, si contre ces résolutions je m'oublie, faites que je me ressouvienne de votre mansuétude et de vos mémorables paroles : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœurj et vous trouverez le repos de VUS âmes (Natth 11). Enfin, mon trés-pacifique Sauveur! détruisez le règne des passions en mon âme ; que ni le désir, ni la haine, ni la colère, ni aucune autre passion ne la tyrannise plus; car je ne veux plus qu'qn autre que vous y commande et y soit obéi ; commandez donc, mon Dieu, aux tempêtes de mon âme, afin que la tranquillité se fasse grande, et qu'ainsi votre royaume nous arrive (Mattb. 6).

NEUVIÈME MÉDITATION

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