‹ La théologie affective: ou, Saint Thomas en méditationChapitre 13 sur 45 · DE LA CONSCIENCE PROBABLE · texte numérisé non relu

DE LA CONSCIENCE PROBABLE

I. Considérez qn*9 n'est pas au pouvmr de l'homme de ^ tnmer une conscience à son gré, sur les actions qu'il doit ftire ou omettre ; mais q«e le Jugement de la conscience même pro^ bable sur ce qui ^t à Mre ou A laisser dans la conduite de ^ vie, est nécessairement t^ par les plus grandes ou les moindres apparences de vérité ou de Oiusseté, qoi sonft dans l'objet qui ^A proposé à r-enlendement. de point veut dire en moins de parroles, que l'homme n^est pas maitm de s«s opinions probables ', qu*il ne peut pas juger tn vérité ^loe le noir est Wanc, bu que le lAmc est noir, -quand 11 kii f^hrtra de le Juger ainsi ; pas flus qu^il ne peut Juger que le mal est un bien, ou le bien un mri, et le licite défendu , ou le défendu licite ; mais que l'appa-* rence de vérité ou de fausseté le porie par nécessité à en former son jugement en ^conséquence, c'est ce qu'on appelle conscience. Les plus célèbres philosophes et les théologiens sont de celte opinion après le prince de la philosophie, Aristote, qd enseigne que juger n'est pas une chose libre, et qu'il y t une différence entre le jugement et rimagmelion , entre juger et

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imaglMir; et qtÉoitjtre rbonme puisse se former des imaginatloM \ i8<m {(té, 11 ne p«Ql te ibrtnBr dinsi tme opifiicm de TentenderùM^ tM h pointe et la perspicacité de son entendement lui ftitt apeivevotf que <a vérité ne subsiste pas dans ce qu'il se représente et Vimâgine, t\\xmA Tobjet n*e^ pas selon ce qu*n TenyiSi%e ti le considère. La raison fondamentale de ceftte considénSon tst qne rentendement, pour opiner vrai, comme H se doit Mre ta toMe tonscience droite , certaine ou probable, doit être coHfbnne à la qualité de son objet, autrement ce serait opiner ftussement. Or, la qualité de Vcfcjet, s'il est bon pu mauvais, licite ou défendu, no dépend pas de notre liberté ; car c'est une diose qui est hors de nous. Ce n*est pas votre pensée, ou votre méditation, qui feit les choses bonnes on mauvaises, dignes de von^ poursuite ou de votre rebut. Elles ont leur qualité d*ailleurs ou par elles-mêmes, ou par la loi du supérieur, indèpendam-ment de vous. Partant, ce serait nous tromper nous-mêmes et nous trahir, si nous pensions à notre gré en former un jugement contraire , comme tfA voudrait estimer qu^l est dans les ténèbres, quand il voit briller le stMI dans son midi, ou que tout est calme , quand il entend de toutes parts le bruit de la tempête. I^our plus (Mvé explication de cette vérité, îl en eSt qui comparent l'homme à une balance, dont les bassins s'inclinent nécessfifirement là où est le plus grand poids, et qui demeure dans l'équilibre, sans aller plus d'un côté que de f autre, quand les poids sont égaux. Il en est de même de l'emendement de l'homme, il forme nécessairement son opinion et sa conscience en farenr du parti qui a le plus grand poids Ae raison , ou la plus grande autorfté; que is*fl vient à juger tontre cet»e appréciation de son esprit, ce n'est pas une opinion et im[e consdefice , t^est une idde feintasSque <de Taussetê èl tPêrreur ; c'est une tfeSdson tontre la lumière ^ h perspicacM de femendenftjtft*, qui en est offusqué et oomme opprimé. D'autres le compmisnit h un voyagem qui ce trouvant à fenibranchemetft de deux chemins, s'rafbrme de celui qu'A doit suivre ; s'il ipencontre des personnes qui ne méritent pas plus sa confiance Vvm que l'autre, il demeure inquiet et irrésolu, et ne peut se lîéiermhier raisonnâdement plntM à suivre un «hemhi quhm autre; mais il faut qu'H vole que l'un soit jrtus croyaWe que l'autre , pour se résoudre fi «mrcher. Atttrement, il s*engagerai plutdt par hasard

que par prudence, plutôt par un caprice (imagination que par la vérilé de son jugement. Il en est de même de tous ceux qui veulent gagner Féternité. La variété des chemins et des difficultés qui se présentent dans les actions morales, est la cause que, s'ils ne voient pas quelque plus grande apparence de vérité d'un côté que d'un autre, ou à faire un contrat qu'à ne le poiot faire, ou à se porter à une action qu'à s'en abstenir, ils n'i^ ront pas par prudence ni par probabilité de conscience, qui suppose la vérité, mais par fantaisie, par hasard et par caprice. Ce n'est pas se comporter en homme raisonnable, que la loi de Dieu oblige à procéder autrement. Que fera donc l'homme misérable dans de telles rencontres, qui ne sont que trop journalières? Il est libre, disent les bons théologiens, quant à Tacle et à l'exercice d'opiner; mais non pas libre quant à la spécification, c'est-à-dire à l'espèce et à la qualité de l'opinion qu'il doit former. Dès lors, il restera indécis jusqu'à ce que, par de bonnes raisons, il soit mieux informé de la justice du parti qu'il doit suivre ou de l'injustice qu'il doit rejeter.

Je reconnais dans cette considération quel funeste abus se trouve parmi les hommes, où s'est établi puissamment l'orgueil de la fantaisie à la place de la véritable opinion, et de la droite conscience qui devrait tout y gouverner. Oh! que d'aveuglement et de précipitation de toutes parts ! Je m'écrierai après le Psalmiste : Sauvez-moi, mon Dieuj tout est perdu ; la vérité a disparu parmi let enfants des hommes (Ps. 11) I La science et la vérité ne sont point parmi eux; le sentier de la justice n'est plus firéqueuté. Je dirai donc avec Moïse : Plût à Dieu qu'ils fussent sages, qu'ils entendissent et qu'ils pensassent aux choses dernières (Deut. 32).

II. Considérez ensuite que, comme il n'est pas au pouvoir de l'homme d'agir ici par le caprice de son imagination, il est obligé de s'assujettir aux règles d'une juste morale qui puisse le sauver de la perdition; mais le point est de bien discerner ces règles, parce que les théologiens et les casuistes les plus renommés ne sont point d'accord, et tout y paraît rempli de nuages et d'obscurités, par suite de leurs discussions interminables. Il faut donc s'efforcer de ne point perdre de vue le flambeau de quelques vérités, pour guider l'âme qui ne veut point se perdre. Or, voici les plus vraisemblables de ces règles exposées d'une

manière succincte, après avoir supposé qu'il suffit de se conformer à une opinion probable, et qu'il n'est point nécessaire qa'elle soit certaine et exempte de toute sorte de craintes du contraire. La première de ces règles est que, quand les deux partis, à l'un desquels il faut se ranger, sont opposés contradictoirem^t l'un à l'autre, il n'est pas loisible de prendre indifféremment l'un ou l'autre, sous prétexte que l'un et l'autre a ses pro^ habilités , fondées sur quelques autorités ou quelques raisons. Cette règle est combattue par de graves personnages; mais pourtant elle a une preuve entre autres, qui doit sembler invincible à tout ami de la science et de la vérité. Qui dit opinion probable, dit une opinion vraie, mais d'une vérité qm* n'est pas tout-à*iait certaine, comme ce qui se sait par la démonstration, on par la Foi. Or, c'est le principe de toutes les sciences sans lequel elles ne pourraient subsister, que deux propositions con-* tradictoires ne sont jamais ensemble véritables , et que si l'une est vraie, l'autre sera mensongère. Cet axiome est plus certain que tout ce qui se pourrait alléguer pour ou contre ; de là , il s'ensuit évidemment, que si l'homme avait la liberté de se donner indifféremment à l'une ou à l'autre dans ses actions morales, il aurait par conséquent la liberté d'admettre le vrai ou le feux, de foire le bien et le mal qui s'y rattachent, et qu'il faudrait rayer la base et le principe des commandements de Dieu : Evite le mal ^ fttig le bien. C'est se tromper grossièrement, de croire que les deux opinions étant contradictoires l'une à l'autre, ont toutes deux leur probabilité ; car je suis assuré par le principe supposé, que l'une des deux est fausse, et par conséquent improbable. Il n'est donc pas permis, sous prétexte que toutes deux sont dans la probabilité, de me déterminer pour l'une et pour l'autre ; il n'y a qu'un parti à prendre, en abandonnant l'autre. Concluons donc que cette première règle doit être la base de notre conduite, et nous servir de direction dans la vie chrétienne. La seconde règle, qui découle de cette première , touchant deux opinions qui sembleraient probables, mais qui seraient contradictoh*ement opposées, l'une détruisant l'autre par son opposition, est qu'il n'est pas permis d'agir selon la moins probable des deux, laissant en arrière celle qui aurait la plus grande apparence de probabilité. Cette règle a encore de puissants adversaires. L'opinion vraie ne dépend pas de notre pouvoir et de notre liberté, eUe suit nécessai- II. 10

rement le parti où se trouve la plus grande apparence de vé^ ritéy Gomine la balance penche du oAté où le poids eat le ph» fort. S*il est vrai que quand l'un et l'autre paraîtrait d'utm égiiliti parfaite, S ne serait pas permis de s'y arrêta îadiMredUBM; combieo moins sera-t-il permis de s'arrêter i cdui qui a b moindre apparence de probabilité ? Gela ne peut être eanteeM ; aussi, à vrai dire, ee cas n'est qu'une suppositiofi* Car, si l'ea veut examiner exactement ce que c'est qu'une opinion prelMh ble, il n'y a pas lieu à prendre le parti iBoini probable, quand il est comparé avec l'aulre, qui seul doit être estimé probable et véritable, par la maxime InfaiUible qui appuie toutes )ss sciences, que de deux propositions œntradictoires , si l'une eM vraie, Fautre est fiiusse, et doit être tenue teMe àe tottt bon esprit. Il s'ensuit donc qu'estimant la plus probsèld vrale^ je i<Âi qualifier de fausse la mœna probable, el ainsi la fhif) de peur qu'elle ne me jette dans l'abîme du pécbé et des enfers. La Iff^ sième règle est que la diversité éss opinions, comme àttssi la diversité des moyens d'agir procMsanl du doute, et tenMM YtÊ^ prit en suspens , il ne faut pas se porter à faction petiAffiit le doute s'il est permis ou non d'opéret* ; mais il feut se fbftioer utiè opinion à l'égard de quelqu'un des partis , conune étaiit loiàiMe et homiéte, et n'étant pas opposé à une loi obligatoire nbtit peine de péché. Cette r^le est de saint Paulj qui dit : Ce qti n'est pus de la foi, est péché (Rom. 44). Voulant dire que ce qUë Hoft M dans to doute s'il y a pécbé, est sans doute pécbéj eft qui! te &ut éviter ; car, qui agit dans le doute s'il y a oSlnise ehverâ DiM, néglige son salut et méprise Dieu^ comme témoignant ne se pa^r soucier s'U hii déplaira ou non^ Ai^i, ee qui de soi-inêime ne 8è« rait pas péché, le deviendrait par le seul doute s'il y a péché. Gè n'est pas pourtant que le doute soit chose mauvaise , dant la diveriHté des doctrines et des moyens différents : il est bon de douter premièrement; mais à condition qu'on n'en deffletofe pas U, et que le doute serve d^aiguiilon pour rechercher le parti ifk est la vérité et l'honnêteté, sans l'offense du Créateur, employant pour ce sujet l'oraison, l'étude, la lecture-, la consultation et la considération exacte du feit en question , pour avoir lieu 'de se former une opinion et une conscience, au moins probable, que l'action à faire est loisible et juste, pour s'y porter ensuite ; ou bien qu'elle est vicieuse, soit dans sa substanee, soit dans sa fin ott

autres circonstances , et dès lors s'en abstenir. Cette règle paraît équitable, parce que celui qui agit dans le doute, sans avoir arrêté dans son esprit s'il fkit bien ou mal, témoigne, comme il a été dit, ne se pas soucier s'il plaira à Dieu ou non. C'est une chose néanmoins de si haute conséquence , qu*on n'y peut apporter une trop grande sollicitude, kn moins, n'en doit-on pas avoir une moindre que sll s'agissait de la vie ou de la mort du corps, ou bien de la perte de rhonneur et des biens.

Ô faut donc ouvrir les yeux avant de marcher dans les actes humains et les affaires de la morale. Il faut craindre après ces considérations la terrible menace de Dieu par Isaïe : Malheur i vous, enfants déserteurs, si vous dites que vous exécuteriez m conseil qui n'est pas de moi ; et peu après : et vous ne m'avei pot interrogé (Isa. 30). Il faut donc que ceux qui sont dépourvus de science, dans la diversité et les doutes des actes humains , interrogent et consultent les plus savants , syoutant jilus de foi à deux qu^à un, et à trois qu'à deux, en supposant igafité de science, de probité et d'expérience; et que ceux qui ont plus d'esprit et de science, fassent ce qui est en leur pouvoir, Invoquant le secours de Dieu, et y employant toute la diligence et la force de leur raison, comme dans une affaire âe la dernière conséquence. Hélas I combien souvent je me suis précipité, me mettant au nombre de ceux que reprend le Sage : Qui croit si facilement, est léger de cœur (Eccl. 19)! Ou bien comme l'enfant de Boboam (m. Rois, 12) : J*ai cru les plus mauvais conseillers. Je n'ai ^ pas pesé les circonstances. J'ai cru trop promptement aux premiers avis, semblables à ceux de qui on dit communément, qu'ils s'arrêtent à la première taverne, sans passer outre. imprudence I 6 précipitation I ô abîme d'une infinité de crimes! ô témérité de l'esprit humain! que tu fais précipiter tous les jours d'enfants d'Adam dans le sentier de la perdition, et dans les gouffres effroyables des enfers.

Hl Considérez si ces premiers discours sont trop étonnants, qu'il y a quelques autres points de doctrine sur Topiniou et la conscience probable, qui vous adouciront davantage les peines que vous en avez , en observant trois différences sur les matières que Ton y traite. La première de ces différences est entre les propositions purement spéculatives, qui ne sont pas articles de Foi| conséquence immédiate de la Foi, et les propositions sur

las choses de pratique, et qu'il faut metlre en exercice. Dans les doctrines qui ne concernent pas les mœurs, Thomme a plus de liberté que dans celles qui les concernent. Là il ne hasarde plus son salut pour suivre de deux opinions celle qui lui platt le plus; mais ici, il y a péril de péché, s'il fait un mauvais choix. Qu'importe, qu'il admette un, trois ou dix cieux, que le flux et reflux de la mer soit causé par la lune, dont elle suit les accroissements ou décroissements presque partout ? Mais il importe de faire un bon choix de doctrine , s'il s'agit d'une restitution à faire , d'un contrat à passer , d'un change d'argent à continuer, ou de la permutation et de la disposition d'un bénéfice. Il y a des lois de Dieu sur ces matières qu'il n'est pas permis de transgresser. On ne saurait y faire le choix d'une mauvaise morale, sans s'exposer au péril du péché, et comme à la bouche des enfers. Cette première différence est assez notoire pour passer sans plus de retard à une seconde, qui est qu'il y a obligation d'embrasser l'opinion qui paraît la plus véritable , et non celle qui paraîtrait la plus assurée , et éloignerait davantage le péril du péché. Si bien qu'il y a une notable différence entre opinion plus vraie, et opinion plus sûre. Dans cette concurrence de deux opinions, l'une plus vraie, l'autre plus sûre, il suffit à l'homme qu'il suive celle où paraît mieux la vérité, quoique avec moins de sûreté; car, quiconque a la conscience de l'honnêteté probable de son action, et qu'il ne péchera pas en s'y portant, est déchargé devant Dieu, quoiqu'il laisse le plus sûr. Assurément ,« celui qui voudrait avoir plus égard à la sûreté qu'à la vérité qui lui est bien connue, se rendrait bientôt ridicule , et servirait de jouet à des tentations, pour faire plusieurs choses qui lui seraient inutiles ou dommageables. S'il lui vient en pensée de savoir si ses confessions du passé, quoique faites avec grande préparation, sont entières ou non , s'il y a eu un repentir assez douloureux ou non, il recommencera sans cesse des confessions générales, disant que c'est le plus sûr de les réitérer. S'il lui vient en pensée de faire une restitution , à laquelle néanmoins , selon la vérité , il n'est pas tenu, il se dépouillera de son bien, disant qu'il y a plus grande sûreté. S'il vient à examiner s'il a fait vœu de religion ou de chasteté, incontinent, s'il est persuadé de cette maxime qu'il faut suivre le plus assuré et ce qui éloigne le

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plus du péché, il conclura de se faire religieux; ou qu'il doit Tivre toute sa vie dans le célibat, bien que selon la vérité qui apparaît le plus, il soit libre de sa personne,, et que pour avoir ou pensé ou s'être proposé ces choses, il ne s'y est pourtant pas obligé. Ainsi, pourrait-on dire la même chose de plusieurs autres cas. Or, le commandement de Qieu n'oblige pas à se rendre ridicule et à paraître de peu de jugement, au moins en présence des personnes sages et bien mûres en prudence ^ craignant où il n'y a pas sujet de craindre ; car , comme dit le grand saint Ambroise (1), la crainte ne doit pas être déraisonnable , la crainte de Dieu ne peut être sans la sagesse , comme la sagesse ne peut être sans la crainte de Dieu. C'est pourquoi le Sage lui-même donne cet avis, qui semblerait blesser la piété : Ne veuille pas être trop juste (Eccle. 7). Ce n'est pas qu'on puisse avoir trop de bonté et de justice véritables ; mais on peut commettre des excès dans le bien , en s'y portant par de faux motifs d'engagement , où il n'y a aucune nécessité bien avérée. Si bien que cette différence entre le plus assuré et le plus vrai, est fortement à observer. La troisième différence à considérer , et qui est la plus importante dans ce sujet , est de bien distinguer entre les opinions probables en vérité, et les opinions probables, non selon la vérité, mais selon la pensée de quelques-uns. Car l'erreur sur ce fait a été la source de bien des doctrines suspectes , et exposées à la censure en ces derniers temps, d'autant mieux que plusieurs ont mal entendu ce que c'était qu'une proposition probable, et sur cette mauvaise interprétation, ont dogmatisé, conseillé, ou pratiqué ce qui n'était pas convenable ; de là tant d'écrits, tant de disputes et tant de jugements qui ont troublé la sérénité des plus beaux jours de notre siècle. Analyser tout cela en détail, ce serait se jeter dans des longueurs qui sont hors de notre dessein. Plusieurs ont cru qu'un ou deux auteurs suffisaient pour établir la probabilité, sans considérer s'il y en avait un nombre semblable ou plus grand pour le parti contraire. Dans ce cas, l'autorité d'un ou de deux auteurs est de nulle valeur ; comme un poids dans le plat d'une balance n'a aucun effet, si l'autre plat a un poids pareil pour le contrebalancer. Car, pourquoi m'assujettir

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plutôt à l'un qu'à l'autre, et donner des préférences sans raison? D^autrcs ont compté les auteurs, et ont suivi le plus grmd nombre , sans tenir compte de leur plu9 grande science, de leur probité y de leur antiquité, de leurs emplois ou de leur expériencOi qui font que quelquefois un seul est préférable i un grand nombre d'autres , principalement quand il s'agit de ceux qui suivent les autres, comme les brebis suivent celle qui marche en avant; et sans soumettre à la discussion tous les sentiments, et bien examiner les motifs. D'autres, par une conduite contraire I ont blâmé et décrié la probabilité comme une règle insuffisante pour donner l'honnêteté à une action morale , et l'exempter de reproche. Jls ont exigé absolument que l'on fût certain et hors de tout soupçon de mal dans chacune de ses œuvres. Mais je ne suis pas un ange, répliquait un savant, je suis homme. Je ne vois pas intuitivement comme celui qui en regarde un autre face à face, je me gouverne par un jugem^t qui raisonne et qui veut, et je n'offense pas même véniellement| si je me conforme dans ma vie à un jugement raisonnable qui est bon et légitime pour moi (1) : or, il est raisonnable, et par cour séquent bon et légitime, s'il est probable. A quoi bon tant exagérer les difficultés de la morale par cette objection, que toutes les opinions qui nous sont ici probables, ne k seront pas devant Pieu? Il est vrai, si vous le prenez en ce ^ns, que Dieu ne reconnaîtra pas comme probable, ce que nous jugeons probable, parce que Dieu ne connaît pas par opinion. Sa science est toute intuitive et pénétrante dans le plus haut degré de certitude ; mais pourtant il approuvera ou excusera dans son jugement, ce que les hommes auront fait suivant une opinion vraiment proba* ble. Or, quelle est la vraie condition de la probabilité telle que nous la définissons en termes précis ? Celle qui dans une matière obscure et incertaine est appuyée sur une grave raison, après avoir bien tout pesé et bien considéré le pour et le contre.^ De même, il y a improbabilité, quand, en pareille matière, on n'a qu'un motif léger. Or, l'on entend par une grave raison , celle qui, attendu la façon ordinaire de croire une chose obscure et incertaine, porte l'esprit au consentement i de telle sorte qu*un homme prudent pourrait, sans légèreté et sans imprudence» don-

(1) Caramuel in Reg. S. Bened. Num. 62.

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ner les mains et prêter son consentement, pour une semblable raison. Hais, qu*est-il besoin de prolonger cette considération, qui nous fournit assez de matière pour un long entretien, à qui voudra bien réfléchir sur tous les points.

Cependant, je ne sortirai pas de ce labyrinthe de difficultés, sans admirer la suavité et la douceur du gouvernement de Dieu sur les âmes. Si, dans les intrigues des affaires humaines, et dans les obscurités de tant de circonstances, de tant d'écrits divers et de raisonnements des philosophes et des théologiens. Dieu nous eût Ué à ne rien faire, qu'après une clarté et une évidence qui eûf leyé tout doute) toute crainte et tout soupçon, qui eût pu prétendre et parvenir à la vie éternelle? C'est pourquoi, dire qne les opinions probables sont des peines et des maladies de l'Eglise» conime le prétendait un certain auteur, c'est une erreur manitet0» C'est plutôt ce qui rend le salut plus facile. Non, non» rSgUse n'est pas malheureuse de ce que ses docteurs (i)^ dans des matières hors de la Foi, opinent probablement c elle doit en être estimée plus heureuse, pouvant conduire les si^s avec plus de facilité h la couronne de la gloire. Plusieurs se damnerai^t que la probabilité de l'opinion met en sâreté. Si bien qu'on peut regarder comme un bienfait secret et caché de Dieu^ que la probabilité de l'opinion sufGse pour justifier nos actions, Grftoes éternelles lui en soient rendues. Hais aussi, efforçons*nQus de notre part, de ne nous' pas méprendre sur cette probabilité, qui pourrait être simulée et déguisée. Entendons bien qu'elle est la vraie et la sincère. Que l'amour propre ne nous fbsse pas trahir la lumière de notre intelligence, examinons les raisons de part et d'autre. Ne ressemblons pas à ces mauvais juges qui n'ont qu'une seule oreille^ et n'écoutent pas les deux parties , ou bien à ceux qui écoutent les avocats plaider, qui donnent cause gagnée à la partie du premier qu'ds ont entendue, avant que l'au-^ tre ait parlé. Cette précipitation de jugement est la source ordinaire de Terreur et du péché. Donc , disons souvent à Dieu comme David : Voyez si je suis dans la voie de Viniquiié, et dirigêP-moi^ Seigneur y dans les sentiers de votre éternité (Ps, 438).

(ft) fiaramuel. ibid. Mum. 69.

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