II
Si donc les péchés soot inégaux , et ont tdnl de divei*s priacipes de disparité , je dois apprendre par là la manière d'apprécier rénormité de mes propres offenses, et d'en reoonniîlie la gravité , en repassant et en pesant dans mon esprit» tons ces poids de malice ; car si j'ai offensé ce qu'il y a de pAos eicellent» a j'ai ruiné les vertus les plus b^es» si je lee offuM sans y être forcé, ou contraint; hélas 1 que je suis criminel l Si j'ai offensé avec des circonstances aggravantes, si mes actions ont été plus scandaleuses et plus nuisibles à mon prochain, ai je me «uis adresaé à des persoimee saintes U agréables à Dieti^ à des grands et à des puissants; hâas! à qiid point de nudiee n'arrivent pas mes péchés! J'en fiBrai donc une plus grande péniteoce, puisqu'ib sont plus graves; je dislÉagaerai entre la lèpre M k lèpre», fi je m'estimerai moi môme phis ooupaye et pliM kmnrâde. Ehl S^eur, je suis tout eflrayé 4e Ma péchés> «t je roN«is de faonie et de oeirfiision « votre «iaie présence. Ahl misénUa, comment ai-ge élé assez frivé de fh gemeÉt^ pour commeHre «as abominalîons) Dimj 4»y$»mà prapiœi^ je mm pécheur (Lue, 18).
UI. GonRééres fdus portîoolièremeiit ee que dit saint Isidore, qœ le péché est d'tautant plus énorme , que celui qui pèche^ est plus grand; de sorte qu'une même action vicieuse commisi par une persomie plus éminente en dignité, es science, en verln et en grâce, sotât plus blâmable et regardée comme m plas grand péché, ^ue si elle se faisait par une personne n<Ma qualifiée. C'est comme une tache q«i parait davantage sur ans robe nenve et d'me couleur ^éclatante. C'est comme un henme difforme, dont la difformité parah d'^acrtant pks qu'il «et posé sur m plus haut théâtre. Toutefois le saint Docteur (1) use de distînotion en exposant la sentence de saint Udore, ewe A ià qu'il y a deux sortes de péchés, les ans «pii se fcait par sir«prise, sans délibération^ à cause de rinfinmté humsme, et «as péchés sont moins imputés dans celui qui est pins grand «ai vertu, -parce qu'il est moms négligent à les réprimer, bien qu'il ne puisse les éviter en fout, à cause de la trop grande infirmité de l'homme; mais il y en a d'autres que Ton commet de propos délib^, ^i sont d'autant pios graves, ^e la
(1) Q. 73. Art. 10.
^DEft ACT£6 HUMAIKS. 179
wme a ph» de vertus ; ee qui peut arriver pour quatre raisons. heattèrameiit} les pkis grands ayant plus de connaissance et de iMi, fm^mt j rémter plus aisément : c'est pour cela que h mnihitr cmnamënt Iû volonté de $on. maître , et ne la faisant poj, sera frappé de plus de ooufs (Luc, 18). Secondement, i caase de l'ingratitude , car toutes les choses qui élèvent Thomme et Fennoblissent sont des bienfaits divins, pour lesquels il se montre ingrat en péchait ; et, €«r ce points toute graadaur , même dans les choses temporelles , aggrave le péché ; c'est pour cela que les puissants seront puissamment tourmentés (Sag. 6). En troisième fieu, à cause d'une plus grande répugnance entre l'acte du péché et la pei*sonne qui le fait , comme un prince qui viole la justice dont il doit être le gardien, ou un prêtre impudique qui a fait Toeù de chasteté. En quatrième lieu, à cause du scandale et du maovMS exemple, car les péchés des grands parviennent à la eoniipissaQce de plus de monde, et plusieurs en tirent occasion èb nd tivre eomme eux. Aussi fontrils tort à ptos de personnes sor lescpeUes s'étend leur autorité. Ce n'est pas à un seul homme qu'ils font tort, c'est à toute une cité, à toute une province; et quelquefois à vn royaume tout entier. Enfin les panés semt comme ceux qui tombent de plus haut, leur chute est d'autant pks grande, quand ils pèchent.
k (ftcherai de concevoir un sentiment profond d'humilité , en eoBsidérant mes péchés après toutes les grâces et les biens > temporels et spirituels que j'ai reçus de Dieu. Hélas! Seigneur, ^ après tous ces biens, après tant de lumières et de connaissan- ^ ees, faut-il que je me sois méconnu, et que j'aie oublié mon ^ devoir 1 Est-il possible, ô mon Dieul qu'Hue créature qui a reçu taitt de l)ienfaits , sans les avoir mérités , ait offensé un bienfaifear si iroble et si libéral ? Gomment ne serai-je pas plein de confiiâon? Certes, je veux me reconnaître comme le plus vil et le plus abominable pécheur de la terre, et me regarder comme la créature qui a le plus d'ingratitude envers vous , ô mon Dieu ! les plus infidèles et les plus impies vous serviraient mieux que moi, si vous leur aviez accordé des grâces pareilles à celles que fai reçues de votre grande miséricorde. Je regrette donc, ô mon Dieu ! de vous avoir offensé, et je voudrais que mon regret f&t si grand, qu'il me causât la mort de douleur. Je vous demande très^humblement pardon de toutes mes offenses, je les
180 LA TUÉOLOGIE AFFECTIVE.
déleste et je les abhorre pour votre amour, et je voudrais, de toute mon âme, et de tout mon cœur, ne vous avoir jamais offensé. Roi de miséricorde, &ites dorénavant par la .multiplicité de vos grâces, que ceux qui auront plus reçu de vous, vous soient plus fidèles et plus obéissants 1
DIX-SEPTIÈME MÉDITATION
bu SUJET DU PÊCHE, ET GOMME LA RAISON 8UPÉRIEURB Y INTERVIENT.
I. Considérez que le péché réside dans la volonté et dans l'esprit, dans la partie sensitive, et dans les membres extérieurs de Thomme pécheur. Pour ce qui est de la volonté, elle est le sujet universel de tous les péchés, lesquels, comme volontaires, y ont leur résidence ; c'est pourquoi le saint Prophète disait : Si j'ai regardé riniquité dans mon cœur (Ps. 65). La raison en est, que la . volonté humaine est une puissance libre, qui peut se porter an bien et au mal par un mouvement qui lui est propre, lequel est { tantôt bon, tantôt mauvais. L'esprit ou l'entendement raisonnable est aussi le sujet du péché ; car ayant deux actes qui lui sont propres, la connaissance du vrai, et la direction des puissances qui lui sont inférieures , il peut pécher en ces deux actes. Premièrement, quand il manque dans la connaissance de la vérité, et que cela lui arrive par ignorance ou par erreur dans ce qu'il peut ou doit savoir, car c'est la privation volontaire d'une perfection qu'il doit avoir. Secondement, il peut pécher dans sa direction, lorsqu'il excite délibérément des actes désordonnés dans les puissances inférieures, par exemple s'il excite l'humeur irascible à la vengeance, ou bien quand ces actes désordonnés sont excités et qu'il manque à les réprimer après les avoir aperçus. Le péché réside aussi dans la sensualité, ou appétit irascible et concupiscible, lorsque ses passions ou ses mouvements se portent sur des objets illégitimes, et contraires à la loi de Dieu ; car si la volonté ne les désavoue, et qu'au contraire elle les approuve et les tolère, ce sont des défauts volontaires, et des actes désordon-
DES ACTES HUMAUfS. 184
nés, qai sont imputés à péché. Telles sont la colère et le désir de vengeance, telles sont les tristesses excessives et les délectations sensuelles, qui se portent sur des objets que la loi divine ne permet pas. Et, bien que l'appélit irascible ou concupiscible des bétes sans raison ne soit pas susceptible de péché, toutefois, en rhommc, cet appétit étant uni à la raison, à laquelle il est capable d'obéir, il arrive qu'il peut être le principe d'un acte volontaire, et sujet au péché, s'il est désordonné. Enfin, les membres de l'homme servent encore de sujet à l'acte du péché, parce qu'ils peuvent manquer de quelque perfection nécessaire. Ainsi l'œil est le sujet du péché, quand il regarde avec convoitise ce qu'il n'est pas permis de posséder. La langue est le sujet du péché, si au lieu de servir d'organe aux louanges divines, elle n'est remuée que pour proférer des blasphèmes contre Dieu, ou des médisances contre le prochain. Les mains et les bras sont le sujet tlu péché dans l'homicide et le larron qui s'en retourne chaîné du bien d'autrui ; enfin, les pieds sont criminels dans celui qui court et vole à la vengeance, comme l'est tout le corps dans les impudiques et dans les grands pécheurs de la terre, qui se font des armes de tous leurs membres et de toutes leurs fecultés, pour faire la guerre contre Dieu.
Je déplorerai l'infortune de l'homme pécheur, qui est accablé de tous côtés , et qui est couvert de plaies de toutes parts. Je m'écrierai avec Isaïe : Depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, il n'y a rien de sain en lui ; il n'y a ni appareil four fermer la plaiey ni huile pour l'adoucir, (Chap. 1). Je déplorerai , avec le saint pénitent David , que mes reins soient remplis d'illusions; et qu'il n'y ait point de partie saine dans ma ckair (Ps. 37). Car, hélas, combien d'illusions dans l'homme! La chair en est pleine dans les lubriques, l'imagination, quand die conçoit les choses autrement qu'il ne le faut, la langue dans les flatteurs, les yeux dans le regard des vanités du monde, l'oreille dans ses propres louanges, l'esprit dans ses fausses connaissances. Je formerai aussi des désirs de me corriger de mes péchés par un examen et une réforme générale de moi-même ; je les poursuivrai partout où ils seront, dans ma volonté, dans mon entendement, dans mon appétit, dans mes sens intérieurs ou extérieurs , et dans tout mon corps , afin qu'ils n'aient point d'asile en moi.
182 U THtOLOGIK ArTECriYE, €
IL Conridérei qoe le péché n'est reçu el adoois dans Êoxm des puissances de Tbomme, sans que la volonté y conaoïte, it que la raison supérieure y intemenne, ou omette coupaltaNÉl d'y intervenir. Jésus-Christ prêchait cette vérité aux Juife , (fi croyaient faussement que la malice du péché ne €(»isistail fie dans Textérieur des actes défendus. Il leur disait : Du emur pr»*cèdent le9 mauvaises pensées, les adultères, les /arctfit (Math. 15). Saint Thomas (1) le déclare en disant que ce que rhonune ià sans la délibération de la raison, ce n'est pas lui proprement qoik fait, parce que ce qu'il y a de principal en lui n'y contribue ea rien ; car la raison supérieure est la principale et la plus excellente puissance de l'homme, d'où il arrive que les mouvements des membres du corps ou de la sensualité, qui préviennent les délibérations de l'esprit, ne sont point des acles humains, ni des actes du péché. Ainsi, comme la femme n'a point le poavoir d'engager le bien de la maison , sans .le consentement à son mari, de même la partie inférieuro ne peut engager i l'homme à l'enfer par le péché, si la partie supérieure n'y \ cousent. Hais il y a une plus grande difficulté à concevoir ce que c'est que d'agir pai' la raison supérieure et par l'mférieurB, el quel est ce concours de la raison supérieure dans l'acte du péché ; i car , à ce sujet, le commun se trompe, en pensant que la raison * supérieure est seulement l'esprit ou la volonté spirituelle de Fâme raisonnable, et la raison inférieure , l'appétit ou l'imagination de la partie sensitive. 11 faut concevoir d'une autre ftçon la différence de ces deux raisons, et entendre par la raison supérieure quelque vue et considération de ce qui est surnaturel, comme la loi de Dieu, la dernière fin, l'éternité du Paradis, ou choses semblables, élevées au-dessus de la terre ; et par la raison inférieure, il faut entendre la seule vue des choses basses et terrestres, comme serait la police humaine , les plaisirs, les honneurs, les richesses, ou les intérêts terrestres, et choses sem^ blables, sans aucune attention au mal ou à l'offen^ de Dieu. De là vient que l'homme opère avec la raison supérieure, quand il agit avec quelque vue de la loi de Dieu, du Paradis, de l'enfer, ou des choses éternelles. Au contraire, il agit avec la raison inférieure, en manquant d'élever ses pensées à quelqu'une de ces
(1) Q. 47. arf. 2, ad 3.
Mi AOnt BUMAIM. 185
cbûsei. Aprèi ees explicatioiui , il sera ané de comprendre la vérilé de celle considéralion , qui est que le péché n'est «muDis par aucune des puissances de l'homme , que la yohmté n'y consente, et que la raison supérieure n'y intervienne ; ear cela signifie que l'on ne commet point le péché, si l'on n'a quelque vue de la loi de Dieu, à laquelle on résiste, ou quelque considération de la dernière fin dont on se détourne, ou quelque crainte de déplaire à Dieu, ou de fidre le mal contre la raison, ou du moins quelque scrupule ou doute de ces choses, qui excite le remords dans la conscience, et découvre en quelque sorte la malice de l'action à laquelle on s'engage. Que si l'on n'a aucune de ces pensées, et que l'on ne pense qu'à la terre, et à l'intérêt propre, alors ce ne sera que la raison inférieure, avec laquelle on agira, et son consentement ne suffit pas pour le péché. Mais, quoi I les stupides et les insensés, qui, dans leurs actions perverses , sont tout entiers enfonoés dans les choses périssables, trouveront-ils des excuses par cette règle; on pourront-ils dire qu'ils n'ont fait le mal que par le consentement de la raison inférieure, et nullement de la raison supérieure ? Ce serait justifier les hommes les plus brutaux, et donner d'insignes privilèges à la stupidité. Il faut donc penser que ceux qui nous paraissent les plus stupides, ne manquent point de ressentir les reproches intérieurs de la conscience dans la plupart de leurs actions perverses, quoiqu'ils ne s'en aperçoivent pas, faute de réflexion ; ou bien dire que le péché ne laisse point de se commettre, lorsque l'esprit ne pense point à la loi divine, et aux motifs de l'éternité, quand il doit et peut y penser. Car, dit saint Thomas, de ce que la raison supérieure ne dirige pas les actes humains, selon la loi divine , en empêchant le péché , on la tient pour consentante, soit qu'elle pense à la loi étemelle, soit qu'elle n'y pense pas ; car si elle y pense, elle la méprise en effet ; et si elle n'y pense pas, elle la néglige par une omission, qui est imputée à péché ; parce qu'elle omet par sa faute d'intervenir en ce qui se passe dans l'homme, car c'est manquer à son devoir, que de ne pas s'opposer au mal, c'est l'approuver tacitement ; comme feit un père de famille, qui négh'ge de connaître ce qui se passe dans sa maison, et s'il est bon ou mauvais, quand tout y est dans le désordre.
J'apprendrai par cette considération ce que c*est que d'agir
184 LA THtOLOGIB AiWBCTIVK .
avec la raisoo supMeure , et combien il est important que je me gouverne toujours par celle raison, ayant Tesprit porté pw la Foi aux considérations de l'éternité et des choses célestes dans toutes mes actions. Certainement, la vue des choses terrestres est indigne de l'homme créé pour une fin surnaturelle, et elle ne peut lui servir de règle de conduite. La raison supérieure est le plus sublime tribunal que Dieu ait mis dans l'homme ; et c'est d'après lui qu'il doit établir l'unique jugement de ses actions. Si donc la raison inférieure me porte à mener une vie peu raisonnable, il faut en appeler au tribunal suprême de la raison supérieure, afin qu'elle corrige la sentence de la raison mférieure, et me conduise à l'éternité. Je ne veux donc plus rien faire en vue de la terre et du corps, je veux vivre paroles principes et les maximes de l'Evangile, et iaire mes œuvres en vue de l'éternité, pour Dieu, pour suivre ses ordonnances, ses divins conseils et sa sainte volonté. Si donc, mon Dieu, la passion sensuelle m'attire et veut m'influencer dans mes actions, je ne lui cède pas, je neia reçois pas en moi, je veux me conduire par un plus haut motif.
III. Considérez comme la volonté humaine est entre ces deux raisons, la supérieure et Tinférieure, et comme elle se range tantôt pour l'une, tantôt pour l'autre ; car elle est comme un aveugle, au milieu de deux guides, dont l'un voudrait le faire aller par un chemin, l'autre par un autre ; ces deux guides de la volonté sont la raison supérieure et la considération de Dieu et des choses saintes , qui le poussent à la vertu et à la perfection ; d'un autre côté, la raison inférieure et la considération de l'in-^ térêt temporel et des choses terrestres se mêlent aussi de la guider, .et l'excitent ordinairement au péché, et à satisfaire ses passions ; d'où il arrive qu'elle se porte quelquefois où la poussent les considérations du Ciel, foulant aux pieds celles des choses terrestres, et alors elle agit avec la raison supérieure, et par la raison supérieure, par son inspiration et sous sa direction. D'autres fois elle ne tient nul compte de ces considérations ; elle passe par-dessus pour accomplir ce que la considération terrestre lui montre, et alors elle agit bien avec la raison supérieure, quoique non pas par la raison supérieure, mais par l'inférieure qui lui imprime le mouvement de son action. Cela fait que l'homme est comparé à j[ce ^monstre, que le Docteur^subtil dit
vu ACTES HinnAms. i85
mk été m autrefois en France (1). Ce monstre était un homme à deux tètes. L'mie diMait : Je veux vivre sobremmt, et me contenir. L'autre disait : Je veux vivre lascivement, et prendre mes plaisirs. Telles sont les deux raisons, la supérieure et Tinférieore, elles ont des inclinations contraires. La volonté suit (antôt la raison Supérieure , tantôt la raison inférieure. Dans le premier cas, l'âme fuit le péché, et s'élève à des actions généreuses pour le service et la gloire de Dieu. Dans le second, elle suit le inonde et ses passions, et pèche ordinairement. Dans le premier cas, elle résiste à la tentation , exerçant pour ce sujet quelque action méritoire , ou moralement bonne , ou bien indifférente ; ou elle s'abstient de toute action, plutôt que de mal feire, ce qui est la moindre de ses victoires, et la plus imparfaite. Dans le second cas, la volonté succombe à la tentation, ne donnant pas de cours aux hautes pensées, ou goûtant trop le bien qui lui est proposé par la considération des choses basses et mondaines, ou le désirant, nonobstant qu'il soit défendu par Dieu, s'employant même pour en venir à l'exécution. Enfin, dans le premier cas, la raison supérieure foule aux pieds et méprise la raison inférieure; et dans le second, celle-ci prend le dessus, et demeure malheureusement victorieuse de celle-là , au grand préjudice de Thomme, qui ne se fait jamais plus grand toft, qu'en se gouvernant par des considérations terrestres, et dans la seule vue de ses intérêts, telle que la lui donne la raison inférieure. Nous pouvons pousser plus avant cette considération, par la méditation connue sous le nom des deux étendards, et qu'enseignent les plus spirituels. Ils nous disent de nous représenter dans une vaste campagne, Jésus-Christ à notre côté droit, entouré de tous les anges et les saints, qui nous invite avec de douces paroles, à suivre le parti de la vertu et à nous employer à toutes sortes de bonnes œuvres pour la gloire de Dieu , nous proposant pour récompense les délices éternelles de la béatitude. A notre gauche, Lucifer dans une chaire de feu, cruellement tourmenté, entouré de démons, et de toutes les âmes abominables qui furent jamais, nous invitant à suivre le parti du vice pour assouvir nos passions de concupiscence, de colère, de haine, et autres, et ne rien refuser à l'amour-propre, mais nous proposant après tout cela, que
(1) Scotus. In 4, Sent. Dist. 6.
IM LA TWÈÙUMVH ànEom^
n'élaal ifahê fi*«i miÊèrn et en mtlliettn , & m peut à h ta BOUS fidra antre partage que cdui des luppUees et des fhirean dont il est plein. C'est Timage des deux raisons, la supérieure et l'iniérieiire i au milieu desqudies est notre voloBté. Si nous 8ui- ▼ons eeUe*là, nous nous rangeons soua l'étendard du Fib de Dieu, pour eombaltre le péché, pour produira tous les jours des actions vertueuses, et arriver au bonheur étemel; si nous suifons celle*ci, nous nous rangeons sous l'étendard de l'ennemi de Dieu, pour assouvir nos passions pour un temps, et mener une Me ^terrestre et mondaine, qui d^ être suivie de l'horreur éternelle de la damnation.
Après ces pensées, prenei en affection la nôson supérieure, et proposei-vous fermement de ne la point abandonner, mais plutôt de vous hiisser gouverner par die. Prenei en horreur la raison inférieure, qui ne vous conseille que des choses basses et indignes de la noblesse d'une âme immortelle, créée pour glorifier Dieu éternellement. Faites une ferme résolution de ne point ' la suivre tant qu'elle sera contraire à la raison supérieure, ilegardei Jésus-Christ devant vous, le plus heureux, le plus beau H le plus noble roi du monde, qui vous invite au premier parti. Oh ! que l'âme est heureuse, quand elle peut se donner toute â lui! Regardez Lucifer, le prince des réprouvés, qui tout au contraire veut vous persuader le second parti. Oh ! que l'âme est infortunée, si die ne le déteste pas, si elle n'a pas le plus profond mépris pour cet ennemi de nos âmes. Ensuite, vous ferez choix de l'étendard de Jésus-Christ, et de la raison supérieure, vous vous convertires â ce roi de bonheur et de gloire immortelle, â qui vous jureres une fidélité inviolable ; vous rejeteres d'un autre côté le roi d'orgueil, et de tout malheur, et vous maudirez son étendard, en protestant d'un divorce étemel avec lui. Remerdea Dieu, qui vous a donné ces connaissances et ces résolutions, offirez-les à Dieu, mvoquez la sainte Vierge, et votre ange gardien, afin qu'ils vous obtiennent la grâce de persévérer.
MS AflTES BUMAOIS. i87
DIX-HUrriÈME MÉDITATION,