DBS LOIS POSITIVES DIVINES, ET SPÉCIALEMENT DE LA LOI MOSAÏQUE
I. Considérez que l'homme avait besoin de recevoir des lois positives de la part de Dieu, en sus de la loi purement naturelle et de la loi humaine. La principale raison en est qu'il est destiné à une fin surnaturelle, fin si haute et si élevée, que sa nature seule n'a point de puissance et de facultés suffisantes pour l'y diriger et l'y conduire; partant, il élait convenable qu'il reçut des règles et des préceptes surnaturels qui lui servissent de moyens proportionnés à une telle fin. Surtout, après sa chute de l'état d'innocence dans la corruption du péché où il est maintenant réduit, il avait besoin d'un maître qui lui apprit le malheur du péché, et d'qn libérateur que les lois divines lui font connaître. En outre, il ne pourrait sans beaucoup de chutes observer les lois de la nature, s'il n'aspirait à quelque chose de plus sublime ; car les prétentions et les efforts de son âme sont retardés par la violence de ses passions; c'est pourquoi, comme un archer, dont l'arc a la corde lâche, doit viser un peu plus haut que le but, pour y atteindre , ainsi l'homme , ayant sa nature affaibUe par le péché, pour arriver à la perfection de l'état naturel et en observer les règles, doit aspirer un peu plus haut. Or 9 tel est
l'efifet des lois positives, et ainsi elles lui sont utiles, même pour observer plus inviolablement ce qui est du devoir naturel. De plus, l'homme est un être sociable, et qui est né pour vivre et c<mverser avec plusieurs, comme le témoigne la parole qui lui est donnée pour manifester aux autres ses sentiments ; or , s'il n'est retenu par la loi, il ne pourra vivre en société, les injures et les injustices la ruineront en peu de temps, et il faut que la loi, pour le retenir, ait tant d'autorité, qu*il ne pense pas la pouvoir enfreindre impunément par force ou par finesse ; ce qui requiert un législateur divin. De plus, l'esprit humain s'embarrasse en mille difficultés pour savoir ce qu'il doit faire ou omettre dans les lois naturelles et dans les lois humaines ; d'où naissent des opinions diverses et des controverses sans fin, qui tiennent les esprits en doute et irrésolus sur ce qu'il faut faire. C'est pourquoi, comme il était important que rhomme fût plus éclairé dans l'affaire de son salut, il a été nécessaire que Dieu lui en déterminât du moins les régies principales. Enfin, il est nécessaire à l'homme de se ressouvenir de sa dépendance et de sa sujétion envers Dieu , afin qu'il soit excité par là à lui rendre ses devoirs, et, en &isant preuve de fidélité et d'obéissance, à acquérir quelque mérite à ses yeux. Voilà pourquoi, dès le commencement de sa création, et même dans l'état d'innocence , au paradis terrestre, il ne le laissa jamais sans quelque commandement, afin de lui rappeler qu'il y avait un maître. Il fit d'abord une défense à Adam et Eve, et, en leurs personnes, à toute la nature humaine , de toucher à mi fruit du paradis terrestre. Pareillement , sanctifiant le septième jour auquel il se reposa de toutes ses œuvres, il le consacra, dès le commencement du monde, aux œuvres de son service, avec obligation pour les premiers hommes de la terre de l'observer, selon que l'estiment plusieurs. Troisièmement , les premiers hommes du monde furent obligés aux vertus surnaturelles de la Foi, de l'Espérance et de la Charité ; car, sans les actes de ces vertus, ils ne pouvaient se sauver, et, partant, ils en reçurent le commandement, ce qui était une loi positive, en sus de la loi naturelle (i). En quatrième lieu , il avait établi quelques sacrements et quelques remèdes pour effacer le péché originel ,
(1) Comel. In Corn. — Spondanus in an. Fact. Hore. 1. in die $. *- Idem, die 6. II. 17
258 LA THÉOLOAIB AfFEGTIVE.
avec l'obligition mix pëfêi et awx mèret dé l'appliquer à kms eaCinto. Cinquièmemeiit , Diaa aigoigiiant é Noé db maltra m sûreté quelques animaui de chaque espèce dans son archa, il loi ' commanda d'en prendre sept parmi les purs et deux parmi las immondes ; ce qui iait penser à saint Jean Gbryaostâma que Disa avait déjà bit une loi pour distioguar las animaux mondas d'avec les immondes (1). Sixièmement, après le déluge, Diea permetlant aux bommes de se nourrir des animaux de la terra, il leur défend pourtant de manger les animaux étouffés, dont le sang n'aurait pas coulé 4 la mort. Vaut aa maajfenM p$int h chair §veo k mng (ûen. 9). C'aal encore une loi positiva, qui fut établie de Dieu pour faire abhorrer le sang et l'homicide aux hommes, et qui se trouve avoir été renouvelée par les Âpètres (Âct. 15), et observée dans TEglise plus de sept cenla ans, jusqu'au temps du vénérable Bède. Enfin, le commahdenent de la circoncision avait été donné à Abraham , quatre cents ans ' avant la loi écrite de MoSse. Il est vrai néanmoins que les hommes qui ont vécu avant lîii, environ l'espace de deux mille ans, sont dila avoir vécu dans la loi de nature, parce que las préceptes naturels fiûsaieot \a plua grande partie de la religion , et les bommes l'ap^naiant par une voie plus naAiirella qu'artifloieiie, savoir par tradition et de vive voix, plutôt .que par derift ; et c'est en ce sens que Tertullien , paribnt de la loi nalwalle (S), soutient qu'avant la loi de Moïse, écrite sur les tablas de pierre, il y a eu une loi non écrite, qui était entendue naturdlement, e'est-à-Klire sans l'artifice des écritures, et était observée par les Patriwrcbes. Par cette loi, dit saint Eudier, évéque de Lycm, Abel est reconnu juste, Eaodi est ravi au Ciel, Noé est choisi, Abraham est appelé le père des nations. Si bien que les hoMnes n'eut jamais été avec une loi purement naturelle, et sans quelques autres eommsAdements divins, pour faire plus fadlement te«r \ sahit.
J'admirerai la providence de Dieu sur la nature honaina, de ce que, dès le commencement du monde, il en a pris le gouvernement et la conduite, lui enseignant ses volontés, et lui donnant des règles pour son salut, selon que le temps le demandait. Ainsi, Seigneur et Père de toute créature, vous n'avez yaHm
(4) Hom. 24, in 6en.— (S) Advenu» Jttdseae. c. a.
DES UNS. Stt9
dflaissé rhoauney el vous ne raves pat abandonné au seul instiad ds sa raison et à k seule direction de la nature ; vous ares pris de lui on soin tout spécial, et tous lui avex toujours donné qudqoa coioniandement particulier pour le guider dans le ch^ min de la fertu, et Tâever par ce moyen à sa fin dernière. Vaut êteê ttn Dieu iepmi l'éternité et à iùujewrt. Béni bM U Seigneufy le Dieu éflerM^ iefuie^ par delà tou$ le$ Mcleê. Ainri soUhI, aimi toU^l (Ps. 40). Qlie toutes les générations louent vos miséricordes , et- que personne ne vous impute la perte d'aucune àme, puisque tous les dirigez toutes.
n. Considérez particnlièrement la loi mosaïque pleine de pré* eeptes divers , qui fut donnée «iviron deux . mille ans apr^ la création du monde, pour sanctifier plus spécialement les enfants d'Abraham, et disposer le monde à connaître, à croire et à rece^ voir honorablem^t Jésus-Christ. Les préceptes qu'elle contenait sont de trois sortes, les uns sont moraux, comme sont les dix commandements du Décalogue, et plusieurs autres qui les con«> cernent que Dieu écrivit en deux tables, savoir lès trois premiers qui regardent son propre culte et son service, dans la première taUe, el les 9/^ antres, qui r^mrdent le prochain, dans la seeonde^ sis de séparer les choses qui lui appartiennent de ceHes qâ appartifflment à la créature. Or, quoique la loi naturelle et Hnstinel de la raison enseignent ces préceptes, toutefois, perce qae la nature humaine, accablée par le péché errait en pVtfsieufs de ees eommendements, Dieu a voulu secourir son {nfirmité, en les renonvelant et en les édaircissant par sa loi positive, comme dans ks objets que l'esprit connsll naturellement, ?i lui vient en aide par la lévélatiofi ; et pois, Tétat surnaturel ne peut sabsis' ter que dans le bon ordre de l'état naturel, qu'il présuppose pouf fondement et c|u'il perfectionne ; c'est pourquoi Dieu donnant la loi andenne, {Kmr élever les tmes èp me fin sumaturelie, commence i bien régler la nature et à en donner les préceptes avant toutr Après lesquels suivent les préceptes cérémonianx qui relent ce qri appartient au culte de Ûeu, comme sont les sacrement, le temple, les jeânes el les sacrifices saillants des animaut, àem lesqiwls Dieu montrait sa justice^ ftiisant voir que le péché méritait la mort et tout ensemble sa miséricorde, commuant la mort du pécheur en celle d'un animal dont il se contentait. Les troisièmes préceptes él aient les préceptes judiciaires et poli*
tiques, qui senraient à la police de l'état des Joifii, pour 1h6B former le corps de leur république ; c'est pourquoi, oalre ces ^ préceptes, les uns montraient comment le prince devait se comporter envers le peuple, et réciproquement le peuple envers le prince. Les autres réglaient les particuliers dans leur négoce, leurs contrats, leurs jugements et autres aflEaires civiles. Il y en avait qui servaient au règlement des familles, du maître envers les serviteurs et du mari envers la femme, et d'autres qui regardaient les étrangers et les voyageurs, et montraient ce qa*!! fallait faire en cas de guerre contre eux, ou en contraint avec eux. Dieu voulut encore donner des lois civiles au peuple juif, afin que leur état bien policé fût plus tranquille, el que par ce moyen la religion y fût florissante. Tous ces préceptes montaient ensemble jusqu'au nombre de six cent treize; ce que Dieu fit pour subvenir à la rudesse d'esprit du peuple juif qui, ne pouvant être instruit suffisamment par'^des règles générales, avait besoin d'instructions particulières sur chaque point, comme un petit enfant à qui il faut donner le pain par morceaux pour s'en nourrir. Et puis c'était pour fixer l'esprit des Juifs , et les occuper assez pour qu'ils n'allassent pas diercher des règlements dans les livres des païens, au risque de leur foi et de leur salut. C'est pourquoi les Israélites s'abstinrent longtemps de la lecture des livres des Gentils, et se bornèrent à l'étude de leur loi, qui avait une assez grande div^té pour les occuper et les entretenir. On peut lyouter à ces raisons, que Dieu voulait régler, par une spéciale providence, tous les pas et les mouvements, et toutes les actions de son peuple choisi, afin que tout y fût exact et sans désordre, au spirituel comme au temporel ', c'est pourquoi il donna une si grande multitude d'artides à observer, ayant soin de tout. Aussi voulait-il que ce peuple servit de modèle et de lumière à tous les autres peuples, dans lesquels Fidolàtrie et la corruption des mœurs avaient effacé tous les bons sentiments de la vertu ; pour ce sujet, il le plaça au milieu de la terre habitable, afin que plus aisément sa foi fut connue de tout l'univers, et que ceux qui voudraient se ranger à sa religion, le pussent faire librement. Tertullien pense môme que cette loi fut donnée pour tout le monde, si bien que plusieurs païens reconnurent le vrai Dieu par le moyen des Juife ; et les plus sages de la Grèce n'ont jamais parlé plus saintement, et n'ont